00:00Face à le Chypre ce matin, il y a Jean-Marc, Daniel, messieurs, vous avez écouté avec attention l'audition
00:06de Kevin Warch sur le chemin de la Fed.
00:10Est-ce que c'est l'homme providentiel ? Est-ce que c'est l'homme qui va pouvoir remplir
00:13les missions de la Réserve fédérale ? Emmanuel ?
00:15Il avait une mission difficile qui était d'essayer de tenir une ligne de crête, à la fois pour ne
00:22pas effrayer mais pour ne pas ennuyer non plus.
00:25Il fallait qu'il montre qu'il était le tenant d'une ligne du changement mais pas une continuité tranquille
00:35non plus.
00:36Moi j'ai bien aimé plusieurs de ses remarques que j'ai trouvées plutôt rassurantes.
00:40D'abord il a montré une ligne assez dure sur la lutte contre l'inflation mais attention en insistant bien
00:48sur un point qui est,
00:51attendez, l'inflation c'est pas que ma responsabilité à moi Réserve fédérale, c'est aussi la responsabilité du gouvernement
00:58et de sa politique budgétaire.
01:00Et là j'ai trouvé qu'il abordait un sujet qui est majeur, vous savez c'est ce fameux sujet
01:04de la dominance fiscale
01:06qui consiste à dire, mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, dans un régime où l'État est extrêmement
01:13endetté,
01:13le poids de la dette est tellement important et le coût de la dette et donc des taux d'intérêt
01:19est tellement important
01:20que finalement c'est l'État qui tient dans sa main la Banque centrale et pas la Banque centrale qui
01:27tient dans sa main l'État.
01:28Donc cette balle renvoyée dans le camp du gouvernement je l'ai trouvée assez intéressante.
01:34J'ai trouvé assez intéressante aussi la critique implicite qu'il a fait de la Fed actuelle sur finalement sa
01:42lenteur de réaction en 2021-2022 au moment de la crise
01:46avec ensuite compensée par un resserrement brutal, un peu comme en Europe d'ailleurs.
01:51Et là ce qu'il critique c'est finalement ces stratégies de politique monétaire qui se veulent extrêmement mécaniques,
01:59extrêmement préventives où on annonce très à l'avance.
02:01Moi j'ai senti qu'il y avait un désir de revenir à une Fed un peu moins prévisible pour
02:07reprendre peut-être sans doute un peu la main.
02:09Et ce qui veut dire aussi peut-être, et ça c'est le grand espoir, alors c'était un peu
02:14entre les lignes mais j'ai trouvé ça prometteur,
02:17sur aussi une sensibilité très forte à la stabilité financière.
02:21C'est-à-dire que quand on s'interroge sur l'indépendance de la Fed aujourd'hui, on peut dire
02:24mais attendez,
02:24elle est peut-être indépendante du gouvernement, il y a débat, mais elle n'est plus du tout indépendante des
02:28marchés financiers qui ont pris la main.
02:30Et là, il y a cette idée peut-être, en voulant être moins prévisible, de reprendre la main sur les
02:35marchés financiers.
02:36Et ça, ça m'a plutôt paru aussi positif.
02:40Donc une prestation plutôt habile et prometteuse.
02:43Jean-Marc Daniel, vous en avez pensé quoi ?
02:44Non, dans le jugement que vient de faire Emmanuel, je pense que le mot important c'est ennuyeux.
02:48Je pense qu'il a été assez convenu, c'est ennuyeux.
02:52Et dans son diagnostic aussi, je pense que le grand enjeu effectivement, c'est les rapports avec l'État.
02:58Alors derrière le mot d'indépendance, il y a cette idée qu'effectivement la politique monétaire est efficace et légitime
03:05si cette institution tient un monopole, donc qui n'est pas soumis à une contrainte liée à la concurrence,
03:11doit échapper effectivement aux aléas politiques et conserver une forme d'autorité liée à son indépendance.
