00:00Retour sur les enjeux autour de l'eau dans le golfe. 400 stations se trouvent dans la région des stations
00:06de dessalement
00:07puisque le Qatar par exemple dépend à 99% du dessalement de l'eau pour alimenter sa population.
00:12C'est 90% pour le Koweït. Notre invité pour en parler c'est Franck Galland. Bonjour, merci d'être
00:17là ce matin.
00:18Vous êtes directeur général d'Environnemental Emergency and Security Service.
00:22Vous êtes spécialisé dans les enjeux stratégiques et géopolitiques liés à l'eau.
00:26Vous travaillez notamment pour le ministère des Armées. Vous avez aussi travaillé pour GDF Suez.
00:30On a beaucoup parlé du pétrole ces derniers temps mais la guerre de l'eau a aussi déjà commencé.
00:35On a vu des infrastructures qui ont été touchées notamment au Koweït.
00:38Est-ce que mettre en place une mer noire, c'est-à-dire vider des pétroliers dans l'eau, c
00:42'est aussi une arme de guerre qui peut être envisagée ?
00:44C'est une arme qui a déjà été utilisée durant la première guerre du Golfe
00:48quand les troupes irakiennes avaient saboté sciemment des conduites au Léoduc.
00:53Mais les états du Golfe ont beaucoup appris depuis cette première guerre du Golfe, depuis 35 ans.
00:59Ils ont mis en place des mesures de résilience pour leurs stations de dessalement.
01:03Il faut savoir que les intakes, c'est-à-dire ces grands aspirateurs à hauts de mer, sont très profonds
01:07pour la plupart d'entre eux, à moins 20-25 mètres.
01:10Donc ça les rend exants de pollution liée aux eaux de surface.
01:14Et les pollutions hydrocarbures restent en surface.
01:18Ensuite, tous ces opérateurs de stations de dessalement, et vous citiez 400 stations de dessalement dans la région,
01:24se sont préparés à ce type de situation parce que les accidents arrivent.
01:28On ne pouvait pas prévoir un conflit d'eau à haute intensité comme celui-ci, mais des accidents arrivent.
01:33Donc ils ont des emergency response plans prêts à être mis en place.
01:38Et c'est quoi ? C'est des réserves à côté qui servent pour faire tampon ?
01:41Alors déjà, c'est mettre en sécurité les stations de dessalement.
01:43En fonction d'une évolution de nappe, c'est connaître la courantologie.
01:47Alors on est sur un Golfe-Araboparsi qui est une mer quasi fermée.
01:50Donc les courants évoluent très rapidement.
01:53Mais l'idée, c'est de fermer la station le plus tard possible en fonction de la connaissance des courants
02:00marins.
02:00À partir de là, la station est fermée.
02:02Il y a d'autres stations.
02:03Les stations sont interconnectées sur les Émirats Arabes Unis,
02:09entre les stations qui alimentent Dubaï ou les stations qui alimentent Abu Dhabi.
02:12Tout ça est interconnecté.
02:13Donc si l'une est arrêtée, l'autre peut continuer de fonctionner.
02:16Ensuite, vous avez des réserves stratégiques.
02:18Des réserves stratégiques.
02:19Le Qatar, certes, dépend à 99% du dessalement.
02:22Mais il faut savoir que les Qataris ont lancé un programme gigantesque.
02:25Les plus grandes réserves d'eau douces du monde, c'est 10 millions de mètres cubes
02:29qui sont quasiment opérationnels aujourd'hui.
02:31Pour vous donner un ordre d'idée, c'est 24 très très gros réservoirs.
02:34Il y en a un qui fait 400 000 mètres cubes.
02:37400 000 mètres cubes, c'est deux fois celui de Paris.
02:39C'est deux fois le réservoir de Montsouris
02:41qui permet de répondre à un tiers des besoins théoriques de consommation des Parisiens.
02:46Donc il y a des facteurs de résilience d'infrastructure.
02:49Et ce qu'on ne dit pas aussi assez,
02:50c'est que vous avez dans les pays du Golfe des stations de traitement d'eau usée,
02:53comme ailleurs.
02:54Sauf qu'ils réutilisent leurs eaux usées.
02:56C'est 100% au Qatar.
02:58C'est 100% en Oman.
03:00Donc ça veut dire que l'eau qui repart en station
03:02est réutilisée et réinjectée typiquement pour des besoins industriels.
03:07Parce que pour extraire du pétrole, il faut de l'eau.
03:10Pour irriguer, il faut de l'eau.
03:11Pour arroser des espaces verts, il faut de l'eau.
03:13Voilà, donc on a quand même des infras assez résilientes.
03:16Si ces structures sont ciblées directement par l'Iran,
03:19c'est un symbole très fort.
03:20En fait, elles sont tellement vitales
03:21que c'est presque une déclaration de guerre de la part de l'Iran.
03:25Malheureusement, ça a déjà été le cas le 8 mars dernier,
03:27quand on a une station des Salmans qui a été ciblée à Bahreïn.
03:30Dans les faits, c'est une violation complète des conventions de Genève
03:33et des protocoles éditionnels de 1977,
03:35qui dit très clairement qu'il ne faut pas s'en prendre
03:38aux infrastructures essentielles à la vie des populations,
03:40dont l'eau.
