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  • il y a 4 mois
Vendredi 12 décembre 2025, retrouvez Hervé Bonnaud (Président, Nex&Com;), Sarah Benjilany (Sage-femme), Catherine Monpere (Cardiologue) et Alexandra Mont (CEO et fondatrice, ENDOless) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.

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Transcription
00:00Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Santé Futur, votre rendez-vous dédié à l'innovation et à l'avenir de la santé.
00:15Hervé Bonneau est là, salut Hervé.
00:18Aujourd'hui un thème majeur, longtemps invisible, enfin incontournable, la santé des femmes.
00:25En France, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes, loin devant le cancer du sein.
00:33L'endométriose qui touche une femme sur dix reste en moyenne diagnostiquée après sept ans d'errance.
00:41Le dépistage du cancer du col de l'utérus, pourtant évitable dans la majorité des cas, est insuffisant.
00:48Et malgré une espérance de vie plus longue, les femmes passent une partie importante de leur vie en moins bonne santé.
00:55Alors pourquoi un tel retard ? Quels sont les biais et les angles morts du système de santé ?
01:01Pour en parler, j'accueille Sarah Benjilani, sage-femme et spécialiste de l'accompagnement périnatal.
01:08Et le docteur Catherine Montpère est avec nous en visio, cardiologue préventive, membre de la commission Cœur de Femmes, au sein de la Fédération française de cardiologie.
01:19Un peu d'histoire dans le scan.
01:22Hervé nous racontera comment de l'antiquité à aujourd'hui, la douleur des femmes a tour à tour été minimisée, psychologisée et trop souvent ignorée.
01:32Dans la pépite santé, place à Andoles, une plateforme qui transforme les symptômes et les parcours de femmes atteintes d'endométriose en données intelligibles.
01:41Pour les patientes, les médecins, les chercheurs, un nouvel outil pour réduire l'errance diagnostique.
01:48Bonjour Sarah, bienvenue et bonjour docteur.
01:58Bonjour.
01:59Merci également d'être avec nous.
02:02On dit que la santé des femmes a été négligée pendant des siècles, mais peut-on vraiment en parler au passé ?
02:09Les chiffres montrent que les retards de diagnostic, les douleurs minimisées et la sous-représentation dans la recherche sont encore d'actualité.
02:18Sarah, je vous propose qu'on entre dans le vif du sujet.
02:21Quelles difficultés rencontrent les patientes pour un suivi gynécologique régulier aujourd'hui ?
02:27Peut-être déjà l'information, parce qu'on sait qu'il y a pas mal de campagnes, notamment de prévention, de dépistage.
02:34On peut parler du cancer de col de l'utérus, vous en avez parlé tout à l'heure, ou alors même des dépistages par rapport au cancer du sein.
02:40On sait qu'il y a une part qui n'est pas majoritaire des femmes qui vont y avoir accès.
02:44Peut-être en lien aussi avec le fait qu'il y a beaucoup de femmes qui sont en situation de précarité, précarité sociale.
02:50On sait que les personnes les plus précaires en France sont des femmes, avec peut-être un recours à l'information qui est moindre.
02:56Ça, c'est le premier élément.
02:57Ensuite, peut-être une médecine qui, jusqu'alors, ne se focalisait pas plus que ça sur la santé spécifique des femmes.
03:05Et là, je tiens à vous donner un scoop que vous connaissez peut-être, mais on sait enfin que les nausées gravidiques ont une cause biologique.
03:12Alors qu'auparavant, on pensait que c'était les nausées.
03:15Et bien, beaucoup de femmes ont des nausées en début de grossesse.
03:18La plupart, on leur dit que ça va disparaître au bout de trois mois.
03:20Puis, il y en a qui les ont pendant neuf mois.
03:22Ce qu'on appelle l'hyperhumanisme gravidique.
03:24Donc, on disait aux femmes, vous êtes enceinte, c'est normal, ça va passer à l'accouchement.
03:27Mais des femmes qui vivaient des situations terribles.
03:29Et certaines se posaient même la question d'interrompre leur grossesse, tellement c'était insupportable en début de grossesse.
03:35Et donc, oui.
03:35Et ça, c'est quelque chose qu'on banalise.
03:37Ah bah, qu'on banalisait-elle, tout à fait, et qu'on psychiatrisait.
03:40Je crois que vous allez en parler tout à l'heure.
03:41Mais du coup, on hospitalisait les dames, et puis on leur disait de rompre tout contact avec leurs proches.
03:47Et maintenant, en fait, on sait qu'il y a des éléments qui sont tout à l'heure, des marqueurs qu'on peut retrouver.
03:51Donc, je trouve que c'est assez symptomatique de difficultés que les femmes peuvent avoir quand elles ont des symptômes.
