- il y a 1 an
Chaque jour, des centaines de milliers de petits colis venus de Chine inondent l’Europe. Face à ce raz-de-marée logistique aux impacts sociaux, environnementaux et économiques majeurs, l’Union européenne prépare une riposte : nouvelle taxe, traçabilité, sensibilisation des consommateurs. Mais les outils sont-ils à la hauteur pour défendre le commerce local et freiner la "very fast fashion" ?
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00:00Comment lutter contre la multiplication des petits colis venus de Chine ?
00:11Voilà le thème de notre débat avec Laure Brunet-Ruinard de Brimond. Bonjour.
00:14Bonjour Thomas.
00:15Bienvenue. Vous êtes déléguée générale de la Confédération des commerçants de France.
00:18Et Nassima Ouramoun, bonjour.
00:21Bonjour Thomas.
00:21Bienvenue à vous aussi. Vous êtes professeure en marketing et culture de la consommation à la Kedge Business School.
00:27Je vais commencer par le constat, ces volumes de petits colis essentiellement venus de Chine qui explosent.
00:34Si on prend simplement deux marques de l'ultra fast fashion chinoise Shine et Temu qui affrètent l'équivalent de 90 avions cargo par jour.
00:44On monte même à 108 si on intègre AliExpress.
00:47Et TikTok, ça représente plus de 9000 tonnes de marchandises quotidiennes.
00:51Laure Brunet-Ruinard de Brimond, on peut parler d'un déferlement.
00:54Est-ce que c'est un déferlement qui va grandissant ?
00:57Si on regarde un peu la tendance, peut-être sur un ou deux ans ou même sur ces derniers mois.
01:01Tout à fait. La tendance est croissante en Europe.
01:04Nous sommes devenus le marché de repli de ces plateformes en raison des droits de douane qui ont été imposés aux Etats-Unis.
01:10Les exportations depuis début 2025 ont chuté de 65% vers les Etats-Unis.
01:15Et elles ont déjà augmenté de 28% vers l'Europe et plus particulièrement vers la France.
01:20On est aujourd'hui à 20 avions cargo qui arrivent chaque jour sur notre territoire pour livrer des produits qui viennent de Chine en provenance de ces plateformes.
01:28Et ce sont donc le plus souvent des petits colis. On y reviendra.
01:33C'était déjà une tendance qui existait auparavant quand même ?
01:36Absolument. En fait, il y a un élément quand même structurel qui est que la mode notamment et le développement des réseaux sociaux,
01:45on est dans une économie visuelle où les consommateurs finalement ont besoin d'un espèce de renouvellement constant de leur garde-robe pour apparaître.
01:53Et donc, dans un contexte conjoncturel qui dure de tensions sur le pouvoir d'achat,
02:01la fast fashion commence à vraiment devenir structurante des habitudes des consommateurs français,
02:07ce qui est inquiétant pour moultre de raisons.
02:11C'est intéressant. On parlait déjà de fast fashion. Moi, je dis ultra fast fashion ou fast fast fashion.
02:15Effectivement, c'est plus difficile à prononcer. Donc, je dis ultra fast. C'est quoi la différence ?
02:18La différence, c'est que par exemple, dans la manière de concevoir, et c'est très important d'expliquer ça aux consommateurs,
02:26on a des IA quand il s'agit de Cheyenne ou Temu qui vont finalement remplacer toute notion de design de produit
02:35et qui vont tester sur des mannequins qui sont aussi virtuels.
02:40Donc, il y a une déshumanisation du process qui est importante pour essayer de capter le consommateur en mettant très rapidement.
02:46Donc, c'est vraiment fast fast. Encore plus fast que Zara, si vous préférez.
02:51Des designs qui sont visibles en ligne et vont mesurer combien de clics, en fait, ça a généré pour produire le plus rapidement possible,
02:59arriver le plus vite possible, encore une fois, chez le consommateur.
03:02Donc, il y a cette notion de gratification instantanée qui commence à s'imposer.
03:06Et puis, vous aurez remarqué aussi que la livraison se faisait chez le commerçant.
03:12Donc, il y avait un contact. On pouvait éventuellement acheter quelque chose chez le commerçant, nouer contact.
03:17Désormais, on a aussi des espèces de murs de casiers un peu dépersonnalisés en dehors des villes où on va récupérer son colis.
03:25Donc, il y a une course, en fait, qui s'est instaurée.
03:28Donc, ce n'est quand même pas la même chose que Zara, bien qu'on puisse, évidemment, avoir des critiques fortes sur la fast fashion aussi.
03:34Oui, évidemment, avec une question presque de contrefaçon aussi.
03:38Parce que ces IA, elles nourrissent leur nouveau modèle à partir de ce qui a été créé par des marques depuis des années.
03:45On en parle souvent, d'ailleurs.
03:46On retrouve de façon assez régulière des produits contrefaits.
03:49Parfois, ce n'est même pas caché puisqu'on retrouve les logos, d'ailleurs, des marques sur ces sites-là vendus à des prix cassés.
