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  • il y a 2 mois
Le nombre important de labels qui existent sur les produits de consommation est souvent remis en cause. Il y a un enjeu particulier pour les visibiliser et rendre crédibles ceux qui répondent à un cahier des charges exigeant. Dans la finance, les labels qui garantissent la responsabilité des produits ont besoin de se faire plus connaître. Patrick Sapy, directeur général de FAIR et Marie-Amandine Stevenin, présidente de l’UFC Que Choisir parlent de ces enjeux à l’occasion du Sommet de la Mesure d’Impact.

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Transcription
00:01Musique
00:07On parle des labels, certains disent le maquis des labels, on verra dans ce Smart Impact spécial sommet de la
00:14mesure d'impact.
00:15Sont-ils lisibles, crédibles pour les consommateurs ? J'accueille Marie-Amandine Stévenin, bonjour.
00:19Bonjour.
00:19Bienvenue, vous êtes la présidente du FC Que Choisir à vos côtés.
00:23Patrick Sapy, bonjour. Bienvenue à vous aussi.
00:25Bonjour Thomas.
00:25Le directeur général de FAIR. J'ai commencé par une question assez pédago finalement. C'est quoi la définition d
00:32'un label ? De quoi on parle ?
00:34C'est très difficile justement parce que le label en tant que tel ne fait pas forcément l'objet d
00:38'une définition.
00:39Donc ce qu'on peut déjà se dire c'est qu'est-ce qui n'est pas un label en
00:43fait ?
00:43Ce n'est pas un label quand c'est une mention valorisante, quand c'est une marque commerciale, quand ce
00:47n'est pas quelque chose d'indépendant.
00:49Mais c'est vrai que le label en tant que soi n'a pas fait l'objet d'une définition
00:53fixe.
00:54A quoi ça sert principalement un label ?
00:56Un label, ça sert à orienter le consommateur, à l'aider dans son choix parce que parfois lire l'étiquette
01:03ne suffit pas à avoir les informations dont il a besoin.
01:06Donc pour ça, il y a un label qui va aller au-delà des mentions qui figurent sur les étiquettes
01:12des produits et qui va pouvoir lui garantir une origine, un processus de fabrication, un respect de la nature.
01:19Donc le label, il est là pour aider au choix.
01:22Patrick Sapie, c'est quoi FAIR en quelques mots pour commencer ?
01:25FAIR c'est un collectif d'acteurs, donc essentiellement des acteurs issus de l'économie sociale et solidaire, mais aussi
01:31beaucoup d'acteurs financiers finalement qui proposent des produits d'épargne aux citoyennes et aux citoyens.
01:36Et donc avec des labels sur ces produits d'épargne, sur ces produits financiers ?
01:41Oui, effectivement, l'association est gestionnaire du premier label financier qui a été créé en France, qui a bientôt 30
01:47ans, le label FinanSol, FinanSol pour finances solidaires.
01:52En l'occurrence, ce label, effectivement, labellise des produits d'épargne qui sont accessibles à tout un chacun.
01:57Alors si on reste sur cette thématique de l'épargne et de la finance, il y a beaucoup de labels
02:02financiers, soit publics, soit privés d'ailleurs, qui existent aujourd'hui ?
02:06Oui, alors il y en a quatre aujourd'hui, labels qui sont reconnus par la loi.
02:11Donc il y a deux labels publics, le label ISR pour investissement socialement responsable, le label Greenfin qui est l
02:16'investissement vert, le label CUS qui est géré par les syndicats qui pilotent l'épargne salariale et le label FinanSol.
02:24Donc les deux derniers, CUS et FinanSol, sont des labels privés.
02:27Mais reconnus par l'État quand même ?
02:29Absolument, qui sont reconnus par la régulation financière et donc qui servent de boussole, comme le disait ma voisine, aux
02:37citoyennes et aux citoyens qui veulent placer leur argent avec une vraie utilité.
02:41Marie-Amélie Stévenin, je parlais de maquis des labels, c'est un peu un cliché, mais c'est aussi une
02:46réalité ? Il y a des consommateurs qui sont souvent perdus ?
02:49Oui, bien sûr, c'est une réalité parce que les études marketing disent qu'un label ou une certification, c
02:57'est plus 10% de vente.
02:59Donc il y a un intérêt pour le professionnel, pour l'industriel qui vend un produit à aller se démarquer
03:06de ses concurrents en mettant un label.
03:08Donc il y a, j'allais dire, il y a label et label. Et il y a des labels qui
03:12ne sont pas indépendants.
