00:00L'invité de ce Smart Impact c'est Léna Fréjaville, bonjour.
00:10Bonjour et merci pour cette invitation.
00:11Bienvenue, vous êtes coordinatrice du projet Transition des pêches chez Bloom Association
00:16que vous nous présentez en quelques mots même si on a déjà reçu Bloom ici.
00:21Oui, Bloom Association c'est une association, d'ailleurs on dit Bloom en fait,
00:26c'est une association qui a été créée par Claire Nouvian en 2005 et dont la mission principale
00:31est la protection des océans, de ces écosystèmes, de tous les habitats qu'on peut y trouver.
00:37Et donc pour ça on utilise plusieurs outils, des outils de recherche, on fait de la mobilisation citoyenne,
00:42on fait aussi des cas juridiques et tout ça pour une mission qui est fondamentale, protéger l'océan
00:47parce que je le rappelle, l'océan c'est d'abord le milieu qui héberge la vie,
00:53il n'y a pas de vie sur terre sans océan, la vie commence au départ pour apparaître dans la mer.
00:58C'est un puits de carbone très important, on a souvent tendance à l'oublier.
01:01Et tout à fait, ça c'était mon deuxième point, en fait c'est un puits de carbone,
01:05l'océan en fait régule le climat et il absorbe jusqu'à 30% de nos émissions de CO2.
01:10Donc il n'y a pas de lutte contre le changement climatique sans protection de l'océan,
01:14ça c'est fondamental à retenir.
01:16Et donc parmi vos activités, effectivement ces études, ces rapports,
01:19ce rapport intitulé « S'affranchir du chalut », donc on va parler de la pêche, du chalutage,
01:24ce rapport a été publié le mois dernier, un mot de la méthodologie en quelques secondes
01:29et puis ensuite la leçon principale que vous en tirez.
01:31Oui, tout à fait.
01:32Donc c'est un rapport qui a été sorti en mars et qui se base sur des faits scientifiques,
01:37ça c'est très important pour Bloom.
01:39Donc ce sont des études au départ qui sont menées par des chercheurs de l'Institut Agro
01:43et du Muséum National d'Histoire Naturelle.
01:46Et leur point de départ, donc toujours dans une optique de protection des océans
01:49et de gestion des pêches, c'est de regarder finalement quels vont être les différents impacts
01:54des différents types de pêches qui existent en France.
01:57Et donc pour rappel quand même sur l'impact de la pêche,
02:00en 2019, l'IBES, qui est l'équivalent du GIEC mais pour la biodiversité,
02:05nous dit que la pêche est l'activité qui a eu le plus d'impact relatif sur l'océan depuis 1950.
02:11Donc voilà, c'est déjà important de repartir de ce point-là.
02:14Donc ce que ces chercheurs font, c'est un bilan pour comparer différents impacts
02:18sur différentes dimensions, une dimension environnementale,
02:22une dimension sociale et une dimension économique.
02:26Donc ils regardent plusieurs indicateurs et la leçon, la grande leçon de leur étude,
02:31c'est de constater que le chalutage, dont on pourra réexpliquer les modalités,
02:35le chalutage est la technique qui a le pire impact,
02:40tant d'un point de vue environnemental, social qu'économique,
02:42et en particulier le chalutage de fonds.
02:43Oui, avec cet impact social et économique,
02:47un chalutage qui coûterait jusqu'à 11 milliards par an à notre société.
02:51Comment on arrive à ce chiffre ?
02:52Comment on calcule ? Ça ne doit pas être si simple.
02:54Alors ça, c'est un chiffre d'une autre étude de Henrik Salak,
02:57un chercheur américain.
02:59Donc c'est une méthodologie un petit peu différente.
03:01Nous, ce qu'on voit, c'est que le coût du chalut,
03:04donc effectivement, il est environnemental,
03:06on ne l'a pas forcément monétisé,
03:08mais il est également économique.
03:11En fait, le chalutage va créer bien moins d'emplois,
03:14par exemple, que d'autres techniques qu'on va appeler les arts dormants.
03:18Donc là, on va parler de filets, de lignes, de casiers,
03:22où en fait, c'est le poisson qui va venir à la part,
03:25et donc il va créer moins d'emplois.
03:28Il va être moins rentable, et par ailleurs,
03:31en fait, c'est un modèle qui est extrêmement énergivore,
03:34parce qu'il faut tirer un filet qui est lourd,
03:36qui est lesté, qui est traîné sur les fonds,
03:39et ça, ça veut dire qu'on consomme du carburant.
03:42Pourquoi ce modèle s'est imposé ?
03:44Oui, alors juste pour finir, par rapport au carburant,
03:46en fait, il y a une détaxe sur la consommation du carburant
03:50qui fait qu'il y a une subvention importante au final pour le chalutage.
