- il y a 8 heures
Face au dérèglement climatique, la consommation de l’eau devient un sujet majeur. Les acteurs de la distribution de l’eau doivent faire face au défi de la dépollution et à celui de reut. Nos invités nous expliquent que des efforts restent à faire pour démocratiser des dispositifs responsables.
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00:05C'est le débat de ce Smart Impact, on parle d'eau, de solutions de traitement, de solutions de réutilisation
00:13avec mes invités Cyril Guérard, bonjour, bienvenue, vous êtes directeur général France-Belgique-Luxembourg d'entreprise Aquabion, Xavier Leflèvre, bonjour,
00:21bienvenue à vous aussi, économiste, sociologue, vous êtes le doyen de l'école et accélérateur Terra Academia,
00:27on va prendre quelques minutes pour présenter vos organisations, entreprises respectives, Aquabion, en quelques mots ?
00:34Entreprise allemande qui existe depuis 30 ans dans la fabrication de solutions pour traiter de manière écologique et durable le
00:42calcaire et la corrosion, donc c'est à la base un système industriel qui a été créé pour traiter les
00:49problèmes de corrosion au départ,
00:50et ensuite c'est une gamme qui a été réduite pour pouvoir répondre aujourd'hui aux besoins domestiques, donc ça
00:58peut être une résidence, ça peut être une maison unifamiliale, des appartements, c'est une alternative écologique aux adoucisseurs au
01:06sel.
01:06Et on rentrera dans le détail de cette solution technique, j'ai dit école et accélérateur, c'est quoi Terra
01:12Academia ?
01:13Terra Academia, c'est une jeune école qui a été créée il y a trois ans, qui est vraiment spécialisée,
01:18focalisée sur la transformation écologique, on forme tous les publics,
01:22on commence avec les collégiens et les lycéens sur des parcours de découverte sur les métiers de la transformation, des
01:27professionnels, des formations initiales, des élus aussi,
01:30parce qu'il y a un rôle des collectivités locales dans l'accélération de la transformation.
01:35On est convaincus que la transformation passe par des compétences, pas juste des savoirs, c'est aussi mettre en pratique,
01:42et c'est vraiment l'axe qui structure les formations Terra Academia.
01:47L'eau, d'une manière générale, quand l'entreprise s'est créée, c'était peut-être moins un sujet qui
01:54était dans le spectre des enjeux politiques, des enjeux municipaux,
02:00on est en pleine campagne des élections municipales, à quel point ça l'est devenu ?
02:04C'est devenu un enjeu majeur, puisqu'aujourd'hui on parle énormément de pollution de l'eau, on parle rarement
02:11des solutions existantes,
02:13donc on est dans un cas de figure où, si vous voulez, le marché est dominé par des produits chimiques,
02:18et la volonté déjà par le fondateur à l'époque, M. Flattner, a été de fabriquer un dispositif qui permet
02:25de répondre différemment aujourd'hui aux problématiques techniques en bâtiment,
02:31et voilà, c'est une très longue histoire familiale, puisque l'oncle de l'inventeur a été un monsieur qui
02:37a déposé plus de 1000 brevets.
02:40Et donc cette solution technique, c'est quoi ? De quoi on parle ?
02:42Alors, cette solution technique, c'est une solution qui se base sur un principe galvanique, avec une anode en zinc
02:49pur,
02:50donc c'est pas un processus où on va injecter quelque chose pour faire une transformation,
02:54on va utiliser un procédé physique pour générer une transformation naturelle du calcaire.
03:01Donc en gros, on va transformer un calcaire qui est à l'origine incrustant, en un calcaire poudreux, et facilement
03:07entretenable.
03:08D'accord, et donc c'est une alternative à des produits chimiques, c'est ça ? C'est ce que
03:11je comprends ?
03:12Oui, absolument. Aujourd'hui, vous avez le marché qui est dominé par les adoucisseurs au sel.
03:19C'est un procédé qui, initialement, avait été inventé pour les réseaux de chauffage.
03:24Aujourd'hui, on les retrouve sur les arrivées d'eau générale, d'eau froide, en bâtiment.