03:56Et c'est un vrai problème pour les commerçants français qui, eux, créent de l'emploi, payent leurs impôts, payent de la TVA, créent du lien social, etc.
04:05Mais au-delà de la fast fashion dont on parle beaucoup et qui est discutée actuellement au Sénat...
04:10Il n'y a pas que la mode.
04:11Voilà. Nous, on parle d'ultra-fast product parce qu'il y a effectivement la mode.
04:16Chine, on est l'exemple phare, mais on a tous les autres produits, les jouets, le bricolage, la décoration, tous ces produits-là et fournitures scolaires
04:25qui, bien souvent, en plus, s'adressent à des enfants et qui ne sont pas conformes.
04:30C'est la ministre qui le disait.
04:3194% de produits sont non conformes dans 66% pour dangerosité.
04:36Et c'est énorme.
04:37Alors là, ça ne concerne pas la mode, mais ça concerne plutôt les produits dont vous parliez.
04:42De façon générale, parce que les produits qu'on achète sur Chine contiennent des substances toxiques.
04:47C'est une cause de non-conformité.
04:48Eux aussi sont non conformes et potentiellement dangereux.
04:50Ils sont dangereux.
04:51Alors, dans les solutions, on va reparler peut-être de la PPL qui est discutée en ce moment au Sénat
04:55et qui porte uniquement sur la mode, sur le prêt-à-porter.
04:58Mais il y a cette histoire de petits colis, alors, Bruné, Runa de Bribon.
05:03La solution, elle est quoi ? Elle est européenne ?
05:05C'est-à-dire qu'il faut mettre en place une taxe, un surcoût sur ces petits colis ?
05:10Alors, si on doit mettre des droits de douane ou une taxe, c'est obligatoirement européen
05:16parce que c'est la loi, le droit européen qui prévaut.
05:18Donc là, on est soumis au calendrier de Bruxelles.
05:21Il y a d'ailleurs une proposition de mettre une taxe.
05:24Ce n'est pas une taxe, ce sont des frais de gestion un petit peu de 2 euros sur les petits colis.
05:28Mais c'est une proposition qui a été faite, qui n'a pas encore été votée
05:32et qui devra, lorsque le vote aura lieu, être transposée, intégrée, transposée dans chaque droit local.
05:39Voilà. Donc, c'est une bonne idée, mais ce n'est pas pour tout de suite.
05:43Il y a augmenté les contrôles.
05:45Ça, c'est la ministre, Mme Louvagi, qui en a parlé.
05:48Elle veut tripler les contrôles et c'est bien de tripler les contrôles.
05:51Mais on a 800 millions de colis qui arrivent en France de moins de 550 euros.
05:55Comment voulez-vous contrôler tout ça ?
05:56Oui, même si la DGCCRF travaille très bien, elle n'a pas suffisamment de moyens pour le faire.
06:02Elle travaille très bien, mais ça n'est pas possible.
06:04Ça n'est pas possible.
06:05Nous, on a une ligne qui est assez claire.
06:09C'est qu'on demande l'application de la même loi pour tous.
06:12En France, si un commerçant est contrôlé par les services de la DGCCRF
06:17avec 94% de colis de produits non conformes et 66% dangereux,
06:22le commerce, il serait fermé.
06:23On a aujourd'hui des plateformes qui ne respectent pas non plus les prix de référence,
06:30qui utilisent des dark patterns, ce qui est absolument interdit.
06:33C'est quoi un dark pattern ?
06:34Les dark patterns, ce sont des processus qui sont utilisés pour influencer l'acte de consommation.
06:40Ça va être des incitations à l'achat, des faux comptes à rebours, des faux stocks,
06:44attention, dernière pièce, et la législation sur les sols qui n'est pas respectée.
06:48Donc aujourd'hui, la DGCCRF, elle fait des mises en demeure,
06:51mais ce n'est pas assez. Lorsque le business total complet d'une plateforme...
06:56Donc c'est l'État qui doit décider de partir dans un bras de fer avec la Chine en disant
06:59qu'on va interdire ces produits sur notre sol. C'est ce que je comprends.
07:03Moi, je vais même plus loin. Je dis qu'il faudrait déréférencer ces sites.
07:08Ça a été fait en 2021 pour Wish.
07:10À partir du moment où ce n'est pas un ou deux produits non conformes,
07:13mais que c'est l'ensemble du site qui repose là-dessus,
07:15il faut être ferme et supprimer les sites des moteurs de recherche.
07:19Bon, mais il faut quand même qu'on se pose la question de notre responsabilité,
07:23nous consommateurs, Nassima Ouamoun,
07:25parce que si ça marche aussi bien, c'est qu'on les achète, ces produits.
07:28Même s'il y a plein de procédés qui sont mis en œuvre pour nous inciter à le faire,
07:32on a quel rapport à ce low-cost et à ces produits finalement qui viennent de loin et qui ne coûtent pas cher ?
07:39J'ai envie de dire qu'effectivement, c'est très difficile.
07:43Cette acculturation au prix bas et cette envie de renouvellement sont devenus des traits culturels.
