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  • il y a 9 minutes
Ce vendredi 10 avril, Aurélien Saintoul, député LFI et co-rapporteur de la Mission d'information sur les dépendances militaires, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur la dépendance militaire de la France par rapport à l'étranger. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La France a-t-elle la capacité d'être dépendante en matière d'armement ?
00:04Cette question a été posée à l'Assemblée Nationale, on est avec Aurélien Saint-Toulle.
00:09Bonjour, vous êtes député LFI des Hauts-de-Seine, vous êtes co-rapporteur de la mission d'information sur les
00:14dépendances militaires de la France vis-à-vis de l'étranger.
00:17Vous avez rendu les conclusions le 1er avril dernier.
00:20Le premier constat, mais Sébastien Lecornu s'en était déjà ému, c'est qu'on a un problème sur les
00:25munitions.
00:25Oui, alors le problème il est global, il ne porte pas spécifiquement sur les munitions, il porte en réalité, moi
00:32je dirais deux choses.
00:34Le premier résultat du rapport, c'est que sur les grandes plateformes, les grands objets, les bateaux, les avions évidemment,
00:42les choses comme ça,
00:43quand on a des dépendances, on le sait, ce sont des trop gros objets pour qu'on passe à côté.
00:48En revanche, quand on rentre dans la chaîne des sous-traitants, ça devient vite difficile d'identifier.
00:54Donc on a un besoin d'identification du problème.
00:58Vous avez des grands prestataires, des grands fournisseurs, vous les connaissez,
01:02qui quand ils remontent dans leur chaîne, vont arriver au rang 2, rang 3 et alors rang 4, alors là
01:07c'est compliqué.
01:08Qu'est-ce que vous avez identifié précisément ?
01:09Précisément, je ne peux pas justement vous rentrer dans le détail pour vous dire que tel ou tel grand fournisseur,
01:15major de l'armement, n'est pas capable d'arriver au rang 4 sur tel ou tel objet.
01:20Mais on sait que là, il y a un travail de cartographie, d'identification sur les chaînes d'approvisionnement
01:26qui est nécessaire, indispensable.
01:28Évidemment, plus vous remontez haut dans la chaîne d'approvisionnement,
01:31plus vous arrivez sur carrément des matières premières, des matériaux critiques.
01:35Et là, les capacités à être carrément indépendantes, elles sont très très difficiles,
01:41puisque dans le cas des matières premières, on est quand même tributaire de la répartition géographique de ces choses-là.
01:47Ce qui implique d'avoir une politique économique, une diplomatie économique qui est très active, évidemment,
01:56et qui est complexe.
01:57On ne peut pas avoir une solution miracle, tirer du chapeau.
02:00Mais enfin, c'est un des problèmes.
02:02Anézia, vous parlez de diplomatie, on est dépendant de quel pays ?
02:05On est dépendant sur les matériaux.
02:07Très souvent, on est dépendant de la Chine.
02:09Il faut se le dire tranquillement, le pays clé dans ce domaine-là, c'est la Chine.
02:15En revanche, il y a quand même toute une série de pays dans lesquels on pourrait ou avec lesquels on
02:19pourrait avoir des échanges,
02:20des partenariats qui ne sont pas la Chine.
02:24Il y a le Brésil, par exemple.
02:26Vous avez toute une série aussi de matériaux de terres rares, etc., qui peuvent être répartis un petit peu partout
02:30dans le monde.
02:31Je donne l'exemple du Brésil parce que récemment, les États-Unis ont commandé ou ont bloqué la production de
02:40toute une énorme mine,
02:41qui s'appelle Syrah Verde, peu importe, l'Europe s'était positionnée pour essayer d'acheter ce matériel, enfin cette
02:48ressource.
02:49Les États-Unis sont arrivés avec une offre qu'on ne peut pas refuser d'une certaine façon en disant
02:53« j'achète toute la production pendant deux ans, je crois », et donc la possibilité de s'approvisionner au
02:58Brésil nous est passée sous le nez.
