Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
Gilbert Cette, économiste - professeur à Neoma Business School, était l'invité de Sandra Gandoin, dans Good Morning Business, ce lundi 2 février. Ils se sont penchés sur la démocratie sociale qui est "au point mort" et la nécessité de réduire le nombre de syndicats, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Le Grand Entretien avec Gilles Berset, économiste et professeur à la Neoma Business School, qui est avec moi.
00:05Bonjour, merci d'être dans la matinale de l'économie, co-auteur de ce livre que vous avez devant vous,
00:11« Sauver la démocratie sociale » chez Calman Lévy, co-écrit avec Guy Groux et avec Richard Robert dans la collection « Liberté de l'esprit ».
00:21J'ai d'abord envie de vous demander ce que vous mettez dans ce terme « la démocratie sociale ».
00:25La démocratie sociale, d'abord, ces acteurs, ce sont les partenaires sociaux, c'est-à-dire les représentants syndicaux, les représentants patronaux,
00:32et dans la démocratie sociale, leur activité consiste à construire des normes issues de négociations
00:39et qui se concrétisent par des accords collectifs dans les entreprises, dans les branches, au niveau national,
00:46des normes qui organisent le travail, les conditions de travail, les conditions salariales, bien sûr,
00:52une quantité de choses qui sont, comment dirais-je, l'expression de la recherche de compromis gagnants,
01:01puisque les deux partenaires sociaux concluent par un accord, il faut l'espérer.
01:06Faire avancer le pays, en quelque sorte, à ce niveau-là.
01:09Or, vous dites que la démocratie sociale est au point mort.
01:12Pourtant, la France n'a jamais eu autant besoin du dialogue social en ces temps de crise politique.
01:17Pour vous, il faut bouleverser tout ça, transformer les institutions ?
01:21À quoi vous pensez concrètement ?
01:23Oui, alors le premier constat que nous faisons, c'est une activité dévitalisée de la démocratie sociale,
01:30aussi bien au niveau interprofessionnel, baisse du nombre d'accords nationaux interprofessionnels,
01:36d'une part, et puis le contenu de ces accords est assez vide, très très très faible.
01:44Et puis, baisse de l'activité dans les branches et dans les entreprises, dans la recherche de ces fameux compromis.
01:52On pourrait prendre une quantité d'exemples là-dessus, je voudrais juste en prendre un, par exemple,
01:57quand le premier ministre François Béroud a proposé, au mois d'août dernier,
02:01de donner aux salariés la possibilité de monnayer leur cinquième semaine de congés payés.
02:06Des salariés ont des contraintes financières, des entreprises ont besoin parfois d'énergie supplémentaire.
02:12Il pouvait y avoir des équilibres gagnants-gagnants, et on aurait pu attendre, par exemple,
02:17des organisations syndicales qu'elles disent oui, à condition que ce soit encadré par un accord collectif
02:22de branches et d'entreprises, pour ne pas laisser le salarié négocier en tête-à-tête.
02:26Eh bien non, ça a été un refus immédiat, total, complet, de la part des organisations syndicales.
02:32Ce qui est intéressant, c'est que vous dites qu'il faut réduire le nombre de syndicats en France,
02:36ils ont pris le rôle d'un parti politique bis.
02:39C'est pas ça la démocratie ?
02:41Non, c'est pas ça la démocratie.
02:43La démocratie sociale, c'est vraiment la recherche de compromis,
02:46dans les branches surtout, mais dans les entreprises aussi, au niveau national.
02:50Enfin, les partis, les positions, le positionnement,
02:55qui est maintenant celui des partenaires sociaux, et en particulier des syndicats,
02:58est un positionnement politique, qui est le rôle des élus de la République.
03:03Et l'enceinte de cette démocratie politique, c'est évidemment le Parlement.
03:09Et l'aboutissement, c'est la production de textes législatifs.
03:13Et maintenant, on voit de plus en plus les partenaires sociaux,
03:16et en particulier les syndicats,
03:18eh bien, comment dirais-je, intervenir sur un terrain très très politique.
03:23Et ce que nous, nous disons, c'est que c'est tout à fait légitime de leur part.
03:26Les institutions de la démocratie sociale les amènent à ça.
03:30Ces institutions sont inadaptées aux besoins d'une démocratie sociale,
03:34telle qu'elle peut exister, de façon très riche, très constructive, très productive,
03:39dans d'autres pays, les pays nordiques, scandinaves, l'Allemagne, les Pays-Bas,
03:42mais même des pays comme l'Espagne et l'Italie.
03:46Idéalement, porter leur nombre de 5 à 3,
03:49est-ce que c'est possible de faire ça en France, en l'état actuel du pays ?
03:53Et qui pourrait porter ça ?
03:54Alors d'abord, ça n'est pas 5, c'est 8.
03:578 syndicats en France ont plus de 5% de suffrage aux élections professionnelles.
04:06C'est énorme, dans les autres pays, c'est 3 ou 4.
04:10Là où la démocratie sociale est très active, très productive,
04:14il y en a 3 ou 4.
04:16Évidemment, ce nombre de 8 aboutit à des surenchères,
04:20à des positionnements dans l'opposition, dans la contestation,
04:25plutôt que dans la recherche de l'élaboration de compromis.
04:30Vous voyez, il y a 5 syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel,
04:34mais il y en a 8 qui ont plus de 5% des voix.
04:39Et pour réduire le nombre de syndicats,
04:42l'amener à ce qui existe dans des pays où la démocratie sociale est très active,
04:47il faudrait remonter les seuils, passer de 8 à 15 peut-être au niveau interprofessionnel,
04:54voire à 20.