07:50On est quand même, bon, je reviens à la mode qui est mon centre d'expertise, on va dire,
07:54mais je vois bien le sujet du jouet.
07:58C'est l'éducation qui va primer désormais et ça doit commencer très très tôt.
08:02Ça veut dire qu'aujourd'hui, les consommateurs n'ont plus vraiment notion.
08:07Ils savent à peu près que c'est mal coupé,
08:09ils savent à peu près qu'ils achètent quelque chose qui n'est pas cher mais qui n'est pas de bonne qualité,
08:13mais ils ne se doutent pas à quel point c'est de très mauvaise qualité.
08:16Vous voyez ce que je veux dire ?
08:17Et on a deux tendances contraires en France et donc il faut qu'on construise sur la deuxième.
08:22On a aussi Vinted qui fonctionne très bien,
08:24des gens qui sont intéressés par la seconde main,
08:27qui commencent à comprendre les enjeux et la responsabilité individuelle
08:30en termes écologiques.
08:32Mais on sait aussi que, par exemple, les campagnes de Cheyenne très récentes,
08:35de Riposte, qui ont été sur le privilège d'accéder à la mode,
08:40n'est pas un privilège et très bien senti pour le coup.
08:43Pourquoi ce sont seulement ceux qui ont les moyens qui peuvent se payer ?
08:46Parce que les études montrent aussi qu'en termes de pollution, notamment,
08:50les 10% les plus aisés sont responsables de 50% de la pollution.
08:54Et donc sur ce type de registre, les consommateurs se déculpabilisent.
08:59Il s'agit de ne pas les culpabiliser, mais aussi de les éduquer très tôt.
09:03Comme on a des semaines du goût pour que nous, Français, on continue d'apprécier la bonne nourriture
09:10et la distinguer du reste qui est transformé, on doit avoir à l'école très tôt
09:14cette incitation à comprendre que le polyester ou que ce qu'on met sur sa peau
09:20doit être aussi safe et bon que ce qu'on met, ce qu'on ingère.
09:27Et c'est quand même quelque chose de long terme.
09:30Donc on a des quick fixes, des solutions rapides comme ça,
09:35et qui sont importantes, je pense, parce qu'effectivement les dégâts sont importants.
09:40Mais sur le côté social, on va dire, c'est un travail de long terme pour requalifier.
09:45Nos étudiants ne savent plus ce que c'est qu'un vêtement de bonne qualité, notamment.
09:51Cette proposition de loi qui est discutée au Sénat, donc elle porte sur la mode.
09:55Qu'est-ce que vous en attendez ?
09:57Une interdiction de la publicité, même si on sait que ça ne va pas pouvoir s'appliquer tout de suite.
10:03On a attendu un an entre le vote à l'unanimité à l'Assemblée nationale
10:08et le moment où ça a été discuté au Sénat.
10:10Un an.
10:11Il y a eu un peu de chaos politique entre-temps.
10:14Mais pas que.
10:15La mesure a été quand même passablement détricotée,
10:18et notamment en termes de publicité.
10:20Il avait été voté une interdiction totale de la publicité.
10:24Ça avait été réduit aux seuls influenceurs.
10:26C'était déjà ça, puisque c'est vrai que ça faisait beaucoup de dégâts.
10:29L'interdiction totale a été réintroduite, ce qui est bien.
10:32On en est très satisfait.
10:34Le problème, c'est que derrière, il va falloir que ça repasse en commission mixte paritaire.
10:39Ensuite, il va falloir que ce soit visé par le Conseil constitutionnel.
10:42Puis la France veut le soumettre à l'Europe avant de pouvoir...
10:45Enfin, on sait que ça ne va pas arriver tout de suite.
10:48Chaque mesure qui arrive est une bonne nouvelle,
10:51parce qu'on est vraiment dans une situation d'urgence absolue.
10:55On parlait justement de la piètre qualité des pièces.
10:59L'ADEME nous dit que 35 vêtements sont jetés par jour en France.
11:05Alors qu'on a un circuit de mode circulaire,
11:07on a un circuit de recyclage qui est censé être efficace en France,
11:10qui ne peut plus l'être, parce qu'ils sont noyés dans les vêtements jetables.
11:15Ils sont achetés sur ces plateformes.
11:16Vous avez dit 35 vêtements.
11:1835 vêtements par seconde sont jetés toutes les secondes en France.
11:27D'accord, ok.
11:28Et dont on ne peut rien faire.
11:30Alors qu'effectivement, il y a des vêtements qualitatifs
11:32qu'on peut acheter sur des plateformes de seconde main.
11:35On peut porter, qu'on peut revendre pour en racheter d'autres.
11:38Enfin, il y a d'autres circuits qui existent.
11:40Là, on est vraiment sur du jetable.
11:41Vous achetez, vous portez, vous lavez une fois et c'est poubelle.
11:44Merci beaucoup.
11:45Merci à toutes les deux et à bientôt sur Bismarck.
11:48For Change, on passe tout de suite à notre rubrique Startup.
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