00:01Mais juste avant, on va faire un petit point sur les derniers événements du week-end avec Samy Char qui
00:06nous attend depuis Lombard, Odier et compagnie, chef économiste.
00:09Bonjour Samy Char, merci d'être avec nous ce matin depuis Genève avec donc un baril de pétrole qui est
00:15sur des plus hauts de 10 jours à 115 dollars.
00:18On est quasiment également sur des plus hauts de 2022 avec Donald Trump qui continue de souffler le chaud et
00:25le froid,
00:25qui ce week-end dit vouloir s'emparer du pétrole iranien avant finalement de dire cette nuit qu'il entrevoit
00:32un accord avec l'Iran.
00:33Bref, on est vraiment une nouvelle fois dans le flou et alors que le conflit entame sa cinquième semaine,
00:39il y a une certaine forme de lassitude, notamment sur le marché actions.
00:44Oui absolument, il y a une forme de symétrie Etienne, comme vous l'avez très bien dit,
00:48ça peut s'empirer et escalader vers un nouveau scénario du pire,
00:52finalement autant que ça peut désescalader très très rapidement si ces négociations finissent par mener quelque part.
00:59Donc dans une situation comme ça, les acteurs de marché enlèvent les risques actifs,
01:04reviennent dans le peloton et finalement attendent d'avoir un peu de clarification sur ce qui peut se passer.
01:12Aujourd'hui, très clairement, on va être dans un ralentissement inflationniste,
01:16mais enfin on n'est pas encore à des niveaux qui signaleraient une récession.
01:20Donc voilà, une forme d'attente pénible qui se met en place, sans pour autant qu'il y ait de
01:27capitulation.
01:29Pour rappel, il n'y aura pas de séance vendredi en Europe, mais aussi aux États-Unis.
01:34Vendredi sain, semaine de quatre jours pour les marchés européens et américains.
01:38Néanmoins, vendredi, nous aurons les chiffres de l'emploi aux États-Unis, Samy Char,
01:42et puis en attendant demain, des chiffres d'inflation en zone euro.
01:46Ça sera intéressant de voir l'impact de cette remontée des matières premières,
01:51sachant que notamment dans les chiffres d'inflation, ça devrait se voir sans plus tarder.
01:56Oui, c'est vraiment ce qu'on va chercher à comprendre.
01:59Est-ce que le phénomène d'inflation aujourd'hui est cantonné à l'énergie, à ce facteur externe qu'est
02:06le conflit,
02:06ou est-ce qu'il commence finalement à s'insérer dans l'économie domestique au travers d'une croissance salariale,
02:14par exemple ?
02:14Les chiffres de l'emploi autant que les chiffres d'inflation vont être tout à fait regardés pour essayer de
02:19comprendre
02:20s'il y a des effets de seconde ordre qui se matérialisent, encore une fois, avec des agents économiques
02:25qui commenceraient à réfléchir, à pousser pour des augmentations de salaires,
02:30parce qu'ils font face à des augmentations de coûts.
02:32Voilà, c'est le genre de mécanisme qu'on n'a pas envie de voir se mettre en place,
02:36qui évidemment va être regardé de très près par les banques centrales,
02:39et donc il faut que cette situation d'inflation reste cantonnée finalement à la situation énergétique
02:46et qu'on n'ait pas trop ces effets de seconde ordre qui se mettent en place,
02:49parce que pour la fonction réaction des banques centrales, c'est tout à fait important,
02:52donc les chiffres de la semaine vont être regardés malgré tout avec énormément d'attention.
02:56Samy Char, vous êtes le chef économiste de Lombardi et compagnie.
02:59À ce stade, quelles sont vos prévisions chez Lombardi et compagnie en termes de hausse de taux, peut-être,
03:06puisqu'on voit depuis un mois le marché qui se met à anticiper des hausses de taux,
03:09notamment du côté de l'ABCE ?
03:12Alors on serait un tout petit peu plus laxiste par rapport au pricing de marché.
03:19Vous savez que le marché commence à intégrer un certain nombre de hausses de taux,
03:22particulièrement pour la Banque centrale européenne,
03:24et nous on serait plutôt dans une idée de parier un petit peu contre cela.
03:28Mon sentiment c'est que le marché est en train un peu de répéter ce qui s'est passé en
03:312022,
03:32vous vous souvenez, il y avait ce choc énergétique avec la Russie et l'Ukraine,
03:36mais on avait aussi un marché de l'emploi qui était très tendu, des salaires qui étaient repartis à la
03:40hausse,
03:40beaucoup de vent dans le dos suite au stimulus post-Covid,
03:44et des banques centrales qui avaient un point de départ très très bas pour les taux,
03:47les taux européens étaient en négatif.
