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  • il y a 5 heures
Ce vendredi 20 mars, Kevin Le Nouail, directeur associé, gestion de fortune chez Avant-Garde Family Office, s'est penché sur la reprise du dollar face au conflit au Moyen-Orient, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:0013h43, Kevin nous rejoint, Kevin Lenoaille. Bonjour Kevin. Bonjour Guillaume.
00:03Directeur associé d'Avant Gare Family Office, face à ces marchés, vous allez rendre votre verdict.
00:08Ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre, est-ce que vous l'assumez ?
00:12Oui, je l'assume totalement. On vous écoute.
00:15Eh bien, le verdict étant qu'à court terme, le dollar redevient peut-être la meilleure couverture géopolitique.
00:21Tiens.
00:23Le dollar redevient peut-être la meilleure couverture géopolitique.
00:25C'est vrai que c'est le grand retour du dollar depuis 2-3 semaines.
00:27C'est l'autre métronome, le dollar de cette guerre.
00:31Oui, absolument. L'idée peut paraître relativement paradoxale parce que, rappelons qu'on vient d'un dollar qui, en 2025,
00:38ça a largement été commenté ici, avait largement souffert, bien entendu, face à l'euro, avec quasiment 13% de
00:43baisse.
00:44Et puis, on a cette petite musique de dévalorisation du dollar maintenant depuis de nombreuses années.
00:49Ce sont des déficits structurels, c'est une dédollarisation du commerce mondial,
00:52et puis c'est une diversification des réserves de change.
00:55Mais force est de constater que sur ce stress actuel, très particulier, géopolitique encore une fois,
00:59et peut-être de main d'inflation, on va y revenir, eh bien le dollar peut-être redevient roi.
01:04Oui, alors vous vous dites quoi ? Vous vous dites que c'est évident,
01:06c'était la baisse du dollar qui était une anomalie, ou qu'on revient à la norme, ou qu'on
01:10a de nouveaux facteurs.
01:11Comment vous regardez la solidité, la durabilité de ce qui est en train d'arriver au dollar, son rebond depuis
01:162-3 semaines ?
01:16Je ne pense pas du tout que ce soit une anomalie de l'année dernière, parce qu'il faut quand
01:20même avoir en tête que l'année dernière,
01:21ce qui a expliqué effectivement ce recul du dollar, c'est notamment des anticipations de taux de la part de
01:26la Fed,
01:27qui étaient pricées et qui étaient relativement justifiées par rapport à ce qui s'est passé en fin d'année.
01:31Par contre, ce que l'on dit, c'est qu'effectivement, cette reprise du dollar aujourd'hui,
01:34oui, elle est largement assez naturelle de ce point de vue-là.
01:37Pourquoi ? Parce que dans ce cadre-là, il faut rappeler ce qu'est le dollar.
01:40Le dollar, c'est l'actif central, bien entendu, de nos systèmes financiers,
01:44et dans un choc comme celui-ci, la première chose, c'est que c'est très conjoncturel.
01:47Ça veut dire qu'on a besoin d'un actif qui soit un actif liquide, bien entendu,
01:51qui soit un actif avec de la profondeur de marché.
01:53Ça, par exemple, c'est ce que vous ne trouvez pas autant, par exemple, sur le franc suisse, le yen,
01:58de ce point de vue-là.
01:59Puis c'est un actif à rendement, au contraire, par exemple, de l'or, qui, lui, ne joue plus ce
02:02rôle-là.
02:03Le deuxième élément, surtout qui est très important pour l'expliquer,
02:06c'est que ce choc actuel, c'est un choc qui est géopolitique,
02:09c'est pas un choc de crédibilité monétaire, qui pourrait justement porter l'or à la hausse, par exemple,
02:14poursuivre ce mouvement, c'est pas du tout le cas.
02:15Là, c'est géopolitique, c'est énergétique, vous en avez largement parlé il y a quelques minutes.
02:19Et puis, dans un tel cadre, ça veut dire que c'est un choc potentiellement d'inflation.
02:22Ça, ce n'est pas encore réalisé.
02:24Et si on rentre dans ce cadre-là, c'est tout à fait naturel de revoir complètement la thèse de
02:292025.
02:29La thèse de 2025, c'est encore une fois un spread par rapport au taux BCE-FED.
02:33Et là, ce spread est complètement redessiné par des déclarations de Banque Centrale,
02:38et peut-être demain, peut-être, encore une fois, des taux qui vont augmenter.
02:41Donc, pour vous, le dollar est, à court terme, la meilleure couverture géopolitique.
02:45Si je préfère même investir en actions, ça veut dire que c'est le moment de renforcer Wall Street
02:49si le dollar est une couverture, qu'il continuait de progresser, de se renforcer ?
