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  • il y a 1 heure
L’immigration asiatique en France est souvent décrite comme discrète, travailleuse et fortement intégrée. Réussite scolaire, insertion professionnelle, importance accordée à l’effort : ces traits nourrissent l’image, rarement écornée, d’un modèle d’assimilation réussi. Mais cette perception correspond-elle pleinement à la réalité des parcours et des expériences vécues ? Est-ce que derrière des solidarités se cache une forme évidente de communautarisme ? Et quel regard portent aujourd’hui les Français d’origine asiatique sur la France et ses transformations ?
Pour évoquer ces sujets, TVL a donné la parole à trois membres d’origine asiatique de l’émission "Le Rooftop Français", lancée en 2025 sur YouTube. Une plateforme qui propose un regard direct et engagé sur l’actualité politique et sociale.

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Transcription
00:05L'immigration asiatique en France est souvent décrite comme discrète, laborieuse et fortement intégrée,
00:11mais cette perception correspond-elle vraiment à la diversité des parcours et des expériences vécues
00:17et que disent eux-mêmes les Français d'origine asiatique de leur rapport à la France, à son identité
00:23et aux évolutions actuelles de notre société.
00:26Et pour en parler, nous recevons aujourd'hui trois membres de l'émission Rooftop français
00:30et vont vous en parler, une chaîne YouTube lancée en 2025 qui propose un regard citoyen sur l'actualité politique
00:36et sociale.
00:37Avec nous Léo, bonjour Léo, vous êtes ingénieur et fondateur de l'émission, vous allez nous en parler dans un
00:42instant.
00:43Geoffrey, vous êtes entrepreneur et Jean-Alexandre, vous êtes policier.
00:48Ensemble, vous avez une lecture assez directe et engagée des transformations de la France contemporaine.
00:53Léo, alors Rooftop français, parlez-nous en quelques secondes.
00:57Oui, bonjour, tout à part merci de nous recevoir dans votre émission.
01:00Donc effectivement, je m'appelle Léo, je suis à l'initiation d'une émission sur YouTube qui s'appelle Rooftop
01:04français.
01:05C'est une émission qu'on a voulu lancer parce qu'on voyait la France changer et on ne se
01:12reconnaissait plus
01:12dans les politiques économiques, sociales et culturelles même qui étaient portées.
01:17Et donc c'est avec cette ambition de prendre la parole qu'avec Geoffrey et Jean-Alexandre,
01:23on s'est regroupés et on s'est associés pour lancer cette émission, pour décrypter l'actualité.
01:30Léo, avant de passer la parole à Geoffrey et à Jean-Alexandre, comment vous vous définissez vous-même ?
01:34Est-ce que vous vous définissez comme français, comme franco-asiatique ou porteur d'une double culture, personnellement ?
01:40Alors, personnellement, je pense que je suis franco-asiatique.
01:43Pourquoi ? Parce que sur la physionomie que j'ai, forcément je suis asiatique,
01:48mais au sein de mon cœur et de mon âme, je me considère français parce que je me suis approprié
01:53sa culture, son histoire
01:56et je souhaite vraiment défendre l'héritage de la France.
02:02Je vais poser la même question à Jean-Alexandre, peut-être.
02:04Vous êtes policier, même chose.
02:06Est-ce que vous vous sentez français ? Est-ce que vous vous sentez franco-asiatique ? Dans votre tête
02:12?
02:12Alors, d'un point de vue très personnel, moi je me sens très très très français.
02:17Même si évidemment, mon mirmoire me rappelle tous les jours que j'ai des origines asiatiques.
02:21J'en ai pas du tout honte, j'en suis même plutôt fier.
02:25Par votre père, par votre mère ?
02:26Par les deux.
02:27Par les deux, oui.
02:28Mes deux parents sont vietnamiens d'origine, donc.
02:31Et moi, personnellement, je suis né en France.
02:33Donc, vraiment, à part mon apparence physique, je me sens très français.
02:37Je suis passé à l'école républicaine, etc.
02:39Je parle français, je côtoie des Français.
02:42Et vous avez de la famille au Vietnam ?
02:43J'ai de la famille au Vietnam, c'est de la famille à éloigner.
02:45La majeure partie de ma famille proche est en France.
02:47Est en France.
02:48Voilà.
02:48Geoffrey, même question ? Même réponse ? Non ?
02:52Pas tout à fait.
02:53Alors, moi, je suis un Français de nationalité française uniquement, parce que la Chine n'autorise pas la double nationalité,
02:59mais mon père était chinois et ma mère bretonne.
03:02Donc, je me sens tout à fait français.
03:05J'ai grandi en France, je pratique le terroir français et la culture française au quotidien.
03:08Et la musique celtique ?
