- il y a 3 heures
Juin 1940. Tandis que la France s'effondre, que l'armistice est signé, que commence l'Occupation, une autre guerre commence au Levant. Une guerre que l'on a occultée, que l'on a préféré oublier. Une guerre français contre français. Syrie, Liban : ces territoires sous mandat français depuis 1920 deviennent le théâtre d'affrontements d'une violence fratricides. En juin-juillet 1941, Français libres contre vichystes s'entre-tuent sur les pentes du djebel et dans les rues de Damas. Des hommes qui ont fait Saint-Cyr ensemble, qui ont combattu côte à côte au Maroc, se retrouvent face à face, arme au poing. Mers-el-Kébir, Dakar, la Syrie : jamais depuis 1815 des Français ne s’étaient battus contre des Français. Et pourtant, cette page d'histoire reste largement méconnue.
Dans cette tourmente, des hommes ont dû choisir. Choisir entre la légalité et la légitimité. Entre l'obéissance au gouvernement de Vichy et la fidélité à une certaine idée de la France. Un choix déchirant qui engageait leur honneur, leur vie, et celle de leurs hommes.
L'un d'eux s'appelait Harry de Villoutreys. Officier de cavalerie, issu de la noblesse angevine, il fut l'un des tout premiers Français libres. Son histoire éclaire cette guerre oubliée du Levant, ses combats fratricides, et aussi les prémices du nationalisme arabe qui ensanglante aujourd'hui encore le Proche-Orient. Pour nous raconter ce destin exceptionnel et cette histoire occultée, "Passé-Présent" reçoit Christophe Carichon, auteur de "Harry de Villoutreys, le Compagnon du Levant", paru chez Via Romana.
Dans cette tourmente, des hommes ont dû choisir. Choisir entre la légalité et la légitimité. Entre l'obéissance au gouvernement de Vichy et la fidélité à une certaine idée de la France. Un choix déchirant qui engageait leur honneur, leur vie, et celle de leurs hommes.
L'un d'eux s'appelait Harry de Villoutreys. Officier de cavalerie, issu de la noblesse angevine, il fut l'un des tout premiers Français libres. Son histoire éclaire cette guerre oubliée du Levant, ses combats fratricides, et aussi les prémices du nationalisme arabe qui ensanglante aujourd'hui encore le Proche-Orient. Pour nous raconter ce destin exceptionnel et cette histoire occultée, "Passé-Présent" reçoit Christophe Carichon, auteur de "Harry de Villoutreys, le Compagnon du Levant", paru chez Via Romana.
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00:09Générique
00:20Bonjour à tous, juin 1940, tandis que la France s'effondre, que l'Armitie s'est signée, que commence l
00:26'occupation,
00:27une autre guerre commence au Levant, une guerre que l'on a occultée, que l'on a préféré oublier, une
00:32guerre français contre français.
00:34Syrie, Liban, ces territoires sous mandat français depuis 1920 deviennent le théâtre d'affrontement d'une violence fratricide.
00:41En juin, juillet 1941, Français libres contre vichistes s'entretuent sur les pentes du Djebel et dans les rues de
00:48Damas.
00:48Des hommes qui ont fait Saint-Cyr ensemble, qui ont combattu côte à côte au Maroc, se retrouvent face à
00:53face, armes au point.
00:54Marcel Kébir, Dakar, la Syrie, jamais depuis 1815 des Français ne s'étaient battus contre des Français.
01:00Et pourtant, cette page d'histoire reste largement méconnue. Dans cette tourmente, des hommes ont dû choisir.
01:05Choisir entre la légalité et la légitimité, entre l'obéissance au gouvernement de Vichy et la fidélité à une certaine
01:12idée de la France.
01:12Un choix déchirant qui engageait leur honneur, leur vie et celle de leurs hommes.
01:16L'un d'eux s'appelait Harry de Villoutré, officier de cavalerie, issu de la noblesse enjevine.
01:22Il fut l'un des tout premiers Français libres.
01:24Son histoire éclaire cette guerre oubliée du Levant, ses combats fratricides et aussi les prémices du nationalisme arabe.
01:31Pour nous raconter ce dessin exceptionnel et cette histoire occultée, nous recevons Christophe Carichon,
01:36auteur de Harry de Villoutré, le compagnon du Levant.
01:40Christophe Carichon, bonjour.
01:42Bonjour.
01:42Et bienvenue sur le plateau de C'est Présent.
01:44Alors vous êtes professeur d'histoire-géographie, docteur en histoire contemporaine,
01:48officier de réserve de l'armée Terre.
01:49Vous avez notamment servi au sein de la Finule au Sud-Liban.
01:52Alors vous êtes l'auteur d'une centaine d'articles et de plusieurs ouvrages.
01:56En 2010, par exemple, vous publiez Agnès de Nanteuil, une vie offerte chez Artege,
02:01ouvrage qui reçoit la mention spéciale du Grand Prix catholique de littérature.
02:05En 2012, c'est Jean Deuve, le Seigneur de l'ombre, service secret 1944-1978,
02:11également chez Artege qui obtient le prix Armée et Défense.
02:15Et plus récemment, en 2018, vous signez chez Le Rocher la biographie du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame,
02:23gendarme de France, cette figure héroïque morte en service en 2018.
02:27Alors aujourd'hui, vous nous présentez votre dernier ouvrage,
02:30paru aux éditions Via Romana, Harry de Villoutré, le compagnon du Levant.
02:36C'est un livre labellisé par la mission du 80e anniversaire des débarquements et de la libération de la France
02:42et qui est soutenu, un livre soutenu par le Souvenir français.
02:46Alors à travers cette biographie, vous ressuscitez la figure méconnue d'un officier de cavalerie,
02:51issu de la noblesse en Jevine, je le disais,
02:53et qui est l'un des tout premiers Français libres, compagnon de la libération,
02:57et qui est mort, lynché, on en reparlera, en Syrie en juin 1945.
03:03Donc c'est la vie, vous dites, c'est la vie d'un chevalier du 20e siècle
03:06qui éclaire finalement cette page d'histoire largement occultée,
03:11la guerre fratricide au Levant.
03:14Alors dans la préface de votre livre,
03:17Vladimir Trouplin, qui est le directeur du musée de l'ordre de la libération,
03:20écrit qu'Harry de Villoutré fut un chevalier,
03:24pas seulement parce qu'il était officier de cavalerie,
03:26mais par ses valeurs.
03:28Alors est-ce que c'est un grand mot, chevalier ?
03:30Oui, le général de Gaulle disait dans le texte de fondation de l'ordre de la libération
03:35qu'en effet, cet ordre de la libération était une chevalerie exceptionnelle
03:39car ils furent quand même bien peu nombreux à dire non à ce moment-là,
03:44donc au tout début de la guerre en 1940
03:47et à rallier ce qui deviendra plus tard la résistance française.