03:56Le traitement des nausées pendant la grossesse, c'est quand même le donormil.
04:00C'est un truc qui fait dormir.
04:01Donc, en fait, on disait aux femmes, bon, elle nous saoule, elle va prendre ça, elle va dans le coma, et puis elle va nous lâcher.
04:07C'était vraiment ça, quoi.
04:08Et ça, c'est toujours le cas ?
04:09Les traitements, ça bouge.
04:11Et surtout, là, cette étude de 2024, elle a été publiée dans un très bon article qui s'appelle The Nature.
04:17Et l'idée, c'est d'avoir aussi des perspectives thérapeutiques.
04:19Quand on sait d'où ça vient, c'est plus facile de traiter.
04:22Docteur, mon père, les symptômes cardiovasculaires chez les femmes sont souvent qualifiés d'atypiques.
04:28En partie parce que les protocoles et essais cliniques ont longtemps été centrés sur les hommes.
04:35Déjà, est-ce que c'est toujours le cas ?
04:37Alors, je pense que d'abord, il faut tordre le cou un petit peu à ce qu'on lit un petit peu partout concernant les symptômes de l'infarctus en particulier,
04:46qui seraient complètement différents de ceux des hommes et qui expliqueraient en partie les retards de diagnostic.
04:52En fait, lorsqu'on reprend les études caractérisant les douleurs de l'infarctus, on voit que chez les hommes comme chez les femmes,
05:03on retrouve dans 90% des cas cette douleur thoracique violente, oppressante, qui peut irradier, etc.
05:10Donc, tout à fait typique, j'allais dire, et qu'on retrouve aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
05:18Mais c'est vrai que c'est quelque chose qui a fait le buzz et qu'on entend encore beaucoup, y compris de la bouche de médecin.
05:24Ce qui peut un petit peu modifier, c'est que la façon dont le rapportent les femmes est peut-être différente, d'une part,
05:29et d'autre part, que cette douleur thoracique s'accompagne plus souvent de signes accompagnateurs
05:36qui peuvent faire errer le diagnostic, je pense par exemple à des nausées, des palpitations, des sueurs, des sensations de malaise.
05:46Mais la douleur de l'infarctus, notamment, est tout à fait comparable à celle des hommes.
05:51Mais est-ce qu'il y a des conséquences sur la pertinence des diagnostics et des traitements pour les femmes ?
05:58Alors, malheureusement, malgré cela, il y a réellement, d'abord en retard dans le diagnostic,
06:09il y a également un retard dans le traitement de l'infarctus,
06:15qui est lié en fait à une sous-estimation du risque cardiovasculaire chez les femmes,
06:22et en particulier chez les femmes les plus jeunes.
06:24Malheureusement, actuellement, on constate, en particulier chez les femmes les plus jeunes,
06:31de moins de 54 ans, qui normalement sont encore protégées par leurs hormones,
06:36une augmentation, par exemple, de l'incidence des hospitalisations pour infarctus,
06:40qui augmente de 5% tous les ans, tous les ans.
06:44C'est-à-dire que depuis ces quatre dernières années,
06:47il y a une augmentation de 20% des hospitalisations pour infarctus chez les jeunes femmes.
06:51Et donc, cela n'est peut-être pas encore suffisamment connu,
06:57y compris au niveau médical,
07:01et il y a bien sûr des mesures à prendre à ce niveau-là.
07:06Et justement, pourquoi malgré les alertes, ces pathologies sont encore sous-diagnostiquées ?
07:12Alors, je pense qu'au niveau médical, il y a une formation qui est insuffisante,
07:17ça c'est certain,
07:19mais ça n'est pas la seule cause.
07:25Il y a d'abord les femmes en elles-mêmes,
07:28on a parlé des problèmes de sous-information tout de suite,
07:34là, donc c'est sans doute la première cause,
07:37avec là encore chez les femmes une sous-estimation du risque,
07:40surtout chez les plus jeunes.
07:43Il y a également, j'allais dire, des facteurs comportementaux
07:46qui peuvent amener à un retard dans la prise en charge,
07:51avec plus d'attentisme, avec la peur de déranger,
07:54avec quelquefois le manque de soutien familial,
07:59pour appeler, pour en particulier faire l'appel aux 15
08:06en cas de douleur thoracique.
08:10Tout cela, donc, effectivement, sont des facteurs importants.
08:15Et puis, il y a également, j'allais dire,
08:18le problème de santé publique,
08:20de prise en charge au niveau des pouvoirs publics.
08:24Regardez un petit peu tout ce qui se passe au niveau du cancer du sein.
08:28Bon, qui peut encore être amélioré,
08:31mais octobre rose, c'est quelque chose, maintenant, qui est bien connu.
