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  • il y a 21 minutes
Ce vendredi 3 juillet, Laure Closier reçoit Isabelle Mateos y Lago, cheffe économiste de BNP Paribas. Elle aborde la pénalisation de l'économie britannique engendrée par le Brexit dans Good Morning Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 8h09 sur BFM Business. On est donc depuis Aix-en-Provence pour ces rencontres économiques
00:05dont le thème est « Naviguer dans un monde sans repères ».
00:08Et d'être invité, c'est Isabelle Mathéos-Hilago. Bonjour, vous êtes chef économiste de BNP Paribas.
00:14Quand on parle de monde sans repères, on va regarder ensemble où on est l'économie britannique.
00:19Là, c'est particulièrement parlant. On a un changement de Premier ministre avec un nouveau Premier ministre qui va arriver
00:24à l'été.
00:25On a une économie qui, quand même, depuis le Brexit, a eu beaucoup de difficultés.
00:29Mais on a quand même une société britannique qui continue de plébisciter Nigel Farage ou des profils comme ça.
00:34Quand vous, vous regardez l'économie britannique, après 10 ans de Brexit aujourd'hui, vous vous dites « Il n
00:39'aurait jamais dû faire ça ? »
00:41Alors, très franchement, d'abord, bonjour. Ça, je me le suis dit depuis le départ.
00:47Je crois que d'un point de vue purement économique, c'était clair que ça n'allait pas être un
00:51grand succès.
00:52Je crois que malheureusement, une majorité de la population avait cru dans les espoirs de lendemain radieux qui lui étaient
00:59vendus.
01:00Et naturellement, ces espoirs ont été déçus.
01:03Et du coup, la population se dit « Les dirigeants politiques qui se sont succédés, du Parti conservateur d'abord,
01:10du Parti travailliste ensuite,
01:12n'ont pas tenu les promesses qui nous avaient été faites par d'autres. »
01:16Ce n'est pas grave. Du coup, on n'est pas heureux. Et voilà, c'est vrai qu'il y
01:19a du coup beaucoup d'appétence pour aller voir un parti qui n'a pas encore été essayé.
01:24Et quand on regarde aujourd'hui les indicateurs économiques, dans quel état est l'économie britannique ?
01:28Écoutez, en réalité, je crois qu'il ne faut pas non plus dramatiser.
01:32C'est vrai que l'économie britannique a moins bien performé qu'avant le Brexit.
01:37C'est vrai qu'elle a aussi, à différents égards, sous-performé l'économie de la zone euro, notamment en
01:43termes de gains de productivité, en termes de croissance des exportations, par exemple.
01:47Mais si on compare, par exemple, à la France, en réalité, les choses ne sont pas si différentes que ça.
01:54La trajectoire de la dette publique a été comparable à celle de la France, la trajectoire de la productivité aussi.
01:59Donc c'est vrai que ça a été une sous-performance par rapport aux attentes qui ont été créées et
02:04une sous-performance par rapport à l'ensemble de la zone euro.
02:07D'un autre côté, ce n'est pas non plus une expérience catastrophique.
02:11Et sur la première moitié, sur les six derniers mois, l'économie britannique a en fait cru même plus vite
02:17qu'un certain nombre des pays de la zone euro.
02:19Et c'est quoi aujourd'hui les relais de croissance potentiels ?
02:22Parce que vous dites qu'on est dans une situation finalement similaire par rapport à la France.
02:26Mais nous, on a la zone euro, on a les Allemands, on se soutient mutuellement.
02:30Ce qui fait qu'on a peut-être des taux obligataires qui sont plus bas que si on était tout
02:34seul.
02:35Comment eux ? C'est quoi la réserve, la marge de manœuvre qu'ils ont ?
02:38Alors ça, c'est une grosse différence.
02:40Effectivement, la situation dont les marchés regardent la situation budgétaire de la France et du Royaume-Uni.
02:47La France est dans la zone euro.
