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  • il y a 2 semaines
Ce vendredi 20 mars, Adel Bakawan, directeur de l'European Institute for Studies on the Middle East and North Africa, était l'invité d'Annalisa Cappellini, dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont évoqué le changement de ton des pays du Golfe vis-à-vis de l'Iran, notamment à cause des frappes incessantes sur les infrastructures énergétiques. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Les pays du Golfe sont en train de changer de ton vis-à-vis de l'Iran,
00:04notamment parce que ce sont les infrastructures énergétiques désormais qui sont ciblées.
00:07Le gaz, on en a parlé largement ce matin.
00:10Adel Bakawan, bonjour. Merci d'être avec nous, spécialiste des questions du Moyen-Orient.
00:13On a désormais des pays du Golfe qui disent
00:16« Je me réserve le droit de répondre et je pourrais faire une réponse qui n'est pas politique, c
00:20'est-à-dire militaire ».
00:21Concrètement, qu'est-ce qu'ils pourraient faire ?
00:23C'est qu'Israël a gagné, Israël a réussi.
00:25Parce qu'en fait, la semaine dernière, vous vous souvenez, on parlait de la stagnation,
00:30on parlait de l'enlisement, on parlait de l'impasse.
00:34Et c'est vrai, il n'y avait rien dans la gestion des rapports de force.
00:40Mais Israël commence déjà…
00:42Alors, il faut le dire, il y a trois acteurs.
00:44Les États-Unis d'Amérique, la République islamique d'Iran et Israël.
00:48Et en réalité, celui qui détermine les orientations stratégiques de ces rapports de force,
00:53ce n'est pas Donald Trump, ce n'est pas Mushtaba Khamnayi, c'est Benyamin Netanyahou.
00:59Parce qu'il commence la semaine par l'élimination, l'homme le plus fort de la République islamique d'Iran,
01:05à savoir Ali Larijani.
01:06Et ensuite, il continue avec l'élimination de la tête directrice des Basijis.
01:14Des Basijis, c'est 675 000 individus lourdement armés pour réprimer le peuple iranien.
01:22Il assassine le chef et les dix personnalités les plus importantes.
01:26Et ensuite, on arrive au ministre d'Itlaat.
01:29Itlaat, c'est le service de renseignement iranien.
01:32Il élimine le ministre.
01:34Et ensuite, jusqu'à là, il relance, si vous me permettez l'expression, l'hommage.
01:40Et on sort de l'enlisement, on sort de l'impasse parce que ça bouge.
01:44Et là, les pays arabes n'arrivent toujours pas.
01:47L'Iran, riposte.
01:48On frappe en Riyad, Doha, Abu Dhabi, Bagdad, Erbil.
01:54Mais les pays arabo-islamiques, il adopte toujours la démarche défensive.
02:02Ça, ça ne convient pas à Israël.
02:03Ça ne convient pas à Benyamin Netanyahou.
02:05Benyamin Netanyahou souhaite amener les pays du Golfe,
02:08les pays arabes, les pays islamiques,
02:11et surtout les pays européens dans cette...
02:13D'où la frappe sur le champ gazier.
02:15Pour amener tout le monde, il faut frapper là où ça fait mal.
02:19Il faut frapper là où tout le monde sera en panique totale.
02:23Et là, il a frappé le champ gazier.
02:25En frappant le champ gazier, Israël sait parfaitement
02:28que les gardiens de la révolution islamique vont répliquer
02:31en attaquant les champs potrôlés et les champs gaziers des pays du Golfe.
02:36Et en attaquant ces infrastructures, c'est l'économie mondiale qui est en panique.
02:40N'est-ce pas ?
02:41Oui, c'est ce qu'on voit ce matin.
02:42C'est ce qu'on fait ce matin.
02:44Exactement.
02:44Et lorsque l'économie est en panique,
02:46comme vous l'avez dit, l'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis,
02:52tout le monde se lance dans cette guerre-là.
02:57Et l'objectif d'Israël, c'est vraiment amener au moins, au moins,
03:01au moins les pays du Golfe dans cette guerre.
03:02Et là, ça va changer tout.
03:04Pourquoi ?
03:04Je suis désolé, j'ai développé un peu.
03:07Non, non, allez-y, on vous écoute.
03:09Les pays du Golfe, le budget militaire des pays du Golfe,
03:12c'est 130 milliards de dollars.
03:15Le budget de l'Iran ne dépasse pas 20 milliards de dollars.
03:18Déjà, en termes militaires, ça va changer énormément
03:22dans la gestion des rapports de force.
03:24Et ensuite, symboliquement, depuis 19 jours, 20 jours,
03:28la République islamique d'Iran développe une narration,
03:31à savoir, je suis un pays islamique, je suis une République islamique,
03:36je suis attaqué par les mécréants, par les Israéliens et les Américains.
