00:007h44 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Marie-Lise Léon. Bonjour, secrétaire générale
00:06de la CFDT.
00:06On va rentrer dans le détail de la gérinette sociale sur les questions de contrat court.
00:10Mais avant, je vais voir votre point de vue sur les municipales. On a reçu Patrick Martin cette semaine du
00:15MEDEF.
00:16Il a pris position clairement pendant les municipales, par exemple contre des candidats LFIA Toulouse,
00:21estimant que ça allait abîmer l'attractivité du territoire.
00:24Vous, vous avez pris position régulièrement contre le Rassemblement National.
00:28Est-ce que c'est son rôle, à Patrick Martin, comme le vôtre, de dire pour qu'il faut voter,
00:32pour qu'il ne faut pas voter ?
00:33Je ne commenterai pas le rôle du MEDEF ou de Patrick Martin, je commente celui de la CFDT.
00:37On est une organisation syndicale et dans les valeurs que l'on défend, dans notre vision, le projet de société
00:43que l'on défend,
00:44d'égalité, de solidarité, de démocratie, on considère que le projet porté par le Rassemblement National,
00:49y compris à l'échelle des municipalités, ça n'est pas compatible.
00:52Donc on a toujours été clair, ça fait de nombreuses années qu'on se positionne comme cela.
00:56Et on l'a refait après le premier tour des élections municipales,
01:01en étant, bien entendu, en laissant libre l'ensemble de nos adhérents,
01:05des travailleurs que l'on représente, de voter.
01:10L'important, le message important, ça a été quand même aussi d'inciter à aller voter.
01:14Je pense qu'on ne parle pas suffisamment du principal résultat de cette élection,
01:18qui est l'abstention, et donc de ce détournement des concitoyens,
01:22de la démocratie et de l'envie de participer à ces élections.
01:26Mais est-ce que c'est incompatible de voter Rassemblement National et d'être membre de la CFDT ?
01:32Parce que chez vous, comme chez d'autres, et ce n'est pas chez vous que c'est le plus
01:34prégnant,
01:35mais on a un vote RN qui monte.
01:36Bien sûr, bien sûr, parce qu'on est à l'image de la société.
01:39La CFDT, c'est une grande organisation en termes de nombre d'adhérents et d'adhérentes.
01:44Et on est plus de 640 000 adhérents, je dirais même adhérentes,
01:49puisqu'on est majoritairement des femmes adhérentes à cette organisation.
01:53Et il y a incompatibilité de projet.
01:55Après, le parti pris de mon organisation, c'est d'aller à la rencontre de ces sympathisants,
02:02des personnes qui votent CFDT ou qui sont adhérents de CFDT,
02:04et qui ne voient pas le problème de voter pour le Rassemblement National.
02:09Bien sûr qu'il y a des électeurs dans la CFDT adhérents.
02:126% selon les dernières estimations.
02:14Donc l'idée, c'est d'aller à la rencontre, parce que je pense qu'il y a besoin de
02:17proximité,
02:18il y a besoin de débattre de ces sujets de fond,
02:20et de parler du projet de société que la CFDT porte, notamment dans le milieu du travail.
02:25Quand on porte la question de l'égalité, de la lutte contre les discriminations,
02:29lorsque un parti comme le Rassemblement National veut faire le tri
02:33entre les salariés en fonction de leur nationalité,
02:38ça ne fait pas corps dans un collectif de travail.
02:42Et quand on a ces débats, effectivement, ça produit ces effets.
02:45Donc c'est aussi ma responsabilité de responsable syndical de dire
02:48comment on se tourne vers ces électeurs et on va à leur rencontre,
02:52et comment on débat du projet de société et du monde du travail que l'on veut demain.
02:57C'est extrêmement important.
02:58– Dans l'actualité économique et politique, la guerre au Moyen-Arient,
03:01avec la hausse du prix des carburants, est-ce que vous demandez des aides ciblées ?
03:06Le gouvernement dit que les caisses sont vides, mais qu'il réfléchit, par exemple,
03:09sur les gros rouleurs, à avoir des aides ?