02:52Ça peut être une bonne idée, mais ce n'est pas un argument en soi.
02:55En fait, quand on va regarder aujourd'hui les marchés américains,
02:57on le fait majoritairement pour la qualité des actifs et non pas pour leur devise.
03:01À vrai dire, si on veut se couvrir uniquement avec du dollar, autant faire du change,
03:04mais surtout faire du monétaire dollar, qui en plus a le très bon goût en ce moment de très bien
03:07rémunérer.
03:08Donc, pas forcément un retour sur Wall Street pour ça.
03:10Par contre, le retour sur Wall Street, comme vous l'évoquez,
03:13oui, il est tout à fait aujourd'hui, on commence à le regarder.
03:16Par contre, ce que l'on dit, déjà, on sort effectivement cet argument du dollar.
03:19Et puis surtout, n'y allons pas de manière héroïque, j'allais dire, ou un peu par réflexe.
03:23Ça, ça ne fonctionne pas aujourd'hui parce qu'on n'est pas du tout dans les conditions type d
03:27'avril 2025.
03:28La comparaison n'est pas la même, bien entendu,
03:30mais ce qui nous intéresse ici, c'est la valorisation des actifs à Wall Street.
03:33Et ceux-là, ils ont beaucoup moins chuté qu'en avril 2025.
03:35On rappelle qu'en avril 2025, vous avez un creux de valorisation.
03:38Sur un S&P, par exemple, on passe de 26 fois les bénéfices anticipés à 17 fois.
03:43Là, c'est quasiment de l'achat par réflexe possible, bien entendu.
03:46Aujourd'hui, on corrige de l'ordre de 26 à 20 fois.
03:48C'est plus timoré.
03:50Mais ce n'est pas un signal d'achat très vif, en réalité.
03:52Pas encore.
03:53Et on ne l'a quasiment sur aucun marché, en fait, de ce point de vue-là,
03:55si ce n'est peut-être les émergents, mais avec d'autres difficultés.
03:57C'est la question que j'allais vous poser.
03:58Est-ce que c'est le moment de revenir quand plus personne n'y croit ?
04:00C'est Warren Buffett qui a longtemps expliqué, c'est quand personne n'y croit qu'il faut revenir.
04:03On entend aussi cet adage, acheter au son du canon, voilà, on en pense ce qu'on veut.
04:08Vous dites, non, c'est trop tôt.
04:09Non, on ne dit pas que c'est trop tôt.
04:10On dit, allons-y simplement par parcimonie.
04:12Aujourd'hui, on commence à réexposer très concrètement nos portefeuilles.
04:15Ça, c'est certain, parce qu'encore une fois, on a des creux de valorisation.
04:18On a des très beaux dossiers qui reviennent sur le devant de la table.
04:21Autant en profiter.
04:22Par contre, acheter au son du canon, on aime beaucoup cette expression.
04:24Le problème, ça vient d'être dit par, encore une fois, les officiels américains,
04:28le canon n'est peut-être pas terminé.
04:29Et donc aujourd'hui, ce marché-là n'a ni terminé sa purge en termes de volatilité,
04:33ni la profondeur de la correction.
04:35Et ça, c'est ce que j'évoquais sur les valorisations.
04:37On n'a pas une ouverture qui soit dithyrambique par rapport à ce côté-là.
04:40– Oui, est-ce que vous vous dites quand même que quand on sera libéré de cette guerre,
04:44le rebond sera massif ?
04:45Il l'a été évidemment après le Covid, il l'a été après la guerre en Ukraine.
04:48Là, on voit déjà que d'un mois sur l'autre,
04:50les montagnes de cash accumulées dans les portefeuilles ont beaucoup grandi.
04:53Les investisseurs ont vraiment accumulé beaucoup de cash sur un mois.
04:55C'est même l'accélération de l'accumulation de cash la plus importante depuis le Covid à laquelle on assiste.
05:00Est-ce que ça, c'est autant de poudre sec qui demain se déversera sur les marchés ?
05:03– Oui, potentiellement, si on n'a pas passé la rupture en termes d'inflation.
05:07C'est-à-dire que globalement, le choc, il peut s'arrêter.
05:10Résorber ce choc, la vraie difficulté, c'est si on est sur un choc offre-demande,
05:14comme on l'a eu en 2022, ça ne suffira absolument pas à nous faire devenir acheteur sur le marché.
05:19C'est complètement inenvisageable.
05:20Par contre, effectivement, il y a beaucoup plus de poudre sèche.
05:22Vous avez entièrement raison de ce point de vue-là.
05:24Et surtout, les autres actifs que l'on a à disposition, ils ne sont pas pléthores.
05:27En réalité, pour revenir dans le marché, l'obligataire n'est pas spécifiquement attractif dans des conditions actuelles.
