- il y a 9 heures
"L'histoire, la vraie, celle qu'on n'ose plus raconter. Ce soir, nous allons parler d'Algérie. Pas de la guerre, pas de la repentance, pas des "crimes contre l'humanité" - formule qu'Emmanuel Macron avait lancée à Alger en 2007 comme une grenade dans le débat public. Aujourd'hui plutôt, nous allons parler de 132 ans de présence française sur cette terre d'Afrique du Nord. De ces hommes et de ces femmes, venus de France, d'Espagne, d'Italie, de Malte, qui ont défriché des marécages, construit des villes, des routes, des hôpitaux, des écoles. De ces musulmans, chrétiens et juifs qui ont vécu ensemble, dans une harmonie imparfaite mais réelle. De cette Algérie qu'on a si longtemps caricaturée, réduite à l'image du "colon faisant suer le burnous".
C'est cette histoire-là, l'histoire vraie, que raconte le dernier hors-série de Valeurs Actuelles, un numéro exceptionnel de plus de cent trente pages, richement illustré de documents exclusifs, construit autour d'un grand entretien avec Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, première association de pieds-noirs de France et Boualem Sansal, l'écrivain franco-algérien qui vient de passer un an dans les geôles algériennes et qui vient d'être élu, comme un pied de nez magnifique à ses geôliers, à l'Académie française. Une émission exceptionnelle en compagnie d'Arnaud Folch, rédacteur en chef de ce hors-série de Valeurs Actuelles.
C'est cette histoire-là, l'histoire vraie, que raconte le dernier hors-série de Valeurs Actuelles, un numéro exceptionnel de plus de cent trente pages, richement illustré de documents exclusifs, construit autour d'un grand entretien avec Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, première association de pieds-noirs de France et Boualem Sansal, l'écrivain franco-algérien qui vient de passer un an dans les geôles algériennes et qui vient d'être élu, comme un pied de nez magnifique à ses geôliers, à l'Académie française. Une émission exceptionnelle en compagnie d'Arnaud Folch, rédacteur en chef de ce hors-série de Valeurs Actuelles.
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00:14Générique
00:20Bonjour à tous. L'histoire, la vraie, celle qu'on n'ose plus raconter.
00:24Ce soir, nous allons parler d'Algérie.
00:25Pas de la guerre, pas de la repentance, pas de crime contre l'humanité.
00:30Formule qu'Emmanuel Macron avait lancée à Alger en 2007 comme une grenade dans le débat public.
00:34Non, ce soir, nous allons parler de 132 ans de présence française sur cette terre d'Afrique du Nord.
00:40De ces hommes et de ces femmes venus de France, d'Espagne, d'Italie, de Malte,
00:43qui ont défriché des marécages, construit des villes, des routes, des hôpitaux, des écoles.
00:48De ces musulmans, chrétiens et juifs qui ont vécu ensemble dans une harmonie imparfaite mais réelle.
00:53De cette Algérie qu'on a si longtemps caricaturée, réduite à l'image du gros colon faisant suer le bournou.
01:00Cette histoire, cette histoire vraie, Arnaud Folk a voulu la raconter dans le dernier hors-série de Valeurs Actuelles.
01:06Un numéro exceptionnel de plus de 130 pages, richement illustré de documents exclusifs,
01:11construit autour d'un grand entretien avec Suzy Simon-Niquez, présidente du Cercle algérieniste,
01:16première association de Pieds Noirs de France et Boilem Sansal,
01:20l'écrivain franco-algérien qui vient de passer un an dans les geôles algériennes
01:24et qui vient d'être élu, comme un magnifique pied de nez à ses geôliers, à l'Académie française.
01:29Arnaud Folk est journaliste et rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles.
01:33Il est l'auteur de la plupart des textes de ce hors-série,
01:36fruit de mois de recherche et de collecte de documents inédits.
01:39Arnaud Folk, merci d'être parmi nous.
01:42– Donc vous êtes le rédacteur en chef de ce dernier hors-série de Valeurs Actuelles
01:48qui va paraître demain et il est intitulé « Quand l'Algérie était française ».
01:56Alors est-ce que c'est une certaine forme de provocation ce titre ?
02:00– Pas du tout, pas du tout.
02:02On n'a pas du tout l'idée de provoquer quoi que ce soit,
02:04mais de dire simplement les faits, c'est pour ça que le titre il est simple,
02:08« Quand l'Algérie était française » et nous racontons, comme vous venez de le dire,
02:11les 132 années de présence française en Algérie,
02:14sous un regard effectivement très différent de ce que l'on entend de manière habituelle.
02:20Comme vous l'avez dit, on ne traite pas la guerre.
02:22La plupart des gens, quand ils parlent de l'Algérie française,
02:24on revient toujours à la guerre, aux affrontements.
02:26Nous avons voulu montrer, comme le dit Boilem Sansal dans l'interview du début,
02:31que l'Algérie du temps de la France était une Algérie qui était belle.
02:35– Alors vous ouvrez ce numéro, et c'est sur une énumération de chiffres
02:39qui donne un peu le tournis quand même, 80 kilomètres de route, 23 ports,
02:43des aéroports de classe mondiale, 150 hôpitaux,
02:46et on sent une espèce d'urgence dans cette accumulation.
02:49Alors comme si l'histoire risquait de disparaître avec les derniers témoins,
02:54est-ce que c'est ce sentiment qui vous a motivé ?
02:57– Écoutez, non, je crois que d'abord, il ne faut pas faire peur aux lecteurs.
03:02Ce n'est pas un numéro qui regorge de chiffres.
03:05En revanche, on a tenu vraiment, effectivement,
03:07à aller chercher tous les chiffres officiels méconnus
03:09qu'on n'apprend pas sur l'Algérie, dans le domaine de la santé,
03:12dans le domaine de l'éducation.
03:14On va évidemment y revenir.
03:16Maintenant, est-ce qu'il y a urgence ?
03:18Il y a urgence tous les jours, puisqu'il existe, par la force des choses,
03:22de moins en moins de pieds noirs,
03:23que la mémoire de l'Algérie française a été piétinée
03:26par 60 années de politiquement correctes.
03:30Et je veux dire que s'il fallait lutter contre cette repentance,
03:34ce n'est pas un trimestriel qu'il faudrait faire.
03:35C'est un quotidien, voire avec plusieurs éditions par jour.
03:40Donc le but du jeu n'est pas de provoquer,
03:42il est de dire la vérité avec les faits, très peu d'adjectifs,
03:47beaucoup de documents et beaucoup de témoignages,
03:49notamment sur les premiers colons.
03:51Nous avons retrouvé des témoignages qui sont extraordinairement émouvants.
03:54Et je crois que du début à la fin, on se rend compte
03:56que ce n'est pas du tout l'histoire telle qu'on nous l'a enseignée jusqu'à présent.
04:00– Bien sûr, alors, je le disais dans l'introduction,
04:02Boilem Sansal est au cœur de ce numéro.
04:06Je vous cite, vous écrivez dans l'avant-propos,
04:08« Ce que Boilem Sansal pense, il le dit,
04:10sans crainte du régime, sans crainte de déplaire,
04:13une magnifique leçon pour tous ceux qui, en France,
04:16n'ignorant pourtant rien de notre vrai bilan en Algérie,
04:18préfère se taire dans un seul but, s'éviter les foudres du politiquement correct. »
04:23Donc, Boilem Sansal sort de prison, il est élu à l'Académie française,
04:26il a accepté de vous parler.
04:28Alors, racontez-nous rapidement comment s'est passée cette rencontre
04:32qu'il y a eu au mois de février.
04:34Qu'est-ce qui vous a le plus frappé dans le récit de son incarcération ?
04:38– Écoutez, avant l'incarcération, il y a d'abord le personnage.
04:42Moi, je ne le connaissais pas, c'est un ami de Suzy Simon-Diquès,
04:46qui est donc la présidente du Cercle Algéréniste,
04:47première association de Pieds-Noirs.
04:48Ils sont amis depuis longtemps, elle faisait partie de son comité de soutien.
04:51Et je trouvais très intéressant, si vous voulez, de faire un entretien croisé
04:55dans lequel on pouvait démontrer qu'avec deux parcours différents,
04:59deux origines différentes, on avait une mémoire qui était la même.
05:03Ils le disent dans l'interview, ils se considèrent comme des frères et des sœurs.
05:07Voilem Sansal se considère comme un Français biologique.
05:10Donc, on parle, on évoque un peu, effectivement, son incarcération.
05:15Il le fait toujours avec…
05:17Moi, je dois dire que le personnage m'a totalement fasciné,
05:20je ne le connaissais pas avant.
05:21Et à la fin de l'entretien, pour vous dire,
05:22on est tous tombés un peu dans les bras les uns des autres,
05:25parce qu'on avait le sentiment d'avoir vécu un moment fort.
