00:01Bonjour, Florian Lelpo, vous êtes en charge de la macroéconomie chez Lombard au DIAIM.
00:05En quelque sorte, la séance du jour hier a été bousculée par Donald Trump, une nouvelle fois,
00:10puisqu'aux alentours de 19h30, il a annoncé qu'un accord avait été trouvé avec l'Iran.
00:16Les Iraniens, cette nuit, via des agences de presse, estiment qu'il y a encore des lignes rouges,
00:20que pour l'instant, rien n'est signé.
00:21Mais une nouvelle fois, le marché y croit.
00:23Le pétrole est ce matin sur les plus bas de deux mois, 88 dollars pour le baril de Brent.
00:28Et la réaction est très vive sur le marché obligataire.
00:30On voit une nouvelle fois que la boussole des marchés, ça reste encore et toujours ce fameux baril de pétrole.
00:35Absolument. Et cette fois-ci, en plus, c'est sûr qu'on est certain qu'on se dirige vers la
00:39paix.
00:39Évidemment, je plaisante. Il y a une énorme dose d'intertitude qui nous entoure.
00:44Bonjour, Gatienne. Bonjour à tous. Merci de me recevoir.
00:46Alors, la question, c'est est-ce que c'est encore un enjeu pour les marchés ?
00:49C'est ça, c'est la question à laquelle on doit répondre aujourd'hui.
00:53Et pourquoi cette question-là ? Parce que ça fait maintenant trois mois qu'on jongle
00:56avec le trio prix de l'énergie, inflation, taux d'intérêt.
01:01On était très en amont de cette chaîne, c'est-à-dire qu'on regardait beaucoup le pétrole
01:04sans trop regarder les taux.
01:05Et là, on est en train de se dire, et c'est le message de la BCE hier justement,
01:08on est en train de se dire que l'inflation énergétique, c'est une chose,
01:12elle peut reculer.
01:13Et pour autant, on peut quand même continuer d'avoir un petit peu d'inflation devant nous.
01:17Et du coup, on peut continuer d'avoir un petit peu de hausse de taux devant nous,
01:20en tout cas du côté de la BCE.
01:22C'est-à-dire que, oui, il y a un soulagement géopolitique.
01:25Oui, il est pressé violemment par les marchés.
01:27Mais est-ce qu'on doit voir un soulagement sur les primes de risque globales ?
01:31Ça, c'est moins sûr, parce que ce qui tient encore les primes de risque,
01:34c'est ce qu'on appelle les taux réels, c'est-à-dire la différence entre les taux et l
01:36'inflation,
01:37quelque part.
01:38Et ces taux réels sont encore en-dessus des 2% aux États-Unis.
01:41C'est très contraignant pour l'économie elle-même.
01:43Donc, une envolée de sentiments, c'est une chose.
01:46Maintenant, l'effet fondamental, il va falloir le penser,
01:49parce que cet effet-là, il va survenir dans les 3 prochains mois.
01:52Et il peut avoir des conséquences de marché peut-être fâcheuses.
01:54Vous faites référence notamment à l'inflation dans le secteur des services.
01:58C'est vrai qu'hier, Christine Lagarde a fait référence à cela.
02:01Le problème, c'est que cette inflation dans les services,
02:03elle est difficile à combattre pour la BCE.
02:06Et puis surtout, elle ne dépend pas forcément du baril du pétrole et de la guerre.
02:09Absolument.
02:10Et il n'y a pas que la BCE qui est confrontée, le rapport de l'inflation américain.
02:14De mercredi dernier, il contenait deux messages.
02:16Un très gros message et un plus petit message.
02:19Le gros message, c'était l'inflation énergétique.
02:21Le plus petit message, en filigrane, c'est justement qu'on avait encore
02:23de l'inflation des services, ce qu'on appelle la vraie inflation au cœur.
02:27On appelle ça l'inflation super-cœur.