04:56Il faudrait les relever aussi dans les branches ou des entreprises,
05:00afin de pousser à des regroupements syndicaux, à des syndicats plus forts sur le terrain.
05:09C'est ça qui est recherché, des syndicats plus forts.
05:11Est-ce qu'ils ont du poids, malgré tout, la participation aux élections professionnelles ne cesse de baisser ?
05:17Et ça, c'est un phénomène inquiétant.
05:19Oui, c'est un phénomène inquiétant.
05:21Et encore une fois, nos institutions ici ne poussent pas à des syndicats forts
05:28qui recherchent l'adhésion des salariés, la représentation des salariés dans les entreprises.
05:33Je vais prendre un exemple simple.
05:35Dans une entreprise de 10 000 salariés, c'est le résultat des votes au premier tour des élections professionnelles
05:43qui permettra de calculer l'audience.
05:45S'il n'y a que 10 salariés qui votent dans notre entreprise de 10 000 salariés,
05:50c'est sur ces 10 salariés qu'on va calculer l'audience.
05:52Donc si un syndicat a 6 voix sur 10 suffrages exprimés dans notre entreprise de 10 000 salariés,
05:59on dira qu'il est majoritaire,
06:01qui peut engager le collectif de travail dans des négociations et dans la signature d'un accord collectif.
06:07Ça n'est pas satisfaisant.
06:08Alors même que pour l'élection au CSE,
06:11s'il n'y a pas le quorum au premier tour des élections,
06:15un deuxième tour est organisé, où il n'y a pas monopole de candidature syndicale,
06:20et c'est ce résultat du deuxième tour qui font les élus du CSE.
06:24Ce que nous nous disons avec Guy Groux et Richard Robert,
06:28c'est que dans ce cas-là, le CSE devrait devenir l'instance légitime de négociation,
06:35de représentation du collectif de travail et de signature d'accord.
06:38C'est ce qui existe dans d'autres pays.
06:40En Allemagne, qui n'est pas quand même un moindre exemple pour nous,
06:46en Allemagne, c'est l'équivalent de notre CSE,
06:49c'est le Works Council qui négocie dans l'entreprise pour représenter le collectif de travail.
06:54Vous parlez aussi de reporter un temps durant l'exercice de grève,
07:00suspendre les appels à la grève à des arrêts collectifs de travail
07:04lors de l'ouverture de négociations, ce n'est pas interdire la grève,
07:07mais c'est éviter de négocier avec un pistolet sur la tempe, dites-vous.
07:12Exactement. Quand une négociation est en cours,
07:16ce qui doit être recherché, c'est la sérénité, c'est le sérieux,
07:21c'est le fait que chaque acteur de cette négociation
07:24puisse librement, posément, sereinement négocier
07:29avec la représentation patronale quand il s'agit d'un syndicat
07:33et l'inverse quand il s'agit du côté patronal.
07:40Et pour ça, évidemment, il ne faut pas que,
07:43durant la négociation,
07:45durant la négociation,
07:47il y ait des appels à la grève
07:49pour faire pression sur les négociateurs.
07:52C'est les plus mauvaises conditions, évidemment, de la négociation.
07:56Ça ne veut pas dire que si la grève,
07:58si, comment dirais-je, la négociation échoue,
08:00il ne peut pas y avoir ensuite un mouvement,
08:03un appel à la grève, à l'association de travail.
08:05Mais ça veut dire que ça prendrait beaucoup plus de temps,
08:07le processus prendrait beaucoup plus de temps.
08:10On peut dire que pendant un, deux ou trois mois,
08:12il faut laisser la négociation, les négociateurs,
08:15avoir des conditions de négociation
08:18vraiment calmes, sereines, sérieuses
08:21pour aboutir, si possible, à un accord.
08:24Il nous reste très peu de temps.
08:25J'aime bien aussi cette proposition
08:26d'inclure davantage de représentants de salariés
08:29dans les conseils d'administration.
08:31Ça améliorerait le dialogue.
08:34Ça placerait aussi, peut-être,
08:37les salariés devant les responsabilités
08:40qui incombent à l'entreprise.
08:41Absolument.
08:41C'est ce qui se passe dans d'autres pays
08:43qui nous entourent.
08:44Je pense en particulier, encore une fois,
08:47à l'Allemagne,
08:48notre principal partenaire économique.
08:51C'est ce qui existe aux Pays-Bas.
08:52Ce sont des choses qui fonctionnent.
08:55Mais pour cela, il faut des partenaires sociaux
08:57davantage responsabilisés.
09:00Et les autres propositions de réforme
09:02doivent passer, doivent se réaliser avant
09:04pour que celles-ci, enfin, consacrent
09:07une véritable responsabilisation
09:09des représentants des salariés
09:12avec le fait qu'ils participent
09:14aux prises de décisions stratégiques
09:16des entreprises.
09:16Histoire d'éviter ces blocages
09:19qui caractérisent notre pays en ce moment.
09:21Merci beaucoup, Gilles Rassette,
09:22d'être venu nous voir,
09:23économiste, professeur à la Neoma Business School
09:25et co-auteur de ce livre
09:27« Sauver la démocratie sociale »
09:29chez Calman Levy,
09:30co-écrit avec Guy Roux et Richard Robert.
09:33Merci beaucoup d'être venu
09:34dans la matinale de l'économie.
09:36Merci beaucoup.
09:36Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations