00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité c'est Antoine Fouché. Bonjour, vous êtes le président de Quintette.
00:07On va parler de l'atalité avec vous ce matin. Vous avez rédigé pour le Haut Commissariat la stratégie et haut plan une note
00:11intitulée Décrochage démographique 5 révolutions du marché du travail. C'est à horizon 2035 et la première chose qu'on voit dans votre note
00:18c'est que le chômage c'est fini. C'est une espèce en voie de disparition.
00:22Le chômage de masse oui parce que en fait ce qui pendant plusieurs décennies depuis le début des années 80
00:27faisait qu'on avait, le taux de chômage moyen c'est 9% pendant ces 4 décennies là, c'est qu'on avait à peu près
00:35150 000, 200 000 personnes de plus par an qui arrivaient sur le marché du travail.
00:41Et donc ça faisait à l'échelle d'un quinquennat par exemple que pour stabiliser le chômage, pas le baisser
00:46mais juste le stabiliser, il fallait créer un million d'emplois. La nouveauté c'est que depuis une petite dizaine d'années
00:53l'augmentation de la population active est beaucoup moins forte, donc il y a un peu plus de 50 000 personnes par an
00:58qui arrivent sur le marché du travail et à partir de 2035 ça va baisser. Et ça, ça veut dire, et c'est complètement
01:04nouveau pour nous à l'échelle d'un demi-siècle, c'est qu'il n'y a plus besoin de croissance pour baisser le chômage.
01:09Donc on peut avoir une très faible croissance et un très faible chômage parce que jusqu'à présent il fallait créer
01:16beaucoup d'emplois pour faire baisser le chômage. Maintenant c'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle
01:20mais maintenant il y a beaucoup moins besoin d'avoir de la croissance pour faire baisser le chômage.
01:25Et ça c'est radicalement neuf et ça change plein de choses sur le marché du travail.
01:29Alors ça change évidemment sur la question de la vision politique, on va parler après, mais dans les entreprises
01:33du coup, plus de difficultés de recrutement, plus de difficultés de recrutement et un salarié qui devient roi.
01:40Ça renverse un peu le rapport de force ou en tout cas ça le stabilise, l'équilibre entre le salarié
01:46et les employeurs parce qu'effectivement les employeurs pouvaient se dire pendant les années
01:52qui sont, les décennies encore passées, ils se disent bah écoutez si vous n'êtes pas content de votre job
01:56la porte est ouverte, vous pouvez aller, je trouverais quelqu'un d'autre.
01:59C'est de moins en moins vrai. Et ça on le voit dans les enquêtes France Travail, dans les enquêtes de l'INSEE,
02:04les tensions de recrutement des quatre dernières années, c'est les pires depuis qu'on les mesure.
02:09Et ce qui corrobore aussi ça, c'est ce que font les salariés, c'est-à-dire qu'ils démissionnent.
02:15On n'a jamais autant démissionné en France, il y a 2 millions de personnes qui démissionnent d'un CDI,
02:20il faut avoir les ordres de grandeur là-dessus.
02:21500 000 ruptures conventionnelles aussi.
02:23500 000 ruptures conventionnelles, on est 28 millions, on est 68 millions de Français, 28 millions à bosser,
02:2820 millions de salariés, 5 millions de fonctionnaires, 3 millions d'indépendants,
02:31et sur les 20 millions de salariés, il y a 16 millions de salariés qui seront en CDI.
02:34Sur ceux-là, il y en a 2 millions qui démissionnent chaque année de leur CDI,
02:38et 500 000 qui signent une rupture conventionnelle.
02:40Mais, ils ne démissionnent pas ou ils ne signent pas des ruptures conventionnelles pour aller à la piscine,
02:44contrairement à ce qu'on peut entendre un peu,
02:46ou partir autour du monde, etc.
02:47Il y a peut-être une toute petite minorité, mais 86% d'entre eux retrouvent un job en CDI en moins de 6 mois.
02:54Donc les salariés ont bien intégré d'une certaine manière,
02:57ou une grande partie d'entre eux ont bien intégré que le rapport de force a un peu évolué,
03:01et qu'ils peuvent démissionner pour aller travailler ailleurs,
03:06soit pour des augmentations salariales.