05:28Voilem Sansal aurait pu, comme vous l'avez dit,
05:29il est sorti de prison, il est sorti d'un cancer,
05:33il vient d'être élu à l'Académie française.
05:34Il aurait pu penser un petit peu à lui, sa famille,
05:38dont il a été longtemps privé.
05:40Et là, effectivement, il a accepté de s'exprimer à nouveau
05:43et de s'épancher d'une manière, je dois dire,
05:46il ne s'était sans doute jamais autant exprimé ainsi sur le pouvoir algérien.
05:51Le malheureux, je le crains, risque de s'attirer une nouvelle fois
05:54les foudres du pouvoir algérien.
05:57– Bon, il est à l'abri, a priori, ici.
06:00– Il peut être déchu de sa nationalité, ce qu'il craint,
06:03parce qu'en fait, il y avait une rumeur comme quoi
06:05il était vraisemblablement déchu de sa nationalité.
06:08Il nous a expliqué que ce n'était pas le cas,
06:10mais qu'en revanche, il y avait le risque,
06:12parce que le gouvernement algérien venait de faire voter
06:14une loi qui permettait de déchoir la nationalité,
06:18n'importe qui, et sans jugement.
06:20– Alors, il dit une chose frappante dans l'entretien,
06:23il dit, je le dis pour eux, parlant des Algériens
06:26qui ne peuvent pas s'exprimer librement.
06:28Et il décrit son séjour en prison de façon presque sereine.
06:32Il raconte une scène qui est assez extraordinaire
06:35avec le chef de l'armée islamique du Salut, qui est en prison,
06:38et qui va utiliser, qui va apprendre une phrase en français pour lui parler.
06:41Alors, qu'est-ce que ça dit sur l'Algérie profonde, celle d'en bas ?
06:45– Je crois que ça veut dire d'abord une chose,
06:47c'est que Boalem Sansal, il est respecté,
06:50y compris par ceux qui devraient être ses pires adversaires.
06:53Quand, dans l'interview, il le dit, il avait un peu la trouille,
06:56quand même, de se retrouver entouré de chefs islamistes,
07:00lui qui est francophone, qui n'est pas spécialement islamiste,
07:04c'est le moins, pro-islamiste, c'est le moins qu'on puisse dire.
07:07Et il raconte effectivement cette scène,
07:09il dit qu'un des chefs islamistes qui craignait,
07:12un jour est venu le voir avec un accent très efficace,
07:15en lui disant, bonjour M. Sansal, comment allez-vous ?
07:18Et il revenait, Boalem Sansal, de l'hôpital.
07:22Et ça signifie, si vous voulez, qu'il peut y avoir du respect
07:24quand on est courageux.
07:26Et le courage de Boalem Sansal, il est inouï.
07:30Vous disiez à l'instant, en nous citant, merci beaucoup, très gentiment,
07:34qu'en France, c'est une leçon de courage extraordinaire
07:38par rapport aux hommes politiques français,
07:42à la classe politique dans son ensemble,
07:43parce que la classe politique dans son ensemble,
07:44elle sait ce qui s'est passé en Algérie,
07:47et elle n'a jamais défendu les pieds noirs,
07:49ni l'œuvre des pieds noirs en Algérie.
07:52Et c'est à Boalem Sansal, lui, musulman,
07:55qui était algérien,
07:58qui le fait mieux que beaucoup d'autres.
08:00– Alors, à ses côtés, dans cet entretien,
08:02il y a également Suzy Simon-Niquez,
08:05qui est la présidente du cercle algérieniste.
08:07Et il y a des passages touchants,
08:11parce qu'elle pleure en évoquant son amie d'enfance, Fatima,
08:14qu'elle n'a jamais revue après 1962.
08:16Alors, ce genre de détail intime,
08:18une amitié d'enfance brisée par l'histoire,
08:21est-ce que ça peut changer notre perception que l'on a de cette période ?
08:25– Écoutez, je le souhaite,
08:27mais la vérité, les pieds noirs, on les a privés de leur souffrance.
08:33Donc, ils n'ont pas pu faire leur deuil.
08:35Beaucoup reprochent aux pieds noirs de continuer 60 ans et quelques après.
08:40– Si la vie s'était arrêtée là.
08:41– Voilà, mais la vie s'est arrêtée là,
08:43parce qu'il y a eu une souffrance abominable,
08:46et on a cessé de leur dire depuis,
08:49vous étiez des colons spoliateurs,
08:53vous étiez des colonisateurs ignobles,
08:56et alors qu'on le voit là-dedans,
08:59c'était des gens qui se sont dévoués corps et âme pour cette terre inculte,
09:04ce sont des gens qui ont vécu en parfaite osmose
09:06avec toutes les autres communautés,
09:08alors qu'ils étaient très minoritaires.
09:09L'Afrique du Nord n'a jamais été l'Afrique du Sud,
09:12la population algérienne est passée de musulmane
09:15de près de 2 millions à 12 millions,
09:17multipliée par 6.
09:19Enfin, quand on veut exterminer un peuple, on s'y prend différemment.
09:21– Effectivement.
09:22– Alors, ils incarnent, sans ça, les simoniquaises,
09:25ils incarnent deux mémoires,
09:27l'une algérienne, l'autre pied noir,
09:29pourtant on voit que leurs récits convergent,
09:31et ils rejettent tous les deux, avec la même force,
09:34l'idée d'apartheid.
09:36En soi, quand on lit les deux,
09:38c'est un démenti très puissant sur cette idée d'apartheid.
09:41– Mais ce démenti, tous les pieds noirs que vous rencontrez,
09:44vous le disent,
09:45je voudrais vous dire que, voilà,
09:46j'ai le souvenir d'une anecdote,
09:49un jour à un congrès, d'ailleurs, du siècle algérien,
09:50il y a quelques années, avant que Robert Ménard ne soit maire de Béziers,
09:54il était plutôt de gauche,
09:56il renait un peu ses origines pieds noirs.
09:59Et il y avait un, comment dirais-je,
10:01un débat organisé autour de gens dont les familles avaient disparu.
10:05C'était incroyablement émouvant.
10:08Et Robert Ménard, qui était assis à côté de moi,
10:10je m'en souviendrai toujours,
10:11tout d'un coup s'est mis à pleurer,
10:12mais sa chemise était inondée de larmes.
10:15Et on écoutait des gens qui nous racontaient, par exemple,
10:18que 50, 60 années après,
10:21quand une voiture s'arrêtait devant chez eux,
10:23quand un coup de téléphone était reçu,
10:26et puis qu'il n'y avait personne au bout,
10:28ils imaginaient toujours que leurs parents pouvaient,
10:31que ça pouvait être eux, etc.
10:33Vous vous rendez compte que, voilà,
10:34ils n'ont pas pu faire leur deuil.
10:37Et Suzy Simonniquaise a fait quelque chose de formidable sur ces disparus,
10:40c'est qu'elle a fait ériger à Perpignan,
10:42je crois que ça a remonté une dizaine d'années,
10:43le mur des disparus,
10:45avec le nom de tous les disparus.
10:47Et ça a permis à énormément de familles
10:50de faire une part de leur deuil.
10:52Mais la France, elle, a vraiment manqué à son devoir.
10:56Alors maintenant, nous allons rentrer dans la réalité de l'Algérie française.
11:00Je vous cite toujours, ce que vous écrivez dans l'avant-propos,
11:04a-t-on le droit de dire et d'écrire
11:06que la France a fait baisser de deux tiers la mortalité enfantine en Algérie,
11:09que sous sa présence, en 1962,
11:12près de 90% des enfants scolarisés dans les écoles primaires publiques d'Algérie
11:15étaient des petits musulmans, filles et garçons.
11:18Donc on va d'abord commencer par le commencement,
11:22la conquête, et essayer d'en finir avec les mythes.
11:24Donc, en conquête en 1830,
11:28et on a une image très figée de cette conquête,
11:29on a l'impression que c'est une puissance coloniale
11:31qui veut s'emparer d'un pays,
11:33mais vous montrez finalement que la réalité est bien plus complexe.
11:36Qu'est-ce que les Français trouvent à Sidi,
11:38Sidi Ferrouche, en juin de 1830 ?
11:40– Déjà, ils ne trouvent pas un pays.
11:42Déjà, ils ne trouvent pas un pays.
11:43C'est ce qu'on a appelé la régence d'Alger,
11:46qui était sous suzeraineté des Ottomans, des Turcs.
11:54C'était effectivement quelques hectares de terre autour des côtes,
11:58de pirates barbaresques pratiquant l'esclavage.
12:01C'est un immense territoire totalement vide, en friche.
12:05Donc il y a grosso modo 2 millions d'habitants à cette époque
12:10sur un territoire qui est immense.
12:12Le Sahara n'en s'est pas parti, on y reviendra peut-être tout à l'heure.
12:16Je crois que c'est Jean Séville qui le résumait.
