00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Et c'est Dominique Kallak qui nous accompagne, vice-présidente d'Abji en France, en charge des relations institutionnelles, du développement.
00:08On va parler des retards de paiement, gros problème pour les entreprises aujourd'hui Dominique.
00:13Mais on vient d'avoir les chiffres du chômage, ces chiffres 7,9% à la fin 2024.
00:18Il a grimpé de 0,2 points au quatrième trimestre.
00:20Et ce qu'on voit, c'est que le chômage des jeunes a dépassé les 21%, on est à 21,5%.
00:25Sur les jeunes, la situation est dramatique.
00:28C'est dramatique et ce n'est pas tous les jeunes.
00:30Et c'est dramatique parce que la France est singulière.
00:33C'est-à-dire que le chômage des jeunes, il est quand même assez élevé partout en Europe.
00:37Mais en France, il est encore plus élevé.
00:39Et en fait, ceux qui sont le plus touchés, c'est ceux qui n'ont rien.
00:41C'est-à-dire ceux qui n'ont pas de diplôme, ceux qui sont les décrocheurs,
00:44ceux qui n'arrivent pas à attraper un CDI parce qu'en fait, il y a toujours quelqu'un qui a un diplôme,
00:48qui vient pour avoir la place et qui l'a plus facilement.
00:52Et un jeune qui est décrocheur et qui n'a pas de diplôme, il met trois ans à avoir un CDI.
00:55Et donc du coup, c'est une catastrophe parce que d'abord, c'est un coût pour le jeune
01:00parce qu'il n'arrive pas à s'insérer.
01:01Donc c'est un coût social aussi parce que cette insertion, il faut bien la supporter collectivement.
01:06Donc c'est une vraie catastrophe.
01:07Et il y a le deuxième étage de la fusée qui va arriver,
01:10qui est que les jeunes un petit peu diplômés,
01:13notamment dans les métiers du chiffre et de la loi,
01:15ce qu'on appelle les métiers de comptable, les métiers de carrière juridique,
01:21il y a beaucoup de choses qui, quand elles sont répétables,
01:23beaucoup de tâches, quand elles sont répétables, peuvent être remplacées par l'IA.
01:28Et donc, ça veut dire quoi dans les deux cas ?
01:30Que vous ne soyez pas du tout déplômés et décrocheurs
01:32ou que vous soyez un petit peu diplômés dans ces métiers du chiffre et de la loi,
01:36ça veut dire qu'il faut faire un effort massif de formation.
01:40Et la formation, ça peut être la formation initiale adaptée aux nouveaux métiers,
01:44aux nouvelles technologies,
01:45mais ça peut aussi la formation en entreprise,
01:48où en fait, il y a un contrat qui se fait entre une entreprise et un jeune
01:52pour se dire, je te forme, en échange de quoi ?
01:55Eh bien, tu as une certaine durée garantie dans mon entreprise.
01:59D'où l'idée du CDI jeune.
02:01C'est un peu ce matin, qui a une idée mieux ?
02:02J'aime bien le fait que vous disiez que ça soit une idée plutôt qu'une proposition,
02:08parce qu'en fait, ça renvoie maintenant à la nécessité du dialogue
02:12entre les parties prenantes de tout ça,
02:13qui sont les responsables du monde du travail,
02:15c'est-à-dire les employeurs et les syndicats salariés,
02:18qui font les mêmes constats.
02:20Il n'y a pas de désaccord sur les constats
02:23que le chômage massif des jeunes,
02:26on ne peut pas s'en contenter,
02:27ni quand on est représentant d'une organisation d'employeurs,
02:30ni quand on est représentant d'une organisation syndicale de salariés.
02:33Donc, on est tous d'accord sur les constats.
02:35Maintenant, il faut qu'on jette des idées.
02:37C'est notre responsabilité.
02:39Vous le savez, je vous le disais la semaine dernière,
02:41le chômage, l'emploi ont complètement disparu du discours des politiques
02:47depuis un an et demi.
02:49Il y a une responsabilité qu'on doit porter collectivement,
02:51les représentants des employés et des salariés,
02:54des salariés et des employeurs,
02:55c'est faire des propositions, en démarche.
02:58On peut ne pas être d'accord,
02:59mais il faut qu'on trouve des solutions ensemble.
03:01Autre sujet important, notamment pour les PME,
03:04ce sont les questions des délais de paiement.
03:06Bercy tente de nouvelles formules avec un arsenal juridique un peu plus durci,
03:12des sanctions, le fait qu'on arrête de ne plus payer
03:15quand il y a eu un délai de paiement en plus.
03:18C'est bien pour vous ?
03:19Et ça, c'est la vraie vie des entreprises ?
03:21Oui, c'est bien.
03:21Quand j'ai préparé le sujet ce matin,
03:24je suis allé regarder ce qui se disait dans les années
03:26sur ces fameux délais paiement.
03:27Parce que quand vous êtes dirigeant d'entreprise,
03:28ce qui est mon cas depuis une trentaine d'années,
03:31effectivement, vous savez que la santé de votre entreprise,
03:33c'est la position bancaire.