08:34Il faudrait qu'il y ait un plan cœur pour les femmes,
08:36de la même façon.
08:38C'est important, vous l'avez rappelé,
08:39au niveau épidémiologique,
08:40c'est une des deux premières causes de mortalité chez les femmes.
08:43C'est 200 morts chez les femmes tous les jours.
08:46C'est six fois plus de mortalité que le cancer du sein.
08:49Donc, ça mériterait, effectivement,
08:51une prise en charge beaucoup plus conséquente.
08:54Hervé ?
08:55Oui, je crois que c'est vrai que les femmes chouillent moins.
08:57On peut le dire comme ça.
08:59Peut-être que ça peut s'expliquer par un côté sacrificiel.
09:02Il faut que je m'occupe de ma famille, de mes enfants.
09:03J'ai toujours mieux à faire que de m'occuper de moi-même.
09:05Et je ne veux pas déranger, c'est ce qu'a dit le docteur, mon père.
09:08Je suis bien d'accord avec ça.
09:09Et c'est dommage.
09:10Et après, c'est un peu polémique.
09:11Et quand on arrive à l'hôpital et qu'on tombe sur un cardiologue,
09:14une fois sur trois, c'est une femme.
09:16Deux fois sur trois, c'est un mec.
09:17C'est encore une spécialité qui est très masculine.
09:21Donc, peut-être, je ne sais pas si c'est vrai ce que je dis.
09:22Alors là, ça change totalement.
09:26Là, maintenant, il y a beaucoup plus de femmes
09:27qui prennent la spécialité de cardio que les hommes, maintenant.
09:30Au moins autant.
09:31Oui, à l'hôpital.
09:32Ça va changer.
09:33C'est en train de changer.
09:34Oui, j'en ai reparlé.
09:34Vous pouvez réagir.
09:36Oui, c'est intéressant ce que vous dites.
09:39Est-ce qu'il y a une considération du genre selon le genre du praticien ?
09:41Alors là-dessus, je pense qu'en fait,
09:43les études, elles ont souvent été basées sur la population masculine.
09:46Donc, au-delà du praticien, c'est aussi la recherche.
09:49On considère souvent que la recherche est objective,
09:51mais elle n'a rien d'objectif,
09:52dans le sens où les sujets de recherche sont éminemment sociaux
09:55et les cibles qu'on va envisager, elles sont aussi.
09:58Donc, indépendamment même du genre du praticien,
10:00il y a avant tout ce qu'il a appris, lui,
10:01que ce soit dans sa formation initiale, sa formation continue.
10:04Et jusqu'alors, c'est un système quand même très, très focalisé sur les hommes.
10:08Mais c'est en train de bouger.
10:09Il y a plein de chercheuses, de chercheurs,
10:11qui décident de travailler sur les deux genres, en fait.
10:14Oui, et puis il y a une augmentation de l'inclusion des femmes aussi
10:18dans les études, de plus en plus maintenant.
10:21Et d'autant plus que lorsque c'est une femme qui mène l'étude, d'ailleurs.
10:25Voilà, c'est bien ce que je voulais dire, moi.
10:28Sarah, sur la question de l'accès aux soins,
10:32aujourd'hui, dans quelle mesure les sages-femmes sont-elles mobilisées
10:35pour le premier recours, la contraception, les dépistages,
10:40même le suivi de l'obal ?
10:41Alors, en termes législatifs, en fait, on a tout à fait possibilité
10:45de suivre la population féminine à tous les âges de sa vie.
10:49Donc, vous parliez, on va commencer au nouveau-né,
10:52puisque c'est quand même une de nos cibles, c'est la pédiatrie.
10:54Ensuite, les jeunes filles au moment de la puberté,
10:58parce que c'est un enjeu principal aussi.
10:5960 à 90 % des adolescentes ont des douleurs pendant leurs règles.
11:02Comment on les accompagne ?
11:03Donc ça, c'est quand même un enjeu de santé publique majeur.
11:05Ensuite, au niveau gynécologique, on peut faire le suivi de toutes les femmes en bonne santé,
11:10pendant tout leur parcours de soins, et même après, au niveau de la minopause,
11:13qui est un autre sujet majeur de la santé des femmes qu'on aborde relativement peu.
11:17Et évidemment, vous connaissez notre rôle en obstétrique,
11:19avec le suivi de grossesse qui se déroule bien, avec les échographies,
11:23puis l'accompagnement des femmes au moment de l'accouchement et de la naissance de leur bébé,
11:27l'accompagnement du coparent également,
11:29et toute la notion autour du séjour ensuite de naissance.