03:00Donc là, il y a forcément quelque chose de la coordination européenne, de la rapidité d'action.
03:06Ce qui est certain, en tout cas, c'est que les cadres mentaux qui ont prévalu dans l'Europe libérale
03:11sont en train de sauter ou doivent sauter.
03:13Mais quel rapport avec l'Europe libérale ?
03:15Le rapport avec l'Europe libérale, c'est qu'aujourd'hui, si vous voulez avoir une stratégie globale d'indépendance,
03:23vous devez subventionner, planifier, protéger le marché, etc.
03:27C'est-à-dire qu'à la fin de votre rapport, la conclusion, il est vachement bien votre rapport,
03:33mais la conclusion que vous, vous avez, c'est de dire qu'il faut subventionner.
03:37Vous ne dites pas qu'on a besoin de capitaux et de faire en sorte qu'on arrive à financer
03:42des sous-traitants qui sont partis,
03:44que si on avait suffisamment de capitaux, le FAMAS, on n'aurait peut-être pas fermé l'usine à Saint
03:48-Etienne.
03:49Vous, à la fin, vous dites qu'il faut ces plus de subventions, dans un monde où on n'a
03:52plus un rond.
03:52Si vous postulez qu'on a fermé les usines du FAMAS parce qu'on avait un problème de capitaux,
03:59je pense que vous faites une erreur de diagnostic.
04:01La réalité, c'est qu'on est aujourd'hui dans une situation où les dépendances militaires,
04:05elles sont largement dues à un problème industriel global, qui est celui de la désindustrialisation.
04:10Et le diagnostic que vous faites sur la désindustrialisation n'est pas le mien.
04:14L'idée qu'on a eue, c'est que, d'une certaine façon, il pouvait y avoir un îlot industriel
04:19de défense
04:19au milieu d'un désert industriel. Ça, cette idée-là, elle n'est pas bonne. Elle n'est pas tenable.
04:24Donc, il va falloir réindustrialiser. Or, la désindustrialisation, la base de la désindustrialisation en Europe,
04:31c'est un choix politique qui a consisté à laisser les entreprises délocalisées.
04:35Parce que, n'importe comment, de l'acier dans le monde, on en a toujours besoin.
04:38La réalité, c'est qu'aujourd'hui, on considère qu'on n'est pas en état de le fournir, de
04:43le produire en France
04:43parce que ça coûte trop cher, etc. Donc, c'est parce qu'on a ouvert les marchés
04:48qu'on a laissé la possibilité de la délocalisation en disant, mon Dieu, après tout,
04:51on ira bien dans de certains pays où on produira moins cher.
04:55Et en revanche, nous, on continuera à produire des biens de haute valeur ajoutée.
05:00Cette façon de penser, elle est arrivée à son terme.
05:03Et d'une certaine façon, le trumpisme est une des réponses apportées à ça,
05:08même si ce n'est pas la bonne, mais c'est une des réponses à ce mécanisme
05:11qui a scié, d'une certaine façon, la branche sur laquelle
05:14les puissances économiques occidentales étaient assises.
05:16Annalisa.
05:17Il y a une question aussi sur les drones.
05:19On voit aujourd'hui à quel point ils sont importants sur le terrain ukrainien,
05:21sur le terrain iranien.
05:22Est-ce qu'on peut aujourd'hui faire une production de masse de drones en France ?
05:26En fait, la question qui se pose, c'est de savoir s'il est pertinent aujourd'hui
05:30d'ouvrir des capacités de production, alors que tout le monde considère
05:34que les drones, en fait, à échéance d'un mois, sont devenus obsolètes.
05:38Et donc, il faut se renouveler en permanence.
05:40Là, pour le coup, vous vous rendez compte que ça représente une espèce de pari.
05:44Vous ouvrez des lignes de production, mais vous n'êtes pas vous-même en guerre.
05:47Est-ce que vous allez adresser un marché ?
05:49Pas forcément, parce qu'après tout, ceux qui ont déjà besoin sont déjà en train de fournir.
