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  • il y a 40 minutes
Ce mardi 31 mars, la question de la régulation de la distribution de l’essence afin d’éviter une hausse des prix, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le chiffre aujourd'hui c'est Jean-Marc Daniel et cette question un peu explosive.
00:03Et si on rationnait l'essence, si on ne peut pas augmenter l'or, si on ne peut pas laisser
00:08les prix faire leur travail,
00:09qu'est-ce qu'il reste ? Faire baisser la demande.
00:11Vous êtes pour ou vous êtes contre faire en sorte qu'on va à la pompe ?
00:14Si vous êtes infirmière, vous avez le droit à une essence à tel prix et puis une telle quantité.
00:18Si c'est pour partir en week-end, c'est non.
00:21Ça vous dit un système comme ça Emmanuel ou vous sentez le problème venir ?
00:24Je suis farouchement favorable au rationnement.
00:28Le carburant, parce qu'il faut le redire, on en a déjà discuté ici,
00:31le carburant, encore une fois, ça n'est pas un produit comme les autres.
00:35C'est un bien vital pour l'économie, la demande est rigide et il n'y a pas d'alternative.
00:41N'importe quel consommateur, quand il est confronté à une augmentation des prix quand il est dans un supermarché,
00:45s'il y a un produit qui est plus rare dont les prix augmentent, il a une alternative.
00:49Je veux dire, si les prix du bœuf flambent, vous vous rabattez sur le poulet ou sur le jambon.
00:55Là, vous êtes complètement dépendant comme consommateur.
00:58Le prix, en ce qui concerne les carburants, ne régule pas, il exclut tout simplement.
01:04C'est-à-dire que si vous laissez monter les prix, en gros, vous appauvrissez ceux qui n'ont pas
01:09le choix.
01:10En gros, le riche, il fera toujours le plein et le pauvre, il arrêtera d'aller bosser parce qu'il
01:14n'aura plus les moyens.
01:15Donc, le marché, en l'occurrence, distribue selon la richesse et pas selon les besoins, ça n'est pas admissible.
01:23En plus, il y a un argument stratégique.
01:25C'est un bien qui est fondamental au fonctionnement de l'économie.
01:30Donc, il faut distribuer le carburant selon les besoins et pas selon le revenu.
01:35C'est pour ça que, moi, je suis favorable à ce rationnement.
01:39Quand vous avez besoin de carburant pour livrer les hôpitaux, pour livrer tout ce qui est important aux travailleurs essentiels,
01:47vous avez cité les infirmières, etc.
01:49Donc, avec un rationnement qui peut s'avérer intelligent parce qu'on a quand même des outils maintenant pour rationner
01:54qui sont plus intelligents,
01:55on garantit les usages prioritaires et on évite le chaos économique.
02:00Donc, encore une fois, le marché ne peut pas tout.
02:02Pour le week-end de Pâques, vous arrivez avec votre voiture, vous dites « je veux partir avec mes enfants
02:05», vous dites « bon, écoutez, vous passez derrière ».
02:08Alors, déjà, moi, ce qui me paraît fondamental, c'est qu'il faut qu'il y ait un risque de
02:13pénurie.
02:14Ce n'est pas le cas en France aujourd'hui.
02:16Alors, si, si, si, sur le gazole, il y a clairement…
02:18Non, non, non, sur le gazole, on ne va pas se mentir.
02:21Arrêtez, à chaque fois qu'il y a une crise énergétique, ça commence toujours par nous dire « mais ne
02:26vous inquiétez pas, il n'y a pas de pénurie ».
02:28Il ne faut pas s'affoler s'il y a des pénuries en 2022-2023.
02:29Parce que les gens font des stocks pour l'instant.
02:31Oui, mais ça, c'est des conneries.
02:32Ah bon ?
02:32C'est des conneries, je veux dire, parce que vous pensez qu'en disant qu'il n'y a pas
02:35de pénurie,
02:36mais vous ne comprenez pas que les gens, aujourd'hui, dès qu'on leur dit « il n'y a
02:38pas de pénurie », le truc qu'ils entendent, mais il y a une pénurie…
02:40Oui, mais on peut créer de la pénurie tout seul, je veux dire.