03:29Et si vous voulez, le consommateur, aujourd'hui, est contraint à consommer une eau qui est chimiquement modifiée.
03:36Alors que nous, on s'est penchés sur un dispositif qui, lui, va permettre de garder l'eau et la
03:42composition physico-chimique pour garder une eau naturelle.
03:46Alors c'est devenu, Xavier Leflèvre, un enjeu pour les consommateurs sur la qualité de l'eau, sur les craintes
03:51qu'on peut avoir liées à l'eau.
03:53Et puis c'est devenu un enjeu de collectivité en général, collectivité locale ou État, presque géopolitique même, quand on
04:04parle d'eau aujourd'hui.
04:06Oui, ça fait 20 ans que je travaille sur l'eau. Et ce qui est intéressant, c'est qu'on
04:09n'a jamais autant parlé d'eau.
04:10Ce que vous dites est très juste, c'est-à-dire que l'eau est pertinente à beaucoup d'échelles.
04:13Très localement, l'eau, les usages domestiques, les usages agricoles.
04:16Donc chacun a un rapport très intime, très particulier à l'eau, à l'échelle de la collectivité.
04:22Il y a des initiatives qui peuvent être prises et il y a des enjeux qui se gèrent à ce
04:26niveau-là.
04:27Il y a aussi des enjeux qui se gèrent au niveau national.
04:29On a besoin de politique nationale, de standards de qualité, par exemple, et d'investissement dans certaines infrastructures.
04:35Mais vous avez aussi raison de dire qu'il y a des enjeux géopolitiques, géostratégiques,
04:40sur la rareté de l'eau qui va mettre des territoires en compétition, par exemple, pour l'accès à l
04:44'eau.
04:45Ce qui est un peu paradoxal, alors qu'on sort, pardon, on vous interrompe,
04:47mais en France, d'un trimestre particulièrement pluvieux, arrosé, d'inondations,
04:53donc j'imagine qu'il y a pas mal de téléspectateurs, ils sont bien gentils,
04:56mais est-ce qu'on manque vraiment d'eau ?
04:58Vous voyez ce que je veux dire ? C'est quoi ? C'est le cycle de l'eau qui
05:00est perturbé ?
05:01Oui, ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est exactement ça,
05:03c'est que le cycle d'évapotranspiration, qui fait que l'eau s'évapore des sols et de la végétation,
05:08il retombe en pluie sur le territoire, ce cycle-là, il est perturbé.
05:11Il est perturbé par trois raisons qui sont, d'une part, le changement climatique,
05:15d'autre part, le changement dans l'usage des sols.
05:17Lorsqu'on détruit des tourbières, lorsqu'on détruit des forêts,
05:20on perturbe le cycle d'évapotranspiration et ça va avoir un impact sur le régime des pluies.
05:23Et la troisième cause, c'est une mauvaise gestion de la ressource en elle-même.
05:29Le vrai sujet, c'est pas tellement plus d'eau ou moins d'eau, le vrai sujet, c'est l
05:32'incertitude.
05:33C'est-à-dire que les régimes de pluie qui avaient tendance à être considérés comme stables, récurrents,
05:37aujourd'hui sont perturbés.
05:38Et donc, je ne sais pas demain si j'aurais autant d'eau que j'avais l'année dernière à
05:42la même époque.
05:43Je peux en avoir plus, je peux en avoir moins.
05:44Ça va dépendre des territoires.
05:47C'est cette incertitude auxquelles, maintenant, nous devons nous préparer.
05:51Et ça a des impacts sur les usages de l'eau, ça a des impacts sur les choix d'infrastructures,
05:55ça a des impacts sur le fonctionnement des infrastructures existantes.
06:01Est-ce que cette question de la qualité de l'eau, de l'inquiétude des consommateurs face à la qualité
06:06de leur eau,
06:07alors forcément, ça porte des solutions comme les vôtres,
06:11mais à quel point vous les avez vus grandir depuis une dizaine d'années ?
06:16On est en croissance constante, donc ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a clairement un intérêt du consommateur
06:23de s'intéresser aux alternatives écologiques.
