Ce jeudi 8 janvier, Nour Bendimered, directeur des investissements chez iVESTA Family Office, s'est penché sur les impacts de la fin du calme géopolitique sur les hedge funds, la stratégie à adopter pour investir dans le marché actions traditionnel, et la réussite du premier test obligataire de la France, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
00:00Il est 15h46, il nous rejoint Nourden Bendy Meret, directeur des investissements d'Ivesta Family Office. Bonjour Nour.
00:06Bonjour Guillaume.
00:07Bienvenue, vous allez rendre votre verdict face au marché, cet instant qu'on va vivre ce verdict que vous allez livrer.
00:12Est-ce que vous l'assumez ?
00:14Alors j'estime et je l'assume que la fin du calme plat géopolitique sera favorable au hedge fund.
00:20Ah tiens !
00:21La fin du calme plat géopolitique, géostratégique, tout ce que vous voulez, la fin du calme plat, le retour peut-être des empires et des politiques économiques agressives
00:28feront un l'heureux les hedge funds. Pourquoi les hedge funds ?
00:32Alors déjà quand on parle de la fin du calme plat géopolitique, ça s'inscrit dans un contexte un peu plus global.
00:38En fait on sort d'une période qu'on appelait la grande modération qui a duré de 1980 à 2022,
00:45qui était marquée par une géopolitique relativement stable globalement, une économie relativement prospère avec la mondialisation,
00:53une inflation qui était plus ou moins en ligne avec les objectifs des banques centrales mais surtout relativement stable.
00:58Assez peu de volatilité et des marchés donc relativement prospères.
01:02Depuis 2022, avec le début de la guerre en Ukraine, les impacts en termes d'inflation, surtout de volatilité de cette inflation,
01:09qui troublent la lecture macroéconomique, la lecture des politiques monétaires aussi,
01:13on a un nouveau contexte qu'on appelle la fin de la grande modération,
01:18qui a un nouveau contexte qui a des impacts en termes d'allocations d'actifs qui peuvent être relativement importants.
01:22Puisqu'on s'attend globalement à plus de volatilité sur les marchés, mais aussi plus de volatilité macroéconomique,
01:29plus de volatilité du côté de l'inflation, avec une inflation potentiellement plus élevée mais surtout moins lisible,
01:34ce qui rend plus difficile la lecture des politiques monétaires globalement,
01:38et aussi ces enjeux, comme vous le citez, géostratégiques, géopolitiques,
01:42qui troublent complètement la lecture économique globale.
01:44Dans ce contexte, les hedge funds, en fait, c'est une catégorie très globale de stratégies,
01:50dans lesquelles on retrouve plusieurs sous-stratégies,
01:52mais globalement, l'objectif des hedge funds, c'est de générer ce qu'on appelle de l'alpha,
01:56de la surperformance, de la performance vis-à-vis des marchés traditionnels,
02:00sans corrélation, donc sans lien direct avec les marchés traditionnels.
02:04Comment ils font ? Comment ça marche ?
02:06Alors ça dépend des stratégies.
02:07Les hedge funds sont un ensemble, c'est une classe active qui n'est pas du tout homogène.
02:11Il y a plusieurs sous-stratégies dans l'industrie hedge fund.
02:15On peut parler notamment du global macro,
02:17où l'objectif va être de capturer les tendances macroéconomiques
02:20entre les divergences, entre les différents pays.
02:24On peut avoir du long short equity,
02:26dans lesquels on va avoir à la fois des stratégies plutôt de conviction,
02:30des portefeuilles très concentrées,
02:32mais aussi des stratégies systématiques, quantitatives, plutôt très diversifiées.
02:36Donc la réponse n'est pas si simple que ça,
02:38parce qu'en fait on a autant de réponses que de sous-stratégies dans cette industrie.
02:43Ce qu'il faut garder en tête, c'est que simplement,
02:44grâce à des outils plus ou moins sophistiqués
02:46et surtout des prises de convictions beaucoup plus fortes
02:49que dans les fonds actifs traditionnels,
02:52on arrive à aller capturer de la performance
02:54avec une décorrélation vis-à-vis des marchés traditionnels.
02:58Je voyais le rendement global des hedge funds l'an dernier en 2025,
03:01quasiment 13%, au plus haut depuis 2009 d'ailleurs.
03:04Exactement.
03:05Alors c'est une très belle performance qui cache beaucoup de dispersion.
03:08Entre les moins bons et les meilleurs,
03:10on est quasiment de moins 15% à plus 40%.
03:13Donc il y a aussi une très forte dispersion dans ce marché des hedge funds,
03:17mais effectivement globalement, ça a une très bonne année.