12:19Il disait, voilà, c'était un territoire qui n'était ni uni, ni uniforme.
12:23D'ailleurs, le nom d'Algérie, c'est la France qui l'a inventé
12:26et c'est la France qui l'a imposé.
12:29– Alors vous assistez beaucoup sur le profil des premiers colons.
12:32Ce ne sont pas des nantis, ni des inventariés en quête de richesse.
12:36Ce sont des pauvres, des déclassés, des idéalistes,
12:38des gens qui fuient également la misère européenne
12:40et rêvent de liberté, d'égalité.
12:43Donc là, on est vraiment loin de l'image que j'exprimais tout à l'heure,
12:47celle du colom qui fait celui de Burnout.
12:49Qui sont ces gens ?
12:50– J'ai été beaucoup ému parce que, comme vous l'avez dit tout à l'heure,
12:55on a sorti des courriers qui ont été collectés notamment
12:57par le cercle algérianiste de colons qui remontent pour certains
13:00dans les années 1830, 1850, donc les tout premiers.
13:04– Mais quelle émotion en ressort !
13:06Ce sont des petites gens extraordinairement modèles.
13:09Il faut savoir qu'à l'époque, 97% des Français vivant en métropole
13:13ne sortaient pas de leur village, de leur ville ou à peine.
13:17Et là, on leur a fait faire plus de 1000 kilomètres en bateau, en train
13:22et arriver dans ce pays.
13:24S'ils y sont allés, ils sont allés chercher une terre promise,
13:28une terre promise à féconder.
13:30Et ça a été un formidable enfantement, comme le dit Boilem Sansal,
13:33d'un nouveau monde et d'une nouvelle population,
13:37d'une mosaïque absolument extraordinaire.
13:39Mais ça a été extraordinairement difficile, un chiffre, un seul.
13:43Dans la plaine de la Mitija, dont la capitale est bouffarique…
13:47– C'était ma question suivante, évidemment, mais allez-y, allez-y.
13:49– Voilà, dont la capitale est bouffarique et qui est devenu vraiment
13:53le symbole de la prospérité de l'agriculture en France.
13:57Le taux de mortalité au départ était, dans les 5 ou 6 premières années,
14:01était de 90%.
14:03Et grosso modo, en ce qui concerne la totalité des colons,
14:08on va dire sur les 20 ou 30 premières années, un quart d'entre eux est mort.
14:11Les maladies, les épidémies, les attaques des tribus rebelles,
14:16c'est quelque chose d'invraisemblable.
14:18C'était le Far West puissance 10.
14:21– C'est ça, on est finalement sur le même modèle que la colonisation américaine.
14:24– Alors non, parce que la colonisation…
14:26– Ce sont des colons qui avancent et qui s'installent là où ils peuvent.
14:30– Oui, sauf que la colonisation américaine, qu'est-ce qu'elle a fait des Indiens ?
14:33Elle les a massacrés, elle les a…
14:35– Je parle au niveau des colons, de la façon dont les colons vont s'installer.
14:39– Ah oui, oui, oui, dans l'esprit.
14:40– Dans l'esprit, c'est la même chose.
14:40– Dans l'esprit, c'est la même chose.
14:42– Mais encore une fois, et c'est très important,
14:45nos colons ont voulu vivre en symbiose, se sont immergés dans cette culture.
14:51– Je parle au niveau de la composition des colons et la façon dont ils vont s'installer.
14:54– Écoutez, ce sont des gens extrêmement pauvres.
14:57– Ils s'installent dans le dénuement le plus total.
14:59Ils ont quoi… Est-ce que la France leur fournit, j'allais dire, un premier matériel ?
15:05– Oui, oui, oui, la France a fourni quelques arpents de terre,
15:08souvent d'ailleurs de terre difficile, au départ, oui, bien sûr,
15:12pour attirer effectivement ces personnes-là,
15:14pour leur donner une nouvelle chance dans la vie.
15:17Mais il faut vraiment comprendre…
15:18– Ils construisent des premiers villages qui sont proches de Bidonville.
15:23– Ou des villages où il n'y a strictement rien.
15:25On parlait de Bouffaric tout à l'heure, il y avait un petit marché…
15:27– On fait des maisons en bois.
15:28– Voilà, qui se réunissaient une fois par semaine.
15:31Il y avait un gibet au milieu, et comme le dit le cercle de Bouffaric,
15:37c'était la misère, c'était la mort, c'était le silence,
15:40et de tout ça, ils ont fait un extraordinaire floraison
15:44et une extraordinaire richesse.
15:46Mais vraiment, il y a presque un aspect,
15:49et là on va apprendre peut-être des choses aux gens,
15:52mais presque autogestionnaire, communautaire,
15:54rêve de liberté, d'égalité, de fraternité,
15:57à l'époque de Charles X et Louis-Philippe, là-bas en Algérie.
16:00– Il faut polier que ce n'est pas encore vraiment la France,
16:02ce n'est pas un département, donc c'est organisé comment ?
16:03Il y a quand même des élections, on est lié à mer ?
16:05– Pas tout de suite, il y a effectivement des petits villages coloniaux,
16:10dont certains d'ailleurs, c'est drôle, portent le nom de villages français.
16:14Il y a eu Deauville, Metz, Strasbourg, etc.
16:18C'est des petits villages, ils ont recommencé une vie,
16:22mais non pas, ils n'étaient pas venus là pour gagner,
16:25pour faire fortune, on va dire, comme les chercheurs d'or,
16:28qui jamais ne sont restés en Alaska ou dans le Grand Nord, etc.
16:31Là, ils sont vraiment venus là pour s'insérer,
16:34ils avaient la conviction que c'était presque comme si cette terre
16:38leur avait appartenu de toujours, parce qu'ils étaient personnes de misère
16:42sur une terre de souffrance, ou personnes de souffrance sur une terre de misère.
16:46Ils se sont retrouvés et ils se sont aimés,
16:49la terre a aimé ses colons et les colons ont aimé cette terre.
16:52– Alors, est-ce que les Français étaient majoritaires parmi ces premiers colons ?
16:57– Pas du tout, et ça aussi, c'est, j'imagine, une surprise pour beaucoup.
17:02Les Français ne représentaient grosso modo qu'un tiers des colons.
17:08Il y avait des Italiens, des Espagnols, des Maltais, des Allemands et des Suisses aussi.
17:12D'ailleurs, les villages suisses étaient tenus à la Suisse, quoi.
17:15On voyait chacune des caractéristiques, on va dire, de chaque peuple.
17:20Mais non, non, les Français étaient très minoritaires,
17:22d'où c'est un extraordinaire brassage entre populations européennes
17:28et puis avec les populations locales, sur les coutumes, les goûts, etc.
17:33Il y avait très peu de mariages mixtes, effectivement,
17:37mais il y avait d'ailleurs très peu de mariages mixtes entre pieds noirs
17:40et Français de métropole.
17:42C'est une nouvelle population qui a vu le jour.
17:44– Alors, je voudrais parler maintenant un peu du bilan de la France,
17:49un bilan concret.
17:51C'est là que votre hors-série est vraiment précieux,
17:55parce que vous citez des chiffres officiels, des statistiques,
17:58qui sont parfaitement vérifiables.
18:01Sur la mortalité, d'abord, on apprend que la mortalité infantile
18:06passe de 30 à 13%.
18:09Des maladies sont éradiquées, comme le choléra, la variole.
18:12150 hôpitaux sont construits.
18:14Et vous soulignez que les musulmans sont les premiers bénéficiaires,
18:19finalement, de ce système de santé.
18:20– Alors, pourquoi est-ce que ces chiffres ne sont pas connus ?
18:24On les trouve où ?
18:25– Écoutez, là, on en arrive à notre maladie française de la repentance.
18:30Et en l'occurrence, effectivement, il y a un accord tacite depuis le début
18:33entre l'Algérie et la France.
18:35La France pour dire, on n'avait rien à faire là-bas,
18:37donc il est normal qu'on soit parti.
18:38Et les Algériens pour dire, les Français ont été des bourreaux,
18:42donc il est normal qu'ils soient partis.
18:45Les chiffres dont vous parlez, 150 hôpitaux,
18:48mais à côté de ça, il y avait, en matière de santé,
18:51c'est extraordinaire ce qui a été fait.
18:53Là, c'est des grands hôpitaux, mais il y avait des hôpitaux mixtes,
18:56des camions itinérants, des infirmeries, etc.
18:58On cite dans le magazine, et c'est très émouvant aussi,
19:02des extraits du journal d'une médecin ophtalmologue
19:06qui s'appelait René Antoine,
19:07qui a fait près de 100 000 kilomètres dans le désert
19:09avec son camion itinérant pour s'occuper des yeux
19:12des populations autochtones là-bas.
19:16Et vous verrez les excès.