03:07Ça, on ne le voit pas trop encore, pour une autre raison,
03:09qui est que la France, contrairement à ce qu'on dit,
03:11la France, dans la majorité des cas, les boîtes en France n'ont pas beaucoup de marge pour augmenter les salaires.
03:15Soit, et c'est surtout ça le motif de démission réembauche,
03:19avoir des meilleures conditions de travail,
03:21et c'est vrai que là, là-dessus, les boîtes françaises peuvent progresser.
03:24Ce qui veut dire que l'avenir du salarié, mais pas d'ici 20 ans, d'ici votre maison, c'est 2035.
03:30Oui, on y est déjà, en fait, ça a déjà commencé,
03:32parce qu'encore une fois, on n'a jamais autant démissionné dans notre pays,
03:35et plus les années vont passer, plus les choses vont évoluer en faveur des salariés.
03:41C'est-à-dire que l'avenir, c'est un salarié roi, tranquille,
03:44qui négocie sur ses conditions de travail, mais pauvre.
03:46Oui, on peut le résumer comme ça.
03:48La perspective de hausse de salaire est très faible.
03:49Elle est très faible, et on peut dire que c'est contradictoire,
03:51parce que normalement, quand même, quand il y a des tensions de recrutement,
03:53ça fait augmenter les salaires.
03:56Oui, mais à condition que les entreprises aient quand même des marges pour le faire.
04:00Et là, je cite le même institut que sur la démographie qu'est l'INSEE.
04:04En France, le partage de la valeur n'a pas changé depuis 70 ans
04:08entre les entreprises et les salariés.
04:11Dit de façon non technique, les boîtes en France, en moyenne,
04:14c'est pas partout pareil, mais en moyenne,
04:16les boîtes en France, elles n'ont pas de marge pour augmenter les salaires.
04:18Donc, vous pouvez aller d'une entreprise à une autre.
04:21Ce que vous allez réussir à faire, c'est un peu d'augmentation de salaire, certes,
04:25mais c'est surtout de meilleures conditions de travail.
04:28C'est là où les boîtes peuvent se différencier les unes des autres,
04:30parce que sinon, encore une fois, comme on est dans une économie
04:33qui se tertiarise, qui se désindustrialise,
04:36et qui ne remplace pas ça par de la technologie,
04:38et dont le niveau de compétence baisse relativement,
04:40pardon, c'est un peu déprimant le matin,
04:41mais baisse par rapport aux autres pays européens,
04:44on peut faire ce qu'on veut en moyenne.
04:47Les salaires ne vont pas réaugmenter,
04:49sauf réforme radicale qu'il faut faire,
04:51mais sinon, les salaires ne vont pas réaugmenter en France
04:53fortement dans les années qui viennent,
04:54même les décennies qui viennent.
04:55– Antoine Fouché, ce n'est pas ce que font les boîtes aujourd'hui.
04:57Aujourd'hui, elles reviennent sur le télétravail,
04:59elles disent, attendez, le Covid, on s'est bien amusés,
05:01et maintenant, c'est terminé.
05:02– Oui, mais je pense qu'il y a deux options là-dessus,
05:05soit l'erreur, soit la stratégie pour faire partir les gens.
05:08Et les deux sont compatibles.
05:09– Oui, les deux peuvent marcher ensemble.
05:10– Les deux peuvent marcher ensemble,
05:11c'est-à-dire que ça peut être une manière de dire,
05:14parce qu'on voit dans les enquêtes d'opinion…
05:15– Un plan de départ déguisé, en fait.
05:16– Un plan de départ déguisé en disant,
05:17écoutez, si vous n'êtes pas…
05:19– Pour revenir à Paris, vous habitez avec, vous avez qu'à partir.
05:21– Voilà, écoutez, allez-y, la porte est ouverte.
05:24C'est une manière de faire partir les gens,
05:26et c'est efficace, parce qu'il y a, comme vous l'avez dit,
05:28il y a plein de gens qui ont organisé leur vie entière,
05:30leur conciliation, vie pro, vie perso.
05:32S'il n'y a plus de travail, de télétravail,
05:33il n'y a plus de vie possible.
05:35Donc, ils partent, effectivement, et ça, on le voit.
05:38Après, encore une fois, dans 86% des cas,
05:41ils retrouvent un job en CDI en moins de 6 mois.