03:20Et c'est le cas depuis 2022,
03:21avec finalement ce contexte de fin de grande modération qu'on évoque,
03:26qui est très favorable à cette industrie,
03:28grâce à la volatilité et la dispersion qu'ils savent capturer.
03:30Donc les hedge funds pour trouver de la perf en se décorrélant des marchés traditionnels.
03:35Antoine ?
03:35Mais est-ce que pour autant, on a intérêt soit à alléger,
03:40soit on a carrément annulé ses positions sur le marché traditionnel
03:43pour se concentrer que sur les hedge funds ?
03:45Non.
03:45Alors pour nous, c'est pas en complément,
03:47c'est pas en lieu et place d'une exposition au marché actions.
03:52C'est plutôt pour remplacer une partie obligataire.
03:55Si on prend un portefeuille équilibré traditionnel,
03:58un portefeuille patrimonial historiquement,
03:59c'était un 60-40, où on avait 60 actions, 40 obligations.
04:04Aujourd'hui, dans ce nouveau contexte,
04:06on pense qu'il faut basculer de ce modèle 60-40
04:08à un modèle qui sera peut-être plus un 60-20-20,
04:12avec 60% actions,
04:13parce qu'on a toujours un contexte extrêmement favorable
04:16pour les marchés actions en 2026,
04:18avec un policy mix au niveau mondial très favorable
04:21et des perspectives microéconomiques extrêmement favorables aussi.
04:24Donc garder ce 60% actions, c'est très important.
04:28mais alléger la partie obligataire qui est face à des contraintes,
04:33des sujets d'endettement public qui peuvent être pénalisants
04:36et surtout qui apportent de moins en moins de décorrélation,
04:39de diversification vis-à-vis des marchés actions.
04:41Et donc alléger la poche obligataire au profit des hedge funds.
04:45C'est intéressant, et trouver de la perf sans dépendre des marchés actions.
04:48Alors beaucoup nous disaient,
04:49on peut y arriver aussi à travers le private equity.
04:51On y croit moins maintenant au private equity,
04:53ou on y croit toujours ?
04:53Non, on y croit toujours.
04:54C'est une classe active très intéressante,
04:56qui apporte cette fameuse décorrélation.
04:59Et surtout, après 2-3 années peut-être un peu plus molle,
05:02il y a un contexte extrêmement favorable,
05:04avec des valorisations qui sont attractives aussi dans le marché privé.
05:07Alors nous, on est dans BFM Bourse,
05:09pour ceux qui choisiraient de continuer d'investir en bourse,
05:11et c'est votre conseil.
05:12Vous disiez, on est toujours très optimiste pour les marchés actions traditionnels cette année.
05:15Comment on investit ?
05:16Quoi choisir ?
05:17Que choisir cette année ?
05:18Alors, le maître mot, à notre sens, c'est la diversification.
05:21Donc avoir un portefeuille diversifié,
05:23avec toujours des paris actions très marqués,
05:26dans lesquels on va avoir à la fois un mix entre de la gestion passive,
05:30pour capturer les grandes tendances macroéconomiques,
05:32notamment sur les marchés américains,
05:33mais aussi des relais de performance,
05:35qui, nous semblent, vont commencer à s'activer de façon plus significative.
05:39Par exemple ?
05:39Par exemple, les small and mid-cap européennes,
05:42qui profiteront du fameux sujet de plan de relance au niveau européen,
05:47surtout en Allemagne,
05:48mais globalement au niveau européen,
05:50et aussi les marchés émergents,
05:51qui font leur grand retour dans ce contexte.
05:54Oui.
05:54Les métaux, on voit que les métaux cartonnent,
05:56l'once d'or est encore en hausse depuis le début de la semaine,
05:58l'argent, etc.
06:00Alors, au-delà des métaux,
06:01beaucoup de matières premières, de ressources,
06:02le cuivre aussi est sur des plus hauts historiques.
06:04Vous voulez conseiller de plus en plus à vos clients,
06:06ou là, sur ces niveaux, les niveaux qu'on voit, les records,
06:08on se dit que ce n'est pas le moment de se renforcer ?
06:09Si, parce qu'en fait, si on parle de l'or, par exemple,
06:12quand j'évoquais le 60-20-20,
06:14dans les 20 qu'on appelle alternatifs,
06:15on a les hedge funds,
06:16mais on a aussi les matières premières,
06:18comme l'or,
06:19et potentiellement les cryptos.
06:21Mais effectivement, l'or,
06:22on considère que ça échappe un petit peu
06:25à ce contexte économique,
06:27puisqu'il y a des grandes forces structurelles en présence,
06:30qui sont notamment les banques centrales,
06:31qui achètent massivement de l'or
06:33pour diversifier leurs réserves,
06:35leurs bilans.