11:33Ce qu'on connaît moins, effectivement, c'est notre possibilité d'accompagnement,
11:38effectivement, gynécologique, également de l'orthogénie,
11:40tout ce qui est autour de l'interruption volontaire de grossesse,
11:43qui est un enjeu principal aussi de santé des femmes, me semble-t-il.
11:46Donc en tant que sage-femme, on est effectivement des professionnels de premier recours.
11:50Gardons en tête pour autant que je pense que l'idée n'est pas de parler de sa paroisse,
11:53c'est vraiment de travailler tous ensemble avec les différents professionnels de santé,
11:56et de se coordonner au mieux.
11:58En tout cas, c'est important que l'information passe, on peut recevoir toutes les femmes.
12:01En tout cas, si ça se banalise, si ça se généralise,
12:04ça pourrait avoir un impact sur les délais de diagnostic ?
12:07Alors, en tout cas, en termes de dépistage, ce serait quand même extrêmement intéressant.
12:11C'est vrai qu'en tant que sage-femme, on se base sur un concept
12:14qui est relativement peut-être peu connu, qui s'appelle la salutogénèse.
12:17Ça veut dire qu'on va essayer de vérifier quels sont les facteurs qui permettent la bonne santé.
12:21On n'est pas sur un dépistage uniquement de facteurs de risque qui vont induire des pathologies.
12:25Et ça, ça peut se faire en prévention, notamment auprès des adolescentes,
12:28mais des femmes enceintes qui, pour la plupart, ont des femmes jeunes en bonne santé.
12:32Et comment est-ce qu'on peut travailler sur différents facteurs ?
12:34Je pense que le docteur pourra nous en parler,
12:36mais l'hygiène de vie a un rôle majeur dans la santé, et des femmes en particulier.
12:42Et justement, est-ce que la douleur des patientes est encore banalisée,
12:47voire renvoyée à de l'anxiété ?
12:49Oui, on parlait tout à l'heure des nausées.
12:51Alors, ce n'est peut-être pas des douleurs en tant que telles, telles qu'on l'envisage,
12:54mais en fait, c'est invivable pour les femmes.
12:56Nausées, grossesses, c'est invivable, ça isole, on ne peut pas aller travailler.
13:00Enfin, c'est un enjeu quand même majeur.
13:01Et juste pour vous dire, c'est une notion importante,
13:03une étude qui a été publiée dernièrement par Clara Rollet,
13:06sous la direction d'Anne Chantry et de docteur Bonnet, qui est anesthésiste.
13:09Un tiers des femmes qui accouchent par voie basse en France,
13:12qui sont sous anesthésie générale, vont, au moment de l'accouchement en tant que telles,
13:16ressentir des douleurs intenses.
13:18On en est là aussi, c'est-à-dire qu'on peut avoir l'impression à l'heure actuelle
13:21qu'avec la péridurale, les femmes n'ont pas de douleurs.
13:24D'après ces études, ce n'est pas le cas.
13:25Donc, on a encore beaucoup, beaucoup de progrès à faire en obstétrique.
13:29Je parlerai aussi du soulagement du pré-travail,
13:32je parlerai du soulagement en postpartum,
13:35où il y a beaucoup de femmes qui vont avoir des douleurs très intenses,
13:37notamment le lendemain du postpartum.
13:39Et certainement, on a du travail aussi sur ces éléments.
13:41Donc, à quel point il s'agit d'inverser les biais dans la formation des soignants ?
13:45Alors, d'inverser, je ne sais pas, mais en tout cas,
13:47de considérer que le genre peut avoir un impact.
13:49Il y a des spécificités féminines.
13:51Là, on parle notamment de la santé reproductive et sexuelle.
13:55La grossesse et l'accouchement sont des spécificités féminines.
14:00Je pense qu'il y a tout un champ de recherche.
14:03Et là, je me permets de vous parler d'une recherche qui est naissante,
14:07mais qui pour autant est extrêmement importante.
14:08c'est la recherche en maïotique.
14:10C'est-à-dire que nous avons des professeurs des universités en maïotique,
14:13on a des maîtres de conférences en maïotique.
14:15Et forcément, selon notre prisme de formation initiale,
14:18les thématiques de recherche sont différentes.
14:20Et pour les sages-femmes, les thématiques de recherche tournent principalement,
14:22évidemment, autour de la santé des femmes.
14:24Docteur, on voit que dans les données,
14:29que la vie quotidienne des femmes est marquée par une charge mentale importante.
14:34Ce n'est plus un tabou, on le sait.
14:36Est-ce que c'est un effet mesurable sur le risque cardio-métabolique ?
14:42Alors effectivement, ce qu'on peut englober finalement sous le terme de facteurs psychosociaux
14:48est quelque chose qui va jouer énormément sur le risque vasculaire chez les femmes.