05:53Et le problème se pose concernant les munitions également, etc.
05:56Donc, pour les entreprises, la question qui se pose, c'est est-ce que ça vaut la peine
05:59d'ouvrir une chaîne de production, alors que le marché est déjà, en réalité,
06:06plus ou moins satisfait, et que, surtout, ils sont vulnérables à un retournement de conjoncture.
06:12Mais vous dites quoi ? Sur les drones, on n'a pas intérêt à développer une finie en France ?
06:15Je pense qu'il y a intérêt à développer une finie en France.
06:17On commence à rattraper un retard.
06:18Pour vous dire les choses très franchement, moi, je continue à plaider pour la nationalisation partielle
06:23de l'industrie de défense, la création d'un pôle industriel de défense,
06:27parce que, précisément, si vous voulez avoir les épaules, la capacité à réagir au cycle,
06:31oui, je sais que ce n'est pas la doctrine de BFM Business.
06:33Mais non, c'est que je vous dis que c'est dommage, parce que vous gâchez tout à la fin.
06:36Mais oui, je sais que c'est votre problème BFM Business, mais je viens avec ma doctrine
06:41et mes réflexions, après vous en faites.
06:42Oui, mais quand vous allez aller voir les industriels, ils vont vous répondre à peu près la même chose
06:46que ce que je vous dis. – Mais les industriels, si le marché était en mesure de satisfaire le besoin,
06:49on le saurait aujourd'hui, et la réalité, c'est qu'il n'a pas été capable de le faire.
06:53– Enfin, empêché par qui et par quoi ? Par le niveau des impôts de production ?
06:57Par le fait que les banques ne voulaient pas financer ? Par tout ça ?
07:01– Non, la réalité, c'est que dans ce pays, la capacité d'investissement des entreprises,
07:07des grandes entreprises qui sont susceptibles d'innover, le mieux, le plus,
07:12elle est grévée par le niveau des dividendes, vous le savez très bien.
07:16– Si vous comparez par exemple, alors vous devriez vous renseigner,
07:19je suis mal informé, c'est dommage sur BFM Business, mais si vous compariez par exemple
07:23le taux d'investissement en R&D en Allemagne et en France, vous verriez qu'en Allemagne,
07:27il est quasiment du double. Donc le coût du capital en France est beaucoup plus élevé
07:31qu'il ne l'est en Allemagne.
07:32– Mais c'est-à-dire qu'à la fin de votre rapport, une fois que vous avez fait tout
07:34ça,
07:34vous dites que le problème, c'est les dividendes ?
07:36– Un des problèmes, c'est les dividendes. Ça, du point de vue de l'industrie globale,
07:41c'est les dividendes. Après, il y a un autre problème que je vais vous soulever.
07:44– Il nous reste qu'un seconde. – Eh bien voilà, je vais y arriver.
07:46Le problème général, je vous ai dit, il n'est pas sur les grandes plateformes,
07:49il est sur ce qu'on appelle les enniblers. Alors je vais vous proposer une traduction,
07:52je vais dire les incapacitants. Les incapacitants, c'est tout ce qui permet
07:56aux grands armements de fonctionner, c'est-à-dire leur enseignement,
08:01le spatial, l'intelligence artificielle, etc. Dans tous ces domaines-là,
08:06comme tout ça est porté par de l'innovation civile et qu'on a décidé
08:08de globalement confier le marché à Microsoft quand il est question
08:13des services de l'État, etc., eh bien pour l'instant, on n'est pas au niveau.
08:17Donc aujourd'hui, on est sous-dimensionné, on a des capacités,
08:21mais on demeure sous-dimensionné. Donc il va falloir avoir une stratégie globale
08:24pour monter au niveau et se rendre indépendant des Américains
08:28dans ce domaine-là s'il le faut.
08:29Merci d'être venu ce matin pour cette méchante matinale qui dit du mal
08:33sur BFM Business.
08:35Auréen Saint-Houle, député Léfi des Hauts-de-Seine.
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