00:00Benoît Pelloual nous rejoint, il va nous y aider. Bonjour Benoît.
00:02Bonjour Guillaume.
00:03Directeur des investissements de Nantixis West Management, vous allez rendre votre verdict face au marché.
00:07Cet instant qu'on va vivre, ce verdict que vous allez rendre, est-ce que vous l'assumez ?
00:10Oui, parfaitement.
00:11On vous écoute.
00:12Eh bien, j'invite les investisseurs à se montrer vigilants et à ne pas se tromper de risque politique.
00:21Les marchés, les investisseurs ne doivent pas se tromper de risque politique.
00:24On parle beaucoup de géopolitique, c'est peut-être pas dans la géopolitique que réside pour les marchés en tout cas le plus grand risque.
00:29C'est votre message.
00:30C'est ça, exactement.
00:32C'est vrai que le début d'année est considérablement animé par la politique et surtout la géopolitique,
00:37avec l'intervention américaine au Venezuela, ce qui se passe actuellement avec le soulèvement en Nian
00:41et ce qui se profile probablement.
00:45Mais aussi spectaculaire que ça puisse paraître, on voit bien que la réaction des marchés est très modérée à ces événements.
00:51Depuis le début de l'année, on voit que les marchés prennent ça avec beaucoup de calme.
00:55Et en réalité, on invite en tout cas les investisseurs, nos clients à être vigilants
01:02parce qu'on est assez persuadés que le vrai risque n'est pas là.
01:05Le vrai risque pour les marchés, ce qui pourrait faire bouger les marchés, il est plus aux Etats-Unis.
01:08Il ne faut pas oublier qu'effectivement, aux Etats-Unis, 2026 est une année électorale
01:12et on a des élections demi-mandats qui sont très importantes pour Trump.
01:17Et c'est vraiment ça qui peut faire bouger les marchés.
01:18– Oui, on va en parler dans un instant, on se demandera si l'interventionnisme de Trump
01:22commence à déplaire à Wall Street.
01:23On l'attendait comme grand libérateur de l'économie, il met l'État fédéral au centre de tout.
01:27Il vient réglementer plein de secteurs, il veut faire baisser les prix des cartes de crédit,
01:31les prix de l'immobilier, les prix des médicaments.
01:32Est-ce que ce n'est pas un peu trop pour Wall Street ?
01:34C'est une question qu'on va se poser.
01:35Mais juste avant, Benoît, est-ce que vous n'évacuez pas un peu trop vite la question géopolitique ?
01:40Le pétrole par exemple, il remonte fort, encore en hausse aujourd'hui.
01:43Sur une semaine, on gagne 9% sur les cours du pétrole.
01:46Ce qui se passe en Iran ravive les craintes, peut-être d'un blocage à venir du détroit d'Ormouz.
01:50On en entend parler à nouveau.
01:52Si le régime iranien se sent menacé, peut-être voudra-t-il saboter ce détroit d'Ormouz.
01:55Et les questions autour du pétrole et de l'énergie se reposeront.
01:58Bref, est-ce que la géopolitique, quand même, même si aujourd'hui les marchés n'y ont pas su réagir, reste une menace ?
02:03– C'est très clair, la géopolitique compte évidemment.
02:06Et à chaque fois, il ne faut pas perdre comme boussole d'analyse d'essayer de déterminer
02:11si les événements vont avoir un impact assez significatif ou pas sur la croissance mondiale.
02:14Toujours est-il qu'à ce stade, effectivement, une fermeture du détroit d'Ormouz aura un impact considérable.
02:21Mais elle est loin d'être aussi évidente.
02:22Il ne faut pas oublier toutes les forces américaines qui sont présentes dans la région.
02:25Donc, ce n'est pas quelque chose d'aussi automatique.
02:28Mais il ne faut pas perdre de vue que l'économie américaine et la politique interaméricaine
02:31est très importante pour l'ensemble des marchés.
02:33C'est le premier marché mondial.
02:34Et l'économie américaine va driver vraisemblablement l'économie mondiale.
02:40Donc, c'est bien la politique interaméricaine qui va compter, à notre avis.
02:42– Oui, c'est le principal risque.
02:44Et c'est là que risque de se passer des choses spectaculaires s'il doit s'en passer.
02:48– Il s'en passe déjà, en fait.
02:49En réalité, on voit en tout cas deux sujets qui émergent de façon assez nette.
02:54C'est cette affordability crisis, cette crise du pouvoir d'achat
02:58qu'on évoque souvent aux États-Unis et qui, immédiatement, Trump essaie d'y répondre.
03:03Il est en difficulté dans les sondages.
