00:00C'est Jean-Marc Daniel et on va parler de la taxe d'habitation.
00:034 Français sur 10 se disent favorables au retour de la taxe d'habitation selon un sondage OpinionWay.
00:09Et oui, c'est étonnant de plébisciter des impôts.
00:11C'est extraordinaire !
00:13C'est quand même la première fois qu'on voit les Français plébisciter comme ça un impôt.
00:18Alors c'est parce qu'ils ont peur notamment pour les services publics.
00:21Vous dites quoi vous et mesdames ?
00:21Oui, moi je suis entièrement d'accord avec eux.
00:24Vous voulez de l'impôt ?
00:25Il faut rétablir la taxe d'habitation.
00:28Non, alors il n'y a qu'un seul bémol, c'est que tout ce qui a été transféré insidieusement de la taxe d'habitation sur la taxe foncière...
00:35Ça va pas revenir dans l'autre sens.
00:36Je pense que je n'ai aucun espoir qu'il y ait finalement une partie de la taxe foncière qui soit retransférée vers cette taxe d'habitation.
00:44Mais il faut juste rappeler quand même quelques arguments importants.
00:48D'abord, c'est redonner de l'autonomie financière aux communes.
00:51Avec la suppression de la taxe d'habitation, elles avaient perdu cet outil du financement local.
00:56Et ce qu'on peut comprendre dans ce que disent les Français, c'est qu'ils font un lien direct entre l'impôt qu'ils payent finalement pour leur commune
01:03et la façon dont ils peuvent voir concrètement l'utilisation de cet impôt.
01:08C'est-à-dire que quand vous payez un impôt local, vous voyez finalement la ville s'embellir, avoir des nouveaux services, etc.
01:15Donc oui, il faut absolument redonner de l'autonomie financière aux communes.
01:21Il faut effectivement, à travers cet impôt, redonner du lien civique parce que c'est ça qui est aussi en jeu.
01:28Et puis, vous ne pouvez pas avoir des habitants qui votent mais qui ne payent plus finalement pour leur commune.
01:35Je mets ça en lien aussi avec, regardez cette enquête du Cevipov qui a été publiée hier,
01:42qui nous dit quand même à quel point les hommes politiques nationaux sont décrédibilisés
01:48alors que les hommes politiques locaux sont plébiscités.
01:51Donc moi je dis, redonnons les clés porte-monnaie de l'argent public aux élus locaux.
01:59Comme les Français adorent aussi les chefs d'entreprise,
02:02essayons de redresser la France à partir du terrain de nos élus locaux et de nos chefs d'entreprise.
02:08Jean-Marie Daniel, est-ce qu'on est face à un spécimen de sado fiscaliste comme vous les appelez ?
02:12Oui, oui.
02:13En chair et en os.
02:14C'est plutôt l'inversion, c'est plutôt du maso fiscaliste.
02:17On est passé du sado fiscaliste au maso fiscaliste,
02:22c'est-à-dire les gens qui réclament d'être tondus, de payer, c'est absolument invraisemblable.
02:27Et donc j'aimerais savoir comment a été menée quand même cette enquête,
02:31c'est-à-dire comment a été menée ce sondage.
02:35Et ce maso fiscalisme m'inquiète d'autant plus qu'il y a aussi de plus en plus une prolifération
02:40en disant il faut faire du protectionnisme contre les Chinois,
02:43donc allons-y, augmentons les droits de douane, revenons à la taxe d'habitation,
02:47il faut cogner, on a envie d'être tondus par le fisc.
02:50Alors je pense qu'il y a quand même trois arguments qui vont contre ça.
02:53Le premier argument c'est que la taxe d'habitation de toute façon,
02:56elle ne pourrait pas revenir sous la forme sous laquelle elle était,
02:58même si elle a subsisté en partie.
03:00C'était quand même un impôt qui avait largement vieilli,
03:02qui était à l'origine un impôt créé sous le directoire à la fin du XVIIIe siècle,
03:06qui avait été modifié progressivement,
03:08mais qui finissait par devenir incompréhensible,
03:10et surtout qui s'appuyait sur les valeurs locatives des appartements et des maisons.
03:13Ça c'était compliqué.
03:14Jean-Marc, c'était ça son côté génial,
03:16c'est-à-dire que dès l'instant où personne ne possède le même bien immobilier que son voisin,
03:21personne n'est capable de dire s'il paye trop ou pas assez.
03:24Il ne sait pas.
03:25Oui, sauf qu'on n'osait pas trop toucher à ces valeurs locatives
03:29qui devenaient totalement absurdes,
03:30qui ne représentaient plus l'évolution à la fin de la qualité,
03:33de la géographie des appartements.