03:13Il y a parfois aussi des indications qui sont portées sur le produit, qui sont confondues avec un label et
03:19qui du coup vont venir un peu tromper le consommateur ou en tout cas noyer l'information.
03:25Par exemple, quelque chose qui va être très général, genre produit de montagne, ce n'est pas un label, mais
03:31le consommateur peut penser que ce serait une indication.
03:34Donc oui, il y a beaucoup de labels et il faut pouvoir s'y retrouver.
03:36C'est quoi les qualités d'un label pour justement sortir de ce maquis et pour être efficace d'une
03:41certaine façon ?
03:42Un bon label, c'est d'abord un label qui a un vrai cahier des charges derrière, c'est-à
03:47-dire qu'il y a des obligations avec éventuellement des sanctions.
03:50C'est-à-dire qu'on peut rentrer dans un système où on va avoir cette certification, mais il y
03:54a aussi un système pour exclure ceux qui ne respectent plus le cahier des charges.
04:00Il va y avoir aussi une indépendance, c'est-à-dire que celui qui fait le label, celui qui audite
04:06l'entreprise qui demande le label, c'est un tiers qui va venir donner la certification.
04:12Parce que sinon, on voit bien qu'il y a un risque de conflit d'intérêts.
04:17Donc voilà, ça, c'est deux critères.
04:19Un bon label, c'est un label pour lequel le consommateur, il peut facilement trouver le cahier des charges, il
04:25peut facilement comprendre ce qu'il va y avoir derrière ces obligations.
04:28Si ce n'est pas transparent, c'est qu'a priori, il y a un loup.
04:32Comment ça se passe pour Finansol sur ces critères-là, la transparence, l'audit extérieur ?
04:36Oui, ce que disait Amandine est tout à fait exact.
04:38Alors, Finansol est un vieux label, il a aujourd'hui 30 ans.
04:42Alors, il est géré par un comité du label qui est lui complètement indépendant de l'association qui gère le
04:48label et qui ne fait qu'assurer le secrétariat du label.
04:52Donc, les décisions sont prises de manière indépendante par des membres qui sont choisis, n'ayant aucun lien avec les
04:59acteurs financiers qui, du coup, distribuent les produits d'épargne.
05:03Le règlement du label est disponible sur notre site web, il est public.
05:06Ça, c'est pour la transparence dont on parle.
05:08Absolument. Et je souscris complètement à ce qui a été dit. En fait, pour gérer un label, il ne faut
05:13pas avoir la main qui tremble.
05:15C'est-à-dire, pour délabelliser, par exemple, l'année dernière, nous avons délabellisé plus de produits que nous en
05:21avons labellisé.
05:22Alors que la croissance de l'épargne solidaire ne cesse d'être au rendez-vous chaque année.
05:28Et ça, c'est quand même très important pour un label.
05:30Ça veut dire que vous augmentez votre degré d'exigence d'une certaine façon parce qu'il y a de
05:34plus en plus d'acteurs de la finance qui veulent rentrer dans un label comme le vôtre ?
05:39Oui. Alors la finance est un sujet complexe et finalement peu appréhendé par les citoyennes et les citoyens.
05:48Donc, effectivement, on est dans un mouvement qui dure depuis plusieurs années où les gens veulent placer leur épargne sur
05:56des produits d'épargne qui ont du sens.
05:58Mais par contre, effectivement, on remonte notre exigence chaque année en mettant à jour notre règlement du label.
06:04Par exemple, on a mis en place tout un système d'exclusion des énergies fossiles pour les prochaines années.
06:09Et je pense que c'est ce que les gens attendent.
06:12Marie-Amandine Stévenin, sur l'impact des labels sur l'achat, vous avez commencé à l'évoquer tout à l
06:19'heure.
06:19Est-ce qu'il y a des critères qui influencent la capacité d'un label à inciter à l'achat
06:25?
06:26Peut-être que ça ne recoupe pas complètement ce que vous nous donniez tout à l'heure, d'ailleurs.
06:30Alors, on ne connaît pas exactement les critères qui vont influencer l'achat parce que...
06:35Vous disiez, ça fait augmenter les ventes de 10%.
06:39Les études marketing disent un label ou une certification, ça peut augmenter de 10%.
06:44Le problème, c'est que là où on n'a pas de détails, c'est est-ce que ça fait
06:49augmenter de 10% quand c'est un vrai label ?
06:51Ou est-ce que ça peut aussi augmenter de 10% quand c'est simplement une mention commerciale ?