03:11– Il faut des aides ciblées, il faut tirer les enseignements de ce qui a pu être fait,
03:15notamment au moment de la crise énergétique, au début de la guerre en Ukraine,
03:19où on a connu aussi une inflation galopante.
03:21Il faut des aides ciblées parce qu'on a aujourd'hui le retour d'expérience
03:25que d'avoir fait des chèques sans vérifier à qui ils étaient en fonction des besoins des personnes.
03:32– Tout le monde n'a pas besoin d'être aidé ?
03:33– Tout le monde n'a pas besoin d'être aidé, tout le monde n'est pas dans la même
03:35situation,
03:36tout le monde n'utilise pas son véhicule pour les mêmes motifs.
03:40Il y a des secteurs d'activité qui sont particulièrement touchés,
03:42on parlait des transports, des agriculteurs.
03:44Aujourd'hui, il y a aussi des métiers, des infirmiers, des infirmières
03:49qui ont besoin aussi de leur véhicule quand ils vont faire des visites.
03:53Il y a un ensemble de métiers qui sont les aides à domicile,
03:57qui doivent aller s'occuper de personnes en perte d'autonomie le matin,
04:04leur faire les repas le midi.
04:06Ce sont des personnes qui ont besoin d'un coup de main, c'est ciblé.
04:09Et on n'est pas tous dans la même situation,
04:11donc je pense que c'est extrêmement important,
04:12vu la situation des finances publiques, de pouvoir cibler.
04:16Ça, ça fait partie des vraies bonnes idées qu'il faut pouvoir mettre en œuvre.
04:19Sur l'actualité sociale, vous êtes en pleine négociation sur les contrats courts.
04:24Il y aura une nouvelle discussion le 9 avril, donc ce n'est pas terminé.
04:28Est-ce qu'on arrive à avoir un tronc commun
04:32où les discussions sont toujours aussi stériles ?
04:34Le TEC Patrick Martin, cette semaine, n'était pas très optimiste
04:36sur le fait de trouver un accord avec les syndicats.
04:39L'important, c'est qu'on fasse un constat qui soit partagé,
04:42de considérer qu'aujourd'hui, en 20 ans, on a multiplié par 2,5 le nombre de contrats courts.
04:48Un contrat court, qu'est-ce que ça veut dire pour un salarié ?
04:51C'est de l'hyperprécarité, c'est de ne pas pouvoir se projeter au-delà d'un mois.
04:55La définition d'un contrat court, c'est des contrats de moins d'un mois.
04:59Les contrats très courts, c'est-à-dire les contrats de moins d'un jour,
05:02ont explosé également.
05:04Les missions d'intérim, un quart des missions d'intérim,
05:07elles durent une journée.
05:08Donc, du point de vue des salariés, c'est l'impossibilité de se projeter
05:12au-delà du mois suivant.
05:14C'est des problèmes très concrets de pouvoir d'achat,
05:17des problématiques de logement.
05:19Donc, on voit bien qu'il y a un besoin de lutter contre ce nombre de contrats courts.
05:25Vous voulez durcir les règles bolus-palus ?
05:27L'une des caractéristiques, en plus, des secteurs d'activité
05:31qui utilisent beaucoup ces contrats courts,
05:34le secteur social, médico-social, par exemple,
05:37c'est qu'en fait, c'est toujours les mêmes salariés qui sont réembauchés.
05:40Et donc, l'assurance chômage est utilisée
05:43pour permettre à ces personnes d'avoir un revenu un mois.
05:49Les personnes sont réembauchées le second mois,
05:52puis reviennent à l'assurance chômage un troisième mois.
05:54Là, il y a quand même une responsabilité des employeurs
05:57dans la façon dont elles ont structuré leur modèle économique.
06:00Ce sont des secteurs entiers qui comptent, en fait,
06:02sur l'assurance chômage pour pouvoir limiter leurs propres dépenses.
06:08Et ça, ce n'est pas acceptable.
06:09Donc, moi, je renvoie aussi la responsabilité auprès des employeurs
06:13en disant, vous voulez bien lutter contre les contrats courts.
06:16Vous considérez qu'il y a trop de contraintes.
06:18Nous, on considère qu'il y a trop de précarité.