03:35Tous les matins que vous regardez sur votre compte d'entreprise,
03:38sur vos différents comptes d'entreprise,
03:40pour savoir qu'est-ce qu'il y a dans la boîte à sucre,
03:42est-ce que je pourrais assumer mes responsabilités
03:44de payer mes salaires, payer mes achats, etc.
03:47Et donc, en 1978, il y a presque 50 ans,
03:50Raymond Barre disait la chose suivante,
03:51cette forme anormale de crédit,
03:54qui sont les délais de paiement anormales,
03:56car elle pénalise l'industrie, réduit les risques des banques
03:59et contrarie la politique économique du gouvernement.
04:0250 ans plus tard, on dit la même chose,
04:04j'ai interrogé Chad J.P.T. ensuite,
04:06après avoir été voir ce que disait Raymond Barre en 1978,
04:09et Chad J.P.T. nous dit la chose suivante,
04:11en février 2026,
04:12les délais de paiement des entreprises en France
04:14s'allongent progressivement.
04:16En 23, ils atteignent en moyenne 12 jours de plus
04:19que ce qui était prévu,
04:20en 24, 13 jours,
04:21et en 25, 14 jours.
04:24Donc, tous les ans, on prend un jour de plus.
04:26Tout ça représente 15 milliards de crédits inter-entreprises,
04:32et il y a des secteurs qui sont plus particulièrement touchés
04:35et qui n'en ont pas besoin.
04:36Le textile est particulièrement touché,
04:38l'immobilier est particulièrement touché,
04:40comme si ces deux secteurs n'étaient pas suffisamment en difficulté
04:43pour qu'en plus, on leur mette une deuxième fois la tête sous l'eau.
04:47Alors, la faute à qui ?
04:48On a regardé.
04:49On a regardé la faute à qui ?
04:51Donc, il y a...
04:52En fait, ce n'est pas évident,
04:54ce n'est pas la peine d'aller taper que sur les grandes entreprises
04:58ou sur l'État.
04:59En fait, c'est la faute un peu à tout le monde.
05:02C'est-à-dire qu'on a pris des mauvaises habitudes
05:03de se dire, sur le dos de mes fournisseurs,
05:06je les fais jouer la banque.
05:08C'est-à-dire que c'est eux...
05:09Je vais un peu tirer tout le temps.
05:11Et donc, il y a certes l'État,
05:13qui parfois est un mauvais payeur,
05:14mais mauvais payeur dans les délais,
05:15mais qui finit toujours par payer.
05:17Donc, malgré tout, il faut gérer bien son entreprise,
05:20mais il finit toujours par payer.
05:21De même que les grandes entreprises,
05:23elles finissent toujours par payer.
05:24C'est dur, mais elles finissent par payer.
05:26Ce qui est un peu moins facile à appréhender,
05:29c'est les plus petites entreprises
05:31ou certains qui sont plus en France,
05:38qui sont...
05:38On n'arrive pas à les attraper.
05:40Et sur des petites sommes.
05:40Et quand vous discutez de ça
05:41avec la médiation inter-entreprise,
05:43c'est-à-dire un médiateur
05:44qui vous évite d'aller voir l'avocat,
05:46qui vous évite de faire un procès.
05:47Parce que ce que vous avez à récupérer,
05:49c'est 6 000 euros, 10 000 euros, 20 000 euros.
05:51Ce n'est pas des grosses sommes.
05:52Donc, si vous mettez un avocat là-dessus,
05:54évidemment, ça va vous coûter autant.
05:55Donc, on va voir la médiation inter-entreprise.
05:57Et que vous dit la médiation inter-entreprise ?
05:59En fait, il y a un système qui est organisé
06:01que sur des petites sommes,
06:03les entreprises vont s'épuiser
06:04à aller ramasser des petites sommes.
06:06Et donc, ça, c'est un angle mort
06:09que personne ne traite.
06:11Mais ça, c'est la mafia ?
06:13Ce n'est pas la mafia.
06:13C'est-à-dire que c'est criminel ?
06:15Non, ce n'est pas la mafia.
06:16C'est on traîne, on traîne.
06:18Et puis, à un moment donné, de guerre lasse.
06:20Le problème, c'est que de guerre lasse,
06:22ça peut avoir des conséquences très négatives.
06:24Vous savez que cette année,
06:25on a un record de défaillance d'entreprise,
06:29entre 65 000 et 70 000.
06:31On sait que les retards de paiement
06:33augmentent de 25 %
06:35les risques de défaillance d'entreprise,
06:36les retards, d'accord ?
06:38Et quand ils dépassent 60 jours,
06:40ils augmentent de 40 %
06:42les défaillances d'entreprise.
06:43Donc, soyons raisonnables.
06:45Toutes entreprises confondues,
06:47les très grandes finiront par non payer.
06:49Donc, on va essayer d'accélérer les cycles.
06:52L'État finira par non payer.
06:53Mais toutes les entreprises,
06:54entre elles, doivent jouer le jeu.
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