19:18C'est extraordinairement émouvant, le dévouement de ces personnes.
19:24Il n'y avait pas une once de racisme.
19:26Et c'est d'autant plus scandaleux ce qui s'est passé depuis
19:29qu'on n'a pas négligé certaines parts de la présence française.
19:35On a menti.
19:38Quand on parle de crime contre l'humanité,
19:41on y reviendra peut-être tout à l'heure,
19:43la vérité, ce qui a existé, c'est un crime contre la vérité.
19:48– Oui, bonne formule.
19:51Donc, vous le disiez tout à l'heure,
19:53la population a été multipliée par 6.
19:56Donc là, ça suffit pour réfuter systématiquement la thèse d'un génocide.
20:02– Écoutez, reconnaissez qu'on s'y serait quand même plutôt mal pris.
20:05– Oui, c'est vrai.
20:06Alors, sur l'enseignement, après la santé et l'enseignement,
20:09vous citez une confidence de l'ex-président de l'exécutif algérien,
20:14l'exécutif provisoire qui est Abderrahman Fares,
20:16quelqu'un du camp indépendantiste.
20:18et il dit, s'il est en Algérie, un domaine où l'effort de la France ne se discute pas,
20:22c'est bien celui de l'enseignement.
20:24Alors, comment ce bilan scolaire s'était construit concrètement
20:27et qui en profitait ? Comment ça se passait dans les écoles ?
20:30– Oui, tout est émergé.
20:31– Cette confidence de Fares, elle est connue, je veux dire.
20:35Mais écoutez, ce qui répond très bien à votre question,
20:41il y a deux choses dans le journal qui concernent, comment dirais-je,
20:45cette question de l'enseignement.
20:46La première, on a utilisé les chiffres, on a expliqué ce qu'il en était vraiment,
20:51on a fait un graphique où on voit effectivement qu'au début,
20:5420% les écoles publiques primaires, c'était 20% d'enfants musulmans
20:59et à la fin, 90%, dont des filles.
21:04Il ne faut pas oublier, des écoles sont allées s'installer
21:06jusque dans des villages reculés pour pouvoir scolariser les jeunes filles
21:10parce que les parents ne voulaient pas les laisser partir.
21:15Et derrière aussi, quelque chose là aussi très émouvant,
21:18on a rencontré un ancien instituteur qui a aujourd'hui 91 ans,
21:22qui s'appelle Lucien Canot,
21:23et dans sa classe, il n'y avait quasiment que des petits musulmans.
21:27Donc il est parti en 62 évidemment,
21:29et des musulmans ont réussi à retrouver son adresse
21:32par des histoires de clubs de football, etc.
21:34Mais tous ces anciens élèves, qui ont été anciens élèves
21:37pendant 5 ou 6 ans, lui ont écrit, mais les lettres,
21:40et donc on a sorti des extraits de ces lettres,
21:42mais les lettres c'est vous étiez plus qu'un père pour nous,
21:45vous étiez comme un père et une mère, on ne vous oubliera jamais.
21:48Mais l'amour, là aussi c'est un vrai mensonge d'État,
21:54les Algériens sur place ont aimé la France,
21:57d'ailleurs Boilem Sansal ne le cesse de le répéter dedans,
22:01il dit l'accueil des Algériens, des pieds noirs en Algérie,
22:04il est extraordinaire, il dit même qu'aujourd'hui,
22:07même pour les jeunes générations, on continue à dire,
22:10quand il y a des problèmes, du temps de la France,
22:12ça ne se passait pas comme ça.
22:13– Alors en 1962, la France consacrait plus de 20% de son budget global à l'Algérie,
22:19c'est davantage que les budgets cumulés de l'éducation nationale,
22:22des transports, du commerce et de l'industrie,
22:24qu'est-ce que ce chiffre révèle sur la nature réelle de l'engagement français ?
22:28Est-ce qu'on peut dire que l'Algérie nous a coûté cher ?
22:30– Évidemment, l'Algérie nous a coûté beaucoup plus cher,
22:33il y a eu des études dessus, on va pas embêter les gens avec des chiffres,
22:37mais enfin l'investissement, encore une fois, à 20% du budget de la France à l'époque,
22:41plus que l'éducation nationale, etc., ce qui se passait en métropole.
22:44Il y a eu une sorte aussi de préférence algérienne en matière économique
22:48qui a été créée, puisque le vin algérien,
22:51quatrième exportateur de vin mondial, l'Algérie à l'époque,
22:55bénéficiait de l'aide de la France qui permettait de vendre le vin un peu moins cher.
23:01Un peu moins cher.
23:03La France a aidé l'Algérie comme elle a pu,
23:05et jusqu'à, on va dire, oui, jusqu'aux années 50,
23:09elle s'est vraiment investie là-dedans, comme le disait François Mitterrand à l'époque,
23:13l'Algérie, c'est la France.
23:15C'était un territoire français, c'était un département,
23:18ce n'était pas une colonie, elle a toujours été traitée très différemment
23:21de ces autres colonies, puisque ce n'en n'était pas une,
23:24c'était une part intégrale de la France,
23:26comme la Corse, un peu plus éloignée que la Corse.
23:29– Alors, ce que j'ai trouvé, moi, vraiment très intéressant,
23:32c'était sur l'agriculture,
23:33où là, vous démolissez méthodiquement le mythe de la spoliation des terres,
23:37et vous nous apprenez qu'en 1954,
23:4073% des terres cultivées appartenaient à des musulmans,
23:44et que sur les grosses exploitations de plus de 100 hectares,
23:47les musulmans étaient cette fois plus nombreux que les européens.
23:49Alors, vous les sortez d'où, ces chiffres ?
23:51– Écoutez, les chiffres, vous savez, il faut aller les chercher,
23:53ce sont des chiffres officiels,
23:55il y a eu quand même énormément de livres, de thèses, d'études sur ces questions,
23:59le problème, c'est qu'on n'en parle pas.
24:02Le rôle des journalistes, en tout cas des bons journalistes,
24:05j'espère qu'on en fait partie, c'est d'aller chercher,
24:07effectivement, d'aller puliser.
24:08– Tout est sourcé dans votre...
24:09– Mais évidemment, absolument, tout à fait.
24:11Alors, effectivement, certains pourront dire qu'ici,
24:13les terres étaient moins fertiles,
24:14que là, elles l'étaient davantage, etc., etc.
24:17Mais toujours est-il que, voilà,
24:19il n'y a pas eu de spoliation des terres à aucun moment.
24:23Sous Napoléon III, on a même gravé dans le marbre
24:25le fait que les tribus vivant sur une terre
24:28étaient propriétaires de leurs terres,
24:30et elles le sont restées jusqu'au bout.
24:32Et la prospérité extraordinaire de l'agriculture en Algérie
24:37en est le symbole.
24:38Et ceux qui en ont profité en premier,
24:40ce sont les musulmans,
24:43puisque, effectivement, l'agriculture,
24:46et notamment la viticulture et la viniculture,
24:48demandent énormément de bras.
24:49Et donc, ils en ont profité,
24:51comme pour la santé, comme pour le reste,
24:54de ce dont on a parlé.
24:56– Ça me fait penser à une question.
24:57Qu'est-ce que l'on sait du niveau de vie
25:01de la population algérienne d'origine européenne ?
25:05Est-ce qu'elle est à peu près équivalente
25:07à celle de la métropole ?
25:11Est-ce qu'il y a une, comment dire,
25:13une sur-représentation des riches ?
25:16– Pas du tout. C'est exactement l'inverse.
25:19Ça, pour le coup aussi, il y a eu tout un tas d'études.
25:22Grosso modo, le revenu moyen en Algérie
25:24de la population pied-loir était de 20% inférieur
25:29à celui des Français de métropole.
25:33Et le niveau de vie entre les musulmans
25:37et les Français d'Algérie
25:40était grosso modo le même.
25:42Or, le coût de la vie en Algérie
25:43était à peu près le même qu'en métropole.
25:45Donc, on ne vivait pas mieux en Algérie.
25:48Il y avait un certain nombre de riches propriétaires,
25:52évidemment, mais comme en France,
25:53notamment un qui s'appelait Bourgeot,
25:56qui a quitté le pays, effectivement, en 1962,
25:59qui est mort un an après de chagrin,
26:01et que le FLN avait dû faire exfiltrer
26:04de crainte que ses ouvriers
26:06n'empêchent de le faire partir.
26:09Encore une fois, l'amour, les liens
26:11qu'il y a eu entre les uns et les autres
26:14est exceptionnel.
26:15On n'en a pas parlé,
26:17mais il y a dedans, dans le magazine,
26:19six pages d'interviews aussi de Jean-Pax Méffray,
26:22exceptionnels,
26:23d'une émotion formidable,
26:25et qui rappelle ses souvenirs d'enfance.
26:28Je vous ai confié aussi des photos d'enfance.