14:54en sus, bien sûr, des facteurs de risque traditionnels que l'on connaisse
14:57ou des facteurs de risque spécifiques liés, par exemple, à des grossesses pathologiques.
15:02Donc ces facteurs de risque psychosociaux sont multiples.
15:07D'une part liés, on en a parlé un petit peu,
15:11aux catégories socio-professionnelles les plus défavorisées,
15:15qui vont donc avoir un moindre accès aux soins,
15:19qui vont également avoir souvent une charge mentale plus importante.
15:25Donc un stress, j'allais dire, chronique, permanent,
15:28dont on sait qu'il a des effets délétères au niveau du plan cardio-vasculaire,
15:32au niveau de la pression artérielle.
15:35Il y a également, lorsqu'on recherche un petit peu plus spécifiquement
15:41les femmes qui viennent de faire un infarctus, et en particulier les jeunes femmes,
15:45on retrouve dans près de la moitié des cas, ce qui est quand même très important,
15:48des problèmes d'adversité dans l'enfance, de maltraitance, d'abus divers,
15:54qui vont avoir une incidence particulière.
15:57Donc ces risques psychosociaux sont très importants chez les femmes,
16:01d'abord parce qu'ils sont plus fréquents, plus fréquemment retrouvés que chez les hommes,
16:05et ils vont avoir un retentissement également,
16:08on commence à le comprendre sur le plan physiopathologique,
16:13plus important que chez les hommes.
16:14Donc effectivement, associés aux autres facteurs de risque,
16:17qu'il ne faut pas négliger et pas oublier, qui sont très très importants,
16:21ils vont effectivement avoir des conséquences importantes sur le plan cardio-vasculaire.
16:27Sarah, dernière question avant de passer à notre prochaine séquence.
16:31Sept ans d'attente pour un diagnostic,
16:33c'est un choc parfois physique, souvent psychologique.
16:36Quel impact sur la santé mentale, la vie professionnelle et même l'intimité des femmes ?
16:42Vous parlez de l'endométriose, là, oui.
16:44Oui, alors ce qu'on sait, c'est que quand une femme va dire « j'ai des douleurs »,
16:48qu'elle ne va pas être entendue, elle va le redire, le redire,
16:51et il y a un moment, en fait, elle va même douter de ses perceptions corporelles.
16:55Et ça, je crois que c'est un élément extrêmement important en tant que soignante,
16:58d'entendre la parole.
16:58Il y a des études qui montrent que parfois, la parole des femmes,
17:01elle n'est pas entendue, banalisée, minimisée,
17:04ou alors on va trouver, effectivement, des causes psychiatriques ou psychologiques.
17:08L'impact sur la vie des femmes, il est majeur, en fait.
17:10La douleur, elle a un impact sur la qualité de sommeil,
17:14donc la qualité de sommeil, c'est un impact aussi sur les qualités cognitives.
17:16Les femmes vont dire « j'arrive plus à me concentrer ».
17:18Oui, quand on ne dort pas parce qu'on a mal, on n'arrive pas à se concentrer, c'est normal.
17:21Sur la vie sociale, sur la vie sexuelle,
17:23et en fait, ça veut dire que pour cette femme donnée-là,
17:26poser un diagnostic, c'est authentifier.
17:28Que ce qu'elle a dit depuis tant d'années, c'était une réalité.
17:32Et en ce sens, accueillir la parole, c'est fondamental.
17:35Donc après, il y a, quand même, sur l'endométriose,
17:38les choses bougent, maintenant, il y a des centres de référence.
17:40Donc je crois qu'on peut dire que, fort heureusement,
17:42il y a des éléments qui ont été mis en place positivement.
17:44Mais ce n'est pas entendable de faire une errance diagnostique de tant d'années,
17:47surtout que maintenant, on a des spécialistes.
17:48C'est encore souvent le cas ?
17:49Alors, moi, c'est vrai que là, je pense que dans les années qui viennent,
17:52on va être de moins en moins confrontés à cette situation,
17:54parce qu'on a possibilité, nous, professionnels de premier recours,
17:56d'orienter vers des plateformes spécifiques.
17:59On n'a pas le temps, Hervé.
18:00Et ne pas oublier que ces femmes ont également un risque cardiovasculaire
18:06qui est majoré par l'endométriose, avec des phénomènes inflammatoires.
18:11Donc elles seront, effectivement, à suivre également sur ce plan-là.
18:15Je voulais aussi revenir, effectivement, pour corroborer ce que vous venez de dire
18:19par rapport à la douleur, qui n'est pas du tout considérée de la même façon
18:24chez les hommes et chez les femmes.
18:26C'est vrai, par exemple, pour les douleurs thoraciques.