03:05La plupart des sondages montrent que les démocrates gagnent du terrain
03:07et pourraient justement l'emporter aux élections de mi-mandat.
03:10Et puis, historiquement, dans 80% des cas, l'administration au pouvoir perd des sièges
03:15et très souvent la majorité au Congrès.
03:17Et il semble bien l'avoir compris, ces actions à l'international,
03:20elles intéressent assez peu les Américains.
03:21Seul un tiers des Américains soutiennent l'intervention au Venezuela.
03:24Ce qui intéresse les ménages Américains, c'est cette crise du pouvoir d'achat.
03:28D'où l'activisme aujourd'hui de Trump qui ne cesse d'intervenir dans l'économie.
03:32Et ses interventions dans l'économie américaine sont probablement
03:34beaucoup plus importantes pour les marchés et la perception des marchés
03:36que les interventions dans la géopolitique internationale.
03:39– Mais pourquoi l'interventionnisme de Donald Trump
03:41peut poser un problème au marché financier ?
03:43Est-ce que relancer le pouvoir d'achat, c'est positif pour l'économie en soi ?
03:45Alors, je ne sais pas s'il y parviendra, mais la volonté, l'interventionnisme
03:48au service de la consommation, ça devrait être positif, a priori.
03:51– Alors, il ne faut pas oublier que justement, la problématique actuelle
03:53de l'économie américaine, c'est qu'elle est très fragmentée.
03:56On a d'un côté le top 10% des ménages les plus aisés
03:59qui ont profité de la bonne santé des marchés
04:01et le reste de la population qui est plutôt en difficulté
04:06et qui fait surgir cette problématique de pouvoir d'achat.
04:09Et on le voit à travers des indicateurs bien concrets,
04:11la remontée des taux de défaut, les crédits consommation
04:13qui sont quasiment à l'arrêt et surtout l'accessibilité
04:17à la propriété privée qui est historiquement difficile aux États-Unis.
04:20Pour l'instant, ça ne se voit pas trop d'un point de vue économique
04:22puisque ces 10% les plus riches représentent à peu près la moitié de la consommation,
04:26il y a énormément d'investissements dans la tech,
04:28donc l'économie tient bien, mais d'un point de vue électoral,
04:30les mathématiques ne sont pas tout à fait pareilles
04:31et la majorité, elle est bel et bien en difficulté.
04:34Et donc, ça incite effectivement Donald Trump à intervenir beaucoup dans l'économie
04:37avec tout un tas d'annonces assez spectaculaires.
04:38Le problème, c'est que cette analyse, il ne faut pas oublier
04:41que la cause de cette situation, de cette économie fragmentée,
04:44c'est précisément des interventions incessantes dans l'économie.
04:46En réalité, on a remonté les taux d'intérêt, on a resserré la politique monétaire,
04:50mais en même temps, on a cessé de dépenser énormément dans l'économie
04:54à travers des politiques budgétaires expansionnistes, sous Biden,
04:57et également encore aujourd'hui avec Trump,
04:59et même du point de vue de la politique monétaire.
05:01On a cessé de défendre l'idée d'un soutien quasi implicite
05:05de la part de la réserve fédérale,
05:06ce qui a alimenté justement ces effets richesses
05:09et la liquidité justement sur les marchés.
05:11Donc au final, c'est précisément à cause de toutes ces interventions dans l'économie
05:14qu'on a une économie américaine qui n'a pas freiné,
05:16en tout cas pas assez pour regagner la maîtrise de l'inflation,
05:19et c'est le consommateur moyen qui en fait les frais aujourd'hui,
05:21avec une inflation plus persistante,
05:23et surtout des taux d'intérêt qui ne peuvent pas s'ajuster
05:25puisque la réserve fédérale n'arrive pas à baisser ses taux.
05:28Oui, parce que la croissance n'a pas suffisamment freiné,
05:30c'est ce que vous nous disiez il y a un instant.
05:31N'empêche, la principale encre, l'encre vitale, on va dire,
05:35tient toujours, c'est le dollar.
05:36Il avait un peu baissé, c'est vraiment au début d'année,
05:38mais depuis, il tient, il y a eu des attaques.
05:44En fait, Jérôme Powell, le dollar a à peine reculé.
05:46Est-ce que ça, c'est le signe quand même que le marché
05:48ne croit pas à une dérive complète,
05:51et encore moins à une perte d'indépendance complète de la Fed ?
05:53C'est ça, c'est ce qui est rassurant,
05:55et c'est le deuxième sujet qui est éminemment politique,
05:58ce sont ces pressions sur la réserve fédérale américaine.
06:02Ça a été très spectaculaire, ce qui s'est produit en ce début de semaine,
06:05même si ça concerne spécifiquement les marchés financiers,
06:07mais effectivement, cette procédure lancée
06:10contre le président de la réserve fédérale,
06:12et surtout la réponse qu'il y a apportée,
06:14c'est-à-dire que c'est très rare de le voir intervenir directement,
06:17et surtout de faire le lien entre cette procédure,
06:20d'établir un lien direct entre cette procédure
06:22et les pressions qu'il subit de la part de l'administration.
06:25Et tout ça, ça fait suite à une longue série d'intimidations,
06:29de pressions, la nomination de Stephen Miran au bord de la Fed,
06:33le limogéage de Disakouk, une membre de la réserve fédérale,
06:35donc ce n'est pas anodin, il y a bien des pressions
06:37qui s'exercent sur la réserve fédérale américaine.
06:39Le risque de cela, et pourquoi c'est très important pour les marchés financiers,
06:43il est de deux ordres.
06:44C'est que là, pour le coup, on ne parle pas de persistance de l'inflation,
06:46c'est-à-dire que si, bel et bien, on perd confiance,
06:49et ce n'est pas le cas quand on regarde l'évolution du dollar,
06:52fort heureusement,
06:53mais si on perd confiance dans l'indépendance de la réserve fédérale américaine,
06:56on peut être face à un choc d'inflation avéré.
07:00C'est bien documenté d'un point de vue académique,
07:02lorsque les anticipations des agents économiques remontent à long terme sur l'inflation,
07:08ça fait bien remonter l'inflation réelle de façon rapide,
07:10et surtout, ça fait planer le doute quant à la crédibilité de la réserve fédérale,
07:16un peu ce qu'on voit justement dans les pays émergents,
07:18et ça c'est très important,
07:19puisque la perte de confiance éventuelle dans les actifs américains
07:22pourra avoir des conséquences importantes pour les marchés,
07:24puisque c'est la pierre angulaire des marchés financiers globaux.
07:27Et donc si aujourd'hui le dollar ne s'effondre pas,
07:29loin de là, ça peine,
07:31en revanche, l'or a un nouveau record aujourd'hui,
07:33nouveau record de l'or,
07:34aujourd'hui aussi, vraiment, la séance du jour,
07:36nouveau record de l'once d'argent.
07:38Le platinum est aujourd'hui sur un plus haut de 18 ans,
07:41et le cuivre quasiment sur un plus haut historique.
07:43Vous voyez un lien avec ce que vous venez de décrire,
07:45également le risque géopolitique,
07:46quand il y a des risques majeurs comme ça,
07:47on vient acheter des choses physiques, c'est le réflexe ?
07:50C'est encore prématuré de voir une perte d'indépendance
07:53de la réserve fédérale américaine,
07:54mais il y a bien une communauté de signaux
07:57entre la faiblesse du dollar,
07:58mais surtout le prix de l'or aujourd'hui,
08:01mais également ce qu'on appelle les primes de termes,
08:04c'est-à-dire les tensions qu'on peut voir
08:05sur les taux à très long terme,
08:06les taux à 30 ans notamment.
08:08Alors cette hausse des cours des métaux,
08:09elle porte notamment le Chili,
08:11la bourse péruvienne,
08:12la bourse chilienne gagne 9% depuis le début de l'année,
08:14Lima, la bourse du Pérou,
08:15elle gagne 8,8%.
08:17Voilà, pas de jaloux effectivement,
08:18parce qu'en plus le cuivre,
08:19l'argent sont hyper importants dans l'industrie,
08:22et l'industrie électronique.
08:23On en a besoin aussi pour conduire à l'électricité,
08:26on rappelle que l'argent est le meilleur métal conducteur de l'électricité,
08:29plus encore que le cuivre,
08:30et donc un nouveau record de l'argent aujourd'hui,
08:32c'est qu'on a besoin de bâtir de plus en plus de réseaux d'électricité
08:35pour répondre à la hausse de la demande,
08:36les véhicules électriques,
08:38l'IA également très gourmand en électricité,
08:40l'argent aura un rôle à jouer là-dedans,
08:43puisque c'est le métal qui conduit le mieux l'électricité.
08:45Merci beaucoup Benoît de nous avoir accompagné.
08:47Merci.
08:47Benoît Pelloual, Natixis Wealth Management,
08:49le CAC 40 est en toute petite hausse,
08:51pas vraiment de tendance ici en Europe,
08:52il y a des valeurs en revanche qui bougent très fort,
08:54on reparlera de Fusion Group,
08:55promis dans un instant,
08:56qui souffre et qui sur une semaine perd désormais plus de 25%.
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