26:30Et son truc à lui, c'est de dire,
26:32mais en Algérie, on vivait, à l'époque,
26:34on vivait tous ensemble.
26:36Tous ensemble.
26:39Alors, vous avez évoqué, il y a deux secondes,
26:41le pétrole et le gaz.
26:42Alors, là, vous le montrez clairement,
26:44également, c'est la France, bien sûr,
26:45qui a prospecté, foré, construit les éloïdes
26:49dans ce Sahara qui n'avait historiquement
26:51jamais appartenu à l'Algérie.
26:53C'est ce sous-sol que de Gaulle
26:56a cédé à l'Algérie en 1962.
26:58Est-ce que c'était peut-être, quand même,
26:59une décision la plus lourde de conséquences
27:01de toute cette histoire ?
27:02On aurait pu le garder pour nous.
27:03– C'est clair. Il semble que de Gaulle
27:05ait voulu, au début, essayer de conserver le Sahara.
27:08Mais bon, il souhaitait surtout
27:10se débarrasser de l'Algérie.
27:13Et il s'est fait, mais totalement berner.
27:14Alors, dans le cadre des accords déviants.
27:16Donc, il a abandonné le Sahara à l'Algérie.
27:17Mais la France continuait de pouvoir exploiter.
27:20Et puis l'Algérie, deux ans après,
27:22a commencé à nationaliser une part de l'exploitation.
27:25Et puis, cinq ou six ans après,
27:26j'ai oublié la date précise,
27:28elle a nationalisé tout le pétrole,
27:29comme Nasser l'avait fait pour le canal de Suez.
27:32Aucune réaction de la France.
27:34Rien du tout.
27:35Aucune remise en cause des accords déviants
27:38que nous, on a suivi à la lettre
27:40et que les Algériens n'ont jamais respecté.
27:43Là, encore une fois,
27:43on tombe dans cette histoire de repentance invraisemblable
27:46qui fait qu'on oublie de défendre ses droits,
27:49qui en l'occurrence sont les droits des Français.
27:51Parce que les quinze années de prospection,
27:54de recherche ou autre,
27:55ont permis à l'Algérie
27:56d'être le premier producteur de pétrole d'Afrique.
28:01On l'oublie, ce genre de choses.
28:02Et le pays vit aujourd'hui à 70% de son budget
28:06grâce à la rente pétrolière et gazière.
28:08– Alors, vous m'avez coupé l'air sur le pied tout à l'heure
28:09avec l'interview de Jean-Pax Méfrais,
28:11parce que justement, je voulais parler
28:12de la cohabitation des communautés.
28:14Donc, effectivement, une belle interview de Jean-Pax dans ce numéro.
28:19Et donc, cette vie quotidienne,
28:20vous décrivez à travers de nombreux témoignages,
28:22donc cette cohabitation.
28:25Boilem Sansal parle d'ailleurs d'une mosaïque extraordinaire.
28:28Alors, comment fonctionnait concrètement
28:30ce vivre ensemble, si on peut dire,
28:32à l'Algérienne ?
28:33En couverture, il y a une très belle photo
28:35d'un quartier d'Alger
28:37où on voit vraiment une population très mélangée.
28:39On a une jeune femme
28:41avec une jupe au-dessus du genou
28:42à côté d'une femme,
28:44je ne sais pas comment ça s'appelle en Algérie.
28:45– Naïc.
28:46– Comment ?
28:47– Un Naïc, oui.
28:48– Oui, voilà, c'est ça.
28:49Donc, comment ça fonctionnait ?
28:50Est-ce qu'il y avait, à Alger notamment,
28:52est-ce qu'il y avait quand même dans les grandes villes
28:53des quartiers purement musulmans
28:55et des quartiers purement européens
28:56où tout le monde était mélangé ?
28:57– Non, il y avait, je vous dirais,
28:58un peu comme dans la France d'aujourd'hui,
29:00il y avait quelques ghettos,
29:02ghettos de riches, ghettos de pauvres.
29:05Oui, il y aura toujours ce genre de choses.
29:07– On met HLM d'ailleurs.
29:08– Oui, bien sûr, tout à fait.
29:10On pourra en parler,
29:11des HLM, ce qui s'est construit là-bas, etc.
29:14Et donc, pour revenir, comment dirais-je,
29:16à votre question,
29:17voilà, sans ça, le dit assez,
29:19il y avait trois niveaux.
29:20Il disait, il y avait le niveau
29:21de ceux qui étaient tout en haut.
29:23Ça, il disait, c'était les Français,
29:26des Français, souvent des hauts fonctionnaires
29:28venus de Paris.
29:29Il disait, bon, ça, on n'avait pas affaire à eux.
29:30La grande masse, c'était des gens
29:32qui vivaient tous ensemble,
29:33il dit même tous ensemble
29:34sur le même palier, voilà.
29:35qui vivaient les mêmes rythmes,
29:37qui participaient presque aux mêmes fêtes religieuses.
29:40Et puis, tout en bas, effectivement,
29:41les tribus nomades
29:45qui ne cherchaient pas, d'ailleurs,
29:47forcément, l'accès à la civilisation.
29:50Voilà, mais la grande masse,
29:51on va dire 80, 85% de la population,
29:54c'était des gens qui vivaient ensemble
29:56en une certaine forme de…
29:59Oui, une forme d'harmonie.
30:01– D'ailleurs, il a une formule amusante,
30:04il dit l'imam, le curé, le rabbin,
30:05c'était des copains, chacun son église,
30:07mais on se retrouve au bistrot
30:08pour se taper une anisette.
30:09Même l'imam…
30:10– Voilà, alors je me suis dit, peut-être…
30:11Là, c'était un peu une formule des antripes,
30:14je doute que l'imam prenait une anisette.
30:17En revanche, les musulmans, à l'époque,
30:19consommaient beaucoup plus d'anisette,
30:21effectivement, parce que c'était…
30:23Parce que c'est ça aussi, si vous voulez,
30:25les pieds-noirs, il faut bien comprendre
30:26qu'ils ont été caricaturés
30:28pour leur côté un peu bruyant, etc.
30:32Mais effectivement, c'est leur nature,
30:36c'est une nature du Sud,
30:37on a besoin de se retrouver ensemble,
30:39et c'est d'ailleurs un peu ce qui les a sauvés
30:41après le départ.
30:42C'est ce réflexe communautaire,
30:46cette volonté de se dire les choses,
30:49de s'aimer, de s'embrasser,
30:52et la vie en Algérie a été une vie très heureuse.
30:55– Alors, d'ailleurs, Suzy Simonniquaise
30:59raconte aussi que sa mère inséduitrice
31:00soignait tous les matins
31:02les yeux de ses petites élèves musulmanes
31:05pour les protéger du trachome.
31:06– Du trachome, oui, c'est des maladies terribles.
31:09– Donc là, ce sont vraiment des gestes du quotidien
31:11qui disent la vérité.
31:12– Mais bien sûr, encore une fois,
31:13le dévouement exceptionnel,
31:15je vous ai parlé du docteur René-Antoine,
31:17tout à l'heure, de médecin ophtalmologue,
31:20mais c'était le cas de toutes les infirmières.
31:22Au passage, Suzy, elle était dans la classe de sa maman,
31:26elle était la seule européenne de la classe.
31:30– Elle était dans quelle…
31:30– C'était sa dernière année en CE2.
31:32– Vous savez dans quelle ville elle était ?
31:33– Elle était à Tlemcen.
31:35– D'accord.
31:35– À Tlemcen.
31:36Et elle était la seule, voilà,
31:38et elle se rappelle de sa mère, voilà,
31:41faisant ses petits gestes,
31:42elle se souvient aussi de sa mère,
31:44disant aux petites filles qui s'inquiétaient plus tard
31:46de ne pas pouvoir poursuivre leurs études.
31:48Elle disait, oui, mais papa ne voudra jamais.
31:50Mais si, tu pourras, regarde,
31:52et elle citait en exemple,
31:53comment dirais-je, d'autres institutrices
31:55qui étaient là,
31:56qui étaient des institutrices musulmanes,
31:59autochtones,
32:00et qui se sont sorties, effectivement,
32:02de cette gang.
32:03Il y a eu des campagnes en Algérie
32:05qui répondent tout à fait à ce qui se passe aujourd'hui,
32:08qui poussaient les femmes,
32:09enfin, qui poussaient les femmes sans violence du tout,
32:11à se dévoiler en disant,
32:12mais est-ce que vous n'êtes pas si jolie ?
32:14Dévoilez-vous !
32:15Il n'y a pas de mal à se dévoiler,
32:17ça a été fait, encore une fois,
32:18en douceur, vraiment.
32:21– Et dans les campagnes,
32:22c'était très différent des villes ?
32:24– Écoutez, même en métropole,
32:27on ne peut pas dire que la vie,
32:29mettons, trépidante de Paris
32:30soit forcément la même.