03:09Effectivement, c'est mon côté très breton où je pratique au quotidien la musique celtique, la bombarde, la cornemuse.
03:15Je me sens profondément français dans ma culture et dans mon être.
03:19Après, effectivement, j'ai des avantages de compréhension de la culture chinoise qui me permettent de me développer dans mon
03:28travail.
03:28Est-ce que votre histoire familiale joue un rôle important dans votre identité aujourd'hui ?
03:33Je vous pose la question, d'ailleurs, pour répondre chacun à votre tour.
03:36Alors, moi, personnellement, bien sûr, puisque mon histoire familiale immigrée correspond beaucoup à l'idéologie.
03:45Disons que mon père a cherché à échapper au communisme.
03:50Donc, ça a un impact sur ma réflexion aussi et sur ce que je connais et ce que j'ai
03:55entendu des dangers du communisme et du socialisme mis en pratique.
03:59Bonne question, parce que Jean-Alessandre aussi, le Vietnam, c'est bien évidemment le communisme assassin, criminel.
04:07Est-ce que ça joue aussi un rôle dans votre engagement ?
04:09Bien évidemment, oui.
04:10Un peu comme Geoffrey, moi, ma famille, elle a échappé au communisme.
04:13J'ai mon grand-père, d'ailleurs, paternel, qui était militaire, officier dans l'armée vietnamienne, donc qui s'est
04:17battu contre ça.
04:18Donc, effectivement, j'ai été aussi influencé par l'histoire de ma famille.
04:23Et mes réflexions aujourd'hui, géopolitiques, intérieusement, sont influencées par mon histoire.
04:28Oui, tout à fait.
04:28Léo, est-ce que ce lien entre la politique, le communisme, le totalitarisme et votre famille est un lien que
04:33vous faites aussi ou pas ?
04:35Alors oui, alors moi, j'ai des origines sud-coréennes.
04:37Donc, comme vous pouvez le savoir, en Corée, il y a une fracture importante avec la Corée du Nord.
04:42Et via la guerre de Corée qui a eu lieu, le Nord qui a été soutenu justement par la Chine
04:48et le Sud par les États-Unis,
04:50on a eu une confrontation directe qui a profondément marqué l'histoire de ce pays et donc l'histoire de
04:55mes grands-parents et de mes parents.
04:58Et effectivement, pour revenir à votre question que vous avez posée à Geoffrey sur est-ce que ça a un
05:03impact sur notre vie, sur notre éducation ?
05:05Effectivement, je pense que les Asiatiques partagent ce qu'on appelle le confusionnisme et qui joue un rôle important dans
05:13l'éducation.
05:13Et donc, on voit peut-être la chose de manière un peu différente, ce qui nous permet d'avoir peut
05:21-être, je dirais, un avantage ou en tout cas un autre point de vue sur l'actualité.
05:24– J'ai parlé au départ, gardez le micro, une immigration discrète.
05:29J'ai utilisé ce terme-là et j'ai vu que vous n'aviez pas émis d'objection à ce
05:34terme-là.
05:35On parle souvent d'une immigration asiatique comme une immigration discrète, relativement peu visible finalement dans le débat public.
05:40Comment vous expliquez cette relative absence ?
05:43– Tout à fait. Alors, en fait, je pense que ça vient vraiment de l'éducation, si vous voulez, asiatique,
05:51de l'éducation confusinienne.
05:54– C'est très culturel.
05:55– C'est très culturel où on nous demande de ne pas faire de vagues, en fait. C'est très
05:58asiatique comme réflexion, comme éducation.
06:02C'est ne fais pas de vagues, rentre dans le moule, fais-toi accepter, travaille dur et les choses se
06:07passeront bien pour toi.
06:08Et c'est pour ça qu'on a eu toute une première génération de vagues d'immigrés qui sont venues
06:13en France qui restaient très discrètes
06:14parce qu'elles ne voulaient pas poser de problème, parce qu'elles voulaient s'intégrer, travailler dur et puis viser
06:20un avenir pour leurs enfants.
06:22Et l'intégration, justement, elle commence pour eux à partir de leurs enfants.
06:27– Est-ce que cette notion culturelle, ce n'est pas aussi une prudence sociale qui revêterait une forme d
06:32'hypocrisie aussi ? Pourquoi pas ?
06:34Si j'étais un contempteur.
06:35– En réalité, les Asiatiques en général comprennent très bien que quand on se déplace dans un pays étranger, on
06:42fait comme les Romains.
06:44Il y a même, en chinois en l'occurrence, il y a une expression qui dit ça.
06:48On fait comme les Romains chez les Romains. Donc c'est une évidence, en fait.
06:51– Je parle d'un héritage culturel, Jean-Alexandre, il y a aussi, par exemple, la notion de culture et
06:55d'effort.
