00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Et c'est Dominique Carlac qui est avec nous, vice-présidente d'Abji France.
00:07Dominique, on a cette question évidemment face à la hausse des carburants.
00:10Comment faut-il aider ? Est-ce qu'il faut faire plus ?
00:13On était ce matin avec la FNSEA qui dit qu'on a eu 4 centimes sur le litre.
00:17On a pris quasiment 40 centimes depuis le début de la crise.
00:22Ce n'est pas assez, ce sont des miettes.
00:23Ils disent même que c'est du foutage de gueule.
00:24Donc on est quand même très clair dans le discours.
00:27Mais est-ce qu'on peut subventionner l'essence comme ça jusqu'où ?
00:29Parce que ça ne va pas s'arrêter.
00:30En fait, il faut mesurer l'impact de la crise.
00:32D'abord, il faut se dire, on parle de quoi ?
00:34En fait, les conséquences de la crise au Moyen-Orient,
00:37elles ne sont pas théoriques, elles sont très concrètes
00:38sur un certain nombre de secteurs qui ont besoin tout simplement de mobilité.
00:43Donc la propagation, elle est possible à tous les secteurs de l'industrie.
00:47Pourquoi ? Parce qu'en fait, cette crise, elle a plusieurs impacts.
00:50Non seulement ça augmente le coût du fret,
00:52ça augmente les taux d'intérêt en ce moment,
00:54ça augmente le coût des certaines matières premières.
00:57Et donc tout ça, c'est une approche théorique de la macroéconomie.
01:00Mais concrètement, dans les entreprises, qu'est-ce qui se passe ?
01:03On commence à voir l'impact de ces hausses sur, par exemple, la trésorerie.
01:08Et donc une petite entreprise en particulier,
01:10elle ne vit que si elle a de la trésorerie.
01:12Ça commence à avoir des conséquences concrètes dans l'industrie
01:15sur les approvisionnements.
01:16C'est-à-dire qu'une entreprise, elle tourne.
01:18Si elle peut livrer, si elle ne peut pas fabriquer
01:20parce qu'elle n'est pas approvisionnée, elle ne tourne plus.
01:22Et donc du coup, c'est des choses très concrètes.
01:24Par exemple, dans le bâtiment,
01:25quand vous ne pouvez plus vous approvisionner
01:27en matériaux de construction, c'est un peu embêtant.
01:30Quand vous ne pouvez plus vous fournir en aluminium,
01:34par exemple dans la métallurgie,
01:35c'est un petit peu et même beaucoup embêtant.
01:37Et donc il faut avoir vraiment conscience
01:39qu'il y a des professions qui souffrent énormément.
01:41Et les professions auxquelles on ne pense pas toujours.
01:43Par exemple, les infirmières et le soin à la personne,
01:47c'est difficile en ce moment
01:48parce que tout simplement, ces professionnels-là,
01:49il faut qu'ils prennent leur voiture
01:51pour pouvoir exercer leur métier.
01:52Mais le roi est nu.
01:54Le roi est nu, nous a dit Patrick Martin la semaine dernière.
01:57C'est-à-dire que aider, aider, mais avec quel argent ?
02:00C'est pour ça que le principe, c'est un peu de se dire
02:02il faut des aides ciblées et des aides temporaires.
02:06Il faut des aides ciblées.
02:07Parce que pourquoi Patrick Martin dit ça
02:09et pourquoi l'ensemble des représentants,
02:11des employeurs dit ça ?
02:12C'est parce qu'on sait très bien
02:13que les caisses de l'État sont un peu vides
02:15et que c'est la crise budgétaire
02:16et que de toute façon, on ne peut pas aider tout le monde.
02:18On ne peut plus faire ce qu'on a fait,
02:20ce qu'on a connu pendant la crise du Covid.
02:22Donc du coup, ça veut dire
02:23il faut cibler ceux qui sont le plus touchés,
02:26il faut cibler ceux sur quoi ça pèse le plus,
02:29c'est-à-dire principalement le carburant,
02:31et il faut que ça soit temporaire.
02:33Pourquoi on dit le carburant ?
02:34En fait, quand on regarde ce qui se passe à l'étranger
02:37et notamment en Europe,
02:38on ne peut pas dire que les entreprises françaises
02:40souffrent moins que les entreprises espagnoles,
02:43allemandes, italiennes.
02:44Donc il faut avoir des mesures ciblées
02:46et les principales mesures ciblées,
02:47c'est que les entreprises petites ou moyennes
02:51et mono, je dirais,
02:53notamment dans les professions libérales,
02:56puissent continuer à exercer leur métier
02:57en se déplaçant.
02:58Et donc c'est ça qu'on dit,
02:59il faut que ça soit ciblé
03:00parce qu'effectivement,
03:02les caisses de l'État sont quand même assez...
03:03Mais alors temporaire, ça peut durer très longtemps,
03:06le Brent au-dessus des 110 ?
03:08En fait, il faut mettre en perspective
03:09les risques des défaillances qu'on a en face de nous.
03:11La sinistralité, on la verra après.
03:14En fait, ça va infuser doucement.