06:55Parce que c'est ce que je disais, il faut faire attention.
06:56Il y a des mentions qui sont sur les produits ou sur des sites internet, d'ailleurs,
07:00qui viennent d'auto-certification de la société ou de choix de consommateurs élus produits de l'année,
07:07des choses comme ça, qui ne sont pas en réalité des labels.
07:10Et ça, on ne sait pas dans quelle mesure ça peut aussi influencer le choix du consommateur.
07:15Et malheureusement, dans ces cas-là, c'est un choix qui n'a pas été guidé par un label indépendant.
07:19Je vais vous poser la même question à tous les deux.
07:20Je commence avec vous.
07:21Est-ce qu'on peut, est-ce qu'on doit, est-ce qu'on le fait,
07:24renforcer l'encadrement public ou le contrôle sur les 10 labels ?
07:27Alors ça, c'est très, très intéressant.
07:30La question, c'est de savoir, est-ce qu'il faudrait des labels officiels, publics ou aussi des labels privés
07:36?
07:36Il n'y a pas de bonne réponse.
07:38Par contre, ce qui est certain, c'est qu'à partir du moment où il y a un label qui
07:43est posé sur un emballage,
07:44qui est posé sur une publicité, il faut absolument qu'on puisse,
07:48avec l'outil pratique commerciale trompeuse notamment,
07:52parce qu'on sait que ça va avoir influencé le consommateur,
07:55il puisse y avoir un contrôle de la force publique.
07:57Sur la question, est-ce qu'il faut un label officiel ou est-ce qu'il faut un label privé
08:01?
08:01Le label officiel, par exemple, on a l'agriculture biologique,
08:04qui est le plus ancien label, qui est un label officiel, et c'est très bien.
08:09On sait aussi qu'on va avoir des labels privés,
08:11je pense par exemple à Nature et Progrès,
08:13qui reprend exactement le cahier des charges d'agriculture biologique
08:17et qui va encore un peu plus loin,
08:19parce que aussi, quand on a un label privé,
08:21c'est-à-dire géré souvent par une association,
08:24on peut se permettre d'aller beaucoup plus loin que le consensus
08:27autour duquel le label officiel aura été créé.
08:30Patrick Sapier, est-ce qu'il faut renforcer l'encadrement public des labels financiers ?
08:36Je ne sais pas répondre à cette question,
08:37mais je vais quand même tenter une réponse.
08:41L'expérience du label FinanSol, c'est un label privé
08:43qui a été piloté par les acteurs,
08:46et finalement, il s'appuie sur les pratiques des membres.
08:49L'encadrement, il n'est pas là.
08:51D'ailleurs, je suis un peu méfiant sur l'encadrement.
08:53On a des exemples de labels publics,
08:55qui, après avoir été mis en place,
08:59se sont confrontés au foudre du lobbying,
09:03et on a assisté à des nivellements par le bas.
09:06Le fait d'avoir un label privé avec des acteurs exigeants,
09:09ça permet de renforcer la crédibilité du label.
09:12Ce n'est pas parce qu'on est un label public qu'on résiste mieux.
09:14Je ne crois pas.
09:16Par contre, faire en sorte que ce label soit reconnu par les textes réglementaires,
09:21je pense que c'est une bonne chose pour le label FinanSol.
09:23Une fois par an, on a un représentant de la Direction Générale du Trésor
09:26qui vient en tant qu'observateur au sein du comité du label
09:30pour assister aux délibérations et bien s'assurer
09:33que les membres du comité du label font bien leur boulot.
09:36Ça veut dire qu'il y a une alternative à un encadrement public,
09:41mais ça suppose quand même d'avoir mis en place une sorte de gouvernance du label.
09:46Je ne sais pas si c'est la bonne thématique, la bonne formulation,
09:50mais pour ne pas forcément être dépendant d'un encadrement public.
09:54Oui, il faut avoir une gouvernance efficace.
09:59Et chez nous, elle fonctionne parce que le label est reconnu par les textes réglementaires,
10:04parce que les représentants du Trésor assistent une fois par an
10:09aux délibérations du comité du label,
10:11et parce que l'association assure le secrétariat.
10:15Ça me semble très important.
10:15Marie-Amandine Stévenin, il y a plusieurs labels qui garantissent la même chose.
10:21C'est vrai pour la finance, c'est vrai pour l'alimentation, etc.
10:28Est-ce que c'est forcément pertinent ?
10:30Alors, il y a plusieurs labels qui vont garantir la même chose,
10:34mais pas avec le même degré d'exigence.