03:52Et donc le modèle du chalutage s'est imposé, en fait, en après-guerre,
03:57à partir de 1950, où le gouvernement a décidé d'industrialiser ces flottes,
04:04de les moderniser, et donc le chalutage permet de rapporter
04:07un maximum de poissons en minimum de temps,
04:09et c'est pour ça qu'on l'a favorisé.
04:11Alors, vous faites un certain nombre de propositions
04:13pour s'affranchir du chalutage.
04:16Je vais poser d'abord une question générale,
04:18parce que toutes ces propositions, elles sont pensées scientifiquement, etc.
04:23Mais est-ce que ça suppose déjà de consommer moins de poissons ?
04:27Vous voyez ce que je veux dire ?
04:28C'est-à-dire que si on se dit, ok, il faut se débarrasser du chalutage
04:31parce que l'impact économique, l'impact écologique est désastreux,
04:35et j'en suis convaincu, est-ce que ça veut dire
04:36qu'il faut collectivement se poser la question de notre consommation ?
04:39Il faut évidemment se poser cette question.
04:41Donc nous, on n'appelle pas à l'arrêt de la consommation.
04:43En revanche, on mange trop de poissons.
04:45Donc globalement, en France, par an et par habitant,
04:48on mange 33 kg de produits de la mer,
04:50donc ça inclut d'autres par exemple des produits de l'aquaculture,
04:52pas que de la pêche,
04:53et 24 kg de poissons.
04:56Dans une optique de responsabilité environnementale,
04:59on devrait aller jusqu'à 8 kg.
05:02Donc ça voudrait dire diviser par 4 notre consommation.
05:05Et si on regarde maintenant un facteur santé,
05:07l'Anceste recommande qu'on mange jusqu'à maximum 20 kg.
05:10Donc on mange trop.
05:12Par contre, on mange trop de produits d'importation.
05:14Et ça, c'est très important de le dire également.
05:1680% de ce qui arrive dans nos assiettes,
05:18c'est de l'importation.
05:19Et donc nous, on n'appelle pas du tout
05:20à une diminution forcément de la pêche en France.
05:22Ce n'est pas le cas.
05:23Et c'est pour ça que dans une optique de transition,
05:25nous, on veut préserver cet aspect de consommation locale.
05:28Vous proposez une déchalutisation progressive.
05:32Ça passerait par quoi ?
05:33Tout à fait.
05:33Alors la déchalutisation progressive,
05:35c'est de se dire comment on fait pour pêcher autrement.
05:38Et donc là, les chercheurs de l'Institut Agro font une simulation
05:42et ils regardent espèce par espèce.
05:45Quelles sont les espèces qui sont pêchées par des chaluts de fonds
05:48qui pourraient en fait être pêchées par des filets,
05:50des lignes et des casiers,
05:51donc par des techniques qui impactent moins.
05:53Et ce qu'ils voient, c'est que 85% des volumes
05:57qui sont capturés par ces techniques très impactantes
05:59pourraient en fait déjà être pêchés par d'autres engins de pêche.
06:04Donc une transition est possible en utilisant deux outils moins impactants.
06:08Est-ce que, pardon de poser des questions de consommateurs,
06:10mais est-ce qu'au final, ça voudrait dire que ces poissons,
06:13ils vont être payés plus cher par le consommateur ?
06:15Est-ce qu'il faut accepter l'idée qu'on va peut-être manger moins de poissons
06:18et que ça nous coûtera plus cher ?
06:19Parce que derrière, on revient sur les questions qui sont centrales
06:23sur la transition environnementale,
06:25qui est la question de l'acceptabilité par les citoyens.
06:27Tout à fait.
06:28Alors aujourd'hui, nous, notre étude,
06:30elle ne donne pas encore de détails sur les prix.
06:33Donc ça, ça sera la prochaine étape.
06:35Mais effectivement, il faut aller dans cette logique
06:37de se dire, il faut manger moins, de meilleure qualité.
06:42Et donc du coup, manger moins veut dire aussi, in fine,
06:45un budget peut-être qui peut se réduire ou se maintenir sur le poisson.
06:49Autre proposition, la sanctuarisation de la bande côtière.
06:53Ça veut dire quoi, ça ?
06:54Alors effectivement, là, on est sur un sujet de conflit d'espace en pêche.
06:58C'est une mesure qui est souvent assez populaire auprès des petits pêcheurs artisans.
07:03Et c'est le fait de se dire, eh bien, pourquoi pas garder un espace,
07:07réserver un espace aux pêcheurs artisans.
07:10Et donc, finalement, emmener les navires de plus de 25 mètres
07:15au-delà de la bande côtière.
07:17Donc c'est la bande des 12 premiers milles nautiques.