02:49Le Royaume-Uni n'y est pas.
02:50Et donc, il y a un écart de taux de l'ordre de 100 points de base.
02:52Ça fait beaucoup de services de la dette en plus du côté du Royaume-Uni et également beaucoup plus de
02:57volatilité.
02:59Après, les moteurs de croissance, l'économie du Royaume-Uni est encore plus une économie de service que l'économie
03:04française.
03:05Et cette économie de service s'est encore davantage renforcée, je dirais, à la suite du Brexit.
03:11Alors que c'est vraiment l'industrie, avec tous les freins rencontrés par le commerce manufacturier, qui est davantage à
03:19la peine.
03:20Alors que les services, eux, ont quand même réussi à continuer à s'étendre.
03:23Mais avec Isabelle, une volonté comme chez nous de réindustrialiser ou pas du tout ?
03:27C'est-à-dire qu'on se dit qu'on continue sur les services financiers, on met le paquet sur
03:30les GAFA, sur les banques.
03:32Ou il y a ce genre de plan comme on a chez nous ?
03:34Alors, il y a un vrai désir de réindustrialisation, mais très focalisé sur l'innovation, l'intelligence artificielle,
03:42les technologies du futur, le domaine de la santé également, la biotech.
03:48Donc, oui, il y a un désir de réindustrialisation, mais qui n'est pas nostalgique, qui est vraiment tourné vers
03:53l'avenir.
03:54Pour l'instant, ça reste plus au stade du désir que de la réalité, mais c'est vers ça que
03:59tendent les efforts.
04:00Vous dites que nous, en France, on a une réindustrialisation nostalgique ?
04:03Je pense qu'il y a pas mal de nostalgie dans ce qu'on entend autour de l'industrie, mais
04:06pas uniquement.
04:06Ce qu'on a entendu hier, ici même, de la part du Premier ministre, mettait beaucoup l'accent, au contraire,
04:12sur l'intelligence artificielle et les technologies du futur. Donc, il y a les deux.
04:15Quand on regarde l'économie européenne, côté Union européenne, on s'est fait peur quand même un peu avec les
04:20questions d'inflation.
04:21Là, elle est redescendue. En France, on a reparti sous les 2%. Il y a eu cette hausse des taux
04:26de la Banque centrale européenne.
04:27Christine Lagarde s'est rejustifiée hier dans les échos en disant que c'était une bonne chose.
04:31On a bien fait de faire ça. Comment vous regardez cette position ?
04:35Est-ce qu'il y a eu un problème de timing dans la décision de la Banque centrale européenne ?
04:38Est-ce qu'elle est allée trop tôt ? En même temps, on ne peut pas inventer ce qui va
04:42se passer en Iran quelques jours avant.
04:43Mais est-ce qu'il y a eu une erreur ?
04:45Non, je ne crois pas du tout.
04:47Moi, j'adhère entièrement à l'explication donnée par Christine Lagarde et tous les membres du Conseil de politique monétaire,
04:53qui était qu'au moment où ils ont dû prendre la décision, donc au mois de juin,
04:57naturellement, on ne savait pas à quelle échéance la situation dans le Golfe allait se résoudre.
05:01Néanmoins, dans tous les scénarios concoctés par les services de la BCE et de l'eurosystème,
05:08on voyait une inflation qui atteignait 3% et qui mettait plus de 2 ans à revenir à la cible.
05:15Même dans le scénario le plus favorable, dans lequel le conflit était résolu rapidement et les prix de l'énergie
05:20baissaient.
05:21Donc il fallait agir pour exactement ancrer les anticipations,
05:27éviter aussi que les taux obligataires ne décollent encore davantage,
05:31ce qui aurait été très pénalisant pour toute l'économie européenne.
05:34Donc ça, je pense qu'ils ont fait exactement ce qu'il fallait.