03:51Je pense qu'il était aussi chevalier tout simplement par ses origines,
03:54par son caractère aussi.
03:56Alors justement, qui est cet Harry de Villoutré ?
03:59Il naît en 1909 dans un château à Soulaire-et-Bourg, c'est ça ?
04:05Exactement, oui.
04:06Donc c'est dans la campagne...
04:08La campagne Angevine, rurale profond, nord d'Angers,
04:11tout à côté du château du Plessis-Bourré où a été tourné Paudan.
04:15Et donc il naît un soir de novembre 1909,
04:20un soir de tempête, raconte-t-on à l'époque,
04:24baptisé ensuite après avoir été ondoyé,
04:27parce que le petit enfant était assez fragile.
04:30Et en effet, il va vivre dans cette campagne Angevine
04:32pendant toute son adolescence,
04:35jusqu'à ce qu'il rentre au Britannique national militaire de la Flèche
04:38et puis qu'ensuite, il rentre dans l'armée.
04:41Alors qui sont les Villoutré, ces petites noblesse ?
04:43Les Villoutré, c'est une vieille famille Angevine,
04:45arrivée au XVIIIe siècle en Anjou, XVIIe même,
04:48au début originaire plutôt du Limousin.
04:51Et disons que ce sont des propriétaires terriens, fonciers,
04:55qui pour beaucoup sont officiers,
04:57et puis également sont maires de leur village.
04:59Il y a encore aujourd'hui des Villoutré
05:01qui sont maires de leur village en Anjou.
05:03Donc toutes ces petites bourgades Angevines
05:05ont été souvent au XIXe et début du XXe siècle
05:09gérées par ces vieilles familles de Hobreaux
05:11qui avaient aussi servi la France
05:13sur tous les champs de bataille,
05:14de la République et de l'Empire,
05:15mais aussi pendant la guerre de Vendée.
05:17Il y avait des Villoutré
05:18dans la grande armée catholique et royale en 1993-94.
05:21Donc servir dans l'armée,
05:23c'est finalement aussi une tradition familiale.
05:26Et son grand-père est le général de Sainte-Croix,
05:28c'est quelqu'un d'assez connu,
05:29qui a servi Napoléon III.
05:31Bon, il descend aussi du duc de Rovigo
05:34qui a commandé le peloton du duc d'Anguin,
05:37de fusillade du duc d'Anguin.
05:38Voilà, mais il y a quand même un héritage militaire.
05:41– Et c'est une famille heureuse, harmonieuse ?
05:43– Tout à fait, oui.
05:44– Il vit dans un environnement…
05:44– Oui, alors un grand château,
05:46on se reçoit une fois par semaine
05:48dans les châteaux aux alentours.
05:50Il a une grande sœur, Françoise,
05:53et il aura un petit frère également après lui.
05:56Donc il y aura trois enfants.
05:57– Alors vous dites qu'il rentre au Britanné,
05:59mais en 1930, il échoue à Saint-Cyr.
06:02Est-ce que c'est pour lui la fin du rêve militaire ?
06:05Comment ça se passe ?
06:05– Non, pas du tout.
06:06Alors il est chassé du Britanné militaire,
06:09donc il ne peut pas repasser le concours.
06:12Et il est appelé sous les drapeaux.
06:13Et là, volontaire, il va avoir la chance
06:16de partir en Algérie, puis ensuite au Maroc,
06:19comme seconde classe, chasseur d'Afrique.
06:22Et il va passer le concours des élèves officiers de réserve,
06:26le réussir et terminer son service
06:29comme aspirant, en définitive.
06:32Jusqu'à son retour à la vie civile
06:34avant de revenir dans l'armée
06:36au tout début des années 30.
06:37– Parce que cette vie civile, il ne s'y fait pas ?
06:39– Non, ça ne lui plaît pas.
06:40Je crois qu'il n'a pas envisagé autre chose
06:42que de rentrer dans l'armée
06:44comme officier de cavalerie,
06:45comme son grand-père, comme ses oncles,
06:47comme ses cousins.
06:48Donc c'est vraiment un but.
06:49Et alors, il va partir au Maroc.
06:51Et à cette époque-là, on permettait aux jeunes aspirants
06:54de revenir dans l'armée après leur service national,
06:56mais sans être payé.
06:58La République est bonne mère.
07:00Donc il est resté près d'un an, comme ça,
07:02sans solde.
07:04– Heureusement qu'il avait une famille derrière, j'imagine.
07:06– Oui, oui, oui.
07:06– Mais en accrochant quand même deux étoiles
07:08à sa croix de guerre des théâtres d'opérations extérieures.
07:11Et ce qui est intéressant, c'est qu'au Maroc,
07:13il n'est pas à cheval,
07:14mais il est parmi les premiers chefs de groupe
07:19des automitrailleuses de cavalerie
07:21qui viennent d'être inventées à la fin de la guerre 14-18.
07:23Donc il est dans cette cavalerie déjà moderne
07:26qui sera bientôt l'arme blindée cavalerie.
07:28– Alors il rentre dans les...
07:30Enfin, il intègre l'Espaii.
07:31– Oui.
07:32– Alors vous pouvez nous expliquer très rapidement
07:34qu'est-ce que ce régiment légendaire a de fameux ?
07:37– Alors l'Espaii, il y rentre juste avant la Deuxième Guerre mondiale.
07:42L'Espaii, c'est un corps de cavalerie légère
07:44qui a été fondé par un Italien,
07:47enfin un homme d'origine italienne, Joseph Ventini,
07:49qu'on appelait Youssouf.
07:51Et donc c'était des éclaireurs
07:54qui étaient aussi des cavaliers en recherche de renseignements.
07:57On en avait au Maroc, en Tunisie, en Algérie,
08:01et puis également dans certains pays d'Afrique noire.
08:03Et on les reconnaissait à la couleur de leur burnous.
08:08Pour les Algériens et les Tunisiens, c'est blanc et rouge.
08:12Et pour les Marocains,
08:14donc le régiment dans lequel va rentrer Arideville-Outré,
08:16le premier régiment de l'Espaii marocain,
08:18on est avec du blanc et du bleu,
08:20tout en gardant quand même la tunique rouge pour les officiers.
08:23– Et au niveau de la troupe,
08:24ce sont uniquement des métropolitains ?
08:27– Non, non, pas du tout.
08:29Majoritairement des Marocains, pour le premier Espaii marocain.
08:31Et puis, en effet, des métropolitains aussi qui se sont engagés,
08:35mais qui ne sont pas forcément cadres.
08:36On en a aussi comme seconde classe.
08:39– Mais les officiers sont tous européens ?
08:41– Pas tous, non.
08:42On a des officiers européens et ce qu'on appelle des officiers indigènes.