03:35Le deuxième élément, c'est qu'effectivement, il était devenu cet impôt illisible,
03:39parce qu'on l'a supprimé,
03:42mais progressivement on avait allégé le nombre de contributeurs.
03:46Donc il y avait véritablement au sein des communes,
03:48au sein des collectivités locales,
03:50ceux qui payaient et ceux qui ne payaient pas,
03:52et on commençait à dire,
03:53effectivement, ceux qui ne paient pas sont favorables à l'augmentation de cet impôt,
03:56puisque c'est pas sûr que ça retombe.
03:58Donc il y avait une structure qui était une structure
04:00qui, au nom de la nécessité d'épargner les plus nécessiteux,
04:04avait fini par devenir totalement absurde, voire totalement inique.
04:07Enfin, le dernier élément, c'est que l'enjeu, c'est 20 milliards, grosso modo.
04:11Et au moment où, alors c'était au moment, un temps lointain,
04:15où Margaret Thatcher avait lancé la Poltax,
04:17on s'était posé la question, donc c'était un impôt temps par personne.
04:20Et donc on s'était aperçu que la taxe d'habitation,
04:22ça représentait grosso modo,
04:24compte tenu de ce qu'est la population à l'heure actuelle,
04:28aujourd'hui, ça représenterait un euro par jour et par personne.
04:32Et donc c'est assez simple plutôt que de multiplier les références,
04:36qui sont des références à...
04:38Oui, que chacun paye un euro par jour et par personne pour sa commune.
04:41Pour sa commune.
04:42Alors après, la dernière remarque que je ferai par rapport à ces trois réflexions
04:45sur l'impôt en lui-même,
04:46je pense que la nécessité pour les collectivités locales,
04:49c'est peut-être de se poser la question de ce millefeuille administratif
04:52dont tout le monde parle.
04:52Oui, mais ça, ce n'est pas leur faute, Jean-Marc.
04:54Oui, oui, j'entends bien.
04:55C'est pour ça que ce n'est pas directement au cœur du sujet.
04:57Mais c'est quand même un enjeu qui est de faire des réformes,
05:00de faire en sorte que, par exemple,
05:02au moment où les départements sont dans une situation délicate,
05:04la question qui se pose, c'est quelle est la pertinence
05:06des attributions que l'on a données à ces structures.
05:09Au moment où les intercommunalités sont en train de dire
05:12qu'elles sont là pour se substituer aux communes,
05:14quelle est la pertinence de garder les communes
05:16où il y a 100, 200 habitants.
05:18Donc, je pense que, avant de se lancer dans le maso-fiscalisme,
05:22il serait temps de faire un peu de la réforme administrative.
05:25Non, en plus, ce qu'il faut regarder, ce qui est fou,
05:27c'est finalement qu'elle a été le bénéfice de la suppression
05:30de cette taxe d'habitation.
05:32C'est-à-dire totalement nulle.
05:33C'est-à-dire économiquement nulle, politiquement...
05:36Nulle ?
05:37C'est-à-dire que les Français...
05:39Dissent qu'ils payent plus d'impôts.
05:40Exactement !
05:40Quand vous avez les trois quarts des Français qui pensent
05:42qu'ils payent plus d'impôts aujourd'hui qu'en 2017...
05:44Ça n'a servi à rien.
05:44Ils ont totalement passé par pertes et profits
05:46et qu'ils n'en éprouvent en plus aucune reconnaissance.
05:48Donc, supprimer des impôts, ça ne sert à rien.
05:51C'est ça que...
05:52Non, mais attendez, la logique de ce matin,
05:53elle est complètement folle.
05:54C'est-à-dire que, un, supprimer un impôt,
05:58ça n'a jamais rapporté la moindre voix
05:59et, au contraire, vous en êtes encore plus détesté
06:02par les électeurs,
06:04alors que la suppression de cet impôt
06:06génère une envie même de le rétablir.
06:08C'est pour ça que cette envie de rétablir la taxe d'habitation
06:10montre à quel point c'était stupide, finalement,
06:14de la supprimer, à la fois économiquement,
06:16politiquement et financièrement.
06:18Merci à tous les deux.
06:19Juste une petite...
06:20À tout petit, Jean-Marc.
06:20Oui, oui.
06:21In dubio contra fiscum.
06:24C'est-à-dire ?
06:25Il faut recouvrir à l'impôt en tout dernier recours.
06:27Ça doit être la dernière mesure que de jouer sur l'impôt.
06:31Merci, Jean-Marc, pour cette fin en latin.
06:33Ça fait toujours plaisir.
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