32:31– Non, mais je veux dire,
32:32c'est le mélange des populations.
32:34– Non, mais le mélange de la population
32:35était le même partout.
32:36De toutes les façons,
32:38les Européens d'Algérie
32:39étaient beaucoup moins nombreux partout
32:42que les musulmans.
32:44C'est dans une proportion,
32:46il ne faut pas l'oublier,
32:47de 20 sur 12 en 1962.
32:49Donc les musulmans étaient 12 fois plus nombreux.
32:51Donc par nécessité,
32:54enfin par obligation,
32:55tout le monde vivait ensemble.
32:56– On parle très peu également
32:58des élites musulmanes.
33:00Je pense à une figure comme
33:02le Bachar Ghabou Alam.
33:05– Donc ces élites musulmanes
33:06qui se sentaient pleinement françaises,
33:08si j'ai même à l'Assemblée nationale,
33:09on en parle peu de ces gens.
33:11– Le Bachar Ghabou Alam.
33:12– Ouviennent-ils, ce sont,
33:13comment dire,
33:14ce sont des produits
33:15de l'école républicaine française ?
33:16– Oui, si on veut,
33:17ce sont aussi des produits
33:19du patriotisme français.
33:20Vous savez, quand Sansal dit
33:23« Moi, je suis biologiquement français »,
33:26c'était aussi ce que ressentait
33:27le Bachar Ghabou Alam,
33:28qui a même été juste président
33:29de l'Assemblée nationale
33:31et dont le dernier discours
33:33est extrêmement émouvant
33:34parce qu'il dit en fait
33:34« On s'est battus pour vous »,
33:36il a perdu des membres de sa famille,
33:38il s'est battu sang et haut
33:39et il a dû partir,
33:40mais ils ont été abandonnés
33:43par la France.
33:44Ces gens-là ont été abandonnés.
33:46Sansal rappelle aussi
33:47que les ou les masses,
33:48dans les années 1930,
33:51étaient favorables
33:52à l'intégration avec la France.
33:54Étaient favorables
33:54à l'intégration avec la France.
33:56On ment là encore une fois
33:57sur toutes ces choses-là.
33:59Par la suite, l'islam s'est durci,
34:00le pan-islamisme, etc.
34:02Mais il y avait un creuset extraordinaire
34:05qui a existé
34:06et qui mérite d'être
34:07non seulement,
34:09comment dirais-je,
34:10remis au goût du jour,
34:11mais surtout salué et honoré.
34:14– D'ailleurs, la question
34:15de la citoyenneté est centrale
34:17dans ce hors-série,
34:18parce qu'il faut savoir
34:19que la France offrait aux musulmans
34:20la pleine citoyenneté
34:21dès 1865,
34:24mais à condition de renoncer
34:25aux droits coraniques,
34:26aux droits traditionnels.
34:27Et là, on a vu que la quasi-totalité
34:29avait refusé pendant près d'un siècle.
34:32Alors, comment est-ce qu'on peut
34:33interpréter, expliquer ce refus ?
34:35– Eh bien, écoutez,
34:35là encore, c'est un débat
34:37qui a une forte résonance
34:40avec l'actualité.
34:43C'est la rigidité de l'islam.
34:44C'est la rigidité de l'islam.
34:46C'est-à-dire que là-dedans,
34:47on fait intervenir,
34:48il y a plusieurs historiens
34:49qui expliquent pourquoi
34:50il y a eu cet échec.
34:51Donc, 1865,
34:52Sénatus consulte de Napoléon III
34:54qui octroie…
34:56Ils avaient tous la nationalité française,
34:58mais ils n'avaient pas
34:58la pleine citoyenneté.
35:00C'est-à-dire pouvoir accéder
35:01à certains grades
35:02dans l'administration,
35:03dans l'armée,
35:04un droit de vote.
35:05– Également, au niveau de l'armée,
35:07c'est important,
35:08c'est que n'étant pas citoyens,
35:10ils ne faisaient pas
35:11leur service militaire.
35:12– Voilà, tout à fait,
35:13tout à fait, absolument.
35:15Et ces historiens,
35:16on cite plusieurs d'entre eux,
35:18je veux dire,
35:18ce n'est pas un seul,
35:19ils l'expliquent tout simplement
35:20par cette rigidité de l'islam.
35:22À la fois parce que
35:24renoncer à ces droits coraniques
35:26en matière de justice,
35:27mais aussi la bigamie, etc.
35:29– Matière d'héritage.
35:30– Matière d'héritage,
35:32les hommes par rapport aux femmes, etc.
35:34Enfin bon, c'était,
35:36quelque part,
35:37pour beaucoup d'entre eux,
35:38c'était un acte d'apostasie,
35:41et aussi la crainte vis-à-vis
35:44d'être jugé par les autres
35:45comme des traîtres
35:47à la cause de l'islam.
35:50Là, on s'est heurté,
35:52effectivement,
35:52à un problème très profond
35:54qui a créé par la suite
35:56le FLN.
35:57Il ne faut pas oublier
35:57que le FLN est né
35:58de l'islamisme,
35:59ça on l'oublie aussi,
36:00mais c'est, voilà,
36:01cette absolue rigidité
36:03de l'islam,
36:04cette volonté
36:05de se maintenir,
36:07de refuser toute,
36:09comment dire,
36:10même pas compromission,
36:11toute acceptation
36:12de l'autre,
36:13c'est exactement
36:13ce qu'on voit aujourd'hui.
36:14L'Algérie française
36:15est porteuse aussi
36:17de grandes leçons
36:18pour ce qui se passe aujourd'hui.
36:19– En revanche,
36:19la situation n'était pas la même
36:21pour la population juive
36:22algérienne ?
36:23– Pas du tout,
36:24puisque d'abord,
36:25la population juive,
36:26quand les Français
36:27sont arrivés,
36:28il y avait déjà…
36:28– Oui, il y avait des Juifs.
36:29– Voilà,
36:30il y avait déjà
36:30depuis un nombre d'années,
36:31il y avait des Juifs,
36:32mais qui étaient considérés
36:34sous le régime
36:36du Baie d'Alger,
36:39turcs, musulmans,
36:40comme des dîmis,
36:42ils arrivaient même en dessous,
36:43ils étaient même considérés
36:45en dessous des esclaves.
36:46Ils étaient considérés
36:47en dessous des esclaves.
36:48Donc, changement total
36:50d'attitude de la France
36:51quand elle arrive,
36:51elle octroie la nationalité,
36:53tous terminaient avec le truc,
36:55comment on appelle,
36:56avec ce fait d'être considérés
36:59comme des dîmis,
37:01comme des sous-hommes,
37:02pour dire les choses
37:03comme elles sont,
37:05et elle octroie,
37:06effectivement,
37:07en 1870,
37:10dès le gouvernement provisoire
37:11de la Deuxième République,
37:12elle octroie la citoyenneté
37:13pleine et entière
37:14aux Juifs d'Algérie
37:16par le biais du décret Crémieux.
37:18Ça s'est très bien passé.
37:20– Et quelle était
37:20la justification ?
37:22– C'était la volonté,
37:23justement,
37:24d'intégrer,
37:25parce que les Juifs
37:27n'avaient pas une loi,
37:28comment dirais-je,
37:29qui est une loi particulière
37:31en matière de,
37:32des règles particulières
37:33en matière de justice.
37:35Il faut savoir qu'effectivement,
37:36les musulmans se jugeaient entre eux
37:38à travers,
37:39effectivement,
37:40le Kaïda,
37:43les imams,
37:44etc.
37:44Ça, ce n'était pas possible.
37:45Les Juifs avaient une religion,
37:47mais en revanche,
37:50respectaient les règles,
37:51le code civil
37:51et le code pénal.
37:52C'était ça qui était important.
37:54– Alors, dans le Syrie,
37:55il y a une question quand même
37:55qu'on ne peut pas éluder,
37:57Arnaud Folk,
37:58même si vous ne parlez pas
37:59de la guerre
38:02dans le magazine,
38:03c'est un choix éditorial
38:04parfaitement compréhensif
38:06et respectable.
38:06Mais il y a une question
38:07qu'on ne peut pas éluder,
38:08c'est les violences,
38:10les violences de la conquête.
38:11C'était quand même
38:12une conquête très, très dure.
38:14La guerre, la torture,
38:15les violences.
38:16Sans ça le dit lui-même,
38:17la France a commis
38:17des crimes de guerre,
38:18c'est une réalité.
38:19Mais il ajoute aussitôt,
38:20bien sûr,
38:21que, un,
38:22ça relève des tribunaux militaires
38:24et que ces crimes ont existé
38:25des deux côtés.
38:26Alors, comment situez-vous
38:27ces violences
38:28dans le bilan global idyllique
38:31que vous vous dressez ?
