00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Gilles Mouek d'AXA, bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Et merci d'être avec nous parce que vraiment il y a énormément de choses à dire.
00:10C'est vrai que ce n'est pas très souvent qu'on a justement autant de décisions de banque centrale
00:15qui sont concentrées sur la même semaine.
00:17Enfin si, on a l'habitude, mais il y avait beaucoup d'enjeux.
00:20Beaucoup d'enjeux et des réponses finalement très médium, on va dire,
00:25du côté de la BCE comme de la Banque d'Angleterre, à quelques détails près.
00:30On avait une tablée d'analystes là, un petit peu plus tôt dans l'émission,
00:34qui nous disait, bon, globalement, no news.
00:37Bon, moi personnellement concernant la BCE, je note quand même une nuance
00:41un tout petit peu plus accommodante, un petit peu moins dure
00:44que la ligne de Christine Lagarde d'il y a encore quelques semaines.
00:48Quel est votre sentiment à ce sujet ?
00:51Non, je suis d'accord avec vous.
00:53J'avais été frappé lors des premières semaines de la crise,
00:57à quel point Christine Lagarde, mais beaucoup d'autres membres de la BCE,
01:02nous indiquaient une espèce de préférence pour presque une action préventive,
01:07c'est-à-dire une remontée des taux, avant même qu'on soit absolument certain
01:11que le choc sur les prix d'énergie allait se traduire par des effets de second tour
01:15sur l'inflation sous-jacente, sur les salaires et autres.
01:19Et ça, c'était quand même un peu inquiétant, parce que préhonté à la réaction politique
01:25mondiale et terre, ça donnait lieu à ces mouvements qu'on a vus sur marches mondiales
01:29avec des taux longs qui augmentaient fortement, donc qui ajoutaient encore à l'anxiété.
01:33Et là, c'est vrai que j'ai l'impression qu'on a une BCE qui nous indique quand même
01:37la direction du voyage.
01:38Je pense que tout était fait aujourd'hui pour bien nous faire sentir que probablement
01:43en juin, on avait une hausse de taux, mais c'était de toute manière ce qui était
01:46précieux par le marché.
01:47Mais j'ai trouvé que le diagnostic économique de la part de Christine Lagarde était assez
01:52équilibré avec ses points récurrents sur le fait que pour l'instant, en tout cas,
01:58les effets de second tour ne se sont pas manifestés, qu'ils se manifestent sans doute,
02:01mais qu'ils ne se sont pas manifestés.
02:03Mais que l'impact de tout cela sur la croissance est quand même fort, que oui, le taux de
02:07chômage reste bas, mais que la demande de travail commence à ralentir en Europe.
02:13Donc une approche très équilibrée, je trouve finalement assez rassurante.
02:19Et alors, l'autre grosse décision, c'était celle de la Banque d'Angleterre.
02:26Alors moi, ce qui m'a frappé quand même, c'était qu'on était passé au-delà des 5%
02:29sur
02:29le disant anglais quand même hier en séance et qu'on y reste.
02:33Il y a une situation budgétaire, une situation économique qui est quand même bien particulière.
02:38On a vu le rendu de décision, statu quo là aussi, à 8 contre 1.
02:43Il y avait quand même un gouverneur britannique qui avait dit ce serait bien qu'on fasse grimper
02:48les taux maintenant, alors que la décision de la BCE, bon, elle était unanimement statu quo.
02:53Est-ce que vous sentez qu'il y a peut-être quelque chose qui est en train, des lignes peut
02:56-être
02:56qui sont en train de bouger du côté du Royaume-Uni au vu de la situation économique et budgétaire
03:00du pays ?
03:01Non, je ne pense pas.
03:03En fait, moi, j'étais assez surpris qu'il n'y ait qu'une seule dissidence dans ce vote,
03:08parce que d'abord, le comité de politique mondiale de la Banque d'Angleterre tend à être
03:12assez divisé.
03:13C'est très régulier quand on a des dissidents.
03:15C'est beaucoup plus rare dans le cas de la BCE.
03:19Alors, en plus, Christine Lagarde nous a dit explicitement qu'ils avaient discuté
03:22la possibilité de remonter les taux dès le mois d'avril, donc je ne suis pas sûr
03:26qu'il y ait une différence d'analyse si forte que cela des deux côtés de la Manche.
03:30Je pense que ce qui est très important au Royaume-Uni, ce n'est pas tellement la décision
03:36ou la non-décision de la Banque d'Angleterre cette semaine, c'est plutôt le résultat
03:40des élections locales la semaine prochaine.
