00:00Débat ce matin entre Jean-Marc Daniel et Mathieu Jolivet.
00:04On va parler accord commercial entre l'Union Européenne et l'Australie.
00:07Il a été signé mardi en accord d'ampleur,
00:10augmentation des exportations de l'Union Européenne vis-à-vis de l'Australie,
00:14accord en matière de défense, accord sur les minéraux critiques.
00:18Est-ce que c'est enfin une bonne nouvelle, Jean-Marc ?
00:20C'est une excellente nouvelle.
00:22Je pense qu'effectivement, malgré le discours ambiant qui consiste à dire
00:25la mondialisation s'est terminée, on tourne la page de la mondialisation.
00:30En fait, vous avez une poursuite de la libéralisation du commerce international.
00:35Si vous prenez la base 100 en 1980, vous avez un PIB qui a été multiplié par 4
00:40et un commerce mondial qui a été multiplié par 8 depuis cette époque-là.
00:44Alors on pourrait dire, oui, mais c'est en train de ralentir
00:46parce que Donald Trump est en train d'inverser la vapeur
00:48et c'est quand même l'économie dominante.
00:50Pourquoi est-ce qu'il inverse la vapeur ?
00:51C'est parce que, assez paradoxalement, cette économie dominante
00:54est de l'économie qui est la plus endettée
00:56et surtout la plus en déficit extérieur de la planète
00:58alors que son homologue historique qui était le Royaume-Uni
01:02dans les années 1800-1900 était un excédent extérieur.
01:06Et quand on regarde simplement ces accords,
01:08on s'aperçoit qu'ils tiennent compte du fait
01:11qu'il va falloir contourner les États-Unis.
01:12Si je prends les derniers accords qui ont été signés,
01:14je vais prendre par rapport aux 20 économies
01:17qui sont les plus importantes à la surface de la planète.
01:19La quatrième économie mondiale, c'est le Japon.
01:21L'Union européenne a signé un accord avec le Japon
01:23de libre-échange en 2019.
01:24La cinquième économie mondiale, c'est l'Inde.
01:27L'Union européenne a signé un accord de libre-échange
01:29avec l'Inde au début de cette année.
01:32La onzième économie mondiale, c'est le Brésil.
01:34Le Brésil fait partie du Mercosur
01:35et à partir du 1er mai,
01:37l'accord qui a été signé va rentrer en vigueur.
01:39La quinzième économie mondiale, c'est l'Australie
01:43et nous sommes en train de signer.
01:45Et la dix-septième économie mondiale, c'est l'Indonésie.
01:48On a signé un accord de libre-échange avec l'Indonésie.
01:50Donc tout ça, c'est des bonnes nouvelles ?
01:51Tout ça, ce sont des bonnes nouvelles
01:52parce que nous sommes en train de réorienter
01:54notre politique commerciale vers les pays.
01:58Il n'y a que ça à faire.
01:59Il n'y a que ça à faire et vers les pays
02:00où il va y avoir de la croissance,
02:02l'Inde, le Brésil, l'Indonésie.
02:04Sauf que Mathieu Jolivet, on le voit tout de suite,
02:06les agriculteurs ne sont pas d'accord.
02:07Le Mercosur, le président, continue de dire
02:10que ce n'était pas une bonne idée.
02:12La mondialisation heureuse, ce n'est plus trop d'actualité.
02:15Oui, en fait, ce que nous dit Jean-Marc alors,
02:17c'est que les grands accords commerciaux,
02:19ils suivent le vent.
02:20Ils suivent le vent de l'économie mondiale
02:22vers les nouveaux gisements de croissance.
02:24Moi, ce que je dis, c'est OK, suivons le vent,
02:26mais bordons mieux les voiles
02:28et surtout faisons gaffe à ne pas laisser
02:30tous les matelots haquer.
02:31Pourquoi je vous dis ça ?
02:32Parce qu'évidemment qu'il faut rester lucide
02:36et qu'aujourd'hui, on ne peut pas imaginer
02:40un monde sans grands accords commerciaux
02:42dans un monde où se redessinent des grands blocs
02:44qui sont régis par des rapports de force
02:46de plus en plus brutaux.
02:47Mais si on reproduit aujourd'hui les mêmes recettes
02:50que les 30 dernières années
02:52avec des accords commerciaux gigantesques
02:55qui concentrent leurs gains juste sur quelques secteurs
02:57et qui laissent les autres se débrouiller,
02:59on prendra à ce moment-là le risque
03:01et surtout des grands accords.
03:02Jean-Marc, des grands accords où moi,
03:04j'ai le sentiment que depuis 30 ans,
03:05il y a eu plus de 300 grands accords
03:07qui ont été signés depuis les années 90.