03:17On voit que quand on commence à avoir
03:18des problèmes de trésorerie,
03:19on ne peut plus payer ses fournisseurs.
03:21Et puis à un moment donné,
03:22on est obligé de procéder à du chômage partiel.
03:24Et donc on sait ce que ça veut dire.
03:25Mais ça infuse doucement la sinistralité.
03:28Par contre, il y a déjà des calculs qui sont faits.
03:30On sait que la BPCE a fait un calcul en disant
03:33potentiellement, c'est 65 000 défaillances d'entreprises
03:36qui peuvent arriver.
03:3865 000 défaillances, ça veut dire pas simple,
03:4165 000 emplois, ça veut dire bien plus.
03:43Donc c'est ça qu'il faut anticiper,
03:45c'est de se dire qu'il faut des aides
03:47qui soient ciblées par ce qu'on a en face de nous
03:50un mur de 65 000 défaillances d'entreprises.
03:53Mais il faut aider la transition
03:55parce que là, on ne va pas pouvoir sponsoriser le pétrole
03:59chez toutes les entreprises qui en ont besoin,
04:01tous les agriculteurs, tous les routiers,
04:02toutes les infirmières.
04:04Enfin, pensez quand même à une chose.
04:07Sur le transport routier, la colère monte vraiment
04:10parce que là, ils le voient tout le temps,
04:11tout le temps, tout le temps.
04:12Le transport routier est très en colère.
04:14Donc il faut se souvenir d'une chose.
04:16Quand les Gilets jaunes ont démarré,
04:18on était au prix de l'essence à 1,50 euro.
04:20Donc il faut avoir conscience que, oui,
04:23il faut être raisonnable et ne pas arroser les aides
04:27sans discernement pour tout le monde
04:29parce que tout le monde n'est pas touché à la même enseigne.
04:32Mais en revanche, il y a des professions
04:34qui sont très durement touchées.
04:35Et la colère monte parce que ça ne va pas toucher
04:37que les chefs d'entreprise.
04:38Ça va toucher les salariés qui sont dans ces entreprises.
04:40Et le camionneur, celui qui conduit son camion,
04:44il le sait très bien.
04:44Mais Roland Lescure, le ministre de l'Économie,
04:46disait hier qu'il faut quand même que chacun
04:48prenne sa part et qu'on partage la facture.
04:51C'est-à-dire avec les fournisseurs,
04:53avec les clients.
04:54Dans le transport routier, il y a ça.
04:56Vous transmettez à vos clients une partie
04:57de la facture de l'énergie.
04:59Vous avez raison de dire que c'est en chaîne.
05:01D'abord, ce qui est bien, c'est que tous les jours,
05:03on parle avec Roland Lescure.
05:05Donc ça, c'est quand même bien d'avoir...
05:06On a un vrai baromètre.
05:07On n'est pas dans la théorie.
05:08On est dans la remontée terrain
05:09qui est absorbée tous les jours.
05:11Et c'est vrai que vous avez raison de dire
05:12que c'est une chaîne.
05:12Et c'est une chaîne qui va jusqu'aux consommateurs.
05:14Et là, souvenez-vous,
05:16quand on a eu vraiment cette crise énergétique
05:18après le déclenchement de la guerre en Ukraine,
05:21il faut en appeler à la sobriété,
05:22à la sombriété du consommateur aussi.
05:25Moi, j'ai été frappé ce matin,
05:26quand je suis venu chez vous,
05:27de voir encore le nombre de voitures
05:28avec une seule personne dedans.
05:30Vous mettez systématiquement deux personnes
05:33dans une voiture,
05:34vous avez deux fois moins de dépenses énergétiques.
05:36Vous voyez ?
05:37Mais vous êtes pour ce type de mesures
05:38parce que ça monte.
05:40Ça, c'est encore du volontariat.
05:42Voilà, je pense qu'il faut prendre conscience
05:44que collectivement,
05:45on doit tous être responsables.
05:46Rappelez-vous, dans les années 70,
05:48moi, je suis une enfant des années 70,
05:49en France, on n'a pas d'idées,
05:51on n'a pas de pétrole,
05:52mais on a des idées.
05:52Je pense que les idées, là,
05:54elles portent à la fois sur, un,
05:55cette responsabilité collective,
05:56qu'on doit faire tous un petit effort,
05:58y compris les entreprises.
05:59Il ne faut pas que les entreprises
06:00réclament de l'argent
06:01dont elles n'ont pas besoin.
06:03Il faut simplement dire à celles
06:04qui en ont vraiment le plus besoin,
06:06sur lesquelles il y a charge d'âme
06:07et charge de salaire,
06:08parce que c'est les salaires
06:10qu'elles auront du mal à payer ensuite.
06:11Celles-ci, ce n'est pas qu'elles méritent,
06:13c'est qu'elles ont besoin.
06:14Il n'y a pas une question
06:15de méritocratie des aides.
06:16Il y a une question de besoin
06:18pour ne pas mettre la clé sous la porte,
06:19plus cette responsabilité de tous,
06:21y compris nous, les consommateurs.
06:23Merci beaucoup, Dominique Arlac,
06:24d'être venu ce matin.
06:25Merci.
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