06:28On est dans une niche aujourd'hui, puisque le marché est dominé par des procédés conventionnels chimiques.
06:36On s'aperçoit que les habitudes sur le marché aujourd'hui ont fait qu'il y a des réflexes,
06:42des automatismes par rapport au traitement d'eau qu'on cherche à changer.
06:47On cherche à dire aujourd'hui, il existe une solution différente, il existe des solutions plus durables,
06:52il existe des solutions plus douces pour traiter l'eau.
06:55Et donc, on accompagne aujourd'hui les clients avec lesquels on travaille dans cette transition
07:01pour passer à une transformation durable et en douceur.
07:07Vous avez, Xavier Leflève, contribué à la réalisation d'un rapport de l'Institut Terram
07:13sur la réutilisation des eaux usées.
07:16On en a assez souvent parlé dans cette émission.
07:19On sait que la France est très en retard.
07:20Est-ce qu'elle est en train de rattraper un peu ce retard ?
07:23Leur en retard, ça dépend en fait comment on se positionne.
07:28Si je pense aux pays du sud de l'Europe...
07:30Disons que ça n'a pas été une priorité jusqu'à maintenant et on comprend mieux aujourd'hui
07:34que la réutilisation des eaux usées est peut-être un élément de réponse
07:37dans des situations de rareté.
07:40Donc, il faut comprendre le concept.
07:42On collecte les eaux usées, on les traite.
07:44On les traite à un certain standard de qualité qui va répondre aux spécificités des usages
07:49pour lesquels ces eaux vont être réutilisées.
07:52Et donc, les technologies existent.
07:56Je pense que ce n'est vraiment pas un enjeu technique.
07:59Il peut y avoir des enjeux de financement, des enjeux de coûts, des enjeux d'acceptabilité sociale.
08:06Ce que montre cette étude de l'Institut Terram, c'est que l'opinion publique change.
08:11Je pense que nos compatriotes sont de plus en plus à l'aise avec cette solution.
08:17On fait confiance aux offreurs de technologies sur le fait que l'eau qui va être réutilisée,
08:22elle va être assez standard.
08:24Si on vous la propose, c'est qu'elle est utilisable, c'est ça ?
08:27Exactement, sachant qu'on ne réutilise pas cette eau pour des usages potables.
08:31On la réutilise pour laver des sols, laver la moirie ou pour des usages agricoles
08:34ou dans des processus industriels.
08:36Mais est-ce que ça suppose des coûts, des investissements en termes d'infrastructures ou pas forcément ?
08:42Ça suppose des investissements parce qu'il faut être capable de traiter l'eau à ces nouveaux standards.
08:47Donc ça peut amener à un renforcement des capacités de traitement, donc à un coût.
08:52C'est une eau chère, c'est une eau qui sera plus chère que la collecte des eaux pluviales.
08:58Et c'est un des axes sur lesquels il faut continuer à réfléchir, à travailler.
09:01Quel est le modèle économique de cette eau ?
09:04Une eau chère, a priori, on devrait être destinée à des usages à forte valeur ajoutée.
09:11Si on veut réutiliser cette eau, par exemple, sur des usages agricoles,
09:14ça a plus de sens si c'est pour irriguer des plantes type maraîchère, etc.,
09:19ou de la vigne, enfin des plantes à forte valeur ajoutée.
09:21Vous disiez qu'on est en retard, alors on est peut-être en retard en termes de taux
09:25sur nos voisins espagnols.
09:26Et l'exemple de l'Espagne qui réutilise de ces eaux traitées ou du dessalement,
09:35qui est une technologie similaire, pour irriguer des tomates à faible valeur ajoutée,
09:40économiquement ça n'a pas de sens.
09:42Donc de ce point de vue-là, j'espère que les progrès ou les développements
09:47qu'on verra en France seront plus pertinents d'un point de vue économique.
09:49Les solutions que vous proposez, Cyril Guérard,
09:54elles sont adaptées aux particuliers et aux entreprises ?
09:58Vous avez beaucoup de clients industriels ou de grosses entreprises ?