06:56Il y a beaucoup de travaux sociologiques qui ont été menés sur la communauté asiatique en France.
07:00Et on dit, par exemple, que cette communauté est associée à la réussite scolaire, à l'effort, à l'ascension
07:07sociale.
07:08Il y a des études qui prouvent que, par exemple, quand les portes des écoles s'ouvrent,
07:12ce sont les jeunes d'origine asiatique qui sont les premiers présents,
07:16avant les jeunes d'origine franco-française et ensuite les autres.
07:21Est-ce que ça aussi, ça correspond à un héritage culturel transmis par les familles ?
07:25– Je pense que oui. Je pense que oui, effectivement.
07:28Moi, j'ai connu ça depuis toujours.
07:30On a une force de travail.
07:33On nous l'inculpte vraiment tout petit.
07:36Une force d'intégration.
07:38Mon prénom, il est assez parlant.
07:41J'ai eu ce prénom-là pour faciliter mon intégration.
07:47Je ne vois pas les choses autrement, en fait.
07:49C'est vrai que c'est très culturel et on a vraiment grandi comme ça.
07:54Et force est de constater que ça a marché.
07:56– Geoffrey, vous appelez Geoffrey ?
07:58– Oui, effectivement.
08:00– Vous appelez Léo ?
08:01– Oui, tout à fait.
08:01– Vous appelez Razemmo.
08:02Alors, immigration modèle, on entend souvent parler d'immigration modèle
08:05à propos des populations asiatiques.
08:07Cette formule, vous paraît-elle correspondre à une réalité observable
08:09ou est-elle simplement simplificatrice ?
08:12Immigration modèle ?
08:14– C'est une définition de façade.
08:15– Peut-être par rapport aux autres immigrations, d'ailleurs.
08:17– C'est une définition de façade.
08:18Alors, c'est-à-dire qu'effectivement, de mon point de vue,
08:21les Asiatiques ne posent pas de problème en façade,
08:24on n'a aucun ou très peu de problème de violence.
08:26Je pense que Jean-Alexandre pourra le confirmer.
08:29Il y a des problèmes de communautarisme, cependant, également.
08:32Surtout qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus d'immigration asiatique qui vient,
08:36notamment de Chine et d'une ville en particulier.
08:39Ils ont donc de moins en moins le besoin de s'intégrer à la société française.
08:43Et ce que je m'efforce de répéter constamment,
08:46le problème n'est pas tant, en termes de communautarisme et d'intégration ou d'assimilation,
08:51la culture d'origine, mais le nombre.
08:54À partir du moment où il y a un nombre suffisant pour devenir une société,
09:00la société devient en elle-même une communauté.
09:03– Et dans ce cas-là, moi je comprends très bien cette question d'assimilation,
09:06parce qu'on dit souvent que là aussi, que l'immigration asiatique,
09:09c'est largement assimilé ou intégré à la France.
09:13Vous me dites aujourd'hui que la France n'étant plus un moteur d'intégration, d'assimilation,
09:16les populations asiatiques subissent le même sort ou vivent le même sort
09:21ou ont les mêmes réactions que les autres immigrations.
09:24Mais je retiens un propos, vous dites,
09:26oui, il y a aussi une vision assez communautariste.
09:29Et c'est vrai qu'il y a beaucoup de notions, de rumeurs, de clichés d'ailleurs,
09:35sur la communauté asiatique qui quand même tentent à prouver
09:37qu'il y a une forme de communautarisme qui est latent.
09:42La première chose déjà, est-ce que c'est valable pour toute la communauté asiatique ?
09:45Parce que quand on dit communauté asiatique, nous parlons d'origine chinoise,
09:48d'origine vietnamienne, d'origine sud-coréenne, laossienne.
09:50Est-ce que tous ont la même démarche, je ne vais pas dire la même valeur,
09:54mais la même démarche intellectuelle et culturelle ?
09:57– Puisque j'ai le micro en main, je continue.
09:59– Pour l'immigration chinoise en particulier, la Chine c'est très grand.
10:06Donc il y a des immigrations différentes qui viennent de Chine
10:09et une immigration récente, comme je disais, qui vient d'une ville en particulier.
10:13Et celle-ci ne s'assimile pas ou ne s'intègre pas très bien
10:16ou moins bien que les générations précédentes parce qu'ils viennent en nombre.
10:20J'en reviens toujours à ce nombre.
10:21– C'est la masse qui transforme…
10:23– La masse transforme la société.
10:24Donc en réalité, à mes yeux, n'importe quelle origine étrangère
10:29qui viendrait s'installer en masse poserait un problème.
10:32– Une question toute simple, qu'est-ce qui pousse un Chinois aujourd'hui à aller en France ?