08:47– Bien.
08:48Alors en 1939, il rejoint le premier régiment de l'Espaii marocain.
08:52– Exactement.
08:52– Au Levant.
08:53Alors vous avez expliqué ce qu'on appelait le Levant à l'époque.
08:57Le Levant qui est sous mandat français.
08:59Donc, qu'est-ce que Levant de le mandat français ?
09:01En quoi il consistait ?
09:02– Voilà, comme vous l'avez dit tout à l'heure,
09:04le Levant, c'est la Syrie et le Liban.
09:07Avec Liban, surtout avec lequel on a énormément de liens en tant que Français.
09:12Depuis les croisades, depuis Saint-Louis,
09:14mais aussi depuis que Napoléon III a protégé les chrétiens maronites
09:19vers 1860, qui a été massacré par les musulmans sunnites,
09:24les druzes et les kurdes.
09:26Le Liban comme la Syrie sont un patchwork d'ethnies et de religions.
09:33Et ce Liban et cette Syrie ont été en effet confiés
09:36par le traité de Sèvres en 1920 comme mandat aux Français,
09:43alors que les Anglais prenaient en charge la Mésopotamie,
09:45donc l'Irak et la Palestine.
09:48Et en fait, le mandat, c'est un petit peu une colonisation à durée déterminée
09:53puisqu'on devait rendre l'indépendance évidemment aux Libanais et aux Syriens.
09:57C'était prévu par le traité de Sèvres.
10:00Donc ça ne va pas très bien se passer dans les années 1920.
10:04– Oui, ce n'est pas très paisible.
10:05Il y a des révoltes druzes, Damas s'est bombardé.
10:08– Et les druzes sont d'excellents combattants
10:10avec lesquels l'armée française va avoir vraiment des difficultés.
10:15Deux colonnes de cavaliers vont être totalement anéanties
10:18dans les années 1920 jusqu'à ce que le général Gouraud prenne Damas
10:22et donc installe un gouverneurat français jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale en 1940.
10:29– Donc le nationalisme arabe est déjà bien présent ?
10:32– Oui, le nationalisme arabe est présent, oui, bien sûr.
10:34– Alors donc Harry Villoutré continue sa carrière, il accède au grade…
10:39– Il est lieutenant, il est lieutenant quand il arrive au Liban.
10:41– C'est pas, comme on dirait aujourd'hui, il n'est pas très scolaire comme garçon ?
10:44– Non, non, non, il n'est pas très bon, il est reparti à Saint-Cyr en 34-35,
10:48il est sorti, il n'est pas sorti dans la botte comme on dit,
10:51mais il est sorti en queue de peloton.
10:53Là il a choisi, enfin on lui a fait choisir un régiment de cuir acier à Verdun
10:57et puis enfin il a réussi à repartir au-delà de la Méditerranée
11:01pour arriver au Liban, où là, au premier régiment de ce pays marocain,
11:06alors le premier RSM est divisé entre Beyrouth et Damas et Alep.
11:11Il va être affecté au premier escadron, il va commander le premier peloton
11:15auprès d'un officier qui a deux ans de plus que lui simplement,
11:18qui aura énormément d'influence sur lui, son chef, donc le capitaine Jourdier.
11:23– Donc là lui il est au Liban ?
11:24– Au Liban, mais également en Syrie.
11:28– Oui c'est…
11:28– Voilà, c'est-à-dire que l'escadron bouge entre le Liban et la Syrie.
11:33– D'accord, alors en septembre 1939, donc la guerre éclate en Europe,
11:38donc c'est la drôle de guerre, en levant c'est la drôle de guerre.
11:41– Exact.
11:42– Vous écrivez même que c'est une riviera militaire.
11:45– Oui c'est ça.
11:46– Alors qu'est-ce que faisaient concrètement les troupes ?
11:48– Rien du tout, strictement rien.
11:50– Il n'y a pas d'Allemands ?
11:51– C'est le désert des Tartares.
11:53– Non, il n'y a pas d'Allemands, en fait on se prépare, le Levant, enfin Liban-Syrie
12:00constitue ce qu'on appelle le tomo, le théâtre des opérations de Méditerranée orientale.
12:07L'objectif en 1939-1940, il y a un plan évidemment, c'est d'ouvrir un deuxième front,
12:12comme lors de la Première Guerre mondiale, dans les Balkans.
12:14en s'assurant de la neutralité turque, de manière à affaiblir l'Union soviétique,
12:20qui à l'époque, vous vous en souvenez, est alliée aux nazis,
12:24depuis le pacte germano-soviétique du mois d'août.
12:27C'est ça le rôle des soldats qui sont au Liban et en Syrie,
12:31mais ils ne vont rien faire du tout.
12:33Comment la drôle de guerre va se conclure par les 5 semaines
12:39et les 100 000 morts de la campagne de France
12:41et les gens qui sont, les militaires qui sont en Afrique du Nord aussi,
12:47mais ne vont strictement pas bouger.
12:49Et c'est ça qui va faire prendre conscience justement à certains officiers
12:54qu'on ne peut pas continuer comme ça et qu'il va falloir se battre.
12:56– Oui, parce que quand l'armistice est signé fin juin 1940,
13:01là, bon, il s'imagine que la nouvelle parvient rapidement.
13:06Et vous décrivez cette scène qui est fabuleuse,
13:08avec le capitaine Jourdier qui est avec son…
13:11c'est un peloton, un escadron ?
13:12– Son escadron.
13:13– Son escadron, donc il y a combien d'hommes à peu près ?
13:14– Il y a une centaine d'hommes, normalement.
13:16– Une centaine d'hommes, normalement.
13:18Ils se trouvent géographiquement parlant, à quel endroit ?
13:20Ils sont au Liban ?
13:21– Ils sont au Liban, au nord de la rivière Litanie.
13:25– Et ils vont… ils se dirigent vers la Syrie ?
13:28– Ils sont déjà sensibles au fait qu'on ne peut pas déposer des armes
13:33sans avoir combattu.
13:35Et Jourdier, à force de discussions avec son adjoint,
13:38le lieutenant de Villoutret,
13:40eh bien, vont décider de passer de l'autre côté.
13:42Mais sans entendre l'appel du 18 juin du général de Gaulle.
13:45Ils vont passer la frontière de leur propre chef
13:49pour rejoindre les Britanniques.
13:50– Donc ils passent la frontière entre la Syrie…
13:53– Non, entre le Liban et la Palestine.
13:55– Et la Palestine, voilà.
13:56– Le Liban et la Palestine.
13:57– Donc on est au sud du…
13:58– On est au sud.
13:59– Au sud du Liban.
14:00– C'est ça.
14:00– Donc vous décrivez la scène,
14:02qui aujourd'hui fait l'objet d'une stèle commémorative.