06:20Et qu'aujourd'hui, il y a des employeurs
06:21qui ne jouent pas le jeu de cette stabilisation.
06:25Et aujourd'hui, ce sont des salariés qui ont besoin d'être sécurisés.
06:29Il y a 2,5 millions demandeurs d'emploi qui travaillent, en fait,
06:35et qui sont dans des situations de ne pas...
06:36Aller-retour.
06:38De faire...
06:38Alors, ils font pour une partie des allers-retours.
06:41D'autres bénéficient d'une partie de rémunération via France Travail
06:45parce qu'ils ont repris un emploi qui est inférieur en termes de salaire
06:51à ce qu'ils avaient précédemment.
06:52Donc, les demandeurs d'emploi...
06:55C'est pour ça que la question de la stigmatisation
06:57considérée par certains responsables politiques
06:59comme étant des assistés, c'est totalement faux.
07:02Ce sont des personnes qui veulent travailler.
07:04Ils se voient imposer des conditions
07:05qui ne leur permettent pas d'être...
07:07Mais c'est quoi votre négociation ?
07:09Par exemple, sur les ruptures conventionnelles,
07:11vous avez plutôt lâché en reconnaissant qu'il y avait un sujet...
07:14Un sujet, par exemple.
07:14Qu'il y avait un sujet qu'il fallait regarder.
07:17Quand on nous fait la démonstration qu'il y a un problème,
07:17on est prêts à regarder et trouver des solutions.
07:20Est-ce que vous dites, du coup,
07:21j'ai un peu lâché sur les ruptures conventionnelles
07:23que le patronat lâche sur les contrats courts ?
07:24Non, un accord, c'est toujours donnant-donnant.
07:26Et je rappelle que la question de la négociation
07:29sur les contrats courts,
07:30c'est un sujet qui...
07:31Ça fait plus de 10 ans qu'on essaye de trouver
07:33des bonnes solutions.
07:35Il y a eu un bonus-malus qui a été mis en place
07:37par un gouvernement précédent
07:39qui ne fonctionne pas.
07:41On se rend compte que ça ne diminue pas
07:42le nombre de contrats courts
07:44auxquels certains secteurs qui ont été ciblés
07:46ont recours.
07:47Donc nous, on a des propositions communes d'ailleurs
07:50entre différentes organisations syndicales
07:52de dire qu'il faut une cotisation dégressive
07:54en fonction de la durée d'un contrat.
07:56Si vous avez quelqu'un qui est embauché pour 6 mois
08:00mais qui fait des allers-retours
08:02tous les mois avec l'assurance chômage
08:04qui puisse se projeter sur 6 mois,
08:08lorsqu'un employeur fait un contrat de 6 mois,
08:10sa cotisation est inférieure à s'il avait fait
08:13une succession de contrats.
08:14Et ça que répond le patronat là-dessus ?
08:16Il considère que c'est trop de contraintes
08:18pour les entreprises.
08:19Donc ça, ce n'est pas forcément une surprise
08:22mais c'est ce que l'on défend.
08:23Et c'est ce que l'on défend depuis de nombreuses années.
08:25Et je pense qu'aujourd'hui,
08:26c'est bien de parler de la lutte contre le chômage.
08:29Mais ça a été extrêmement favorable, bien entendu.
08:32Il faut aussi ne pas perdre de vue
08:34la question de la qualité de l'emploi.
08:36Et lorsque des personnes sont en emploi
08:38mais dans des conditions précaires,
08:39ce sont des personnes qui ne peuvent pas se projeter
08:41et c'est important de pouvoir les sécuriser.
08:43Sur la question de la retraite,
08:46il y a une conférence travail-emploi-retraite,
08:48celle doit se terminer en juin.
08:49Il n'y a pas de contraintes,
08:50il n'y a pas de cadre spécifique,
08:51ce sont des discussions...
08:52Des objectifs qui ont été fixés pour l'été.
08:55Pour avoir un cadre à proposer pour les présidentielles.