10:01Alors, à l'origine, l'entreprise a commencé dans l'industrie,
10:05pour des papeteries, par exemple.
10:08Aujourd'hui, on peut servir aussi bien des communes sur des châteaux d'eau
10:12que des ministères.
10:14On a équipé récemment pas mal de ministères.
10:16Donc il y a vraiment une conscience qui commence à s'instaurer
10:21pour comprendre qu'aujourd'hui, l'eau doit être traitée différemment.
10:24Et aujourd'hui, on n'a pas d'autre choix que de démontrer par des pilotes
10:28comment ça fonctionne, que ça fonctionne surtout,
10:31parce que si on est dans une démarche de niche,
10:34forcément, c'est le résultat qui compte.
10:38Donc aujourd'hui, on passe par le processus d'identifier des sites à problème,
10:43de mettre en place le dispositif et de démontrer que, sur le long terme,
10:47la solution qu'on met en place est la plus durable.
10:49Pour une entreprise, c'est quel type d'installation ?
10:52Alors, en général, c'est une installation qui se fait directement
10:55à l'arrivée d'eau froide.
10:56En fonction des diamètres, on va mesurer les débits instantanés.
11:00Et on a toute une gamme de diamètres 500 jusqu'au diamètre 15,
11:04qui peuvent aujourd'hui protéger les installations.
11:08Donc, en fait, c'est un seul dispositif indépendant et passif
11:12qui est placé et qui permet donc d'avoir une consistance de cacaire
11:15qui devient entretenable.
11:17Est-ce que c'est un secteur où on innove en permanence,
11:21Xavier Leflève ?
11:22Parce qu'en vous écoutant, je me dis que ce n'est pas le thème de notre débat,
11:25mais je pense aux Peulements éternels, aux PIFAS
11:27qui commencent à vraiment faire irruption dans le débat public.
11:32À quel point il faut trouver de nouvelles solutions ?
11:35Vous posiez tout à l'heure la question de la qualité
11:38et de la perception qu'on en a.
11:40Un des enjeux, c'est que nos capacités d'analyse
11:43de la qualité de notre eau s'améliorent.
11:45Donc, plus on regarde ce qui se passe dans l'eau,
11:47plus on va trouver des substances dont on ne savait pas
11:49qu'elles étaient là,
11:51ou on ne savait pas quel risque était généré par ces substances.
11:56Donc, au fur et à mesure que nos capacités d'analyse s'améliorent,
12:00ça crée une demande pour de nouvelles solutions.
12:03Alors, il y a évidemment des solutions technologiques,
12:05et moi je suis fasciné par voir,
12:07il y a vraiment un bourgeonnement d'innovation en France,
12:10mais dans le reste du monde aussi.
12:12Il y a un certain nombre de pays qui sont très en pointe sur ces questions-là.
12:16Donc, de ce point de vue-là, je suis assez confiant
12:18sur la capacité de l'innovation à répondre à ces questions.
12:25Mais la technologie ne fait pas tout.
12:27Il y a un énorme travail,
12:28enfin, il y a des solutions complémentaires à prendre en compte,
12:32par exemple, réduction des pollutions à la source.
12:35La solution que vous proposez, de ce point de vue-là,
12:36me paraît très intéressante,
12:37parce que comme vous utilisez moins de produits chimiques,
12:39en l'occurrence pas de produits chimiques,
12:40on récupère moins de pollution chimique à la sortie des tuyaux.
12:44C'est typiquement un cas de réduction à la source,
12:46donc on aura moins besoin de traiter les eaux usées
12:50qui seront passées par ces systèmes.
12:53Donc, réduction à la source,
12:56solutions fondées sur la nature.
12:57Il n'y a pas que les solutions technologiques.
13:01Et c'est important que les décideurs,
13:03que ce soit des opérateurs d'eau ou des collectivités locales,
13:07aient en tête l'ensemble de cette palette de solutions.
13:11Merci beaucoup à tous les deux
13:13et à bientôt sur Be Smart for Change.
13:15C'est l'heure du grand entretien de ce Smart Impact
13:18avec le directeur de Digital Campus Paris.
13:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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