14:06– Tout à fait, oui.
14:06– Donc Jourdier se tient devant ses hommes,
14:09il leur dit, je cite,
14:10« Voici les deux chemins, le bon et le mauvais,
14:13que ceux qui ne renoncent pas à se battre me suivent,
14:16et je ne me retournerai pas,
14:17et je les compterai ce soir à cheval. »
14:20– Donc on va essayer de se mettre dans l'ambiance.
14:25Qu'est-ce qui se passe exactement ?
14:27– Que faire ?
14:28– Que faire.
14:29– Comme disait Lénine, mais que faire en effet ?
14:31– Il fait demi-tour immédiatement, Jourdier.
14:34– Oui, oui, oui.
14:35C'est-à-dire qu'ils ont monté une manœuvre
14:37sur la frontière libano-palestinienne,
14:40et les autres officiers se sont rendus compte
14:42qu'il y avait quand même un loup.
14:44Et en montant cette manœuvre,
14:45son but est vraiment de passer chez les Britanniques
14:47pour continuer le combat.
14:48Mais la majorité des officiers du premier RSM
14:50sont absolument contre cette décision.
14:53Et d'ailleurs, on le voit bien,
14:54parce qu'ils passent la frontière à plus de 70,
14:57ce qui n'est déjà pas tous les escadrons.
14:58– En 71, exactement.
15:00– Voilà, en 71.
15:01Et ensuite, il en reste à peine une trentaine,
15:02quinze jours après.
15:03Il faut bien comprendre que ce sont majoritairement
15:05des Marocains, derrière le capitaine Jourdier,
15:08qui obéissent à leur chef,
15:09mais qui obéissent aussi à leur colonel.
15:12Et puis, la désobéissance pour un soldat,
15:14pour un sous-officier, pour un officier,
15:16c'est quelque chose d'assez…
15:19qui n'est pas dans la logique des choses.
15:20– Oui, qui n'est pas naturel, effectivement.
15:22– C'est absolument pas naturel.
15:23Et donc, ils vont se retrouver très peu
15:25en arrivant chez les Britanniques,
15:27pas toujours bien reçus, d'ailleurs.
15:28– C'est-à-dire que vous dites 71 franchises,
15:30mais il y a d'autres qui vont faire demi-tour
15:31dans les deux jours.
15:31– Ils vont faire demi-tour,
15:32et les Anglais vont les laisser repartir.
15:34Et puis, il y a aussi quelques soldats coloniaux
15:37du 24e régiment d'infanterie coloniale
15:39qui arrivent de Beyrouth aussi,
15:41et puis de Chypre,
15:44et qui ne vont pas vouloir repartir en métropole
15:45et qui rejoignent les Britanniques à ce moment-là.
15:48Et ces coloniaux seront à l'origine
15:50du 1er bataillon d'infanterie de marine,
15:53gaulliste, si vous voulez,
15:55qui ira combattre à Tobrouk
15:57dans le courant de l'année 40-41.
16:00– Alors, Villoutré est le seul officier…
16:02– Exactement, le seul officier.
16:03a passé, on sait s'il y a eu des discussions
16:07avant de discuter avec ses camarades,
16:09qu'est-ce que tu fais, tu vois,
16:10ils s'engueulent, comment ça se passe ?
16:11– Ils s'engueulent, oui, ils s'engueulent,
16:12certains disent on va débarquer à Marseille
16:14en tirant dans le tas,
16:16et puis d'autres disent non,
16:17n'obéit au marge à le Pétain.
16:18En fait, l'armée française est totalement dans…
16:22et l'expectative, et le trouble.
16:24L'armistice a semé le trouble,
16:26et c'est une minorité qui va rejoindre les Britanniques,
16:31puis…
16:31– Oui, on vous dit 2,5%
16:33des troupes du…
16:352,25% des effectifs des troupes du Levant.
16:37– C'est très très peu,
16:38ce sont quelques officiers un peu isolés,
16:42quelques sous-officiers qui sont partis,
16:45mais globalement, les troupes du Levant
16:47restent fidèles au gouvernement de Vichy.
16:49– Alors, vous publiquez d'ailleurs
16:50dans votre livre en annexe,
16:52le mandat d'arrêt,
16:54délivré à l'encontre d'Arrive-Ville-Outré,
16:56il t'a culpé, un, de désertion à l'étranger en temps de guerre
16:59avec complot,
17:01de trahison pour avoir livré des troupes françaises
17:03à une puissance étrangère.
17:04Donc, qu'est-ce qu'il risque concrètement ?
17:06– Pour l'instant, à ce niveau-là, en 1940,
17:09il risque, voilà, la dégradation militaire,
17:12et puis, confiscation des biens.
17:14C'est plus tard qu'il sera condamné à mort
17:16après la campagne de Syrie.
17:17– Alors, l'historien Henri de Vahy,
17:21que vous citez, écrit
17:22« Deux Franceses, désormais, vont s'opposer à l'écoutrance,
17:25entre celle qui, à Vichy, veut respecter l'armistice
17:28pour protéger ceux qui peut l'être encore,
17:30et celle qui, à Londres, veut continuer à combattre
17:33quel qu'en soit le prix, il n'existera aucun lien.
17:35De ce clivage naîtra le drame,
17:37en s'accusant réciproquement de trahir les Français,
17:39vont s'entretuer. »
17:42– Alors, est-ce que ça a créé des blessures inguérissables ?
17:45– Oui, oui, vous l'avez très bien dit tout à l'heure,
17:48ils ont fait les mêmes écoles, ils ont fait Saint-Cyr,
17:50ils sont des mêmes familles,
17:52souvent plutôt traditionnelles dans la cavalerie,
17:56catholiques, pratiquants.
17:57Ils sont parfois cousins, ils sont parfois frères.
18:00Le capitaine Jourdier a son frère
18:03qui restera dans l'armée de Vichy en Algérie
18:06avant de rejoindre l'armée d'Afrique.
18:08Donc, il y a vraiment un dilemme énorme.
18:11Quand la campagne de Syrie sera lancée,
18:15le futur général Monclar, Magrin-Werneret,
18:18lui, refusera d'aller combattre ses camarades
18:20du sixième étranger, lui commandant.
18:22– Oui, jamais un légionnaire contre…
18:24– Pas de légionnaire contre un légionnaire.
18:25Donc, vous voyez, ça a été terrible.
18:27Et après la guerre, en effet,
18:29ces gens-là se garderont l'un envers l'autre,
18:32enfin les deux groupes,
18:34un ressentiment qui sera presque de la haine.
18:38En tout cas, il y aura des vengeances
18:41qui se mangeront très froides après la guerre.
18:43– Comme je vous disais, ça fait depuis 1815
18:44qu'il n'y a pas des Français contre d'autres Français en uniforme.