10:37– Aujourd'hui, de moins au moins de raisons, ce qui pourrait pousser les Chinois
10:42qui viendraient de villes plus pauvres ou plus commerçantes à venir en France
10:45serait l'image que donneraient les Chinois qui sont ici
10:51parce que malgré les conditions de vie qu'ils ont sur place,
10:54qui ne sont pas forcément idéales en France,
10:57l'honneur et la face qu'ils veulent avoir,
10:59ils veulent envoyer des cadeaux en Chine,
11:01ils veulent dire qu'ils ont une belle vie en France,
11:03ils veulent avoir des belles photos de mariage,
11:05fait croire aux Chinois qu'ils sont encore en Chine.
11:07– Que c'est l'Eldorado.
11:08– Que c'est l'Eldorado.
11:09Et le même problème se produit en Afrique.
11:11– Je reste sur cette notion de communautarisme, Jean-Alexandre.
11:12– Puisque vous êtes policier, vous connaissez toutes ces formes de réseautage,
11:15on a beaucoup évoqué dans les rumeurs,
11:18mais là, ça n'en est pas une, les solidarités dans le système d'épargne collective,
11:23ce qu'on appelle la tontine.
11:25Ça, c'est une réalité qui n'est d'ailleurs pas illégale,
11:27je me tourne vers le policier, ni, comment dire, exceptionnel,
11:30mais ça reste une singularité.
11:32– Bien sûr.
11:34Alors, on n'échappe pas, je pense, aux difficultés des autres immigrations.
11:39Donc, le communautarisme, il existe partout, on n'y échappe pas.
11:42Il y a des bonnes et des mauvaises choses dans notre culture, je pense.
11:45On n'est pas exemple de tout reproche.
11:48Et typiquement, on s'est tellement bien intégré, je pense,
11:52qu'effectivement, la tontine, c'est peut-être pas illégale pénalement,
11:55mais peut-être que d'un point de vue fiscal, c'est une autre histoire.
11:59– C'est un moyen de détourner.
12:01– Voilà.
12:01Mais ça met en avant, effectivement, ce côté communautaire et solidaire
12:06qui s'entraide pour se développer, pour s'intégrer, ça fait aussi partie de ça.
12:11Et je vais revenir sur la question de cette immigration asiatique,
12:14du coup, vietnamienne en France.
12:16Un peu comme pour les Chinois, c'est de moins en moins le cas.
12:19Parce qu'au Vietnam, typiquement, ça se développe très, très, très vite.
12:23Et l'émigration était économique, je pense.
12:27Et donc, elle est de moins en moins d'actualité.
12:29– Puisque vous avez le micro, quand nous avons un seul micro à nous partager,
12:33eh bien, je reste là-dessus.
12:35Et sur la question de la sécurité, vous êtes policier.
12:37Il y a aussi le cliché, la rumeur, non pas de mafia, mais de triade, le terme.
12:43Ça existe, c'est un cliché, c'est une rumeur, c'est une réalité.
12:46– On ne va pas dire que ça n'existe pas.
12:48Je veux dire, après, c'est peut-être romancé.
12:51Mais effectivement, il existe un côté communautariste
12:55qui s'organise entre eux, peut-être qu'on pourrait appeler ça une triade.
12:59Mais je pense que c'est caricatural, effectivement, oui.
13:01– Léo, là aussi, la question qui se pose,
13:04c'est aujourd'hui, il y a un sud-coréen qui vient en France,
13:06qu'est-ce qu'il cherche ?
13:08J'ai grand-chose.
13:09– Non, alors, la Corée, oui, effectivement, c'est…
13:11– Ah, c'est pas économique ?
13:12– Oui, tout à fait.
13:13Aujourd'hui, il y a, comme a dit Geoffrey,
13:15il y a quand même, la France garde une image très romancée.
13:18Vous savez, la Tour Eiffel, en termes d'art, de culture,
13:23ce sont des choses qui restent éternelles, si vous voulez, à la France.
13:28Et même si aujourd'hui, on voit beaucoup d'actualités
13:31qui vont à contresens de tout ça,
13:33et qu'on essaie de défacer un peu tout ça.
13:35Et d'ailleurs, c'est un peu ce qu'on essaie de défendre
13:38et de dénoncer au sein du rooftop dans notre émission.
13:41Mais vraiment, je pense qu'il y a beaucoup de Coréens
13:43qui, quand ils viennent en France,
13:45c'est pour venir apprendre un peu de ce savoir-faire ancestral
13:49qu'il y a eu en France.
13:50– Rio, vous êtes bien d'accord que si on ne fuit pas
13:51pour des raisons idéologiques, politiques, de survie,
13:54par exemple, on l'a dit au communisme,
13:57ce ne s'est plus pour des raisons économiques.
13:58Et là, vous me dites qu'en fait, c'est pour une image de marque.
