00:02Et on retrouve Gilles Mouèque d'AXA. Bonjour Gilles.
00:06Bonjour.
00:07Merci d'être avec nous en direct.
00:09On a quand même eu des chiffres chocs du côté des Etats-Unis cet après-midi.
00:13L'inflation PCE, bon, choc, elle reste un petit peu collante, on va dire, à 3%,
00:19mais alors surtout la croissance qui est révisée en forte baisse.
00:23On a quand même quelques chiffres qui n'ont pas trop fait réagir les marchés de taux d'ailleurs,
00:28ni la bourse de manière générale.
00:30Mais enfin, qui sont de nature, on va dire, peut-être un petit peu inquiétés sur l'économie américaine,
00:35dans le sens où on est sur des chiffres qui couraient avant le conflit avec l'Iran,
00:40et que tout ça ne risque pas de s'améliorer, on va dire.
00:44Alors, au quatrième trimestre, on dirait comme un peu un accident,
00:47parce qu'il était très perturbé par le shutdown sur la fin.
00:51Donc, on peut espérer que ce soit, enfin, on pouvait espérer que ce soit simplement un incident de parcours,
00:57donc la révision à la baisse, elle doit être, à mon avis, mise en perspective.
01:03Mais c'est vrai que du coup, on comptait sur un contre-coup sympathiquement positif au début de l'année
01:082026
01:10pour nous remettre sur des bons rails.
01:12C'est vrai que, compte tenu de ce qui se passe et de l'impact de la hausse des prix
01:16du pétrole,
01:16qui est déjà très apparent sur le pouvoir d'achat aux États-Unis,
01:20on a plutôt un démarrage assez mou, et c'est d'autant plus vrai qu'on a eu des chiffres
01:25de consommation privée
01:27un peu plus tôt dans la semaine, qui, sur le début de l'année, sont aussi un tout petit peu
01:33décevants.
01:34Et donc, ça, c'était avant même l'impact de la guerre dans le Golfe.
01:39Et sur l'inflation, moi, ce qui est central dans tout cela,
01:43c'est que ça donne vraiment du grain à moudre à Jay Powell,
01:47qui nous a dit lors de la dernière réunion de la Fed,
01:50avant même de parler de l'absorption du choc pétrolier,
01:54parlons de l'absorption du choc de l'année dernière, celui des tarifs,
01:59et il l'a élaboré assez longtemps, pendant la conférence de presse,
02:02sur le fait qu'on n'était pas certain que le choc ait été complètement absorbé.
02:06Et du coup, on part d'une inflation sous-jacente, effectivement, à 3%,
02:10ce qui est quand même très élevé par rapport à l'objectif de la Fed,
02:14avant même les impacts du choc pétrolier.
02:17Et donc, ça renforce, en fait, cette posture de la Fed,
02:22en tout cas de la Fed sous Powell.
02:24On verra ce qu'il en sera après son départ, dans la deuxième moitié de mai.
02:28Mais on n'a pas une Fed qui, de toute manière,
02:31avait envie d'être très accommodante avant le choc du Golfe-Persic,
02:34et qui rend encore moins envie d'être accommodante,
02:37maintenant qu'on a ce choc sur le pouvoir d'achat.
02:39Donc ça, c'est effectivement une posture assez compliquée.
02:42Du côté européen, alors juste une toute petite question à brûle pour point,
02:47je m'en excuse d'avance, Gilles.
02:49Est-ce que le scrutin en Hongrie peut avoir un effet éventuellement
02:53sur les marchés européens en termes de taux et de devises,
02:57d'une manière ou d'une autre, ou pas du tout ?
02:59Je pense que c'est plutôt un effet de moyen terme.
03:03C'est-à-dire que si le résultat est un départ d'Orban,
03:08ça ira plutôt dans le sens d'un renforcement de l'Union,
03:11d'une meilleure solidité de l'Union.
03:13Donc ça, à moyen terme, c'est probablement positif pour l'euro
03:17et pour le marché obligataire européen dans son ensemble.
03:20Mais je ne pense pas qu'il y ait nécessairement un impact de court terme très visible.