05:44Soit, sans motil, je me permets de le dire,
05:48ma boîte, elle ne fait que 11 salariés,
05:50donc je parle avec beaucoup d'humilité là-dessus.
05:53Mais ça peut être aussi une erreur d'analyse,
05:55en se disant que le télétravail,
05:58c'est quelque chose qui désorganise le collectif de travail.
06:03Ça peut être le cas, si c'est excessif,
06:05si ce n'est pas bien managé, etc.
06:08Mais il y a aussi des études qui montrent
06:10que ça permet d'accroître la motivation,
06:13la fidélité, l'attractivité, la productivité, etc.
06:15Donc, faire une assimilation entre le télétravail
06:19et l'insuffisance de travail,
06:21je pense que c'est idéologique,
06:23mais que ça n'a rien à voir avec la réalité.
06:24Mais ça peut exister dans certains endroits,
06:26je ne dis pas le contraire.
06:26Le problème, c'est qu'il n'y a aucune politique nataliste
06:29qui fonctionne.
06:29C'est-à-dire que les primes, les cash, ça ne marche pas.
06:31Il y a un sujet sur le logement.
06:33Est-ce que si on arrive à résoudre ce problème-là,
06:36les gens font plus d'enfants ?
06:37Est-ce qu'elle est là, la piste ?
06:38Alors, les démographes, vous direz qu'ils sont très humbles,
06:41sans doute plus humbles que les économistes,
06:43vous disent qu'ils ne savent pas, en fait.
06:45On ne sait pas bien quelles sont les causes
06:47qui font que les parents font moins d'enfants.
06:51Mais ils mettent quand même des pistes sur la table.
06:53Dans la piste, l'une des pistes qui est le plus privilégiée,
06:56c'est pour expliquer le décrochage.
06:58Ça fait une dizaine d'années qu'on décroche.
06:59Là, ça s'est accéléré ces dernières années,
07:01mais ça fait quand même une dizaine d'années
07:02qu'on est passé un peu en dessous de 2.
07:05Et là, on est à 1,6.
07:07En ordre de grandeur, là aussi, pour les gens,
07:09on faisait plus de 800 000 bébés par an.
07:11Et là, on en fait à 650 000.
07:13Donc, c'est quand même un gros décrochage.
07:16Il y a la principale piste, c'est le logement.
07:19Parce que, là aussi, en ordre de grandeur,
07:23il faut travailler aujourd'hui deux fois plus
07:25qu'il y a 20 ans pour avoir le même logement.
07:27C'est lié au fait que, pour la première fois depuis 45,
07:30les salaires ne progressent plus.
07:31Ou, pour le dire de façon simple,
07:32le travail ne paye plus.
07:33Au sens où il ne permet plus d'améliorer
07:34sa vie de niveau de vie matérielle.
07:36Et à l'inverse, les prix du logement
07:38n'ont jamais autant augmenté que depuis 15 ans.
07:40Et donc, le décalage entre les deux
07:42fait que vous travaillez pareil,
07:45autant, même niveau de salaire,
07:46même niveau de qualification qu'il y a 20 ans.
07:48Vous avez un logement deux fois plus petit.
07:50Donc, les gens s'endettent davantage.
07:52Mais l'arbitrage aussi se fait souvent
07:55avec une pièce en moins.
07:57Et une pièce en moins, disent les démographes,
07:59ils ne disent pas qu'il y a une corrélation directe.
08:01Mais ça peut expliquer, dans beaucoup de cas,
08:04le fait d'avoir un enfant en moins
08:05ou d'attendre avant d'avoir un premier enfant
08:10ou un deuxième enfant.
08:11Mais les ordres de grandeur dans les métropoles
08:13où sont notamment les jeunes cadres très diplômés,
08:16corroborent largement ça.
08:19C'est-à-dire qu'un couple de jeunes cadres,
08:22avant d'avoir 50 mètres carrés
08:25pour avoir au moins deux pièces, un salon,
08:27vous attendez au moins 10 ans.
08:28Sauf si vous êtes héritier.
08:30Merci beaucoup Antoine Fouché d'être venu ce matin.
08:33Nous remontez le moral sur toutes les questions
08:35de démographie.
08:37Oui, mais ça fait du bien de parler des vrais sujets.
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