14:00Mais il y a une différence entre faire du tourisme en France,
14:03voire même se marier dans un château en France,
14:06et rester pour la vie, et fonder sa famille.
14:09C'est quand même un peu différent, non ?
14:10– Oui, bien sûr, bien sûr.
14:11Après, je pense que la France a aussi ses…
14:14On peut la critiquer, on peut lui trouver beaucoup de défauts,
14:19mais la France se présente aussi de nombreux avantages.
14:23Comme je vous le disais, en termes de gastronomie,
14:25en termes culturels, en termes d'histoire,
14:27ce sont des arguments qui font venir des étrangers
14:29parce que ça les passionne,
14:30parce que la France est riche de tout ça.
14:34Et je pense que les Coréens en sont très sensibles.
14:36– Vous avez toujours le micro.
14:38Alors, la question que Geoffrey a évoquée rapidement,
14:40mais qui est quand même une question fondamentale,
14:42c'est le modèle français aujourd'hui, en fait, dans la réalité.
14:44Est-ce que vous avez le sentiment que ce modèle fonctionne encore aujourd'hui,
14:47qu'il est en train de se fragiliser ?
14:48Ce modèle qui se voulait assimilationniste et d'intégration,
14:52en fait, il est rompu.
14:54D'ailleurs, il n'y a plus personne qui veut l'assimilation.
14:57Enfin, je veux dire, c'est quelque chose qui reste maintenant difficile à défendre.
15:01Pourquoi ? Ça ne fonctionne plus.
15:02– Je pense que la France s'est assez organisée
15:06pour que les populations étrangères puissent s'intégrer, s'assimiler.
15:11Vous avez l'école gratuite,
15:12vous avez de nombreuses associations qui viennent en aide aux personnes étrangères.
15:16Moi-même, mes parents étant venus en France pour y vivre,
15:20ont pu bénéficier de l'ensemble de ces choses-là.
15:23Et la preuve en est que j'ai pu faire mes études,
15:26j'ai pu faire des études supérieures, j'ai pu trouver un travail.
15:28Donc, dire qu'aujourd'hui, il existe un système oppressif
15:32qui empêcherait les jeunes étrangers de réussir en France, c'est totalement faux.
15:36Ce n'est pas à la France de faire des efforts, je considère,
15:38c'est mon point de vue personnel,
15:39ce n'est plus à la France de faire ces efforts,
15:41c'est aux personnes qui viennent en France
15:43de comprendre qu'il y a des règles du jeu
15:45et que lorsqu'on comprend ces règles du jeu,
15:48on peut réussir en France parce que la France donne toutes ses chances.
15:51Donc, cette notion-là, elle est importante.
15:53Geoffrey, vous êtes d'accord là-dessus sur l'idée
15:55que le modèle français aujourd'hui, il est en panne ?
15:59Alors, je suis assez d'accord en raison de la masse, d'ailleurs.
16:01C'est le terme que vous avez utilisé.
16:02C'est effectivement là que je vais revenir.
16:04C'est-à-dire que je suis d'accord avec Léo
16:05sur l'idée que le système d'intégration, d'assimilation est bien là.
16:09Tout est là.
16:11J'ai moi-même grandi dans un environnement
16:13où j'étais entouré de Français d'origine
16:15et ça m'a permis de devenir Français.
16:18Ça m'a aidé à devenir Français.
16:20Mais je reviens toujours sur mon sujet.
16:21Effectivement, c'est de la responsabilité
16:24des nouveaux immigrés de devenir Français.
16:26Mais surtout, surtout,
16:27c'est de la responsabilité de l'État français
16:29d'arrêter l'immigration massive
16:31parce que c'est la masse qui va créer
16:33tous les problèmes d'intégration.
16:36Jean-Alexandre, il y a aussi cette notion importante
16:40qui est liée maintenant à la communauté asiatique
16:41qui a fait quand même aussi débat
16:43dans la presse mainstream,
16:45c'est le racisme.
16:47On parle relativement peu d'un racisme visant les Asiatiques
16:51même si certaines agressions ont attiré l'attention
16:54ces dernières années.
16:55Est-ce que vous avez le sentiment que ce phénomène
16:57est parfois sous-estimé dans le débat public ou pas ?
16:59Alors, complètement.
17:01Complètement.
17:01De toute façon, s'il y a un racisme ou deux
17:04dont on ne parle pas,
17:04c'est le racisme anti-asiatique,
17:06il a été banalisé à mon sens.
17:07Il vient de qui ?
17:08Contre, pardon ?
17:09De qui vient ce racisme, cette policière ?
17:11Est-ce que ce sont les Français d'origine française
17:13qui ont ce racisme ?
17:15Alors, il serait faux de dire
17:16qu'il n'existe pas de la part des Français d'origine,
17:19encore une fois, pour l'avoir vécu d'un point de vue personnel.