10:37Mais ça, est-ce que le consommateur le sait sans rencontre ?
10:40Justement, ça c'est notre rôle notamment en tant qu'association de défense des consommateurs,
10:44d'aller les informer sur ce qu'il y a réellement derrière un label.
10:50Je pense par exemple au débat qu'il y a pu y avoir sur le label HVE,
10:54haute valeur environnementale, qui était un label officiel,
10:57et derrière lequel nous, dès le début, on a dit
10:59« Attention, le cahier des charges n'est pas assez exigeant ».
11:01Je pense que le procès qui a eu lieu là, au tribunal correctionnel de Marseille,
11:05montre qu'effectivement, on manquait d'ambition avec ce label.
11:09Mais c'est vraiment une difficulté aussi de venir informer le consommateur
11:14et de dire « Attention, ce label-là et celui-ci, ils se ressemblent,
11:17mais ils ne garantissent pas la même chose
11:19parce qu'il y a un cahier des charges derrière qui est beaucoup plus exigeant ».
11:21Et ça, c'est aussi le rôle de celui qui porte le label,
11:25d'aller informer sur la valeur de ce label.
11:28Est-ce qu'il y a encore des nouveaux labels à inventer ?
11:30Ah, c'est une question intéressante.
11:32Parce qu'on dit qu'il y en a trop, c'est un maquis, on s'y perd un peu.
11:35Mais il y a peut-être encore des secteurs qui ont besoin d'une labellisation, justement.
11:40Alors là, comme ça, je sais qu'il y a des secteurs
11:42dans lesquels il y a beaucoup plus de labels que d'autres.
11:43L'alimentation, par exemple, c'est vraiment un secteur
11:46dans lequel il y a énormément de labels,
11:48alors que sur le cosmétique ou sur les produits ménagers,
11:52il y a quand même un peu moins de labels.
11:55Mais il y a des très bons labels déjà en cosmétique et en produits ménagers,
11:59donc peut-être que ce n'est pas nécessaire d'en créer d'autres.
12:01Patrick Sapil, on parle de finances responsables, de finances durables.
12:05Quand je cherche des chiffres, j'ai toujours ce 1%.
12:10Et j'ai l'impression que c'est le même depuis 10 ans.
12:13Alors soit parce qu'on a un peu de mal à l'évaluer,
12:15soit parce qu'il y a un plafond de verre de la finance responsable.
12:19Alors si on regarde tout le secteur de la finance durable,
12:22aujourd'hui c'est un peu plus de 1%.
12:24L'Europe est assez championne de produits de finances durables.
12:27Mais quand on zoome sur la finance solidaire,
12:30effectivement notre ambition c'est d'atteindre 1%.
12:32On n'y est pas encore, on en est à la moitié.
12:35Les produits d'épargne labellisés représentent à peu près 30 milliards d'euros.
12:38Aujourd'hui, alors ça peut paraître un chiffre évidemment très important,
12:41mais quand on les compare aux 6500 milliards d'euros d'épargne des Français,
12:45vous voyez on a encore du chemin à faire.
12:46Et juste mettre 1% de son épargne dans des produits solidaires
12:49qui vont apporter des solutions aux gens,
12:51la petite enfance, le grand âge, la transition écologique,
12:56et plein d'autres choses, la transition énergétique,
12:59ça me semble finalement pas beaucoup.
13:01Oui, et c'est vrai que ces 6500 milliards d'épargne des Français,
13:05on a l'impression que c'est une sorte de pactole
13:07vers lequel les politiques se tournent de plus en plus.
13:11Ça vous inquiète ou vous dites,
13:12oui il y a là un levier de transformation qu'on doit utiliser ?
13:15Je trouve que l'épargne privée est un levier pour développer des choses,
13:18il faut évidemment une volonté politique pour pouvoir le faire,
13:21il faut avoir des axes pour pouvoir le faire,
13:23il ne faut pas que cela change tous les 4 matins,
13:25forcément parce que c'est de l'épargne longue.
13:27Alors il y a aussi un sujet,
13:28c'est l'acculturation des Françaises et des Français,
13:31au fait que leur épargne sert à investir dans des entreprises,
13:34fustelles des entreprises sociales.
13:36Et ça on a aussi beaucoup de chemin à faire sur cette question d'éducation financière.
13:40Merci beaucoup à tous les deux,
13:42bon sommet de la mesure d'impact et à bientôt sur Be Smart for Change.
13:47Notre émission spéciale continue,
13:48on parle tout de suite de l'économie du développement.
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