07:20Et ça, pour empêcher, en fait, une sorte de concurrence
07:23entre différents types de pêche
07:24et laisser la petite pêche pêcher tranquillement.
07:27Le chalut de fond, ça emporte tout ?
07:31Ça emporte aussi la flore marine, d'une certaine façon ?
07:37Et alors, je dis emporte tout,
07:39parce que est-ce que ça emporte aussi les petits,
07:41les bébés poissons, ce qu'on appelle les juvéniles ?
07:44Alors, le chalut de fond, qui va venir racler,
07:47déjà, il faut avoir en tête qu'en France,
07:49on est signé que c'est une abrasion sur environ 670 000 km².
07:53Et donc, ça consiste, en fait, à racler un filet.
07:59Et donc, ça emmène, effectivement, des habitats, la flore marine.
08:01Et donc, sous l'eau, souvent, on parle de forêts animales.
08:03Ça va être des forêts qui sont constituées d'animaux
08:06qui forment des structures tridimensionnelles
08:09et, en fait, qui hébergent la vie.
08:10Donc, quand on racle les fonds, on héberge la vie,
08:12on détruit des invertébrés, des animaux bintiques.
08:16Et ça, c'est un impact énorme, oui, sur la biodiversité.
08:19Et donc, on piège toutes sortes de poissons,
08:23même les plus petits, c'est ça ?
08:25Oui.
08:26Ça ne passe pas à travers des mailles du filet, par exemple,
08:27pour des questions de délégation, mais c'est l'idée.
08:30Non, non, tout à fait.
08:31Alors, ça, ce n'est pas uniquement le cas du chalut de fond.
08:33C'est ça qui est terrible.
08:34Globalement, tous les types de chalut
08:35sont finalement les moins sélectifs.
08:37Mais comment on les protège, les plus jeunes, les poissons ?
08:41Les plus jeunes, eh bien, il faut définir,
08:43enfin, il faut respecter le fait qu'il y a une taille minimale
08:46à partir de laquelle il ne faudrait pas pêcher, en fait,
08:49pour laisser ces petits poissons, finalement, vieillir,
08:52grandir dans l'eau et se reproduire
08:54et assurer la survie des stocks.
08:56Et alors, là, je reviens à ma question.
08:57Est-ce que c'est compatible avec une pêche rentable ?
09:00Oui, parce qu'en fait, l'idée, c'est de se dire
09:02on laisse pêcher, pardon, on laisse grandir et vis-à-dire les poissons.
09:07Et ça, ça nous permettra, finalement, de pêcher la même chose,
09:11mais du coup, moins d'unité, entre guillemets.
09:13Et par ailleurs, ça permet une régénération des stocks,
09:15donc plus de poissons.
09:17Je termine avec...
09:19Parce que, finalement, derrière ça, il y a un secteur économique,
09:22il y a des pêcheurs, il y a des pêcheurs français.
09:24Est-ce que ça suppose forcément que les pouvoirs publics
09:27accompagnent cette transition ?
09:29Et si oui, comment ?
09:30C'est essentiel, c'est essentiel.
09:32Nous, déjà, on est assez, je peux le dire, choqués
09:35de voir qu'il faut attendre un rapport, typiquement,
09:37d'une association comme la nôtre
09:39pour avoir des résultats scientifiques
09:41sur la transition sociale-écologique des pêches.
09:43Donc oui, c'est indispensable.
09:45On n'a pas aujourd'hui de feuille de route, justement,
09:47de transition durable du secteur.
09:49Aujourd'hui, 700 millions d'euros ont été annoncés
09:52par Emmanuel Macron à travers un contrat de filière
09:55pour le secteur de la pêche.
09:56Et en fait, on va parler surtout de modernisation des flottilles,
09:59donc de plus d'appareillages électroniques,
10:01de plus de performances et du coup, de plus de pression de pêche.
10:05Et donc, cet argent-là, il pourrait être utilisé à quoi et comment ?
10:09Eh bien, tout à fait, il pourrait être utilisé pour, par exemple,
10:11de la reconversion de navires.
10:13Donc là, on sait déjà qu'on pourrait passer de certains types de chaluts
10:16à d'autres engins de pêche, donc reconvertir des navires,
10:19mais aussi accompagner, en fait, les pêcheurs, les former,
10:22faire de la formation à certaines pratiques de pêche
10:24et puis accompagner toute l'évolution de la filière aussi.
10:27Parce que là, on parle de pratique,
10:28mais effectivement, tout ce qui se passe après, on avale.
10:31Merci beaucoup.
10:32Merci Léna Fréjaville et à bientôt sur Be Smart for Change.
10:34On passe tout de suite à notre Zoom.
10:36On va parler d'éducation au numérique.
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