18:47– En uniforme, oui.
18:48– Oui, bien sûr.
18:49– Alors, en Égypte, les premiers Français libres
18:53se regroupent à Ismailia.
18:57Et après, donc, direction l'Érythrée.
19:00Qu'est-ce qu'ils vont faire en Érythrée ?
19:01– Alors, en Érythrée, il y a des Italiens
19:03sur cette petite colonie
19:06où ils emploient aussi des troupes coloniales,
19:08les Askaris, comme chez les Allemands.
19:10Et les Anglais, enfin, l'armée indienne du Commonwealth
19:14décide en effet de prendre possession de l'Érythrée
19:18et de la Somalie italienne,
19:20qui est enterrée, entourée par la Somalie britannique
19:23et par la côte des Somalies françaises.
19:26Et ainsi, le premier régiment,
19:28enfin, le premier escadron de Spa et Libres,
19:30donc ils sont à ce moment-là 70 encore,
19:34va participer aux opérations
19:37avec les armées anglo-françaises contre les Italiens.
19:42– Donc, ce sont des batailles qui sont assez rudes ?
19:45– Ce sont des batailles qui sont assez rudes,
19:47mais ce sont aussi des escarmouches.
19:49Alors, je cite, c'est vrai,
19:50l'une des dernières charges de cavalerie au sabre,
19:53en tout cas, la charge d'Oumbrega sur un plateau,
19:56mais ce n'est pas de la grande bataille.
19:59Et c'est vrai que c'est lors de cette charge
20:01que le premier Français libre,
20:03qui est un Marocain,
20:05va mourir contre les Italiens.
20:06Donc, le premier Français libre est certainement mort
20:08en tout début du mois de janvier 1941,
20:11lors de cette charge d'Oumbrega,
20:14qui a été menée, d'une part par Jourdier, à cheval,
20:17d'autre part par Harry, mais à pied.
20:19Harry était à pied avec son arme à la ceinture.
20:23– Alors, d'ailleurs, en début février 1941,
20:26il est décoré, c'est l'un des 20 premiers récipiendaires
20:29de la Croix de la Libération.
20:30– Exactement.
20:31– Donc, c'est une reconnaissance exceptionnelle.
20:32Il se bat très courageusement.
20:35– Oui, oui, tout à fait.
20:36Il a été cité, il s'est battu,
20:38et puis il a été un des premiers à rejoindre la France libre.
20:41– Alors, en juin 1941, donc un an après avoir quitté le Levant,
20:46ils y retournent, cette fois-ci pour l'envahir.
20:51Alors, c'est une offensive, pardon,
20:56contre des territoires français, donc de Syrie et du Liban.
20:58C'était inévitable de se retrouver là.
21:00– Ce qui se passe, c'est qu'il y a eu un coup d'État en Irak,
21:03que le président, si vous voulez, chef d'État irakien pro-anglais
21:11a été viré par quatre généraux nationalistes
21:14qui, eux, se rapprochent des Allemands.
21:16Donc, les Allemands ont demandé l'autorisation
21:20à ce que leurs appareils puissent se poser
21:22sur les terrains d'aviation d'Aleb, de Damas, de Beyrouth
21:26pour faire du ravitaillement et ensuite partir en Syrie.
21:30Et ça, les Anglais ne peuvent le comprendre et le concevoir.
21:35C'est la raison pour laquelle ils vont bombarder, d'abord,
21:38les aérodromes de Beyrouth et de Damas et d'Alep.
21:41Et puis, ils vont lancer un ultimatum au général Dens
21:44qui commande les troupes françaises là-bas sur ordre de Vichy.
21:48Et ils vont préparer, en effet, l'invasion d'un territoire français.
21:52Et ce qui est terrible, certainement,
21:54mais je pense que de Gaulle voulait aussi asseoir son pouvoir,
21:58qui n'était pas toujours facile à affirmer face aux Britanniques
22:02et encore plus, après, face aux Américains.
22:04Et donc, les Français libres ont participé,
22:07en tant qu'unité constituée, à l'invasion du Liban et de la Syrie
22:12pendant cette fin de printemps, été 1941,
22:17sur une campagne qui dure environ un mois.
22:19– Alors, vous rapportez, par exemple, un épisode incroyable.
22:22Les patrouilles de deux camps, je cite, se sont rencontrées,
22:26elles ont déjeuné ensemble,
22:28parce qu'ils portent vraiment les mêmes uniformes,
22:30se sont rendues compte, à leur ration britannique,
22:32pour les Free French, qu'elles appartenaient à deux camps opposés.
22:35– Exactement.
22:36– Comment on peut vivre une pareille situation ?
22:38– Oui, oui, c'était…
22:39– Qu'est-ce qu'ils ont fait, d'ailleurs ?
22:40Je ne cite pas la suite.
22:41– Alors, c'est Notin qui cite ça dans la vie des compagnons de la Libération.
22:45Je pense que… Alors, certains ont fraternisé.
22:47Il n'y avait que quelques régiments, quand même, au Levant,
22:49enfin, dans l'armée de terre, il y avait pas mal d'avions,
22:51mais il y avait le 6e régiment étranger d'infanterie,
22:53le 17e régiment de tirailleurs sénégalais,
22:56et en effet, on voit un chef de section du RTS
22:59qui rejoint tranquillement le général Collet.
23:02Pendant la première partie de la campagne de Syrie,
23:04il n'y a pas vraiment de combat.
23:05C'est ensuite que ça va être excessivement violent.
23:09Mais certains ne savent pas ce qu'ils font là,
23:10parce qu'en effet, les camarades de promo s'interpellent
23:14d'un côté à l'autre,
23:15et puis Harry de Villoutray et Jourdier
23:17vont se retrouver face à leur régiment.
23:19Le premier régiment de ce pays marocain,
23:21et donc ce sont leurs camarades qui sont en face,
23:23et donc ils se connaissent très bien.
23:25Voilà.
23:26– Vous pensez que dans les combats, ça retient ?
23:29– Je ne sais pas si ça retient.
23:31Je crois qu'ils avaient pris leur décision.
23:34Pour les gaullistes, les vichistes sont des lâches et des collabos.
23:38Pour les vichistes, les gaullistes sont des traîtres,
23:40et donc plus rien ne les retient.
23:42– Alors, le 15 juin 1941, c'est la bataille de Nezja.
23:47Donc là, vous pouvez nous décrire ce qui se passe ?
23:50– On est sur un piton, les troupes gaullistes attaquent,
23:53en particulier les troupes du général Collet,
23:55enfin du colonel Collet, à l'époque,
23:56qui était le chef des escadrons de Cherches.
23:58Et les vichistes, enfin l'armée de Vichy,
24:02va déployer une résistance acharnée,
24:04et énormément de soldats du Français Libre
24:07vont être blessés, tués, prisonniers.