38:33– D'abord, là,
38:33vous prononcez le mot idyllique,
38:34il n'y a pas de guerre idyllique,
38:35des crimes de guerre,
38:36évidemment qu'il y en a eu.
38:38Mais comment peut-on comparer
38:41les crimes de guerre français
38:42aux crimes qui, pour le coup,
38:44mériteraient d'être taxés
38:45de crimes contre l'humanité
38:46de l'Algérie ?
38:48L'Algérie, ça a été un tourisme,
38:50un terrorisme, mon Dieu,
38:52un terrorisme de masse
38:54absolument terrible
38:56dans un précédent hors série
38:57qui, nous, nous avons consacré
38:59pour le coup à la guerre d'Algérie.
39:00On avait sorti des documents
39:03extraordinaires,
39:03exhumés par le professeur Jordi,
39:07qui montraient
39:07qu'il y avait des Français
39:10qui étaient parqués dans des caves
39:12pour être des réservoirs à sang
39:14des soldats algériens
39:15jusqu'à ce que morts s'en suivent.
39:17Il y a eu les massacres de Mélouza,
39:19les femmes envoyées dans les bordels,
39:21des massacres,
39:22donc les 100 000 harkis morts.
39:23La France, oui,
39:25dans toute guerre,
39:27il y a malheureusement des horreurs,
39:29il n'y a pas une guerre
39:30qui échappe à ça,
39:31mais la France n'a jamais pratiqué
39:32le terrorisme de masse
39:34qu'a pratiqué le FLN
39:36avec un objectif,
39:37terroriser la population
39:38pour lui interdire
39:40de manifester son soutien
39:42à la France
39:42parce que majoritairement,
39:44la population soutenait
39:45le progrès français.
39:47– Alors, j'aurais maintenant,
39:49on a beaucoup parlé de mensonges,
39:51de mensonges d'État,
39:52des informations.
39:54Comment dire ?
39:55Boilem Sansal le dit,
39:56dans son interview,
39:58je l'ai cité,
39:58en 1976,
40:00Wari Boumediene dit
40:01« On va écrire l'histoire
40:03et la graver dans le marbre ».
40:04Pour cela,
40:05il rassemble une vingtaine de personnes
40:07qui, en trois mois,
40:08publient un document
40:09nommé « Chartres nationales algériennes ».
40:12Les Algériens ont surnommé
40:13ce document « La tarte nationale ».
40:15Alors, vous parlez de mensonges d'État
40:17et pas seulement du côté algérien
40:18mais du côté français aussi.
40:19Alors, comment ce double mensonge
40:22s'est-il construit
40:23des deux côtés de la Méditerranée ?
40:24– C'est un mensonge d'État
40:26de connivence.
40:27Je crois que je l'ai dit
40:28plus ou moins tout à l'heure.
40:30C'est-à-dire qu'effectivement,
40:32la France devait justifier son départ
40:34en disant « On n'avait rien à faire en Algérie »
40:37et le FLN devait justifier
40:39le départ des Français
40:40en disant « C'était des bourreaux ».
40:42Et c'est cette entente,
40:44c'est ce double mensonge
40:45qui fait qu'effectivement,
40:46la mémoire des pieds noirs
40:47a été tout à fait piétinée.
40:49Ce sont des mensonges
40:50par intérêt
40:51en ce qui concerne l'Algérie
40:53et en ce qui concerne la France.
40:55C'est le mensonge
40:56de la flagellation classique
40:58qu'on a connu en tout.
40:59On se repent d'être blanc,
41:01on se repent d'être chrétien,
41:02on se repent d'être riche,
41:03de l'avoir été tout du moins,
41:05d'avoir été puissant.
41:07Voilà, c'est ce mal français
41:09dont Boilem Sansal parle beaucoup
41:10effectivement à l'intérieur.
41:12– Une explication psychologique
41:13liée à la Shoah
41:14et à la culpabilité européenne.
41:16– Voilà, moi je ne sais pas
41:17si je le suis exactement dedans,
41:19peu importe,
41:20mais cette culpabilité globale
41:22de l'Occident,
41:23parce qu'elle dépasse
41:24effectivement la France.
41:24La France est allée quand même
41:25bien bien loin sur ces choses-là,
41:27parce que la France
41:28n'a absolument pas à se reprocher
41:29de ce qui s'est pratiqué en Allemagne
41:32dans les années de la guerre.
41:35En Algérie,
41:36il n'y a jamais eu un camp,
41:38il n'y a jamais eu d'exécution
41:40qui n'était pas,
41:41enfin voilà,
41:42des condamnations à mort,
41:43voilà,
41:44il n'existe plus.
41:45Mais ce sont des choses,
41:47en fait on est devenu des pénitents,
41:50des choses que l'on n'avait pas
41:51à se reprocher.
41:53– À se reprocher.
41:54– Et ça c'est terrible
41:55quand vous dites à vos concitoyens
41:57mais vous avez été des abominables
42:00tortionnaires,
42:01alors qu'eux ils savent
42:02que c'est le contraire,
42:03ils ont quitté leur pays.
42:05Une toute petite anecdote,
42:06je me souviens qu'il y a quelques années
42:07Suzy m'avait raconté un truc
42:08très très émouvant.
42:10Elle m'avait dit en fait,
42:11en Algérie,
42:12il y a une seule chose
42:14que tous les pieds noirs en France
42:15ont conservé d'Algérie,
42:18leur clé.
42:19Parce que qu'ils étaient chez eux
42:20quand ils sont partis,
42:21ils ont fermé la porte
42:22et s'ils n'étaient pas chez eux
42:23et partis à toute vitesse,
42:25ils avaient leur clé dans la poche.
42:26Et elle avait même pensé
42:27à faire une exposition des clés
42:29qui auraient été sans doute
42:30très émouvantes,
42:31peut-être le fratel.
42:33Mais encore une fois,
42:34voilà,
42:34on est victime là
42:36d'un double mensonge d'État.
42:38Le fait d'ailleurs
42:39que Boilem Sansal
42:40accuse le gouvernement algérien
42:41de mensonge d'État,
42:43dire que ce pouvoir
42:44est illégitime,
42:45mais encore une fois,
42:46c'est d'un courage inouï
42:47quand on voit qu'à côté de ça,
42:48nous,
42:48on vient se courber
42:51devant le pouvoir algérien
42:53alors même qu'il nous doit tout.
42:55– Et il nous insulte.
42:56– Et qu'il ne cesse de nous insulter
42:58et même plus.
42:59– Vous parliez de Suzy Simonica tout à l'heure,
43:01donc je vais revenir à la déclaration de Macron
43:03qui qualifiait la colonisation
43:04de crime contre l'humanité.
43:06Donc là,
43:06c'est encore un tournant
43:07dans l'histoire du mensonge
43:08d'État français.
43:10Et l'association,
43:11enfin,
43:12Mme Simonicaise a déposé plainte
43:14contre Emmanuel Macron
43:15à la suite de cette déclaration.
43:18Alors,
43:18elle la réactivera
43:19lorsqu'il ne sera plus président.
43:21Mais est-ce que c'est un geste
43:23purement symbolique ?
43:24Qu'est-ce que ça dit
43:24de cette blessure ?
43:25– Je crois que c'est un geste
43:27qui n'est pas que purement symbolique.
43:28Il l'est aussi.
43:30Elle réitérera son…
43:31Il se trouve que Macron
43:32avait prononcé cette phrase en 2007
43:35lors d'un voyage en Algérie
43:36alors qu'il était en campagne présidentielle.
43:39Donc après,
43:39étant élu,
43:40il bénéficie d'une protection
43:43de l'immunité.
43:45Donc,
43:45Dieu merci,
43:46prochainement,
43:47il ne sera plus à l'Élysée.
43:50Et donc,
43:51elle réitérera sa plainte.
43:53C'était d'ailleurs
43:54Maître Golnadel
43:55qui était l'avocat
43:56de Suzy.
43:58Donc,
43:59on va suivre effectivement tout ça.
44:01Très peu de gens
44:01en avaient d'ailleurs parlé à l'époque.
44:03Mais vous avez raison,
44:04il y a à la fois,
44:04il faut attaquer
44:05un président de la République
44:07qui sciemment raconte
44:10une hérésie terrible
44:12à l'encontre de son propre peuple.
44:14Parce qu'en fait,
44:15il accuse les Français
44:15d'avoir commis des crimes
44:17contre l'immunité
44:18et qui plus elle,
44:18elle le fait en Algérie.
44:20Ce qui est absolument abominable.
44:22Mais aussi,
44:23à travers ça,
44:24à travers le côté médiatique
44:25d'une plainte,
44:27pouvoir informer les Français
44:28de ce qu'il s'est passé.
44:31Chacun doit apporter sa pierre
44:32pour dire,
44:33oui,
44:33mais on doit être fier
44:35de ce qui s'est passé
44:36en Algérie.