05:36Et par ailleurs, je pense qu'ils ont également dit ce qu'il fallait un peu plus tôt dans la
05:40semaine,
05:40quand ils étaient réunis à Sintra ou Portugal pour le forum de la BCE,
05:44où à peu près tous les membres du Conseil de politique monétaire qui se sont exprimés ont dit
05:48« Il n'est pas certain qu'on ait besoin de faire davantage ».
05:51Ce qui était déjà un message très différent de ce qu'on avait pu entendre en juin.
05:55Ce n'est pas les trois hausses de taux attendues d'ici la fin de l'année.
05:57Et peut-être même pas deux non plus.
05:59Mais cela étant, il faut rester prudent.
06:01L'inflation ne va pas tomber en ligne droite.
06:03Les prix de l'énergie ne vont pas continuer à décroître comme ça.
06:06Il y a même un certain nombre de raisons de pensée qui pourraient remonter un petit peu entre maintenant et
06:09la fin de l'année.
06:10Il y a potentiellement de l'inflation dans les tuyaux venant de la nourriture, de l'alimentation.
06:16Il y a d'autres chocs qui peuvent se produire.
06:18Donc je pense que la BCE a raison de rester prudente.
06:21Mais en même temps, c'est bien qu'ils aient ouvert la porte à ne pas faire davantage.
06:240,25, ça n'abîme pas l'économie européenne.
06:27On n'a pas vu d'impact.
06:30C'est-à-dire que c'est suffisamment petit pour passer tranquillement.
06:33Je crois et vraiment, je pense qu'il faut voir les mouvements de taux de la BCE en conjonction avec
06:39les variations de taux obligataires.
06:42Et je crois vraiment que si la BCE n'avait pas fait ça, il y avait un risque d'envoler
06:46des taux obligataires qui aurait été infiniment pire pour l'économie.
06:49Je voudrais juste qu'on se dise un mot de nos voisins, entre l'Allemagne qui prépare aussi un plan
06:54d'économie, qui réfléchit à allonger l'âge de la retraite,
06:58et l'Espagne qui a cette croissance un peu flamboyante.
07:01Alors peut-être qu'on ne regarde pas ce qui a été fait les 10 années d'avant pour arriver
07:05là.
07:06C'est quoi pour vous le bon modèle ? Il faut tirer vers les Allemands ou il faut tirer vers
07:09les Espagnols ?
07:10Alors je dirais qu'il faut s'inspirer des deux.
07:13Mais bon, il y a des choses qu'on peut faire et des choses qu'on ne peut pas faire.
07:15Les principaux moteurs de la croissance en Espagne, c'est l'immigration, donc forte croissance de la population active.
07:21La moitié de la croissance vient de l'immigration, dit Pédon Sanchez.
07:24Donc est-ce qu'on a envie de faire ça chez nous ? C'est un choix politique, mais ça
07:27semblerait que ce soit compliqué.
07:30L'Espagne a aussi un modèle à énergie peu chère. Ça on l'a, et on peut le faire encore
07:33davantage.
07:34L'Allemagne, alors là au contraire la démographie est plutôt catastrophique, mais ils font des réformes structurelles.
07:40Et là tout le monde attendait un peu le chancelier Merz là-dessus.
07:43Jusqu'à maintenant, ça avait été plutôt le levier de la dépense publique, enfin de l'investissement public.
07:47Alors ça en France, on n'a pas du tout la marge de manœuvre pour le faire.
07:50Mais effectivement, réforme très ambitieuse du système de retraite, de l'âge de départ à la retraite qui vient d
07:56'être validé par le Conseil des ministres.
07:58Et puis dans la foulée, des réformes également des prestations sociales pour inciter davantage les gens à revenir sur le
08:05marché du travail.
08:07Une réforme fiscale également. Donc finalement, ce levier des réformes structurelles, alors qu'on croyait l'Allemagne complètement bloquée, il
08:13avance.
08:14Et je crois que c'est vraiment un message pour la France. On ne peut pas se permettre de ne
08:17pas avancer.
08:17Et je crois que c'est vraiment un message pour la France.
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