02:42Non, non, non, non, ça ne marche pas, ça.
02:45Jean-Marc ?
02:46Oui, ce que je trouve intéressant dans ce que vient de dire Emmanuel, c'est que je l'ai entendu
02:49sur ce plateau dire que fondamentalement,
02:51comme la plupart des économistes, il est favorable à la taxe carbone,
02:54c'est-à-dire à l'augmentation du prix de l'essence pour essayer de réguler l'économie.
02:58Et il nous dit « il ne faut surtout pas augmenter le prix de l'essence ».
03:01Alors, je pense qu'effectivement, l'idée d'aller vers un rationnement, vers une organisation qui soit une organisation contraignante,
03:08est une idée qui a fait ses preuves sur le plan historique, c'est-à-dire elle a fait les
03:11preuves de son échec.
03:13Je rappelle quand même que les économies qui ont vécu sur le rationnement,
03:17les économies d'Europe de l'Est à l'époque du communisme,
03:19où il y avait effectivement un rationnement, où il y avait des magasins qui étaient réservés à une partie de
03:24la population,
03:25sur des bases qui n'étaient pas uniquement des bases économiques.
03:27Si on avait la carte du parti, on pouvait accéder à ces magasins.
03:30Toutes ces opérations ont généré du marché noir.
03:33La dernière fois qu'on a fait du rationnement dans ce pays sur l'essence, c'était en 1956.
03:37La formule d'ailleurs du président du conseil de l'époque, Guy Bollet,
03:41ça avait été de dire, à partir du 7 novembre, on va faire un appel au civisme de la population,
03:46on va leur demander de réduire leur consommation, notamment d'essence.
03:49A l'époque, il y a 20% des ménages sur une automobile, ce qui n'est pas le cas
03:52aujourd'hui.
03:53Aujourd'hui, pratiquement tout le monde a une automobile.
03:55Et donc le 29 novembre, il dit, bon, le civisme ça ne marche pas, donc je vais faire appel au
03:58cynisme.
03:59Et donc je vais augmenter les prix et mettre des tickets de rationnement.
04:02On a arrêté en juillet 1957, non pas parce que le problème était globalement résolu,
04:07mais parce qu'il s'était mis en place, un marché noir absolument incroyable.
04:10Et donc toute une partie de l'administration était obligée de poursuivre et de pourchasser
04:14les gens qui mettaient en avant la gentille infirmière, qui est totalement honnête,
04:20mais parmi les gentilles infirmières, il y a aussi quelques brebis galeuses.
04:24Il y en a quelques-unes qui seraient susceptibles d'utiliser leur bon rationnement.
04:28Et puis il y avait des impressions de faux tickets de rationnement qui s'étaient mis en place.
04:32Donc quand vous mettez en place un mécanisme d'économie de guerre, de rationnement,
04:35vous générez des comportements de marché noir, de contournement systématique, d'illégalité.
04:42Or on n'est pas dans une situation, encore une fois, qui justifie une telle mesure.
04:48C'est-à-dire que la pénurie n'est pas généralisée.
04:50Je ne sais pas d'où Emmanuel qui a eu son information.
04:54Moi je ne sais pas ce qu'il y a pénurie.
04:55Non mais il y a des stations qui sont à sec.
04:56Il y a 300 stations d'essence en France.
04:57Oui mais parce que Total Energy a fait des prix bloqués et que les gens,
05:02comme on est le 31 mars et qu'ils ont dit que c'était jusqu'au 31 mars, là les
05:05gens stockent.
05:05Mais attendez, vous voyez bien que quand vous importez la moitié de votre gazole de l'étranger,
05:10que vous êtes dépendant des livraisons qui sont aujourd'hui extrêmement perturbées,
05:14le risque qu'on manque de gazole, ce qui encore une fois n'est pas le cas pour le carburant
05:18sans plomb,
05:18il est réel.
05:19Il est réel.
05:20Bon, enfin, moi je suis incapable de trancher là-dessus.
05:23La seule chose que je peux dire c'est qu'effectivement le rationnement ce n'est pas une sauture.
05:26Est-ce qu'il y a d'autres solutions ?
