00:00Le chiffre aujourd'hui c'est Jean-Marc Daniel et cette question un peu explosive.
00:03Et si on rationnait l'essence, si on ne peut pas augmenter l'or, si on ne peut pas laisser
00:08les prix faire leur travail,
00:09qu'est-ce qu'il reste ? Faire baisser la demande.
00:11Vous êtes pour ou vous êtes contre faire en sorte qu'on va à la pompe ?
00:14Si vous êtes infirmière, vous avez le droit à une essence à tel prix et puis une telle quantité.
00:18Si c'est pour partir en week-end, c'est non.
00:21Ça vous dit un système comme ça Emmanuel ou vous sentez le problème venir ?
00:24Je suis farouchement favorable au rationnement.
00:28Le carburant, parce qu'il faut le redire, on en a déjà discuté ici,
00:31le carburant, encore une fois, ça n'est pas un produit comme les autres.
00:35C'est un bien vital pour l'économie, la demande est rigide et il n'y a pas d'alternative.
00:41N'importe quel consommateur, quand il est confronté à une augmentation des prix quand il est dans un supermarché,
00:45s'il y a un produit qui est plus rare dont les prix augmentent, il a une alternative.
00:49Je veux dire, si les prix du bœuf flambent, vous vous rabattez sur le poulet ou sur le jambon.
00:55Là, vous êtes complètement dépendant comme consommateur.
00:58Le prix, en ce qui concerne les carburants, ne régule pas, il exclut tout simplement.
01:04C'est-à-dire que si vous laissez monter les prix, en gros, vous appauvrissez ceux qui n'ont pas
01:09le choix.
01:10En gros, le riche, il fera toujours le plein et le pauvre, il arrêtera d'aller bosser parce qu'il
01:14n'aura plus les moyens.
01:15Donc, le marché, en l'occurrence, distribue selon la richesse et pas selon les besoins, ça n'est pas admissible.
01:23En plus, il y a un argument stratégique.
01:25C'est un bien qui est fondamental au fonctionnement de l'économie.
01:30Donc, il faut distribuer le carburant selon les besoins et pas selon le revenu.
01:35C'est pour ça que, moi, je suis favorable à ce rationnement.
01:39Quand vous avez besoin de carburant pour livrer les hôpitaux, pour livrer tout ce qui est important aux travailleurs essentiels,
01:47vous avez cité les infirmières, etc.
01:49Donc, avec un rationnement qui peut s'avérer intelligent parce qu'on a quand même des outils maintenant pour rationner
01:54qui sont plus intelligents,
01:55on garantit les usages prioritaires et on évite le chaos économique.
02:00Donc, encore une fois, le marché ne peut pas tout.
02:02Pour le week-end de Pâques, vous arrivez avec votre voiture, vous dites « je veux partir avec mes enfants
02:05», vous dites « bon, écoutez, vous passez derrière ».
02:08Alors, déjà, moi, ce qui me paraît fondamental, c'est qu'il faut qu'il y ait un risque de
02:13pénurie.
02:14Ce n'est pas le cas en France aujourd'hui.
02:16Alors, si, si, si, sur le gazole, il y a clairement…
02:18Non, non, non, sur le gazole, on ne va pas se mentir.
02:21Arrêtez, à chaque fois qu'il y a une crise énergétique, ça commence toujours par nous dire « mais ne
02:26vous inquiétez pas, il n'y a pas de pénurie ».
02:28Il ne faut pas s'affoler s'il y a des pénuries en 2022-2023.
02:29Parce que les gens font des stocks pour l'instant.
02:31Oui, mais ça, c'est des conneries.
02:32Ah bon ?
02:32C'est des conneries, je veux dire, parce que vous pensez qu'en disant qu'il n'y a pas
02:35de pénurie,
02:36mais vous ne comprenez pas que les gens, aujourd'hui, dès qu'on leur dit « il n'y a
02:38pas de pénurie », le truc qu'ils entendent, mais il y a une pénurie…
02:40Oui, mais on peut créer de la pénurie tout seul, je veux dire.
02:42Non, non, non, non, ça ne marche pas, ça.
