00:00Ils sont avec nous à 11h19, ils ont écouté le ministre avec beaucoup d'attention, nos déchiffreurs,
00:05Gustave Sondan, bonjour Gustave, ça va ?
00:07Co-fondateur de Colbert, Vincent Gras, bonjour Vincent, directeur France de Trade Republic.
00:12Bon, le choc n'est gratuit pour personne, disait le ministre, c'est vrai pour les matières premières.
00:16C'est vrai pour les marchés, on est à un mois de conflit, on voit les marchés américains, on fait
00:19du moins 8, moins 7,
00:21ça va peut-être être de trop pour Donald Trump, c'est peut-être le momentum que les marchés vont
00:24relever, quoi, 1%.
00:27Ce sont eux qui vont siffler la fin de la partie, ne finis ou pas Gustave ?
00:31C'est à la fois un vrai repli, moins 9% pour l'indice MSCI World depuis le début du
00:36conflit,
00:37et à la fois, c'est pas tant que ça.
00:38Je rappelle, il y a 12 mois à peine, on a eu un drawdown, une baisse de plus de 20
00:43% sur les marchés, sans conflit.
00:47Donc 20%, c'est un peu le seuil académique pour dire, c'est un crack.
00:50Donc c'était un micro-crack, puisqu'il était très court.
00:53Là, on voit qu'on est qu'à moins 9, donc à la fois, c'est effectivement,
00:55jamais très agréable, quand on est investisseur, de voir son portefeuille reculer de 9%,
01:00et en même temps, ça reste assez mesuré.
01:03Là où je m'inquièterais un peu plus, c'est de voir qu'effectivement,
01:07il n'y a pas grand endroit où se cacher, en fait.
01:11C'est-à-dire que les obligations, on parlait de 2022 tout à l'heure,
01:14tout ça est évidemment lié.
01:16Quand les obligations et les actions baissent en même temps,
01:19là, c'est pas très agréable.
01:20Donc c'est arrivé effectivement, il n'y a pas si longtemps, en 2022,
01:22mais ça reste des faits assez rares, et ça, c'est un petit peu plus inquiétant,
01:26et on voit qu'effectivement, il n'y a pas grand-chose qui résiste,
01:28même la valeur refuge par excellence.
01:30L'or, moins 15% depuis le début du conflit.
01:34Donc en fait, si vous n'êtes pas investi sur le pétrole,
01:36ou sur quelques matières premières énergétiques,
01:39ça a été très compliqué quand même ces dernières semaines.
01:41Il y a un chiffre qui nous avait glissé ce matin, Vincent, avant de venir,
01:44c'est le chiffre de la réserve fédérale de Dallas,
01:46sur les conséquences du retrait des approvisionnements de pétrole depuis Hormuz.
01:51Ça peut faire mal sur...
01:52Eh bien oui, 20% de la production mondiale qui serait bloquée
01:56à cause de la fermeture du Détroit,
01:58ça aurait un impact de 2,9 points de pourcentage sur la croissance mondiale.
02:03Et encore, c'est assez conservateur comme chiffre,
02:06ça ne tient pas du tout compte du blocage sur les autres matières premières
02:09qui passent par le Détroit, notamment le gaz naturel liquéfié.
02:14Ce qu'on sait aussi, déjà depuis maintenant plusieurs semaines,
02:17c'est que c'est surtout l'Asie et la Chine
02:19qui sont impactées par la fermeture de ce Détroit.
02:22Donc au-delà du fait que le pétrole monte
02:25et que Trump se retrouvait en position assez délicate,
02:29notamment vis-à-vis des élections de mi-mandat
02:32qui vont arriver à la fin de l'année,
02:34c'est exactement le sujet que Gustave vient d'évoquer,
02:36qui est même un portefeuille diversifié,
02:39d'un particulier ou d'un professionnel, actuellement subi.
02:42On peut avoir une très très bonne diversification.
02:44On ne sait plus où se planquer, pardon de le dire comme ça,
02:45on ne sait plus où se réfugier.