18:28Quelqu'un qui arrive en urgence avec une douleur thoracique,
18:32chez un homme, on s'orientera tout de suite vers une pathologie cardiovasculaire.
18:35Et chez une femme, souvent, ce sera un diagnostic d'anxiété ou de dépression.
18:41Et ça a encore été authentifié récemment.
18:46Restez avec nous, mesdames. On passe au scan.
18:52Et place au scan avec Hervé.
18:55Hervé, pour comprendre pourquoi la santé des femmes a été si longtemps négligée,
19:00tu nous proposes de remonter bien plus loin dans l'histoire.
19:04Ah ben oui, je vous recommande de commencer à relire le livre de la Genèse.
19:09Premier livre de la Bible, comme chacun sait.
19:12Et il y a plein de trucs intéressants, mais une phrase,
19:16Hervé a été créée à partir d'une côte d'Adam.
19:19Et il y a plein de théologiens modernes qui disent
19:22partir d'une côte ou à côté de l'homme.
19:25Je ne sais pas si vous voyez la petite nuance,
19:26un accent qui change la position de la femme
19:28complètement dans la société pendant des siècles.
19:31Et c'est d'ailleurs peut-être même pas un hasard.
19:32Il y a un théologien à la Sorbonne qui a écrit ça.
19:34Peut-être que ça arrangeait les moines copistes du 4e siècle
19:37qui traduisait de l'araméen ancien vers le latin
19:40de dire que finalement les femmes,
19:42c'étaient des citoyens de deuxième zone.
19:44À côté d'eux, à partir d'un os inutile.
19:47Donc c'était assez intéressant.
19:48Et toujours dans le livre de la Genèse,
19:50je ne peux pas remonter avant, il n'y a pas de livre avant,
19:52il est écrit,
19:54je multiplierai la peine de tes grossesses,
19:56tu enfanteras dans la douleur.
19:58Et pourquoi ?
19:58Parce que c'est une punition divine,
20:01donc méritée.
20:03Elle a fauté au jardin d'Éden,
20:04c'est elle qui a donné la pomme à manger à Adam.
20:06Et si, collectivement, on se dit
20:08que c'est une punition divine méritée,
20:10pourquoi est-ce qu'on se préoccupait de la souffrance ?
20:12Et la souffrance, c'est généralement
20:13le premier symptôme d'une maladie.
20:15Peut-être même que les femmes en sont
20:16inconsciemment, collectivement persuadées.
20:18Donc si on se dit que le poids des religions monothéistes
20:21existe en France et ailleurs,
20:23il est aussi dans la médecine.
20:25Donc ça, c'était un petit rappel historique,
20:27je pourrais tenir deux heures sur des sujets comme ça,
20:29j'adore, mais on n'a pas le temps.
20:31Autre exemple que je trouve formidable,
20:33une invention extraordinaire, l'hystérie.
20:35Est-ce que vous vous êtes posé la question
20:36de savoir l'hystérie c'est quoi ?
20:38Eh bien, ça a été inventé par Hippocrate,
20:40le père de la médecine,
20:41c'est le concept de l'utérus errant.
20:44Hystérie, hystérectomie,
20:45donc par définition, qu'est-ce que ça veut dire ?
20:47Un homme ne peut pas être hystérique
20:48puisqu'il n'a pas d'utérus.
20:50Donc, on n'est quand même pas loin du sujet
20:52et donc, au XIXe siècle,
20:54notre ami Charcot, à pitié,
20:56conceptualise ça
20:57et il fait même, un truc formidable,
21:00il fait les mardis, les leçons du mardi,
21:03il fait venir le tout Paris qui venait en habit
21:05regarder les folles
21:07et ça s'appelait le bal des folles.
21:09Et donc, tout ce qui était gênant chez la femme,
21:11tout ce qui était douleur,
21:12tout ça a été hystérique et c'était un spectacle.
21:15Je ne sais pas si vous voyez le truc terrible qui se passe,
21:18c'est que la souffrance féminine
21:19devenait divertissement scientifique.
21:22C'était hier, le XIXe siècle.
21:24Donc, quand on a une douleur qui se moque de la douleur des femmes,
21:27une société qui se moque de la douleur des femmes,
21:29on se dit que l'errance avec l'endométriose,
21:32ben voilà, c'est pas si loin que ça.
21:34Et d'autres dates plus récentes expliquées ?
21:36Oui, ben, je pourrais continuer, mais effectivement,
21:38vous vous souvenez que vous n'avez le droit de voter que depuis 1945
21:41et le droit d'ouvrir un compte bancaire que depuis 1965,
21:45en ayant la permission écrite de votre mari.
21:48Je ne sais pas si vous... c'est incroyable.
21:50Il y a 60 ans.