03:42Parce que je pense que dans la tension persistante, vous l'avez noté, sur les taux longs au Royaume-Uni,
03:47en fait, on a une vraie inquiétude sur l'orientation de la politique économique
03:51dans son ensemble à Londres, parce qu'on peut très bien changer de Premier ministre
03:56à l'issue de ces élections locales.
03:59Il y aura possiblement ce qu'on appelle un challenge, un défi à l'intérieur même
04:03du Parti travailliste pour remplacer Kirstenberg.
04:06Ça peut se traduire par une réorientation de la politique budgétaire qui, jusqu'à présent,
04:10a été finalement assez rigoureuse.
04:13Donc je pense que c'est ça qui explique la faible transmission.
04:17D'une décision aujourd'hui, qui était là aussi, j'ai trouvé, assez équilibrée,
04:21avec plusieurs touches, j'ai même trouvé plutôt dovish,
04:24avec des taux longs qui, effectivement, résistent bien et restent au-dessus de 5%.
04:28Je pense que c'est essentiellement cette inquiétude politique.
04:31Bon, peut-être un tout petit mot de la Fed quand même.
04:33On a l'impression d'un statu quo à tous les étages sur les taux, sur le diagnostic économique.
04:37De toute manière, il n'y a pas grand-chose à dire.
04:40L'horizon reste extrêmement bouché.
04:42Bon, Jérôme Powell, ça c'est le petit pied de nez,
04:46mais qui est tout à fait logique et Donald Trump n'en s'en prend qu'à lui-même.
04:50Jérôme Powell va rester plus longtemps que prévu au Conseil, au FOMC.
04:54Qu'est-ce que vous retiendrez quand même de cette conférence de presse,
04:58qui était assez suivie, assez regardée ?
05:00C'était la dernière de Jérôme Powell à la tête de l'institution.
05:03Qu'est-ce que vous garderez sur ce rendez-vous ?
05:07Moi, j'en garde l'impression que les choses ne vont pas être faciles pour Kevin Walsh.
05:12C'est-à-dire que si Kevin Walsh, effectivement, veut baisser les taux rapidement,
05:17ce qui semblait être son intention, en tout cas lorsqu'il était candidat au poste,
05:22on verra si ça a changé maintenant qu'il a probablement décroché la confirmation.
05:27Parce que moi, ce que je trouvais vraiment intéressant,
05:30c'est que trois des membres du FOMC ont fait dissidence sur le message dit « forward guidance »,
05:36c'est-à-dire ce que le communiqué indique sur le futur probable,
05:41sur la trajectoire possible de la politique mondiale, au-delà de la décision du mois.
05:46On a trois membres qui disent « moi, je ne pense pas qu'il faille continuer à communiquer
05:50sur un billet à la baisse sur les taux d'intérêt ».
05:52Donc on a déjà une espèce d'opposition interne à Kevin Walsh qui se met en place,
05:57avant même son arrivée.
05:59Si on ajoute à cela le fait que Jay Powell a décidé de rester pour quelque temps au sein du
06:05Conseil,
06:05même s'il a dit qu'il garderait un profil bas,
06:08je pense que ça veut dire vraiment que la marge de manœuvre de Walsh,
06:11en tout cas à son arrivée, sera finalement assez faible.
06:14Et ce que fait le marché, c'est finalement ne pas intégrer du tout d'effet Walsh dans la trajectoire,
06:19puisqu'il n'y a pas de baisse de taux prévue de la Fed,
06:23en tout cas dans les contrats à terme du marché, avant 2027.
06:28Gilles, il nous reste 30 secondes.
06:30Les niveaux actuels des taux 10 ans, là en ce moment on a parlé du taux au Royaume-Uni,
06:36mais c'est 4,4% sur le 10 ans américain, quasiment 3,8% pour le 10 ans français.
06:43Hier, on était arrivé à une cote d'alerte qui allait provoquer quand même un changement de balancier
06:50et des ajustements techniques ?
06:53Je pense que là oui, les choses commencent à être un peu compliquées sur la partie longue de la courbe,
06:58sur le marché bilataire,
06:59et que le message d'ensemble des banques centrales depuis hier soit finalement un message mesuré et équilibré,
07:07c'est probablement la bonne approche parce que la dernière chose dont on a besoin à ce stade,
07:12c'est d'ajouter à l'incertitude sur le prix du pétrole,
07:16une incertitude sur le devenir des marchés obligataires.
07:18Merci infiniment pour toutes ces explications.
07:20Gilles Mouec du groupe AXA.
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