02:47Exactement, l'or a effacé tous les gains du début d'année,
02:50les obligations, les actions, ça baisse en même temps,
02:53donc même un portefeuille 60-40 est en train de subir,
02:56mais en même temps, cette baisse n'est pas dramatique,
03:00elle n'est pas énorme, on est sur une correction,
03:03donc à peine au-delà de 10% par rapport au pic qu'on a eu,
03:08on parle d'une simple correction, mais on ne parle pas d'un crash.
03:14La situation est un peu floue dans le sens où ça n'a pas forcément suffisamment baissé
03:19pour se permettre de réinvestir, pour ceux qui ont la stratégie du buy the deep,
03:24mais en même temps, l'issue du conflit actuel est tellement floue,
03:29entre Trump qui fait du taco, mais maintenant qui est plutôt pro-baisse des prix du pétrole,
03:34donc il fait des marches arrière.
03:35La visibilité est tellement nulle qu'au final, je pense que la bonne idée du moment,
03:39c'est d'avoir soit un peu de cash, soit un peu d'obligataire court terme.
03:43On voit les obligations par exemple, l'OAT, deux ans,
03:46celle de février 2028, c'est du 2,87,
03:50voilà, ça rémunère le cash, le risque est maîtrisé,
03:53ou sur les taux sans risque, aux environs de 2%.
03:55Qu'est-ce qu'on fait Gustave, même question, est-ce qu'on attend effectivement ?
03:58Il y a beaucoup de nervosité encore aujourd'hui des marchés,
04:00qui semblent considérer que peut-être l'entrée des outils dans le conflit,
04:04je ne dirais pas un game changer, mais enfin,
04:06plaid atteste plus l'idée d'un conflit long, effectivement, au contour indécis.
04:10Ce qui est très difficile dans ces moments, c'est de parler...
04:11Les propos contradictoires de Trump, enfin voilà, ça peut constituer un facteur aggravant aujourd'hui.
04:15Ce qui est très difficile selon moi dans ces moments, c'est de parler d'autre chose,
04:18et d'avoir un autre news flow, d'ailleurs j'imagine que vous ressentez la même chose en tant que
04:22journaliste,
04:23et donc on oublie presque tous les autres sujets qu'on aurait abordés normalement.
04:27Typiquement, il y en a un qui est un petit peu passé au travers,
04:29qui moi m'a beaucoup interpellé, c'est la réévaluation à la hausse
04:34des attentes, des analyses pour Wall Street.
04:37C'est-à-dire qu'à la hausse, donc des résultats qui sont attendus plus haut que prévu dans ce
04:42marasme.
04:42Donc en fait...
04:43Sur l'année 2026 ?
04:44Sur l'année 2026.
04:45Donc on a une revue à la hausse des earnings, des revenus, sur tous les trimestres.
04:50Les revues à la hausse, donc Q1, Q2, Q3, Q4, parce que même Q1 n'est pas encore sorti.
04:54Il y a eu une revue à la hausse, typiquement sur Q1, je crois qu'on est passé de 10
04:58,9 à 11,9% de croissance des revenus.
05:01Non seulement il y a 10,9% de croissance des revenus qui était attendu,
05:04je le dis puisque c'est peut-être pas naturel pour tout le monde de le penser,
05:07et ils ont été réévalués encore une fois à la hausse à 11,9%.
05:11Ça c'est les fondamentaux.
05:13Ça ne vous paraît pas prématuré de revoir à la hausse maintenant, aujourd'hui, à ce stade ?
05:16Je pense que c'est des gens qui sont quand même qualifiés pour le faire, et ils ont une data
05:20que moi je n'ai pas.
05:21Ça peut paraître contre-intuitif, évidemment.
05:23Ça peut paraître contre-intuitif, mais en fait ce que je veux dire par là, c'est que ce conflit,
05:26il a évidemment des incidences mondiales,
05:28et il a notamment des incidences manifestes sur l'inflation au travers de la crise énergétique qu'il produit,
05:34mais il y a tout un tas d'autres industries d'économie qui aujourd'hui continuent à performer.
05:40Et la grande inquiétude quand même, excusez-moi, du coup je reviens à notre haute grande thématique qu'il y
05:44a,
05:44c'est de se dire finalement, est-ce qu'on est capable de faire de la croissance économique sans créer
05:48d'emploi ?