24:12– C'est le cas d'Harry de Loutret qui se retrouve prisonnier.
24:15– Il est blessé très gravement au Rhin,
24:17il est donc blessé par une balle française,
24:20et il est fait prisonnier.
24:23Il est recueilli par l'un de ses soldats,
24:26un de ses cavaliers,
24:27mais qui va se tromper de chemin
24:30et qui va l'emmener chez les vichistes.
24:32Donc là, il est fait prisonnier, en effet,
24:34et on va l'emmener vers la France pour être jugé.
24:37– D'abord, il se retrouve quand même à Damas.
24:39– Il se retrouve à Damas.
24:40– Il va raconter qu'il est insulté par les infirmières.
24:42– Oui, il est insulté.
24:43Il y a vraiment une haine,
24:44mais qui ne s'est pas éteinte après la guerre.
24:47Et puis de là, il va être accompagné
24:49par un sous-officier de gendarmerie
24:51qui va l'emmener…
24:52Il y a une pause en Grèce,
24:53où là encore, il est insulté par certains pilotes français
24:56qui se trouvent là.
24:58Mais des témoins racontent qu'un officier allemand blessé,
25:01qui est dans la même chambre,
25:03lui dit que s'il avait été à sa place,
25:04il aurait fait exactement la même chose.
25:05Et puis il va arriver à Marseille,
25:07où il s'attend à être fusillé.
25:09– Et il risque vraiment la peine de mort.
25:11– Là, il risque la peine de mort, oui.
25:12Puisqu'il a porté les armes contre la France.
25:16Et heureusement, providentiellement,
25:19armistice de Saint-Jean-d'Acre,
25:21le général Dens ne peut plus tenir face aux onglettes.
25:24– Oui, alors ça, c'est armistice de Saint-Jean-d'Acre.
25:26Pour tout vous savez,
25:26je ne connaissais absolument pas cette histoire.
25:29C'est…
25:29On est dans un film, enfin là,
25:32on est au temps de la chevalerie.
25:33– Voilà, et d'ailleurs, ce sont…
25:36– Non mais racontez-nous comment ça se passe,
25:37comment on arrive à libérer ces gens-là ?
25:39– Alors, le général Dens a demandé aux Britanniques
25:42un armistice.
25:44Et puis le général Wilson, anglais, va accepter.
25:49Et Dens va envoyer son second,
25:51qui est le général de Verdillac,
25:53qui va aller négocier avec les Britanniques.
25:56Chose que les gaullistes n'acceptent évidemment pas,
25:59puisque eux ne seront pas invités à signer.
26:02Si je me souviens bien, c'est le général Quattroux
26:04qui assiste à la signature de l'armistice.
26:06Et dans cet armistice, on dit que les vichistes,
26:09enfin l'armée de Vichy peut garder ses armes,
26:12qu'une partie doit partir quand même chez les Britanniques.
26:15– Oui.
26:16– Et également que les prisonniers doivent être libérés.
26:19– Ça inclut la libération des prisonniers.
26:20– Exactement.
26:21Et les Anglais, dans un protocole secret,
26:23il y a toujours des protocoles secrets dans ces choses-là,
26:25vont interdire aux forces des Français libres
26:29de faire de la retape auprès des vichistes.
26:33Et donc, là encore, pour De Gaulle,
26:35c'est un camouflet énorme de la part des Anglais.
26:37Mais dès cette époque-là,
26:38les Anglais, de toute façon, jouent double jeu au Levant.
26:42Mais ça n'empêchera pas qu'évidemment,
26:44ils iront essayer de démarcher leurs anciens camarades,
26:46mais qu'ils ne les suivront quasiment pas.
26:48Il n'y a que deux officiers à ma connaissance
26:50qui rejoignent les forces françaises libres de ce pays.
26:54Et puis, très, très peu de troupes du Levant
26:59qui ont rejoint les Français libres.
27:00– Alors, il est libéré où, Villutré ?
27:02– À Marseille.
27:03– Il est libéré à Marseille.
27:04– Il est libéré à Marseille.
27:05C'est ça qui est très étonnant.
27:06– On le met à la rue, en gros, dans Marseille ?
27:08– Non, non.
27:09– On le ramène…
27:09– Voilà, le sous-officier de gendarmerie
27:11qui a passé son temps à l'insulter
27:12et à le traiter de prisonnier
27:13jusqu'à ce qu'il soit, si vous voulez, réhabilité.
27:17Maintenant, on n'en a plus que mon capitaine par-ci,
27:19mon capitaine par-là.
27:20Et on le ramène, donc, au Levant.
27:23Je pense que s'il l'avait gardé
27:25quelques temps de plus, il l'aurait fusillé.
27:26Mais là, le fait est qu'il y a eu
27:28une accumulation de circonstances
27:30qui fait qu'il repart, il retrouve son régiment,
27:33alors que tout le monde le croyait mort,
27:34il retrouve son régiment, donc, à Damas.
27:36– Donc là, ils sont à Damas,
27:38donc, pendant une partie,
27:39il y a les Français libres,
27:40les Français vichy qui cohabitent en Syrie ?
27:42– Voilà, alors, très difficilement,
27:44les Français de Vichy vont être rapatriés
27:48soit en métropole, soit en Afrique du Nord.
27:50Ils auront le noyau de l'armée d'Afrique, ensuite.
27:54Et les Français libres du général de Gaulle
27:57vont prendre possession de la Syrie et du Liban
27:59et ces deux territoires vont devenir
28:01les premiers territoires gérés par la France libre.
28:07– Alors, Villoutré, lui, va commander
28:10plusieurs regroupements de cavalerie.
28:12– C'est ça.
28:13– De troupes, ce que vous appelez, des troupes spéciales.
28:15– Des troupes spéciales, oui.
28:16– Alors, ce sont des unités locales.
28:18– Oui.
28:18– Quel est leur rôle ? Comment fonctionnent-ils ?
28:20De quoi est-elle composée ?
28:23– Oui, ce qui s'est passé, c'est que, avant,
28:25Jourdier et Villoutré vont préparer l'Espahy,
28:29qui maintenant vont prendre, vont grossir comme un régiment,
28:33ils vont les préparer à la bataille de Birakheim.
28:35Mais, comme partout, on a des oppositions humaines.
28:40Or, on a un chef qui s'appelle le général de l'Arminat,
28:43qui a un caractère de cochon,
28:45qui ne peut pas sentir le capitaine Jourdier
28:47et qui va le pousser à la démission.
28:50Et Villoutré, avec le panache qu'on lui connaît,
28:52va démissionner aussi, disons, des Spahy blindés.
28:56Donc, ceux qui seront ensuite avec le clerc,
28:58qui iront à Paris, qui iront à Berches-Gaden.