17:22Mais très honnêtement...
17:24Il vient de la galéjade, j'entends.
17:26Enfin, pas un racisme selon les...
17:28Oui, oui, bien sûr, oui.
17:29C'est quelque chose qui se veut désagréable, agressif.
17:34Tout à fait.
17:34Et pour être factuel, concrètement,
17:36je suis policier,
17:37j'ai travaillé sur le 13e arrondissement de Paris,
17:39donc de grosses communautés asiatiques,
17:41mais aussi grosses communautés autres,
17:43que ce soit africaines, nord-africaines.
17:45Et la communauté asiatique est une cible privilégiée
17:51des voleurs.
17:52Des voleurs, donc des autres communautés.
17:54Ça, c'est quelque chose de très factuel.
17:57C'est une forme de racisme, je dirais.
17:59Donc, c'est pas un racisme, si vous voulez, verbal ou...
18:02Voilà, c'est vraiment un racisme factuel.
18:05C'est comme des proies.
18:06Mais pourquoi considérer comme des proies ?
18:07Pour les clichés.
18:08Quelles sont les images que vous renvoyez, en fait ?
18:09L'image de gens qui ont de l'argent, pour faire simple.
18:13Pour faire simple, donc qui réussissent, qui ont de l'argent.
18:15On a l'image de gens qui font pas confiance en banque,
18:17qui avons de l'argent sur nous, sous le matelas.
18:20C'est des clichés, mais ça...
18:23C'est où, réalité ?
18:24Il y a certainement un peu des deux.
18:26Faut pas se mentir.
18:27Faut pas se mentir, donc...
18:29Donnez votre adresse.
18:31Je suis français.
18:33Je suis français, et j'ai une façon de doute très française.
18:35Et c'est vrai que...
18:36Heureusement, par la banque.
18:37Voilà, voilà, c'est ça.
18:38Et donc, ouais, ouais, j'ai un compte à la banque et tout.
18:40J'ai pas le choix.
18:40J'ai pas le choix.
18:41Mais non, malheureusement, du coup, on est des victimes privilégiées.
18:45Donc, je l'ai constaté, je l'ai vu.
18:47Et donc, on est victime de vols, particulièrement de vols avec violence, en plus.
18:50C'est horrible.
18:51Parce qu'on est asiatiques, on n'est pas forcément grands et costauds.
18:56Ça paraît bête, mais c'est factuel, ça.
18:58Ça fait qu'on passe pour des victimes visuellement et d'un point de vue aussi social, j'ai envie
19:04de dire.
19:05Léo, vous voulez ajouter sur cette notion-là de racisme, d'invisibilité, d'ailleurs ?
19:09Oui, tout à fait.
19:09Vous savez, le racisme anti-asiatique est aussi appelé racisme banalisé.
19:14Pourquoi ? C'est aussi très historique.
19:16Et je pense que la faute, peut-être aussi, vient de la communauté asiatique qui s'est faite très discrète
19:21sur ça.
19:23Très peu d'asiatiques de première génération, lorsqu'il y a eu des agressions comme Dijia, font porter plainte.
19:27Parce qu'eux, ils ne maîtrisent pas la langue, ils ne maîtrisent pas les codes en France.
19:32Et puis, vous savez, dans les années 80, lorsque des associations comme SOS Racisme sont montées
19:37pour défendre les populations plutôt maghrébines et nord-africaines, les asiatiques ont été absents de ces mouvements.
19:44Et aujourd'hui, on a un peu ce retour de bâton où, en fait, lorsqu'on parle de racisme, les
19:49asiatiques sont sortis du débat.
19:53Même lorsque SOS Racisme, vous savez, va faire beaucoup de publications pour défendre certaines communautés,
19:58mais très peu envers les asiatiques, au final.
20:00Les Français ne sont pas racistes.
20:02Comme les Français ne sont pas racistes, ils ne réagissent que quand les communautés se montrent agressives.
20:06Les communautés asiatiques n'attendent pas agressives.
20:08Il n'y a pas de racisme de la part des Français sur le monde asiatique.
20:11Est-ce que ça, vous partagez ce point de vue avec moi ou pas ?
20:14Je pense qu'il y a eu quand même, historiquement en France, ce qu'on a appelé le péril jaune.
20:22Vous savez, c'est très historique.
20:24Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, vous avez vu des populations asiatiques qui sont venues en France.
20:29Et puis l'image qu'on avait, notamment de la Chine, encore en France et en Europe, était assez péjorative.
20:34Et puis dans le développement culturel aussi, l'image des asiatiques était assez...
20:39Les asiatiques sont très sournois, vous savez.
20:41Même dans Tintin, la représentation d'un asiatique, c'est quelqu'un...