05:32Les actifs privés, là aussi.
05:34– Il y a un sujet qui commence à faire un petit peu parler sur les marchés,
05:37parce que comme dans tout contexte de marché un petit peu perturbé,
05:40beaucoup essaient d'en prendre partie.
05:42On a des grandes banques américaines qui se mettent à proposer des produits financiers
05:47pour jouer contre les problématiques de dette privée,
05:51c'est-à-dire de shorter véritablement le marché par différentes solutions.
05:56On a Société Générale qui s'invente des sortes de bypass
05:59pour essayer de transférer le risque lié au data center, par exemple.
06:04Est-ce que vous pensez que la finance n'est pas en train de compliquer le problème ?
06:08– Non, malheureusement, c'est non pas un adage, mais une espèce de tradition financière.
06:13On pointe le risque, on le découpe, on le transfère.
06:16La question, elle n'a pas changé.
06:17Globalement, elle n'est pas aussi vieille que la finance, mais quasiment, de ce point de vue-là.
06:20Par contre, est-ce que ça doit attirer notre attention ?
06:23Ça, très clairement.
06:23Je vais en profiter.
06:25Nous, on assume aujourd'hui dans notre maison une ligne qui est relativement à l'écart,
06:29bien entendu, des actifs privés, et d'autant plus des actifs de dette
06:31parce qu'on a ces sujets de liquidité.
06:33Donc, beaucoup de méfiance.
06:34Maintenant, est-ce que ça doit nous alerter outre mesure ?
06:36Non, il faut savoir rester à distance de cela.
06:39La vraie problématique, c'est qu'évidemment, ça, ça nous rappelle quelques démons,
06:42si vous me le permettez, Antoine, de 2008, par exemple.
06:44Bien entendu, ce que l'on dit, c'est qu'on n'est pas du tout dans un subprime 2
06:48.0.
06:49On est sûrement, finalement, dans une espèce de complexité 2.0.
06:52Ça, c'est certain.
06:53Donc, il va falloir suivre ça.
06:55Et puis, la difficulté supplémentaire, mais qui va aussi permettre peut-être au système d'être plus résilient,
06:59c'est qu'aujourd'hui, le problème, il est moins du côté des bilans des banques.
07:02Et d'ailleurs, on le voit, elles transfèrent sûrement très bien leurs risques.
07:05Malheureusement, il est dans cette zone grise entre les banques, bien entendu, leurs bilans,
07:08et puis ce qui se passe à côté, les fonds que vous évoquez et les autres institutionnels qui se positionnent
07:12dessus.
07:12Ça, c'est très compliqué pour le régulateur à suivre, donc beaucoup de méfiance, effectivement.
07:16C'est ça, parce que ça crée un peu d'opacité.
07:17Et Société Générale, hier, a été sanctionnée quand même là-dessus, moins 6%, aujourd'hui encore un moins 3%,
07:21parce que d'après Bloomberg, donc, Société Générale étudierait la mise en place d'un transfert de risque assez significatif,
07:27dont l'une des options porterait surtout sur les data centers américains.
07:29Ils transfèreraient les risques sur leur exposition aux data centers américains à d'autres,
07:34ce qui permettrait à Société Générale de libérer du capital pour d'autres déploiements.
07:37C'est très...
07:37Mais vous dites que c'est normal, quoi ?
07:38C'est de la finance normale ?
07:39Je ne vous dis pas que c'est normal.
07:40C'est un excès qu'on n'apprécie pas, mais qui se retrouve assez régulièrement.
07:43Et en ce qui concerne la Société Générale, elle nous a habitués ces dernières années, effectivement, à revoir quelque peu
07:47son business model.
07:48On n'est plus tellement sur une banque pure aujourd'hui.
07:51Elle aime se redéployer progressivement.
07:53Elle l'a fait il y a quelques années dans le leasing.
07:54L'élément n'est pas comparable, mais encore une fois, on n'est pas extrêmement choqués.
07:58Et les investisseurs sont sûrement échaudés par les anciens dossiers Société Générale.
08:02Vous disiez très bien, quand il y a un produit à risque, qu'est-ce qu'on fait ? On
08:04le découpe ?
08:04On le pointe, on le découpe, on le transfère.
08:07Complexité 2.0.
08:08C'est un peu pareil.
08:08Vous savez, quand vous devez nourrir vos enfants, il y a des haricots verts, vous découpez les haricots verts, vous
08:12les cachez dans la purée, et hop, l'enfant, il va réussir à les manger.
08:14Absolument.
08:15C'est pareil.
08:16Merci beaucoup d'être venu nous voir.
08:17Kevin Lenoir est avec nous aujourd'hui pour Avant-Garde Familiaux Fils.

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