03:40Et tente à mobiliser l'opinion musulmane dans le monde.
03:45Plusieurs milliards de personnes, n'est-ce pas ?
03:47Si jamais l'Arabie saoudite entre dans cette guerre-là,
03:51l'Arabie saoudite qui est l'auberceau de l'islam, n'est-ce pas ?
03:54Et les pays...
03:54Le narratif tombe.
03:56Ce symbolisme tombe.
03:57Autrement dit, il prive la République islamique d'Iran
04:00à la fois d'une arme militaire et d'une arme symbolique.
04:04Annalisa, ce qui a peut-être retenu aussi les pays du Golfe
04:06de rentrer dans le conflit jusque-là,
04:08c'est que ça voudrait dire se ranger du côté d'Israël.
04:11Et pour certains pays du Golfe,
04:12c'est inimaginable de se ranger du côté d'Israël.
04:15Et vous avez absolument raison, si jamais ces pays du Golfe
04:18entrent dans cette guerre-là,
04:20et je pense que Benjamin Netanyahou a préparé
04:22les conditions objectives pour que ces pays entrent dans...
04:26C'est une rupture sans précédent.
04:29C'est-à-dire depuis 1948-1949,
04:32la fondation de cet État israélien,
04:35c'est la première fois que les pays arabes
04:38entrent en guerre aux côtés des Israéliens
04:40contre un pays musulman.
04:43Ça n'est jamais produit et ça dépasse toutes les lignes rouges.
04:48Autrement dit, c'est vraiment la décomposition du Moyen-Orient.
04:51Mais alors, ce n'est pas encore fait.
04:52Qu'est-ce qu'ils pourraient faire comme réponse concrètement ?
04:55Ah bah, si jamais...
04:56Les gardiens, ils étaient clairs, les passes d'Alan.
04:59Ils ont dit, on arrête là,
05:02on n'attaque plus les champs gazés et les champs putrôlés
05:05si Israël ne nous attaque pas,
05:07si Israël s'arrête là.
05:08Mais par contre, si Benjamin Netanyahou insiste et persiste
05:13et signe les frappes contre les champs gazés et putrôlés iraniens,
05:18là, les gardiens, les passes d'Alan,
05:20ils vont frapper encore lourdement, très très lourdement.
05:24Et il est fort probable qu'ils activent les Houthis ou Yémen.
05:29Et jamais, si jamais les Houthis ou Yémen sont réactifs...
05:32Qui pour l'instant sont totalement sous le radar.
05:34Enfin, il ne se passe rien.
05:34Exactement, et pour le moment, ça va, il ne bouge pas.
05:38Et là, ça devient vraiment une vraie guerre régionale.
05:41Et là, l'Arabie saoudite et les pays du Golfe
05:43seront dans l'obligation d'entrer dans cette guerre.
05:45Mais Donald Trump a demandé à Israël
05:46de ne plus toucher aux infrastructures iraniennes,
05:49en disant qu'il s'était désolidarisé complètement.
05:51C'est ce qu'on dit, bien évidemment, devant les caméras.
05:53C'est ce qu'on dit sur les réseaux sociaux.
05:55Mais bien évidemment, dans les colises,
05:57est-ce que franchement, Israël,
06:00Benjamin Netanyahou,
06:02pourraient, objectivement parlant,
06:03en factuellement parlant,
06:04prendre une telle décision
06:06qui met l'économie mondiale
06:09dans une situation catastrophique ?
06:13Je ne pense pas.
06:14Je pense qu'il y a eu des coordinations
06:15à des degrés différents
06:17entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou.
06:19Et l'objectif...
06:20Quel est l'objectif ?
06:21Quel est l'objectif qu'on a entre Donald Trump
06:23et Benjamin Netanyahou ?
06:24Depuis une semaine,
06:25Donald Trump demande aux pays européens
06:28d'entrer dans cette guerre,
06:29ne serait-ce que pour sécuriser
06:32l'eau des Trois-Dormos.
06:33Le président de la République a dit
06:35non, ce n'est pas notre guerre.
06:37Les pays du Golfe, ils ont dit
06:39non, ce n'est pas notre guerre.
06:41Mais en préparant ces conditions objectives,
06:43les pays européens, ils seront dans l'obligation
06:46et les pays du Golfe aussi
06:47seront dans cette obligation.
06:48Et si jamais les pays du Golfe
06:50entrent dans cette guerre,
06:51bien évidemment, automatiquement,
06:53l'Égypte entrera dans cette guerre-là.
06:55100 millions d'individus,
06:57un des pays les plus puissants du monde,
06:59et la Jordanie aussi.
07:01Merci beaucoup Adèle Bakawan
07:02d'être venue ce matin
07:03dans la matinale de l'économie.
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