03:41Je remarque quand même que l'Iran n'a pas signé
03:46ces conventions, ne les a pas ratifiées
03:49comme 15 autres États.
03:50Iran, qui est aussi en situation de stress hydrique.
03:54Alors complètement.
03:55En décembre dernier, rappelez-vous les paroles du président iranien
03:58qui appelait la population de 15 millions de personnes
04:01à quitter le Grand Téhéran à cause d'un manque d'eau.
04:05Pourquoi ?
04:06Ce sont des années de sécheresse qui ont frappé l'Iran.
04:08Je me souviens des déclarations d'un think tank de sécurité basé en Cara
04:11qui disait que l'Iran a deux problèmes de sécurité,
04:13l'État d'Israël et le manque d'eau.
04:15C'est exactement ce qui s'est passé à travers ces années de chez stress.
04:18Il faut savoir que l'Iran dépend de systèmes de barrages,
04:21520 barrages.
04:23On n'a jamais autant construit de barrages dans le monde
04:25que depuis 30 ans en Iran.
04:26Pourquoi ?
04:26Parce que c'était les gardiens de la Révolution,
04:28leur filiale de génie civil,
04:29qui construisaient ces barrages.
04:31Les barrages, c'est bien sympathique,
04:32mais il faut qu'il pleuve.
04:34Il faut qu'il neige.
04:36Par exemple, vous preniez la ville de Machad en décembre dernier,
04:40cette deuxième ville d'Iran,
04:41ces quatre barrages étaient pleins à hauteur de 4%.
04:44Donc forcément, manque de ressources.
04:46L'Iran s'est lancé dans un programme de dessalement
04:48uniquement en 2008, sous fait de l'embargo.
04:50Elle ne peut pas compter sur le dessalement
04:52alors que face à l'Iran, vous avez l'Arabie Saoudite,
04:54les premières capacités de dessalement installées dans le monde.
04:57Une station comme Rasselker,
04:59qui alimente en eau Riyad,
05:01c'est la plus grande du monde.
05:02C'est un million de mètres cubes jour.
05:03Pour vous donner un ordre d'idée,
05:04c'est cinq fois celle de Barcelone,
05:05qui dessale 200 000 mètres cubes jour,
05:08tous les jours,
05:09pour l'alimentation du Grand Barcelone.
05:11Donc oui, en Iran,
05:13vous avez un problème structurel de manque d'eau,
05:16avec des conséquences sur l'alimentation en eau des populations,
05:19avec des conséquences sur l'alimentation en eau des hôpitaux.
05:22Ce qui se passe dans le Golfe aujourd'hui,
05:24c'est dramatique.
05:24Quand on cible une infrastructure en eau,
05:27il faut savoir que, certes, on vise les populations,
05:28mais on vise des établissements sensibles,
05:30pour raisons sanitaires.
05:31Des centres de dialyse,
05:32des hôpitaux pour soigner les blessés civils et militaires.
05:37On cible des infrastructures économiques.
05:39Le pétrole, on en a parlé,
05:41mais on cible aussi des systèmes de refroidissement.
05:44Pour chaque kilowattheure consommée,
05:46c'est entre un à deux litres d'eau.
05:49Donc un centre serveur,
05:51un serveur par jour,
05:52c'est entre 30 et 50 litres d'eau.
05:54Il va faire très chaud dans le golfe.
05:56Là, ça va encore...
05:57Ce qui veut dire qu'il faut les protéger,
06:00comme des prunelles.
06:02Tous ces centres sont ultra stratégiques,
06:05presque plus que la question du pétrole.
06:08Les deux sont liés.
06:09De toute manière,
06:10il faut de l'énergie pour l'eau.
06:11Pour faire fonctionner les stations de dessalement,
06:13c'est 3 kWh par mètre cube.
06:15Donc si vous touchez une infrastructure gazière,
06:18qui est essentielle à l'alimentation énergétique,
06:20par exemple, des stations de dessalement,
06:21il faut toucher la station de dessalement.
06:23Mais à l'évidence,
06:25ce sont des infrastructures stratégiques.
06:27C'est pour ça que les États du Golfe
06:29en ont excessivement conscience.
06:30Ils ont massivement investi
06:32sur la robustesse et la résidence de leur station,
06:34mais qui pouvaient, entre guillemets,
06:35anticiper un conflit d'haute intensité
06:38qui sévit dans cette région
06:40et qui peut effectivement
06:41cibler directement de l'infrastructure,
06:43mais encore une fois,
06:44en violation complète des conventions de Genève.
06:46Et ce sont des messages politiques derrière.
06:47Parce que quand vous ciblez une infrastructure
06:49de dessalement
06:52ou un réservoir stratégique,
06:54je veux dire,
06:54c'est un franchissement de seuil de plus.
06:56Donc jusqu'où ça s'arrêtera,
06:58c'est la question qu'il faut se poser.
06:59Merci beaucoup d'être venu ce matin.
07:02Franck Galland,
07:02directeur général d'Andy Ronantol
07:04Emergency and Security Service.
07:06visite.
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