02:29Et cette inflation-là, elle est très visqueuse.
02:32C'est-à-dire que c'est le rôle de la BCE de la combattre.
02:35Mais en plus, il est difficile de la combattre et ça prend du temps.
02:39Donc, quelque part, l'inflation énergétique est en train de la renforcer.
02:42Et encore une fois, trois mois d'inflation énergétique égale début de l'inflation.
02:46On y est, c'est bon, c'est trop tard.
02:48Maintenant, il y a un espoir qu'on arrive à combattre l'effet réel
02:51qui serait vraiment le vrai problème pour les marchés.
02:53L'inflation, les marchés s'en accommodent.
02:54Surtout une inflation à 3%.
02:56Est-ce que le narratif, pour vous, a changé ces dernières semaines ?
02:58Ou est-ce qu'il est susceptible de changer avec ce potentiel accord de paix ?
03:02Puisque c'est vrai que depuis le début de ce conflit, le scénario central, c'est
03:06la guerre, ça sera terminé à la fin du semestre, à la fin du mois de juin.
03:09C'est bon, cet été, on passe à autre chose.
03:11Aujourd'hui, vous le voyez bien, on est sur des réactions épidermiques.
03:13Mais l'Europe s'emballe, c'est le retour du secteur bancaire, des valeurs cycliques.
03:17Bref, une fois de plus, les marchés veulent croire à cet accord.
03:20Le narratif, c'est qu'on attend l'accord.
03:22Et en attendant, on peut s'amuser avec la technologie, parce que justement, les
03:25résultats sont fantastiques et ça nous permet de patienter jusqu'à ce qu'on ait
03:29justement une amélioration globale sur le front géopolitique.
03:32Donc oui, l'amélioration géopolitique, ça va soutenir l'extension du domaine du
03:40rallye, c'est-à-dire le fait d'avoir un rallye un peu plus ample, qui va toucher
03:43l'Europe, qui va retoucher à nouveau le Japon, qui était justement le monde action
03:48que tout le monde regardait en amont du conflit.
03:52La question maintenant, c'est est-ce que c'est durable ?
03:55Et pour répondre à cette question, il faut répondre à la question de la productivité.
03:58C'est-à-dire que les stocks américains aujourd'hui ont explosé à la hausse, je
04:02ne parle pas de ces derniers jours, mais on a une progression du S&P du plus bas au
04:06plus beau de 20% depuis mars.
04:07C'est énorme sur aussi peu de semaines.
04:10Pourquoi ? Parce qu'on achète le narratif de la productivité aux États-Unis, quelque
04:14part, implicitement.
04:15Est-ce que ce narratif, il peut contaminer l'Europe ? Est-ce que l'Europe, sans investir
04:18dans l'IA, peut profiter de gains de productivité équivalents ? La productivité d'aujourd'hui,
04:23c'est les earnings de demain et du coup, c'est les prix d'aujourd'hui dans les marchés
04:27financiers.
04:28Ça, c'est la question à laquelle on doit répondre.
04:30Pour l'instant, on est moins rassuré qu'on ne l'était il y a trois mois.
04:34Et ce n'est pas lié au choc géopolitique.
04:35C'est-à-dire que l'Europe, aujourd'hui, oui, devrait profiter de l'IA.
04:39On en profite tous, simplement.
04:40Est-ce que cette productivité va suffire à faire exploser les earnings comme on l'a
04:44vu, les bénéfices comme on l'a vu aux États-Unis ? Ce n'est pas sûr.
04:47Donc, du coup, pour l'instant, nos surpondérations actions, elles vont surtout se faire au travers
04:51des larges capes américaines pour le moment.
04:53Encore et toujours.
04:54Encore et toujours.
04:55Et ce narratif-là, en fait, il n'a pas été changé par la guerre en Iran.
04:59Il a été changé par la saison des résultats du premier trimestre.