29:00Et ces deux officiers vont se retrouver,
29:02alors que c'est quand même parmi les premiers compagnons de la Libération,
29:05c'est eux qui ont tout construit.
29:06Eh bien, Jourdier et Villoutré se retrouvent, en effet,
29:08comme commandants de ce qu'on appelle les troupes spéciales.
29:11Les troupes spéciales, donc, on a des fantassins,
29:13c'est les bataillons d'infanterie légère du Levant.
29:15Et puis, on a des cavaliers.
29:17Alors, bon, comme les deux sont cavaliers,
29:18ils vont s'occuper de ces gens-là,
29:20qui recrutent des Tchérkès, qui recrusent des Tchétchènes,
29:24des Alaouites, des Maronites, des Chiites,
29:27donc des Arméniens, majoritairement des minorités du Liban et de la Syrie.
29:32Quelques sunnites aussi, mais beaucoup moins quand même.
29:34Et la mission, c'est des opérations de police
29:37à la frontière entre la Syrie et la Turquie,
29:41où il y a énormément de brigandages, voilà.
29:44Donc, c'est pas de la guerre très glorieuse,
29:46c'est que de l'opération de police.
29:48Et c'est là qu'en effet, Harry va...
29:50– Donc, ils ne se battent plus contre les Allemands ?
29:51– Non, plus du tout, tout ça est fini.
29:53Mais c'est nécessaire, parce qu'on a des, comment dirais-je, des...
29:57– Des soulèvements.
29:58– Voilà, il peut y avoir des soulèvements,
29:59et puis il y a des, comme aujourd'hui en Syrie,
30:03des affrontements entre les Kurdes et les Sunnites,
30:05entre les Alaouites et les Sunnites également.
30:10– Donc, le nationalisme arabe monte,
30:13donc là, les Français, eux, sont confrontés directement.
30:16Donc, en mai-juin 1945, l'Allemagne a capitulé,
30:19mais au Levant, là, c'est l'embrasement.
30:22– Exact, le nationalisme arabe explose,
30:25les Syriens ne veulent plus voir les Français,
30:27ils sont en ce sens excités par les Britanniques,
30:30qui voient toujours le pétrole pas très loin.
30:32Les Britanniques arment les nationalistes syriens.
30:35Depuis la campagne de 1941, on a en fait deux entités,
30:40puisque les Anglais essayent aussi de gouverner la Syrie et le Liban,
30:44plus la Syrie que le Liban, d'ailleurs, avec les Français.
30:48Et dès qu'ils le peuvent, les Britanniques,
30:49eh bien, humilient les troupes françaises,
30:53les cantonnent dans leurs casernes, les empêchent de sortir.
30:56Donc, c'est assez, une situation très tendue, très délicate,
31:00que doivent vivre les officiers français, les cadres français,
31:04pris entre deux feux, entre les nationalistes syriens qui les attaquent,
31:08et les Anglais qui les laissent se faire attaquer,
31:10alors qu'on est alliés.
31:11Vous voyez ? On est encore alliés.
31:13Et on a des crimes abominables qui se passent dans plusieurs petites garnisons,
31:17à Derezor, à Tripoli, à Tire, à Damas, Tripoli du Liban,
31:23où de nombreux Français sont attaqués, tués, lapidés.
31:28Malheureusement, on va arriver au 17 juin 1945,
31:32donc c'est cinq ans, jour pour jour, le francissement du Jourdain.
31:37Harry est à Idlib, qui est une petite ville du nord de la Syrie,
31:43on en a entendu parler d'ailleurs il n'y a pas quelques années.
31:45Oui, oui, oui, tout à fait, oui.
31:47Elle n'est pas aux mains des Kurdes ?
31:49Elle a été aux mains des Kurdes,
31:50et puis c'est une majorité sunnite avec une minorité chrétienne.
31:54Donc, c'est une petite ville au nord de la Syrie
31:56qui est acquise au nationalisme.
31:59Oui.
31:59Et là, il va vivre ses dernières heures en compagnie du lieutenant de la Servière.
32:05C'est ça.
32:07Qu'est-ce qui se passe ?
32:07Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui se passe à ce moment-là dans cette ville ?
32:10Ce qui se passe, c'est qu'en fait, ces escadrons dont je vous ai parlé,
32:12ils sont dans des villes,
32:15et ce sont les soldats qui sont, les cavaliers qui sont là,
32:18souvent sont avec leurs épouses, avec leurs enfants.
32:20Donc, ils sont originaires des villes qu'ils protègent,
32:24et ils sont sous la pression de la foule.
32:26Et là, un escadron qui s'appelle le 19ème escadron léger,
32:31qui est commandé par un musulman, le capitaine Mahmoud,
32:34que connaissait bien Jourdier aussi,
32:36on lui coupe l'eau, on lui coupe l'électricité,
32:39on leur dit de rallier les nationalistes syriens,
32:41et Mahmoud ne veut pas.
32:42Et c'est, en fait, Villoutray va vouloir essayer de calmer le jeu.
32:47Il va se rendre tout seul, en effet,
32:50dans ce qu'on appelle le canne, le camp de l'escadron,
32:54pour essayer de faire en sorte que les cavaliers ne désertent pas.
32:58Il est en effet accompagné d'un officier de renseignement,
33:00on dit un officier de la sûreté,
33:02qui est un officier de réserve, père de quatre enfants,
33:05ancien ingénieur, un des premiers français libres aussi,
33:08du bataillon d'infanterie de marine,
33:10donc le sous-lieutenant de la Servière.
33:12Et en effet, les deux officiers,
33:13il arrive à un moment où ils sont accueillis par le Kaymakan,
33:17le Kaymakan, c'est le maire, c'est un mot turc,
33:19maire du village, où là, la situation va dégénérer,
33:22ils vont être attaqués par les gendarmes syriens,
33:25qui étaient une force supplétive aussi,
33:26et puis lynchés, massacrés.
33:29– Et c'est une violence inouïe.
33:31– C'est la même violence qu'aujourd'hui.
33:32C'est exactement la même violence qui se passe,
33:35ou qui s'est passée avec Daesh,
33:37ou le gouvernement actuel syrien,
33:38enfin, les forces paramilitaires.
33:39Donc il y a cette volonté d'humilier l'ennemi,
33:43donc ils sont lardés de coups de couteau,
33:45déshabillés, mis dans la rue et défenestrés.
33:48– Et exposés dans la rue, donc…
33:50– Exactement.
33:50– Et alors, on parlait quand même des Britanniques,
33:53je voudrais y revenir,
33:54vous évoquiez leur connivence avec les autorités syriennes,
33:57est-ce qu'on peut parler même d'une trahison ?
33:59– Oui, oui, le général de Gaulle a parlé d'une trahison.