06:36Et en fait, on pense que ça va durer.
06:38En tout cas, les grandes banques centrales émergentes,
06:40notamment celle de la Chine, la PBOC,
06:42a confirmé que c'était un cycle qui allait durer.
06:44Et celles-ci sont plutôt agnostiques au cours.
06:47On l'a vu encore en novembre et décembre.
06:49Quel que soit le cours,
06:50leur plan doit être exécuté
06:51et elles doivent acheter massivement de l'or
06:53pour diversifier leurs réserves.
06:54Plein de pistes pour vos investissements cette année 2026.
06:57Et donc, les hedge funds qui sortiront gagnants
06:59de la fin du calme plat géopolitique,
07:01de la fin du calme plat géostratégique et économique,
07:03ces hedge funds devraient au contraire
07:05tirer les marrons du feu
07:07de cette situation dans laquelle on entre,
07:08de ce nouveau monde peut-être plus brutal aussi
07:11dans lequel on est en train d'entrer.
07:12Et pendant ce temps,
07:13la France, elle fait son petit bonhomme de chemin.
07:15C'est vrai qu'elle cherche un budget, la France,
07:16mais sur le marché obligataire,
07:17elle a toujours autant de succès.
07:18Ce matin, la France a réussi
07:19son premier test obligataire de l'année.
07:21Elle a réussi à lever dans le haut de la fourchette
07:2313 milliards et demi d'euros.
07:24Forte demande, 2,2 fois supérieure à l'offre
07:28à la demande ce matin.
07:29Donc, c'est très encourageant.
07:30Et un taux qui baisse un peu
07:32par rapport à la fin de l'année dernière.
07:33La France a emprunté à 10 ans et 30 ans
07:35un taux qui recule un petit peu,
07:363,38% sur le 10 ans.
07:38Alors, c'est bien, le taux se détend un peu,
07:40mais enfin, il reste au-dessus des 3%.
07:41Vous me voyez venir.
07:43Est-ce que du coup, les fonds euros
07:44avec des taux à 3%,
07:45les fonds euros rapportent de plus en plus quand même
07:47et redeviennent attractifs ?
07:48Alors, nous, on n'est pas fan des fonds euros
07:50en règle générale,
07:51même si ça reste un support d'investissement
07:53très important pour les investisseurs français.
07:56On pense qu'il y a quand même
07:57des opportunités un peu plus intéressantes
07:59en dehors des fonds euros.
08:00Par contre, c'est vrai que le 10 ans français,
08:02on voit un petit peu de détente
08:04et c'est quand même un signal positif.
08:05Ça s'explique aussi par la croissance surprise
08:09au dernier trimestre en France
08:11qui vient un petit peu alléger
08:12les finances publiques.
08:15Et potentiellement,
08:16si on a un rattrapage européen en 2026,
08:19la France devrait en bénéficier
08:20et on peut s'attendre à une croissance
08:22légèrement meilleure qu'escomptée
08:25qui sera bienvenue
08:27pour la gestion des finances publiques.
08:29Mais à long terme,
08:29ça reste un sujet qui reste préoccupant.
08:32On ne voit pas le 10 ans français
08:33baisser drastiquement.
08:36Et en fait, la baisse des taux
08:36a été un moteur de performance significatif
08:38pour l'obligataire historiquement.
08:40Un moteur qui disparaît à l'avenir.
08:42Mais oui, d'ailleurs,
08:42on a vu que ce matin,
08:43certes, les taux auxquels la France emprunte
08:45reculent un peu,
08:45mais enfin, la demande est énorme.
08:462,2 fois supérieur à l'offre.
08:48Et même avec cette demande énorme,
08:49le taux est à plus de 3,3%,
08:51le taux d'emprunt,
08:51malgré cette demande énorme.
08:52C'est ça.
08:53La demande est énorme,
08:54mais elle est quand même en ralentissement.
08:55Il me semble qu'historiquement,
08:56on était plutôt autour des 3 fois de...
08:59Enfin, on était sursouscrit.
09:00Ça pouvait aller sur 3 fois.
09:012,2, c'est effectivement élevé,
09:03mais c'est quand même en léger retracement.
09:06Ça explique quand même la compression du spread
09:08versus le Bund allemand,
09:09puisqu'on est autour des 70 BP de spread,
09:11il me semble.
09:12On était monté à quasiment 85 points de base
09:14de spread contre le Bund allemand.
09:15Donc, on voit un petit peu de détente.
09:17Ça reste satisfaisant,
09:19mais on ne voit pas le taux de 10 ans français
09:21baisser drastiquement.
09:21On en parlera tout à l'heure avec Gilles Mouèque
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