44:37Et non,
44:38il n'y a jamais eu
44:38de crime contre l'immunité.
44:40Ceux qui racontent ça
44:41et répètent ça
44:42depuis des années
44:44sont des faussaires
44:45de l'histoire.
44:46– Alors,
44:46il y a une autre,
44:47en revanche,
44:47des vrais crimes
44:48qui ont eu lieu.
44:48C'est un rencontre
44:50des Harkis.
44:51À peu près,
44:52on assume que 100 000
44:53ont été massacrés
44:54après l'indépendance.
44:55La France n'a jamais
44:56vraiment assumé
44:57sa responsabilité
44:58envers eux.
44:59– Jamais,
44:59jamais,
45:00jamais.
45:01Et encore une fois,
45:02il faut quand même
45:02imaginer qu'aujourd'hui,
45:04un Harki,
45:04il n'a pas le droit
45:05de retourner dans son pays.
45:06Il n'a pas le droit
45:07d'y retourner.
45:07Il est considéré
45:08comme un collabo
45:09et menacé de mort.
45:11Et la France accepte
45:14tout à fait ça,
45:15que des gens
45:15qui se soient battus
45:16pour elle,
45:17qui ont sacrifié,
45:20oui,
45:21eux aussi ont dû
45:21quitter leur terre.
45:22C'était leur terre
45:23au même titre
45:23que la terre
45:25des Français d'Algérie
45:25ou que les autres
45:27musulmans d'Algérie.
45:28Et on les a,
45:29là aussi,
45:29laissés tomber
45:30de manière,
45:30mais ignoble.
45:32Ignoble.
45:33Il n'y a pas
45:33d'autre mot.
45:35100 000 morts
45:36qui ont été perpétrées.
45:36En plus,
45:37ce ne sont pas des morts,
45:38voilà,
45:38vous savez dans quelles conditions.
45:40Des massacres absolument
45:41hideux
45:42et que la France
45:43puisse accepter ça.
45:44La France
45:45devra avoir le courage
45:45de dire,
45:47voilà,
45:48stop au mensonge,
45:49assumons-nous.
45:50Peut-être d'ailleurs
45:51que les Français
45:51aimeraient un peu plus
45:52la France
45:52si ses dirigeants
45:54l'aimaient eux-mêmes
45:55un peu plus.
45:56– Alors justement,
45:57il nous reste deux minutes,
45:58nous allons terminer
45:59sur la mémoire.
46:02Suzy Simon-Niquès
46:03dit,
46:03nous nous battons
46:04pour la vérité
46:05car l'histoire falsifiée
46:06est devenue
46:06l'histoire officielle.
46:08Alors,
46:08est-ce que le centre
46:09de documentation
46:10des Français d'Algérie
46:11à Perpignan,
46:11le travail du cercle
46:12algérianiste,
46:13les mémoriaux
46:14qu'on peut trouver
46:15à Fréjus,
46:15au Matiber,
46:16à Marseille,
46:17est-ce que c'est suffisant
46:18pour que cette histoire
46:20survive,
46:21la disparition
46:22des derniers
46:22témoins directs ?
46:24Vous,
46:25avec ce hors-série,
46:26c'est vraiment
46:27une mission de transmission.
46:29– On y participe,
46:29c'est le troisième hors-série
46:31qu'on consacre à l'Algérie,
46:32le premier qu'on consacre
46:33à l'Algérie française,
46:34on a consacré beaucoup
46:35à la guerre,
46:36aux vérités et mensonges
46:37évidemment de la guerre
46:38d'Algérie.
46:39Bien sûr que non,
46:40ça ne suffit pas,
46:40encore une fois,
46:41ce qu'il faudrait un jour,
46:44c'est que le pouvoir
46:45dise,
46:45voilà,
46:46on a menti
46:47sur ce qui s'est passé
46:49en Algérie,
46:50en Algérie,
46:51les Français
46:52ont été extraordinaires,
46:54tout n'a pas été rose,
46:55évidemment,
46:55mais même dans une famille,
46:57tout n'est pas rose.
46:58Mais à un moment donné,
46:59il faut une parole d'État,
47:00ça ne suffit pas.
47:01Mais par contre,
47:02toute pierre,
47:03toute chose que l'on peut faire,
47:05et j'en profite effectivement
47:06pour le dire,
47:06le centre de documentation
47:07des Français d'Algérie,
47:09c'est quelque chose d'exendiaire,
47:10ils ont plus de 100 000 documents,
47:12il y a des legs qui viennent,
47:14ils s'en occupent,
47:14ils l'étrient,
47:15ils perpétuent cette mémoire,
47:16et d'ailleurs,
47:17dedans,
47:17c'est assez drôle,
47:18c'est Suzy qui nous l'a présenté,
47:20il y a une universitaire chinoise
47:22qui habite en Chine
47:23et qui a fait une thèse
47:25à l'université
47:26sur les pieds noirs.
47:27Français,
47:27elle avait entendu ce mot,
47:28elle ne savait pas ce que c'était,
47:31elle a intéressé,
47:32elle a bénéficié d'une bourse d'études
47:33de la Chine
47:34pour aller étudier en France,
47:37rencontrer les témoins
47:38des pieds noirs,
47:39etc.
47:39Et ça prouve,
47:40effectivement,
47:41vous vous rendez compte
47:41qu'en Chine,
47:42on s'y intéresse,
47:43alors qu'en France,
47:44effectivement,
47:44comme vous le disiez au début,
47:45c'est un mot tabou.
47:47Non,
47:47cette mémoire ne mourra pas,
47:50la mémoire de 14-18 n'est pas morte,
47:53l'héroïsme des poilus,
47:55dans notre souvenir,
47:56n'est pas mort
47:56avec la mort des derniers poilus,
47:58et l'œuvre de la France en Algérie
48:00était tellement considérable
48:02que je crois qu'elle ne mourra pas.
48:03Par contre,
48:04attention à ne pas se laisser submerger
48:07par le mensonge.
48:08D'ailleurs,
48:08c'est ce que dit,
48:09ça va être le mot de la fin,
48:11Boilem Sansal dit
48:12que le peuple algérien,
48:13c'est la vérité.
48:16Alors,
48:16est-ce que la connaissance
48:17de cette vérité,
48:18est-ce que ça peut être
48:19la seule solution,
48:20finalement,
48:20pour cette réconciliation
48:21entre les deux ?
48:22Écoutez,
48:27Boilem,
48:28Sansal fait même un parallèle
48:30qui est assez très intéressant
48:31avec l'URSS.
48:33Oui.
48:33Et il dit,
48:34voilà,
48:34quand les communistes
48:36sont arrivés au pouvoir en 17,
48:38ils ont fait table rase
48:39de l'histoire
48:40de toute la Russie autrefois.
48:42C'est exactement
48:43ce qu'a fait
48:43le pouvoir algérien
48:45aujourd'hui.
48:47Et donc,
48:47pour qu'effectivement,
48:49il y ait cette réconciliation,
48:50comme on dit,
48:52qu'effectivement,
48:53que tout le monde
48:54ne peut qu'espérer,
48:55en tout cas,
48:55entre les peuples,
48:56il faut que le pouvoir,
48:57d'abord,
48:57il faut le courage
48:58de la France,
48:59mais il faut aussi
49:00que le pouvoir
49:01issu du FLN en Algérie
49:03disparaisse.
49:04C'est un pouvoir
49:04à bout de souffle.
49:05Boilem,
49:05Sansal dit qu'un jour,
49:07il risque d'être renversé.
49:09Et je pense qu'effectivement,
49:10il y aura un jour
49:10une révolution en Algérie.
49:13La France peut la craindre
49:14par bien des domaines aussi.
49:16Mais ce pouvoir
49:17est bâti
49:18sur un mensonge
49:19et sur des massacres.
49:20Bien.
49:20Arno Folk,
49:21merci infiniment.
49:22Donc,
49:22je rappelle que vous êtes
49:23le rédacteur en chef
49:24de Valeurs Actuelles
49:25hors-série.
49:27Donc,
49:28ce hors-série
49:28qui sort demain,
49:30le 26 avril,
49:31quand l'Algérie
49:33était française
49:34avec un entretien
49:35exclusif et important
49:36de Boilem,
49:37Sansal,
49:38le mensonge
49:38d'État
49:39du pouvoir algérien,
49:40dit-il.
49:41Merci beaucoup.
49:41Merci.
49:42C'était Passé-présent,
49:44l'émission historique
49:45de TVL
49:46réalisée en partenariat
49:48avec la revue
49:49d'Histoire européenne.
49:50Alors,
49:51avant de nous quitter,
49:51vous n'oubliez pas,
49:52bien sûr,
49:52de cliquer sur le pouce levé
49:53sous la vidéo
49:54et de vous abonner
49:55à notre chaîne YouTube.
49:56Merci,
49:57à bientôt.
49:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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