20:45Ou même dans Lucky Luke, c'est une personne assez surnoise.
20:48C'est un siècle.
20:49C'est un siècle.
20:50Bien sûr, c'est un siècle.
20:51C'est un siècle.
20:52Mais ce sont des choses qui ont forgé un peu l'image des asiatiques pendant très longtemps.
20:57Et aujourd'hui, heureusement, les choses ont beaucoup évolué parce que les asiatiques se sont montrés exemplaires, je pense.
21:05On se sont montrés une certaine résilience.
21:07On se sont montrés qu'ils peuvent réussir dans la vie, qu'ils ont des métiers importants.
21:13Ce qui fait que ça a beaucoup fait évoluer les mentalités.
21:16Et puis, il faut aussi parler de l'influence de la culture.
21:19Aujourd'hui, on a la culture chinoise, la culture coréenne aussi, beaucoup avec le cinéma, la musique, qui jouent, qui
21:25font changer les mentalités.
21:27– Mais la réalité, vous savez, ça remplit le stade de France trois jours de suite.
21:33– C'est le sud coréen, je ne comprends pas.
21:35– On est bien d'accord.
21:36– Sur le racisme, j'ai…
21:38– Oui, c'est plus sérieux.
21:39– Sur la question du racisme, je pense qu'on confoue souvent ce qu'on vit à l'adolescence, racisme
21:46et cruauté en inter-adolescent ou inter-enfant.
21:48Et la cruauté, je pense qu'on la vit parce qu'on est différent, mais la différence peut être une
21:54différence physique.
21:56On peut être plus gros, plus petit, plus grand.
21:58On pourrait avoir des problèmes très facilement.
22:00– Au cours d'école, quand on est différent, on prend.
22:02Quand on n'est pas différent, on prend aussi.
22:03– Exactement.
22:04J'ai eu des problèmes de cruauté, autant pour d'autres raisons que parce que j'étais à moitié asiatique.
22:10Donc, je pense que ça, c'est une confusion qu'on a.
22:12Par contre, j'aimerais mettre en avant, non pas un racisme, mais disons, une forme de discrimination aujourd'hui
22:18vis-à-vis de certains pays qu'on n'imaginerait pas.
22:20Par exemple, la Chine et la Russie.
22:25Et c'est un racisme, disons, une forme de racisme complètement assumé et accepté par la sphère médiatique générale et
22:31par l'opinion générale.
22:33Il est tout à fait de bonne augure de dire que les Chinois sont envahisseurs, que les Russes sont belligérants.
22:41C'est bien plus compliqué que ça.
22:42La géopolitique, c'est très complexe.
22:44Et en tant que moi, ayant des origines chinoises, les gens me posent très souvent la question, parfois de façon
22:51un peu agressive,
22:53est-ce que les Chinois, vous n'êtes pas en train de nous envahir vos produits, blablabla, telle ou telle
22:57question, made in China, tout ça.
22:58Et là, ça, c'est accepté.
23:00– Vous n'avez pas de double culture, vous avez une double fidélité, finalement, alors ?
23:03– Personnellement ?
23:05– Oui ?
23:05– Absolument pas. Absolument pas. Je suis né en France, notamment…
23:08– Vous avez défendu la Chine ?
23:09– Non, j'explique que certains racismes sont acceptés et certains sont combattus.
23:15Et je pense que le deux poids deux mesures est un gros problème pour l'atmosphère française.
23:21– Et comme il nous reste une minute chacun, ça n'a pas été la même question que vous vous
23:24êtes posée,
23:24vous avez chacun une minute pour le faire.
23:26Qu'est-ce que représente aujourd'hui le socle commun français ?
23:29Comment est la France d'aujourd'hui ? Comment vous la voyez ?
23:32Est-ce qu'elle est multiculturelle, pluriethnique ?
23:35Est-ce qu'elle doit être privilégiée dans son identité,
23:39afin que les populations étrangères puissent s'y assimiler ?
23:42Quel est votre regard sur ce socle commun ?
23:43Je n'ai pas d'avis, c'est le vôtre que je demande.
23:46Si j'aime bien aussi, mais ce n'est pas le jour.
23:49– Alors moi, la France aujourd'hui, elle est ce qu'elle est,
23:51on a oublié de faire avec ce qu'on a aujourd'hui.
23:53Par contre, moi, ça ne me choque pas qu'elle souhaite être identitaire.
23:59On parlait de nombre et de masse, c'est exactement ça en fait.
24:05C'est une terre d'immigration certes, mais il faut qu'elle soit contrôlée.
24:10Aujourd'hui, on subit les conséquences d'un relâchement là-dessus.
24:14On a une immigration incontrôlée et massive qu'on subit depuis 30 ans.
24:19Et les conséquences aujourd'hui de beaucoup de modes de société sont liées à ça, je pense.