34:01Le général de Gaulle dit dans ses mémoires,
34:04je ne peux vous faire la guerre maintenant,
34:06mais vous avez outragé la France,
34:09et vous avez trahi l'Occident,
34:11et cela ne peut être oublié.
34:12Bien sûr, les Britanniques ont voulu nous virer du Proche-Orient,
34:15mais ça depuis déjà 100, 150 ans,
34:17et ils ont en effet réussi.
34:21L'année suivante, tout le monde a plié bagage et est parti.
34:25Alors, on a gardé quand même, évidemment, des bons contacts,
34:27en particulier avec le Liban,
34:29où il y a une forte communauté binationale,
34:31et où on a toujours été très proche des maronites,
34:34enfin des chrétiens du Liban en particulier.
34:36Mais c'est vrai que le temps du mandat,
34:38qui est toujours vu avec une forme de nostalgie
34:40par les plus vieux des Libanais,
34:42s'est terminé après la Deuxième Guerre mondiale.
34:45– Et alors, pour en revenir à Harry de Villutré,
34:48on voit quand même un caractère un peu fougueux,
34:50parce qu'on dit que le général Humblou aurait dit au père d'Harry,
34:54« Votre fils connaissait bien les manœuvres des Anglais,
34:56et le guet-apens d'Ibli a été organisé par eux ».
35:00Il était conscient, inconscient ?
35:02– Il était conscient du danger,
35:03mais je pense qu'il n'était pas conscient de mettre sa vie
35:06et celle de son subordonné en danger.
35:08Il a vraiment, il a même refusé de s'armer plus que de son arme légère,
35:13son chauffeur voulait venir avec un pistolet mitrailleur,
35:15et il a dit, non, non, on va gérer les choses calmement à l'Oriental.
35:20Et ce qui est terrible, c'est qu'il a été reçu à l'Oriental,
35:24ils ont bu le café et ensuite ils l'ont attaqué,
35:26et donc le Caïm Akan n'a pas été fidèle justement
35:31à la tradition orientale de l'accueil de l'étranger.
35:35– Alors, quel bilan historique on peut tirer
35:37de cette présence française au Levant ?
35:40Vous avez parlé des regrets tout à l'heure,
35:42mais est-ce qu'on voit déjà les germes des conflits actuels
35:44au Proche-Orient qui sont…
35:46– On les voit parce que ces communautés ne s'aiment pas,
35:51mais il n'y a pas encore l'islamisme.
35:54Même si les termes parfois utilisés par les révoltés,
36:00s'apparentent tout à fait au diatribe islamiste
36:04qu'on a pu lire chez Daesh, en lançant des chaussures,
36:07en traitant les gens de chiens ou de porcs,
36:09en disant De Gaulle on va te tuer
36:10et nos chevaux viendront dans l'écurie à Paris, etc.
36:15Donc il y a quand même cette violence anti-française
36:18ou anti-occidentale qui s'est quand même exprimée à ce moment-là.
36:21Mais il était temps aussi, et le père d'Harry le dit dans la lettre
36:25quand il reçoit un des gaullistes historiques
36:29qui vient lui annoncer en effet la mort de son fils,
36:31il lui dit mais que n'avons-nous pas laissé le Liban et la Syrie avant ?
36:35Ce qui aurait évité aussi tous ces morts,
36:38plutôt qu'en effet de s'accrocher,
36:40alors que le mandat précisait bien qu'on devait les emmener à l'indépendance.
36:43– Où repose Harry de Villoutré aujourd'hui ?
36:46– Il repose à Damas, il est toujours,
36:48donc il a d'abord été enterré le lendemain 18 juin,
36:51encore une date symbolique,
36:52il a été enterré à Alep à côté de sa caserne de ce pays
36:55et ensuite les dépouilles de la majorité des soldats français
37:01meurent pour la France là-bas ont été emmenés dans un grand cimetière
37:04qui est à côté de Damas, où ils sont toujours.
37:06– Cimetière respectée aujourd'hui ?
37:08– Vraisemblablement oui, oui, oui, c'est encore respecté,
37:11les carrés militaires sont respectés,
37:12il y a côte à côte les vichistes et les gaullistes,
37:15les catholiques, les juifs et les musulmans
37:17sont tous dans la même terre des croisades.
37:20– Alors la mémoire est toujours vivante finalement,
37:22parce qu'en 2020, 80 ans après le passage du Jourdain si on peut dire,
37:30le colonel Davien du 1er régiment de ce pays
37:33a inauguré une stèle et a déclaré le courage
37:36de quelques compagnons, on peut restaurer les consciences,
37:39faire émerger la liberté et changer la face du monde.
37:43Vous qui êtes allé au sud du Liban, vous avez vu cette…
37:47– Non, j'y étais avant.
37:48– Vous y étais avant.
37:49– Mais c'est vrai que les combats de Syrie sont encore connus là-bas,
37:53on sait qu'il y a des tombes de tirailleurs sénégalais,
37:56bon, dans le sud du Liban et en effet le colonel,
38:01le commandant le 1er régiment de ce pays, donc de Valence à ce moment-là,
38:03a fait un bel acte de mémoire, un bel acte d'histoire,
38:06parce que ce régiment qui est décoré de la Croix de la Libération
38:08compte en fait 33 spays compagnons de la Libération,
38:12certainement un des régiments les plus décorés à ce sujet-là.
38:16– Et de ces luttes fratricides dans l'armée française,
38:19il y a une mémoire en convaincant ?
38:22– Il y a une mémoire, mais vous verrez toujours quand même
38:26quelques réticences dans l'arme blindée-cavalerie
38:29pour évoquer certains de ces premiers officiers
38:32qui avaient rallié le général de Gaulle.
38:34– Dans l'aviation aussi, ça n'a pas été sérieux.
38:34– Dans l'aviation aussi, tout à fait, oui.
38:36– Les affrontements entre…
38:38– Oui, oui.
38:39– Bien, Christophe Carichon, merci infiniment.
38:41– Merci.
38:41– Donc je recommande vraiment ce livre paru chez Via Romana.
38:45Il se lit comme un roman, c'est passionnant.
38:49Il y a des documents, des photos, cahiers photos.
38:52Donc Harry de Villoutré, le compagnon du Levant,
38:56paru chez Via Romana.
38:58Des projets en cours ?
39:01– Pas pour l'instant.
39:01– Pas pour l'instant.
39:02Bien, écoutez, nous en reparlons.
39:04C'était Passé-présent, l'émission historique de TVL,
39:08réalisée en partenariat avec la Revue d'Histoire européenne.
39:12Alors avant de nous quitter, vous n'oubliez pas, bien sûr,
39:15de cliquer sur le pouce levé sous la vidéo
39:17et de vous abonner à notre chaîne YouTube.
39:19Merci, à bientôt.
39:21– Sous-titrage ST' 501
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