03:23Ce serait une épine dans le pied, entre guillemets,
03:25en moins dans le narratif européen.
03:31Mais voilà, je ne compte pas sur les effets de court terme très visibles,
03:35en dehors de ce qui se passerait évidemment sur les actifs hongrois,
03:38où là, les choses sont beaucoup plus binaires.
03:41Un petit coup d'œil sur les stats européennes du jour.
03:44On a eu la production industrielle, la balance commerciale en Allemagne aussi.
03:49Qu'est-ce que ça a donné exactement et quels impacts, à votre avis ?
03:53On a les exportations allemandes qui se tiennent bien.
03:56Ça, c'est une bonne nouvelle, avec même une révision à la hausse
04:00des chiffres de janvier qui n'étaient pas très bons
04:02et donc un mois de février très porteur.
04:06Mais c'est pour moi contrebalancé par ce qui se passe du côté de la production industrielle.
04:11On a eu un chiffre en baisse sur le mois de février,
04:14ce qui veut dire que même avec la révision à la hausse du mois de janvier,
04:17parce que là aussi, on a eu une révision à la hausse,
04:19en fait, on a une production industrielle allemande sur les deux premiers mois,
04:22du premier trimestre 2026, en dessous du niveau du quatrième trimestre 2025.
04:28Donc là aussi, c'est-à-dire que le point de départ pour l'économie allemande
04:32avant même le choc pétrolier n'est pas un point de départ très porteur,
04:37c'est le moins qu'on puisse dire.
04:38Et ça, ça vient relativiser le message qu'on avait des enquêtes qui nous disaient
04:43que l'Allemagne allait un peu mieux, qu'on commence à voir poindre l'impact de la relance
04:49budgétaire allemande sur l'économie, y compris dans le secteur manufacturier.
04:54Pour l'instant, en tout cas dans les chiffres de production industrielle,
04:56c'est plutôt une déception.
04:58Une dernière question, on voit qu'il y a de la volatilité évidemment à court terme
05:03sur les taux d'intérêt et en particulier une très forte baisse consécutive à la séance d'hier.
05:07Là, ça se retend un petit peu, mais malgré tout, est-ce que vous pensez que le marché
05:10continue à intégrer dans les cours des choses que les banques centrales vont avoir du mal
05:16à suivre du point de vue de leur politique monétaire ?
05:20En fait, le marché hier a enlevé une hausse de taux de la BCE.
05:28On était sur trois hausses de taux d'après les contrats à terme.
05:32On était, après l'annonce du cessez-le-feu, sur deux hausses.
05:35Et ce matin, on était à un peu plus de deux hausses.
05:38Donc ça suit assez clairement les variations du cours du pétrole.
05:43Et ça, c'est un effet évidemment sur les taux d'intérêt à long terme.
05:47Moi, ce qui m'a chagriné vraiment aujourd'hui, c'est le fait que les taux d'intérêt allemands
05:50à 10 ans repassent au-dessus de 3%.
05:53Donc ça, c'est le signe qu'il y a une vraie nervosité de ce côté-là.
05:57Moi, mon sentiment, c'est que le cessez-le-feu, même s'il est évidemment fragile,
06:01et aujourd'hui, on a un marché qui price cette fragilité,
06:06la hausse des taux du mois d'avril, qui était une possibilité,
06:08je pense qu'elle est aujourd'hui beaucoup moins rassemblable.
06:11En revanche, on ne peut toujours pas exclure le fait que la BCE,
06:14ne serait-ce que pour donner une espèce d'avertissement
06:17sur d'éventuels effets de second tour, remonte quand même ses taux au mois de juin.
06:21Donc c'est moins aigu comme stress que ce qu'on pouvait avoir lundi.
06:29Mais on a un marché qui reste inquiet de la posture de la politique monétaire,
06:34et je dirais à raison, parce que le message de la BCE a été un message très ferme,
06:38en fait, depuis le début du conflit.
06:40Effectivement, merci beaucoup Gilles Moecq, chef économiste du groupe AXA,
06:44merci infiniment d'avoir été avec nous.
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