24:24Et donc, il y a un travail à faire.
24:27Mais effectivement, ça peut paraître bizarre,
24:28mais effectivement, qu'elle se revendique un peu plus identitaire, ça ne me choque pas moi.
24:32– Geoffrey, Léo ? Geoffrey ?
24:35– Je pense que les Français, comme toutes les populations du monde,
24:40ont le droit de souhaiter de maintenir leur culture
24:44et d'une certaine façon leur homogénéité.
24:47Pourquoi je dis ça ?
24:48Ce n'est absolument pas un sujet de racisme.
24:50Ça se voit au milieu de ma figure que je ne peux pas être raciste par définition.
24:53Je suis moi-même la conséquence de deux ethnies.
24:56Mais les Français, un Français qui irait demain au Sénégal,
25:00un Français qui irait demain en Chine, en Corée,
25:03s'il disait qu'il était chinois ou coréen, on lui rirait au nez.
25:06Et il n'est pas insultant de dire qu'un pays a le droit
25:11de souhaiter avoir une certaine homogénéité.
25:14Mais même le général de Gaulle le disait.
25:16Et ça n'empêche pas d'avoir une diversité.
25:19Ça n'empêche pas d'avoir une diversité qui soit une richesse, évidemment,
25:23mais en minorité, qui vient se diluer dans la majorité française.
25:29– Homogénéité, la Corée du Sud, mais à côté de vous,
25:33le Japon, ont cette notion d'homogénéité inscrite en eux
25:37et avec une immigration qui est très très faible
25:39pour maintenir cette homogénéité comme étant un socle de l'identité japonaise
25:44et aussi sud-coréenne.
25:46Donc c'est quelque chose qui ne vous choque pas.
25:48– Non, dans nos pays d'origine respectives,
25:53ce sont des choses qui paraissent tout à fait normales.
25:55Et je pense même pas qu'en Asie, je pense dans le reste du monde.
25:57En fait, ce sont des choses qui seraient tout à fait normales
25:59et qu'il n'y a qu'en France où aujourd'hui,
26:01ça pose problème de dire ça.
26:03Et je vois déjà venir les commentaires en nous disant
26:07que nous sommes hypocrites parce que nous sommes issus nous-mêmes
26:10de l'immigration et pourtant on ne souhaite pas partager la France.
26:14Mais lorsque vous êtes invité dans une maison,
26:17qu'on vous offre la possibilité de manger, de dormir,
26:20d'évoluer la moindre des choses,
26:23ce n'est pas de faire venir tout et n'importe qui dans cette maison
26:26en disant « j'ouvre la porte et tout le monde peut en profiter
26:29et puis casser tout ce qu'il y a à l'intérieur de cette maison ».
26:32Nous, on remercie, l'idée c'est de remercier cette maison
26:35et puis en prendre soin et puis faire qu'en sorte les gens
26:39qui sont également invités sont des gens qui tiennent à garder cette maison
26:42comme elle a été et comme elle nous a invités.
26:45Voilà, tout simplement.
26:45Le meilleur moyen de garder la maison c'est aussi de défendre la langue française
26:49d'où la notion de rooftop anglicisme pour évoquer votre émission
26:52« Rooftop français ».
26:53Alors où est-ce qu'on vous retrouve ?
26:54Alors on nous retrouve effectivement sur YouTube tous les mardis à 21h
26:58en live sur le rooftop français.
27:01Alors juste précision, le rooftop effectivement c'est un anglicisme
27:04mais c'est un petit clin d'œil à ce qui s'est passé dans les années 80-90
27:08je ne sais plus trop exactement, mais aux États-Unis
27:11où des commerçants coréens étaient montés sur le toit de leur commerce
27:16pour se protéger lors de manifestations, de casses
27:20et donc nous on a pu prendre cette image pour dire
27:23nous on aimerait bien protéger la France, on veut protéger ses valeurs
27:26et ses traditions et voilà.
27:28Voilà, d'où l'anglicisme pardonné.
27:30Et la dernière chose, on vous retrouve où ?
27:32R'expliquez ça les choses clairement, nous on est sur YouTube
27:35donc je pense que tous les téléspectateurs sauront très facilement vous retrouver
27:37mais néanmoins c'est donc sur YouTube, votre chaîne ?
27:39Sur la chaîne, le rooftop français, voilà, ça apparaîtra
27:44je pense qu'on est les seuls qui nous appelons comme ça
27:46donc mardi 21h
27:48Mardi 21h pour suivre cet entretien que nous avons eu ensemble
27:51merci à vous, merci Geoffrey, merci Jean-Alexandre, merci Léo
27:54merci à vous téléspectateurs de nous avoir suivis
27:56on se retrouve très rapidement sur TV Liberté
27:58merci à tous
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