02:45Jean-Marc ?
02:46Oui, ce que je trouve intéressant dans ce que vient de dire Emmanuel, c'est que je l'ai entendu
02:49sur ce plateau dire que fondamentalement,
02:51comme la plupart des économistes, il est favorable à la taxe carbone,
02:54c'est-à-dire à l'augmentation du prix de l'essence pour essayer de réguler l'économie.
02:58Et il nous dit « il ne faut surtout pas augmenter le prix de l'essence ».
03:01Alors, je pense qu'effectivement, l'idée d'aller vers un rationnement, vers une organisation qui soit une organisation contraignante,
03:08est une idée qui a fait ses preuves sur le plan historique, c'est-à-dire elle a fait les
03:11preuves de son échec.
03:13Je rappelle quand même que les économies qui ont vécu sur le rationnement,
03:17les économies d'Europe de l'Est à l'époque du communisme,
03:19où il y avait effectivement un rationnement, où il y avait des magasins qui étaient réservés à une partie de
03:24la population,
03:25sur des bases qui n'étaient pas uniquement des bases économiques.
03:27Si on avait la carte du parti, on pouvait accéder à ces magasins.
03:30Toutes ces opérations ont généré du marché noir.
03:33La dernière fois qu'on a fait du rationnement dans ce pays sur l'essence, c'était en 1956.
03:37La formule d'ailleurs du président du conseil de l'époque, Guy Bollet,
03:41ça avait été de dire, à partir du 7 novembre, on va faire un appel au civisme de la population,
03:46on va leur demander de réduire leur consommation, notamment d'essence.
03:49A l'époque, il y a 20% des ménages sur une automobile, ce qui n'est pas le cas
03:52aujourd'hui.
03:53Aujourd'hui, pratiquement tout le monde a une automobile.
03:55Et donc le 29 novembre, il dit, bon, le civisme ça ne marche pas, donc je vais faire appel au
03:58cynisme.
03:59Et donc je vais augmenter les prix et mettre des tickets de rationnement.
04:02On a arrêté en juillet 1957, non pas parce que le problème était globalement résolu,
04:07mais parce qu'il s'était mis en place, un marché noir absolument incroyable.
04:10Et donc toute une partie de l'administration était obligée de poursuivre et de pourchasser
04:14les gens qui mettaient en avant la gentille infirmière, qui est totalement honnête,
04:20mais parmi les gentilles infirmières, il y a aussi quelques brebis galeuses.
04:24Il y en a quelques-unes qui seraient susceptibles d'utiliser leur bon rationnement.
04:28Et puis il y avait des impressions de faux tickets de rationnement qui s'étaient mis en place.
04:32Donc quand vous mettez en place un mécanisme d'économie de guerre, de rationnement,
04:35vous générez des comportements de marché noir, de contournement systématique, d'illégalité.
04:42Or on n'est pas dans une situation, encore une fois, qui justifie une telle mesure.
04:48C'est-à-dire que la pénurie n'est pas généralisée.
04:50Je ne sais pas d'où Emmanuel qui a eu son information.
04:54Moi je ne sais pas ce qu'il y a pénurie.
04:55Non mais il y a des stations qui sont à sec.
04:56Il y a 300 stations d'essence en France.
04:57Oui mais parce que Total Energy a fait des prix bloqués et que les gens,
05:02comme on est le 31 mars et qu'ils ont dit que c'était jusqu'au 31 mars, là les
05:05gens stockent.
05:05Mais attendez, vous voyez bien que quand vous importez la moitié de votre gazole de l'étranger,
05:10que vous êtes dépendant des livraisons qui sont aujourd'hui extrêmement perturbées,
05:14le risque qu'on manque de gazole, ce qui encore une fois n'est pas le cas pour le carburant
05:18sans plomb,
05:18il est réel.
05:19Il est réel.
05:20Bon, enfin, moi je suis incapable de trancher là-dessus.
05:23La seule chose que je peux dire c'est qu'effectivement le rationnement ce n'est pas une sauture.
05:26Est-ce qu'il y a d'autres solutions ?
05:28Quand on regarde Blablacar, c'est une solution et Blablacar correspond à une...