21:50Qu'est-ce que ça veut dire tout ça, clairement,
21:52d'un point de vue hiérarchique dans une société moderne ?
21:55L'homme est supérieur à la femme.
21:56Ces dates le prouvent.
21:57Enfin, évidemment, ça change.
21:59Ce n'est pas ce que je pense.
22:00Mais c'était il y a moins d'un siècle, il y a 60 ans.
22:02C'est hier.
22:03Et toi, tu nous dis justement que tout ça va changer.
22:05Tout va changer.
22:06On a commencé à en parler tout à l'heure.
22:08Aujourd'hui, plus de la moitié des médecins sont des femmes.
22:1152% des généralistes.
22:1324% des PUPH sont en 2024, des adrégés à l'hôpital.
22:1741% des chefs de service.
22:19Et à la PHP, 63% des PH sont des femmes.
22:22Donc, bonne nouvelle,
22:23avec 64% des étudiantes en première année.
22:28On se dit que la médecine se féminise.
22:30Et c'est le girl power qui arrive.
22:32Enfin.
22:33Merci beaucoup, Hervé, pour ce rappel historique.
22:36Mesdames, rapidement, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps,
22:38mais sur ce conditionnement qui date de l'Antiquité
22:41et qu'Hervé vient d'évoquer,
22:43et cette note aussi positive, comment est-ce que...
22:46Je pense qu'il faut...
22:48Là, vous parliez du girl power, du coup,
22:50dans la profession médicale.
22:51Mais moi, j'aimerais qu'il y ait le girl power dans la société.
22:54Et tout ce dont on parlait,
22:55c'est-à-dire que les femmes prennent conscience
22:56que leurs symptômes sont largement aussi importants que ceux des hommes,
22:59qu'on est là pour les écouter,
23:01qu'il y ait de nouveau une confiance qui se crée auprès des professionnels.
23:04C'est redonner le pouvoir aux femmes
23:06et redonner le pouvoir de façon...
23:07Et aux usagers de manière générale,
23:09mais vu le sujet qui nous intéresse, aux usagères.
23:10Docteur Montpère, et ce sera le mot de la fin.
23:14Oui, effectivement, je confirme effectivement
23:17que cette prise en compte des femmes,
23:22dans mon domaine de pathologie cardiovasculaire,
23:25est en nette progression,
23:27que ce soit au niveau des études qui sortent actuellement
23:31ou régulièrement, il y a des études de genre qui sont mises en place.
23:36Ce qu'il faudrait également, c'est activer tout ce qui est information
23:42qui, à mon avis, est tout à fait fondamentale
23:44justement pour la prise en charge des femmes dans leur maladie,
23:49qu'elles soient cardiovasculaires ou autres pathologies.
23:52Merci beaucoup.
23:53Merci docteur Catherine Montpère, cardiologue.
23:57Et merci à vous, Sarah Benjilani,
23:59secrétaire générale du Collège national des sages-femmes.
24:06Et pour continuer notre exploration de la santé féminine,
24:09on accueille Alexandra Montsillot et fondatrice d'Andoles.
24:14Bonjour Alexandra et bienvenue.
24:15Bonjour.
24:16Alexandra, on entre dans le vif du sujet.
24:18Qu'est-ce que c'est Andoles ?
24:20Andoles, c'est une plateforme qui vise à redonner le contrôle
24:23sur la santé aux femmes,
24:24répondre aussi sur toutes les problématiques du biais médical,
24:27afin de collecter la data qui manque aujourd'hui,
24:31à la fois en aide les femmes de mieux comprendre ses symptômes,
24:33et en aide les recherches avec la data qu'on collecte.
24:35Et alors, comment ça fonctionne exactement côté patiente,
24:38l'expérience patiente ?
24:40C'est très simple, c'est une application qui est téléchargeable sur le téléphone,
24:43donc on peut déclarer nos symptômes, nos ressentis,
24:46grâce à l'interface assez facile,
24:47et puis on source toutes les données de variable devices,
24:50donc montre connectée, bague connectée,
24:52on les met tout ensemble,
24:53et on donne les analyses et prédictions pour les femmes,
24:56et derrière, les données pseudo-anonymisées sont mises pour les recherches.
24:59Donc c'est ensuite à destination du médecin et du chercheur,
25:04comment est-ce qu'eux, ils les exploitent ?
25:05À quoi ça leur sert exactement ?
25:07Justement, déjà les femmes, ça permet de télécharger les rapports,
25:11les données aux médecins,
25:12et pouvoir mieux communiquer avec les médecins sur les symptomatiques,
25:15parce que c'est toujours très difficile
25:16d'avoir les médecins au même niveau d'information.
25:19Et pour les chercheurs, en fait,
25:20elles peuvent choisir ces cohortes.