05:50Et si on est moins dépendant de l'emploi et de la consommation pour créer de la croissance économique,
05:58alors tout est possible, et c'est probablement ce que sont en train de pricer ces analystes.
06:03Je le rappelle, l'IA s'est un peu propagé dans les marchés et dans l'économie en tout leur
06:07temps,
06:07et là c'est un peu le temps de l'agentique, c'est-à-dire vraiment des gains de productivité
06:11industrielle pour tous.
06:13Et c'est peut-être ça qui est en train d'être pricé.
06:15– Vincent, est-ce que ça va être le moment des banques centrales qui vont apparaître encore comme les grandes
06:20arbitres ?
06:21– Disons qu'on peut s'attendre évidemment à une inflation…
06:24– Les banqués centraux, les grands sauveurs du moment, une fois de plus, ça va encore se terminer comme ça.
06:27– Oui, enfin l'augmentation des taux n'a jamais fait baisser le prix du pétrole.
06:30– Non.
06:30– Donc en effet, on peut s'attendre à une inflation notamment sur le côté énergétique,
06:35du coup on peut s'attendre à une augmentation également des taux des banques centrales,
06:39pour venir un petit peu ralentir tout ça.
06:41– Dès le mois d'avril là ?
06:42– À voir.
06:44– Les anticipations sont fortes en Europe notamment sur nos hausses.
06:47– En Europe surtout, parce qu'on était déjà à 2,6 en février.
06:50Voilà, ça arrive d'augmenter.
06:51Ça, surtout, ça ne va pas aider le gouvernement.
06:56En effet, ça va faire augmenter le poids de la charge de la dette d'une façon mensuelle,
07:01ce qui va venir un peu plus compliquer le budget de notre gouvernement.
07:06Je rappelle que la France actuellement est à 3,83 sur le taux à 10 ans,
07:10ça fait un spread à plus de 0,70 avec l'Allemagne.
07:13C'est assez historique d'avoir un spread aussi écarté.
07:17Donc voilà, quand on entend notre ministre parler de baisser les dépenses
07:21et baisser les impôts en même temps,
07:24le contexte global et mondial ne va pas leur faciliter la tâche.
07:28– Bon, moment des banques centrales pour vous aussi, Gustave.
07:30Même question, on termine là-dessus, mais c'est évidemment…
07:32– Il faudra le suivre. En tout cas, l'Europe a voulu un peu s'émanciper.
07:35Je le rappelle dans ce cycle de baisse de taux, puisqu'on avait pris les devants
07:37par rapport à nos chers amis américains, alors qu'on a plutôt la réputation de suivre.
07:42C'est eux qui donnent le là.
07:43Attention, du coup, on a peut-être moins de marge de manœuvre pour justement maintenir nos taux.
07:48Et ce serait dommage d'être pris de court.
07:51Donc, est-ce que cette émancipation nous sera coûteuse ?
07:53J'espère pas.
07:54Mais effectivement, il y a ce décalage.
07:56– C'est ultra important, parce que lors du dernier choc,
08:00notamment du début de la guerre en Ukraine,
08:02quand la BCE a augmenté les taux, on partait d'une base en territoire négatif.
08:06– Ah, c'est pas la même, oui, ça je suis d'accord.
08:07– Là, on part d'une base quand même à 2% déjà.
08:09Donc, la marge de manœuvre est complètement limitée.
08:12– Oui, le 10 ans français, là, qui remonte aux alentours de 3,86,
08:16niveau qu'on a atteint il y a quelques jours,
08:17on est au centre du plus haut depuis juin 2009.
08:21Donc là où vous êtes à cheval entre la crise des subprimes
08:23et la crise de la dette souveraine en zone euro.
08:25Donc, période pas très heureuse.
08:27À surveiller.
08:28Malheureusement, c'est déjà terminé.
08:29Merci messieurs, merci d'avoir été avec tous ce matin.
08:31Gustave Sandon, cofondateur de Colbert et Vincent Grard,
08:33directeur France de Trade République.
08:34Merci messieurs, à très vite.
08:35– Merci.
08:35– Au revoir.
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