08:57Ce matin, on a l'adresse qui nous dit
08:59aujourd'hui, quand vous arrivez à la retraite,
09:01finalement, votre niveau de vie augmente
09:03parce que vous avez moins de contraintes globales,
09:05vous avez votre prêt qui est payé,
09:06vous avez vos enfants qui partent,
09:07donc vous finissez par être plus riches
09:09quand vous arrivez à la retraite
09:10que juste avant.
09:11Est-ce que vous pensez, vous,
09:12qu'il faut remettre tout le système sur la table ?
09:15Vous avez été largement favorable
09:16à la question de la retraite à point.
09:17Est-ce que vous êtes toujours sur ce système-là ?
09:19Est-ce que vous réfléchissez à une hybridation ?
09:21Vous savez, la CFDT,
09:22c'est une organisation démocratique.
09:24C'est de nombreux débats dans la CFDT
09:27pour savoir qu'est-ce que l'on veut
09:29pour notre régime de retraite.
09:31On est viscéralement attachés
09:33à la question de la répartition
09:35et on a évolué sur la question de la demande
09:39et de poser la question
09:40d'avoir un vrai système universel
09:43qui permette,
09:45ça peut passer par des points,
09:47mais l'objectif que nous, on défend,
09:48c'est d'avoir demain un système
09:51qui soit bien stabilisé,
09:53qui soit solide
09:54et qui soit un système de retraite à la carte.
09:57L'enjeu premier, c'est de dire...
09:58Où chacun choisit.
09:59Chacun peut choisir.
10:01Et partir avec moi.
10:01Aujourd'hui, partir avec moi s'il le souhaite.
10:04Mais où on puisse également intégrer
10:06un certain nombre de critères.
10:08La question de la pénibilité,
10:09ça reste un enjeu majeur.
10:12Ça fait 20 ans que la CFDT se bat
10:13sur cette question.
10:15Et donc, comment on permet
10:16de mieux prendre en compte
10:18au moment de la retraite
10:19toute la carrière professionnelle ?
10:21Donc, l'intérêt de la conférence
10:23Travail-Emploi-Retraite,
10:24c'est qu'on parle de travail,
10:26on parle d'emploi
10:27et de lutte contre la précarité de l'emploi.
10:29On parle emploi des jeunes.
10:30Vous m'interrogez sur la question des retraites.
10:33J'aimerais qu'on parle plus aussi
10:35de la question des jeunes
10:36et de la qualité de leur insertion
10:39et de leur possibilité
10:39d'accéder à un emploi durable.
10:42On est à 21% des jeunes
10:45qui sont en situation de chômage.
10:47Je pense que c'est important
10:48de pouvoir aussi se tourner
10:49vers ces personnes
10:51pour leur dire
10:52on s'occupe de vous
10:53et on a aussi des projets
10:55et des propositions à faire
10:57pour pouvoir faire en sorte
10:58que vous trouviez votre place
10:59aussi au travail.
11:00C'est extrêmement important.
11:01Donc, une retraite
11:02à la carte,
11:04un libre choix.
11:06Après, ça fait partie
11:07des discussions de la conférence.
11:09On est loin d'être d'accord
11:11sur tout,
11:11mais c'est intéressant
11:13d'avoir ce débat
11:13et de pouvoir,
11:15lorsque les discussions
11:16seront terminées,
11:17de proposer
11:18un état des lieux.
11:19Donc, vous aurez
11:20un espèce de programme présidentiel
11:22sur la question
11:22des retraites.
11:23Il y aura une diversité
11:24de propositions
11:25en expliquant
11:26et le message
11:26de la CFDT,
11:27c'est surtout
11:28pour la présidentielle
11:29de 2027.
11:30Sortons du débat stérile
11:32et caricatural
11:33uniquement de l'âge
11:3565, 67, 70.
11:36Ça n'a aucun intérêt.
11:38Ça n'a aucun intérêt.
11:39Il faut penser long terme.
11:41Ça, c'est le rôle
11:41des organisations syndicales
11:42et de se dire
11:43comment on se projette
11:44à 10, 15 ans
11:45pour pouvoir avoir
11:46un régime
11:47véritablement soutenable.
11:48Merci beaucoup,
11:49Marie-Lise Léon,
11:49d'être venue ce matin
11:50dans la matinale
11:50de l'économie.
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