03:49Et donc les banques centrales en 2022 avaient dû monter les taux très très brutalement,
03:53et il y a un peu ce sentiment qui est en train de se remettre en place aujourd'hui en
03:562026,
03:57alors que la situation me semble tout à fait différente.
03:59Oui, on a un choc énergétique, mais on n'a pas du tout tout le reste,
04:04c'est-à-dire qu'on n'a pas de marché de l'emploi qui surchauffe,
04:06on n'a pas ce stimulus post-Covid,
04:08on a des banques centrales qui sont à des taux déjà relativement neutres,
04:12donc notre sentiment c'est que dans ce contexte-là,
04:14les banques centrales seront bien moins à même de monter les taux qu'elles ne l'étaient en 2022,
04:19donc on va plutôt prendre un peu plus de précautions par rapport à ces attentes de marché,
04:24et on va attendre moins de hausses de taux que le marché.
04:26Et pourtant, à ce stade, c'est vrai que le marché obligataire,
04:29alors s'il s'emballe ou pas, on verra, l'avenir le dira,
04:32mais anticipe très clairement un revirement,
04:34quand vous regardez encore ce matin le 10 ans français qui est sur des plus hauts de 2009 à 3
04:37,8%,
04:38le Bund à 3%, le 10 ans italien au-delà des 4%,
04:41on parla de remontée de plus de 60 points de base en l'espace d'un mois,
04:45ce n'est pas neutre tout de même.
04:47Non, il y a deux éléments à prendre en compte dans les taux-lots.
04:51Il y a évidemment ces attentes par rapport aux banques centrales,
04:54et comme je vous l'ai dit, nous on pense que ces attentes sont quand même un tout petit peu
04:57exagérées,
04:58parce qu'on n'est pas dans le même contexte qu'en 2022,
05:00notamment au niveau de la surchauffe des marchés de l'emploi,
05:02donc il y a vraiment cette composante banque centrale,
05:04mais il y a aussi des taux longs qui réagissent à l'idée que,
05:08peut-être fiscalement, les gouvernements européens vont devoir faire un peu plus
05:14pour soutenir les ménages,
05:15parce qu'ils font face à un nouveau choc énergétique,
05:18donc on pourrait avoir une détérioration des finances publiques,
05:20et évidemment ça aussi, ça met de la pression sur les courbes obligataires,
05:24donc il n'y a pas que l'aspect des banques centrales,
05:26il y a aussi l'aspect fiscal à prendre en compte,
05:29et finalement on en revient toujours au même point,
05:31plus le conflit dure longtemps,
05:33plus il pèsera et sur l'inflation et sur les finances publiques,
05:37et plus ça mettra de pression sur les taux,
05:39il faut donc espérer une escalade assez rapide à partir d'ici
05:43pour enlever cette pression sur les courbes obligataires.
05:45Dernière question, Samy Chiaran, dans ce contexte aujourd'hui,
05:48comment vous opérez les portefeuilles,
05:51dans un contexte où le Dow Jones est rentré vendredi en zone de correction,
05:54c'est-à-dire une baisse de 10% par rapport à ses plus hauts,
05:56idem pour le Nasdaq,
05:58on fera les comptes demain bien sûr,
06:00mais les indices européens ont également perdu plus de 10%,
06:03là par contre sur l'ensemble du mois de mars,
06:05c'est donc un marché obligataire qui s'est très nettement tendu.
06:09Alors dans un contexte où on a très peu de visibilité,
06:12finalement l'idée c'est de rentrer dans le peloton.
06:14On n'a pas suffisamment de confiance pour placer une attaque
06:18et d'un autre côté, la désescalade peut aussi venir,
06:21donc descendre de vélo peut vous faire accumuler pas mal de retard
06:24si la situation repart.
06:26Donc on a enlevé les risques actifs,
06:28on est proche de nos allocations stratégiques,
06:31proche des benchmarks,
06:32voilà l'idée c'est tant qu'on n'a pas plus de visibilité,
06:35on va rester dans le peloton
06:36et maintenir ses positionnements.
06:40Tout pari extrême à ce stade
06:43est probablement quelque chose à éviter.
06:46Merci beaucoup Samy Char de nous avoir accompagné ce matin,
06:49chef économiste de Lombardie et compagnie,
06:51en direct depuis Genève,
06:52pour faire un point donc sur ces données,
06:55tant attendues cette semaine,
06:56que ce soit l'emploi américain vendredi
06:58ou encore des données d'inflation demain
06:59en ce qui concerne la zone euro.
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