03:20Mais je pense qu'il est passé à côté d'un débat qui a lieu en ce moment parmi les
03:23économistes et notamment aux États-Unis
03:24sur à quoi sert la banque centrale.
03:27C'est-à-dire que je rappelle que les banques centrales n'ont jamais été définitivement employées dans un objectif
03:33très précis.
03:34Une banque centrale du 19e siècle, il n'y avait pas le mot inflation dans les statuts d'une banque
03:38centrale du 19e siècle.
03:40Une banque centrale du 19e siècle n'avait pas un objectif d'assurer l'emploi.
03:44Une banque centrale du 19e siècle, elle était là pour financer la dette publique ou privée.
03:48Et donc je pense qu'il faut en revenir au débat qui a eu lieu en 1978.
03:54En 1978, quand on a donné le statut actuel de la banque centrale,
03:57il y a un papier très intéressant de Samuelson qui dit
04:00« Dedans il y a la messe, c'est-à-dire l'inflation, le plein emploi,
04:05il dit tout ça ça n'a pas de sens, ne serait-ce que parce que dire qu'on va
04:08à la fois lutter contre l'inflation
04:10et assurer le plein emploi, c'est contraire à l'arbitrage de Philips,
04:13et en économie il y a un arbitrage de Philips plus ou moins affirmé,
04:16mais il y a toujours un arbitrage de Philips. »
04:18Et donc le véritable enjeu, c'est le point 3 qui est donné au statut actuel,
04:21c'est faire en sorte qu'il y ait des taux d'intérêt les plus bas d'ici à Muleson
04:25pour permettre à l'État de s'endetter sans qu'il y ait des conséquences négatives
04:29sur le futur avec des taux d'intérêt très élevés.
04:31Et Samuel Solremon dit 10 ans après, quand il fait le bilan de Brigade,
04:34en disant « La pire politique que nous avons de voir, c'est des taux d'intérêt très élevés
04:38qui massacrent l'économie, et la seule capacité qu'a l'État de réagir à ça,
04:42c'est de faire du déficit pour éviter que la récession soit trop profonde.
04:45Et donc on est dans une espèce de cycle particulièrement négatif
04:48où on a des taux d'intérêt très élevés et un déficit budgétaire très important.
04:53Et donc ce qu'il faut éviter à tout prix, c'est ça.
04:55Et Samuel Solremon dit « La seule façon d'y parvenir, c'est qu'il y ait une règle du
04:59jeu claire
05:00sur la façon dont l'État et la Banque centrale s'articulent autour de la gestion du déficit budgétaire. »
05:05Et je pense que maintenant, dans la situation dans laquelle on est,
05:08vu l'état de déficit budgétaire aux États-Unis,
05:10le véritable enjeu, c'est de dire « Je serai indépendant,
05:13c'est-à-dire que je ne laisserai pas financer tout, n'importe quoi.
05:16Mais d'un autre côté, je ne vais pas assassiner l'économie américaine
05:21avec des taux d'intérêt très élevés et avec une dette publique
05:24dont la charge d'intérêt devient ingérable. »
05:26Il faut juste rappeler, Jean-Marc,
05:28effectivement, ces choix qui paraissent des choix théoriques, etc.,
05:33sont en fait très ancrés dans une réalité économique de leur époque.
05:36Et il faut rappeler que la Fed des années 70,
05:39c'est une Fed, la Fed d'Arthur Burns,
05:41qui a cédé finalement au pouvoir politique,
05:44qui a cédé à Nixon et qui a laissé filer l'inflation
05:47et qui ne s'est pas battue contre l'inflation.
05:49D'où sans doute cette hypersensibilité à vouloir maintenir l'inflation.
05:53Je vous cite Arthur Burns qui a reconnu plus tard
05:56que la Fed avait échoué à faire ce qu'elle aurait dû faire.
06:00Merci messieurs.
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