05:28Quand on regarde Blablacar, c'est une solution et Blablacar correspond à une...
05:33Le covoiturage.
05:33Le covoiturage.
05:34Je ne vais pas faire de la pluie pour une plateforme en particulier,
05:37mais c'est probablement la plus connue.
05:39Et on s'aperçoit que par exemple, dans la période fast,
05:43il y avait environ 50 000 trajets qui étaient, c'est ce que dit Blablacar,
05:47qui étaient faits.
05:48Là maintenant on est à 70 000 trajets.
05:50C'est-à-dire que la population réagit.
05:51Il y a d'autres sites qui sont spécialisés dans le covoiturage,
05:54c'est le covoiturage professionnel,
05:56et dont l'activité a été augmentée de 50%.
05:59Donc il y a une capacité de la population à réagir.
06:02Donc vous dites qu'on n'est pas captif, comme le dit Emmanuel,
06:04qui dit qu'on ne peut rien faire face à la crise.
06:06Et le troisième élément sur lequel je reviendrai quand même,
06:08ce qui est important,
06:09hier on a donné, Raphaël Lejean en parlait tout à l'heure je crois,
06:12le prix du meilleur jeune économiste à quelqu'un...
06:14Il y a des mesures radicales.
06:16Il y a des mesures encore plus vives.
06:17Sur la taxe carbone.
06:18Sur la taxe carbone.
06:19Et voilà, j'ai été dépassé sur,
06:22je ne sais pas si c'est ma gauche ou ma droite,
06:24sur le prix de l'essence.
06:25Jean-Marc, vos petits calculs d'économistes
06:27qui font des modèles à longueur de journée,
06:29c'est bien beau, mais ça n'apporte pas de réponse politique.
06:31Oui mais Jean-Marc n'est pas seul, c'est ça qu'il veut dire.
06:32Désormais il a le...
06:33C'est pour ça que personne n'écoute les économistes.
06:36Il y a une prise de conscience de la gravité de la situation sur le plan
06:40du rapport au pétrole qui fait qu'effectivement,
06:43il faut utiliser la situation actuelle,
06:45non pas pour agiter la menace de la pénurie,
06:47mais pour dire, il faut réfléchir au rôle du pétrole
06:50dans notre vie quotidienne.
06:51Je rappelle la citation latine du jour,
06:53qu'avait Neil Vino, ça veut dire en latin,
06:56réfléchir à ton stock de vin.
06:58C'est-à-dire le vin est vécu à l'époque par les Romains
07:00comme un élément essentiel,
07:01il faut en permanence que tu anticipes,
07:03que tu réagisses, que tu gères la récolte
07:05pour faire en sorte que la situation sur le stock de vin
07:08ne se traduise pas par les pénuries.
07:09Adrien Bilas sera notre invité demain à 7h45.
07:12Je vous laisse 30 secondes,
07:13sauf si c'est pour dire du mal des économistes.
07:14Non, sauf que le pétrole, je veux dire,
07:16on n'en plante pas tous les ans
07:17et on n'en récolte pas tous les ans.
07:19Deux points.
07:19On trouve des champs de prolifère régulièrement.
07:22Jean-Marc, le coût d'éthiquette, le rationnement,
07:24c'est bon, on n'est plus dans les années 50
07:26et on a des moyens ultra modernes aujourd'hui
07:29avec le digital pour essayer de contrôler un petit peu.
07:31Les attestations de sortistes il n'y a pas si longtemps.
07:33Non mais d'accord, mais ce que je veux dire,
07:34c'est qu'aujourd'hui, une infirmière,
07:35on peut contrôler la quantité totale qu'elle achète
07:37et globalement, on est quand même capable de faire.
07:40Et puis, je suis désolé, encore une fois,
07:41les priorités de long terme qu'évoque Jean-Marc,
07:43c'est très bien, l'adaptation, le changement,
07:45les changements de comportement.
07:46Mais là, on a une urgence
07:47et les urgences chassent les priorités.
07:50Et c'est toujours en voulant considérer
07:52qu'il n'y a pas d'urgence
07:52et qu'il faut s'adapter aux priorités
07:54qu'on va tuer finalement, au final, les priorités.
07:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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