05:33Le covoiturage.
05:33Le covoiturage.
05:34Je ne vais pas faire de la pluie pour une plateforme en particulier,
05:37mais c'est probablement la plus connue.
05:39Et on s'aperçoit que par exemple, dans la période fast,
05:43il y avait environ 50 000 trajets qui étaient, c'est ce que dit Blablacar,
05:47qui étaient faits.
05:48Là maintenant on est à 70 000 trajets.
05:50C'est-à-dire que la population réagit.
05:51Il y a d'autres sites qui sont spécialisés dans le covoiturage,
05:54c'est le covoiturage professionnel,
05:56et dont l'activité a été augmentée de 50%.
05:59Donc il y a une capacité de la population à réagir.
06:02Donc vous dites qu'on n'est pas captif, comme le dit Emmanuel,
06:04qui dit qu'on ne peut rien faire face à la crise.
06:06Et le troisième élément sur lequel je reviendrai quand même,
06:08ce qui est important,
06:09hier on a donné, Raphaël Lejean en parlait tout à l'heure je crois,
06:12le prix du meilleur jeune économiste à quelqu'un...
06:14Il y a des mesures radicales.
06:16Il y a des mesures encore plus vives.
06:17Sur la taxe carbone.
06:18Sur la taxe carbone.
06:19Et voilà, j'ai été dépassé sur,
06:22je ne sais pas si c'est ma gauche ou ma droite,
06:24sur le prix de l'essence.
06:25Jean-Marc, vos petits calculs d'économistes
06:27qui font des modèles à longueur de journée,
06:29c'est bien beau, mais ça n'apporte pas de réponse politique.
06:31Oui mais Jean-Marc n'est pas seul, c'est ça qu'il veut dire.
06:32Désormais il a le...
06:33C'est pour ça que personne n'écoute les économistes.
06:36Il y a une prise de conscience de la gravité de la situation sur le plan
06:40du rapport au pétrole qui fait qu'effectivement,
06:43il faut utiliser la situation actuelle,
06:45non pas pour agiter la menace de la pénurie,
06:47mais pour dire, il faut réfléchir au rôle du pétrole
06:50dans notre vie quotidienne.
06:51Je rappelle la citation latine du jour,
06:53qu'avait Neil Vino, ça veut dire en latin,
06:56réfléchir à ton stock de vin.
06:58C'est-à-dire le vin est vécu à l'époque par les Romains
07:00comme un élément essentiel,
07:01il faut en permanence que tu anticipes,
07:03que tu réagisses, que tu gères la récolte
07:05pour faire en sorte que la situation sur le stock de vin
07:08ne se traduise pas par les pénuries.
07:09Adrien Bilas sera notre invité demain à 7h45.
07:12Je vous laisse 30 secondes,
07:13sauf si c'est pour dire du mal des économistes.
07:14Non, sauf que le pétrole, je veux dire,
07:16on n'en plante pas tous les ans
07:17et on n'en récolte pas tous les ans.
07:19Deux points.
07:19On trouve des champs de prolifère régulièrement.
07:22Jean-Marc, le coût d'éthiquette, le rationnement,
07:24c'est bon, on n'est plus dans les années 50
07:26et on a des moyens ultra modernes aujourd'hui
07:29avec le digital pour essayer de contrôler un petit peu.
07:31Les attestations de sortistes il n'y a pas si longtemps.
07:33Non mais d'accord, mais ce que je veux dire,
07:34c'est qu'aujourd'hui, une infirmière,
07:35on peut contrôler la quantité totale qu'elle achète
07:37et globalement, on est quand même capable de faire.
07:40Et puis, je suis désolé, encore une fois,
07:41les priorités de long terme qu'évoque Jean-Marc,
07:43c'est très bien, l'adaptation, le changement,
07:45les changements de comportement.
07:46Mais là, on a une urgence
07:47et les urgences chassent les priorités.
07:50Et c'est toujours en voulant considérer
07:52qu'il n'y a pas d'urgence
07:52et qu'il faut s'adapter aux priorités
07:54qu'on va tuer finalement, au final, les priorités.
07:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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