25:22Admettons, on est intéressé par les femmes attendantes d'endométriose,
25:24comme moi, qui sont entre 30 et 40 ans,
25:28pas d'enfants, qui font du sport deux fois par jour,
25:31vivant à Paris,
25:32on peut cibler cette cohorte,
25:33on peut télécharger la data set sur les symptomatiques,
25:36sur les activités de vie,
25:38quelles têtes se met, cycle, tout ça,
25:40et le donner aux médecins dans les cas de recherche.
25:43Donc l'idée, c'est vraiment de nourrir la recherche.
25:45Exactement.
25:47Et donc, le type de données récoltées,
25:49ça se fait, vous avez dit,
25:50via une monde connectée,
25:52et des données qu'on rentre sur une application.
25:55Oui, exactement.
25:56Et la patiente le fait quotidiennement ?
25:58Pas forcément quotidiennement.
26:00Donc déjà, l'application est capable de chercher toute la data
26:03qui est un peu objectif.
26:06Donc les données de variable devices,
26:07c'est les données environnementales.
26:09Donc en fait, on a toujours les données contextuelles
26:11qui sont téléchargées.
26:12Et puis, si les patientes,
26:14je n'ai pas vraiment le mot patiente,
26:16c'est une femme récente la nécessité
26:18de mettre son ressenti dans l'application,
26:23c'est là qu'ils ont commencé à récupérer aussi
26:24les données subjectives.
26:26Donc ce qu'ils ressentent,
26:27ce qu'ils vivent tous les jours.
26:28Donc est-ce que finalement,
26:29votre objectif, c'est de réduire
26:32les biais de diagnostic
26:34et la recherche médicale,
26:36dans la recherche médicale ?
26:37Aussi, oui, tout à fait.
26:39Hervé ?
26:39Oui, j'ai une question sur les datas.
26:41Donc c'est hyper intéressant ce que vous faites,
26:43mais déjà, sécurisation des datas,
26:45j'imagine que c'est un vrai sujet,
26:46parce que c'est très sensible à la santé,
26:48de la femme, RGPD, CNIL et tout ça,
26:50vous voyez bien.
26:51Et puis l'autre truc, c'est concrètement,
26:52vous savez, en médecine,
26:53on est très évidence-based médecine.
26:55Alors on a des datas en vie réelle,
26:56j'entends, c'est intéressant,
26:58mais en quoi ça peut modifier les protocoles
27:00avec la HAS, par exemple,
27:01qui va dire c'est quoi ces trucs ?
27:03Bien sûr.
27:04Donc déjà, merci beaucoup pour la question,
27:05parce que la question de data,
27:07c'est vraiment le vif du sujet,
27:08sachant qu'aujourd'hui,
27:09avec le vibe coding
27:10et le développement de l'EA,
27:11on a tendance d'aller beaucoup plus vite
27:13qu'il faut.
27:14Donc on a attaqué les problèmes différemment.
27:16D'abord, on a construit l'infrastructure,
27:18donc notre infrastructure,
27:19c'est notre infrastructure propre.
27:21On est basé sur les serveurs
27:22de Microsoft Azure
27:23qui sont certifiés HDS,
27:26et assez rares pour les startups.
27:28Et aussi, nos intelligences artificielles
27:30sont déployées en premises.
27:32Donc les données ne sortent pas
27:33et les données sont pseudonymisées
27:35le moment qu'elles sortent de l'application.
27:37Donc en fait, nous,
27:37on travaille avec la data
27:38à 100% anonymisée pour nous.
27:41Donc qu'est-ce que ça va changer
27:42pour les recherches et tout ?
27:44En fait, si on regarde un peu l'historique,
27:46les femmes étaient plutôt traitées
27:47comme les exceptions.
27:48Donc en fait,
27:49on n'a pas assez de données massives
27:50des synthès de femmes
27:51et de la vie de tous les jours des femmes
27:53que même aujourd'hui,
27:54si on regarde les algorithmes
27:55qui sont utilisés partout,
27:57même pour calculer les règles,
27:58pour calculer les taux d'activité,
28:00on ne peut pas être à 100% sûr
28:02qu'ils ont,
28:03dans la mathématique,
28:04qu'ils ont bien pris en compte les femmes.
28:05Et donc l'objectif,
28:06c'est de justement créer
28:08cette masse de données
28:08qui sera nécessaire
28:09pour les recherches futures
28:10pour un peu essayer
28:13de répondre à cette billesse existante.
28:15Merci beaucoup.
28:16Merci Alexandra,
28:17mon CEO et fondatrice d'Andoles.
28:20Merci à toi aussi, Hervé.
28:22À très bientôt
28:23sur Bismarck for Change.
28:24Peut-être.
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