05:02C'est-à-dire par la vague d'investissement dans les semi-conducteurs, par la vague d'investissement
05:06dans la technologie et l'IA globale et ses répercussions potentielles sur un nexus
05:10d'entreprise.
05:11Et SpaceX, ça ne vient pas changer la donne ?
05:13Là, typiquement, aujourd'hui, un groupe qui vient lever 75 milliards, voire potentiellement
05:17plus, puisque hier soir, ils ont annoncé qu'il y aurait une clause qui permettrait de
05:20lever jusqu'à 11 milliards de dollars sur les 30 prochains jours.
05:23Donc, ce n'est quand même pas neutre.
05:26OpenEI, Anthropik.
05:26Bref, on est quand même à un moment charnière du côté de Wall Street.
05:29Oui, et comme le disait Charles-Henri Monchot à l'instant, ces mises en bourse, ces
05:35introductions en bourse, elles surviennent généralement dans des moments où l'appétit
05:39pour le risque est au plus haut.
05:40Alors, il y a deux façons de traiter cette information.
05:43L'appétit pour le risque est au plus haut.
05:44Soit on se dit qu'on est au momentum, et si c'est au plus haut, il faut profiter,
05:47il faut monter dans le train.
05:48Il est encore largement temps d'en profiter.
05:50Rappelez-vous que Nvidia est moins cher aujourd'hui qu'au début de l'année, pour
05:53être très clair, lorsqu'on le rapporte à ses bénéfices.
05:56Ça, c'est la première possibilité.
05:58La deuxième, c'est de se dire qu'il y a des retours à la moyenne, on pourrait
06:02être challengé par le price action du marché, par des prises de bénéfices en veux-tu
06:06en voilà.
06:07Pour l'instant, on reste du côté plutôt positif, encore une fois.
06:10La valorisation était le problème de début d'année, ça n'est plus le problème
06:13aujourd'hui.
06:14Clairement, ça n'est plus le problème aujourd'hui.
06:16Et il y a un momentum qui est assez fort de ce côté-là.
06:19Et on n'a pas encore vu les effets de second tour, comme disent les banquiers centraux,
06:23non pas de l'inflation, mais les effets de second tour de l'IA,
06:25les effets de second tour de la productivité qui devraient continuer à se diffuser.
06:30La consommation discrétionnaire, par exemple, n'a pas du tout reflété l'amélioration
06:34des performances économiques du secteur.
06:36C'est la même chose pour les industriels, c'est la même chose pour les matériaux.
06:39Il y a plein de secteurs encore à la traîne aux États-Unis.
06:42Cette rotation sectorielle, c'est encore trop tôt pour l'instant ?
06:45Il y a eu des rebonds un petit peu, notamment vendredi dernier, en début de semaine,
06:48sur les valeurs liées à la consommation.
06:49Hier aussi, consommation discrétionnaire et les industriels tirent la côte derrière l'IA,
06:56bien sûr, mais tirent la côte avec elle.
06:59Oui, on peut avoir une amplification du rallye, c'est ce qu'on pense.
07:01Aujourd'hui, vous avez 55% des stocks américains qui sont en-dessus
07:04lors de leur moyenne mobile 200 jours.
07:06C'est un des signes que ce rallye a peu ou pas d'ampleur,
07:09mais il pourrait gagner en ampleur.
07:11Pour ça, il nous faut amélioration géopolitique
07:13et une petite décrue, s'il vous plaît, d'étau réel long terme.
07:16Et ça suffirait normalement à générer une embellie plus large, plus ample.
07:21Et nous allons continuer à parler de cette fameuse rotation sectorielle,
07:23mais plus d'un point de vue de l'analyse technique
07:25avec notre prochain invité, Daniel Cohen-Delara.
07:27Merci beaucoup, en tout cas, Florian,
07:28pour nous avoir accompagné ce matin en plateau,
07:30en charge de la macroéconomie chez Lombard-Odi-AIM.
07:33Merci beaucoup, en tout cas.
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