03:09À chaque fois, j'ai le sentiment
03:11qu'on n'a pas assez bordé et pensé en amont
03:14le juste partage de la valeur
03:16de cette immense richesse qu'ils ont créée.
03:19Et ça...
03:19Ou dit autrement, il faut payer les secteurs
03:21qui prennent cher, quoi.
03:22C'est-à-dire que...
03:24Les agriculteurs.
03:24Je dis juste que ces grands accords commerciaux,
03:26ils ont enfanté un ressentiment
03:30des oubliés de la mondialisation.
03:32Et ça, c'est pas juste des grands mots.
03:35Vous prenez l'accord de l'Australie,
03:37l'accord Union européenne-Australie,
03:38on va avoir 30 000 tonnes.
03:40Ça, c'est concret.
03:4130 000 tonnes d'importation de bœuf,
03:4325 000 tonnes d'importation aux vignes,
03:45caprines, etc.
03:46Qu'est-ce qu'on fait vis-à-vis
03:48de nos agriculteurs européens
03:49si cet accord a un impact négatif
03:52sur leurs revenus
03:53et si cet accord affaiblit
03:55la souveraineté européenne ?
03:57Comment est-ce qu'on gère ce signal ?
03:59Mais Jean-Marc, il veut faire
04:00des agriculteurs, des fonctionnaires,
04:01donc il a la réponse.
04:02Ils sont déjà des fonctionnaires
04:04vu la base d'argent qu'ils publient,
04:05qu'ils reçoivent.
04:06Et donc, effectivement,
04:07on a ce vieux débat.
04:08Est-ce que le but de l'économie,
04:10c'est de préserver les emplois,
04:11le producteur de s'installer
04:13dans une forme de routine
04:14qui fait que chacun
04:15se sent confortable
04:16dans sa situation économique personnelle
04:18ou est-ce que c'est de favoriser
04:19le pouvoir d'achat, la dynamique,
04:21la destruction créatrice
04:22et à la fin, le consommateur ?
04:24Ce que je trouve intéressant
04:25dans la structure de l'Europe,
04:27c'est que comme c'est l'Union européenne
04:28qui négocie,
04:30c'est elle qui va pouvoir
04:31montrer du doigt.
04:32C'est-à-dire que les gouvernements
04:33disant que ce n'est pas
04:34ma responsabilité,
04:35c'est l'attitude de la France
04:36qui consiste à dire
04:37qu'il faut que Bruxelles réfléchisse
04:39parce que ce n'est plus Paris
04:40qui décide.
04:41À partir de ce moment-là,
04:42ça permet aux dirigeants politiques
04:43de Français de dire
04:45écoutez, je vous défends,
04:47mais j'y peux rien,
04:47mais je vous défends.
04:48Mathieu, il parle d'externalité négative
04:50en fait sur des contrats commerciaux
04:52et quand on a une externalité négative,
04:53on doit agir, non ?
04:54Non, parce que ce n'est pas
04:55une externalité négative,
04:56c'est le fait que par le biais
04:57de la concurrence,
04:58vous assurez davantage
04:59de pouvoir d'achat aux consommateurs
05:00au détriment effectivement
05:01des gens qui sont en situation
05:03avant, soit de rente,
05:05soit de monopole,
05:06soit d'avoir un niveau de revenu
05:08qui n'est pas conforme
05:09à la réalité économique.
05:10Juste un exemple,
05:11depuis que l'OMC a accepté
05:13la présence de la Chine,
05:14on rappelle que le pouvoir d'achat
05:16moyen des ménages français
05:18a été augmenté
05:18de 1 000 à 1 200 euros par an
05:21et donc ce n'est pas négligeable.
05:23Et à travers ce type
05:24d'accord commercial,
05:25je parle aussi d'impact
05:26sur les opinions publiques
05:27et donc de politique.
05:28Il faut aussi avoir en tête
05:29que ce type d'accord commercial,
05:30c'est ça qui a aussi
05:31enfanté Donald Trump.
05:32Donald Trump a été
05:34le premier peut-être,
05:36et il faut lui reconnaître ça,
05:37à avoir senti le vent tourner
05:38et avoir construit
05:39tout un narratif
05:40depuis plus de 25 ans
05:41pour parler aux oubliés
05:43du libre-échange
05:44au cœur desquels
05:45il y a ce type
05:45d'accord commercial.
05:46Donc attention
05:47à mieux border les voiles.
05:49C'est beau ce que vous dites,
05:50Mathieu.
05:50il y a ce type d'accord
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