00:0013h47, chaque jour un expert de marché nous rejoint au cœur de BFM Bourse pour combattre les idées reçues, résister
00:06aux idées trop faciles.
00:07Notre résistante aujourd'hui, Valentin Ennouz, responsable de la stratégie de taux d'Ammony Institute.
00:11Bonjour Valentin.
00:12Bonjour.
00:13Bienvenue.
00:14Le marché voit le conflit au Moyen-Orient comme un choc temporaire sur l'inflation.
00:19Les investisseurs reconsidèrent, en ce moment recalculent les trajectoires de taux à venir des banquiers centraux
00:24et ils attendent les investisseurs désormais des hausses de taux de la BCE, peut-être même des hausses de taux
00:28cette année
00:28et plus de baisse de taux de la part de la Fed.
00:30Ça, c'est le calcul des marchés.
00:31Vous, vous ne le partagez pas, vous dites même bullshit.
00:36Vous foudroyez ce scénario pessimiste des marchés en matière monétaire face au conflit au Moyen-Orient.
00:41Enfin, on peut quand même imaginer que les banquiers centraux qui vont se réunir là tous cette semaine
00:45seront plus prudents qu'avant le début de ce conflit.
00:47Ah oui, cette semaine, on va avoir une grande messe de la Fed, de la BCE et puis toutes les
00:51autres grandes banques centrales.
00:53Et je suis d'accord avec vous, on va sûrement avoir un très grand message de prudence.
00:57C'est évident que ce conflit au Moyen-Orient va mettre une certaine pression sur les prix du pétrole, sur
01:02l'inflation
01:02et qu'ils vont mettre en avant évidemment ce niveau d'incertitude très élevé.
01:07Oui, c'est évident. Donc, place à la prudence.
01:09Un concert de prudence, voilà, plein de grands messes à la fois.
01:12Ça va être un concert de prudence, il ne faut pas s'attendre à autre chose.
01:16Parce qu'en 2022, les banques centrales avaient tardé, peut-être trop tardé à relever leur taux
01:20au moment du déclenchement de la crise en Ukraine.
01:21Les prix de l'énergie avaient progressé. Et donc, elles s'accusent elles-mêmes, les banques centrales,
01:27de ne pas avoir réagi plus tôt à l'époque.
01:29Est-ce qu'il existe une grande différence entre 2022 à l'époque et la hausse des coûts de l
01:33'énergie qu'on vit aujourd'hui ?
01:34Ah oui, je pense que c'est vraiment important de faire un parallèle.
01:37Déjà, on n'est absolument pas dans le même environnement macroéconomique.
01:422022, c'était l'environnement post-Covid, où on a eu un choc sur l'offre.
01:46Mais il y avait aussi un environnement où la demande était forte post-Covid,
01:51avec une épargne importante qui était accumulée.
01:53Donc aujourd'hui, on est plutôt dans un environnement,
01:55même si on trouve que l'inflation aux US est un peu élevée, elle est entre 2,5 et 3.
01:58L'inflation en zone euro est en dessous de 2.
02:00Donc on est dans un environnement où l'inflation est maîtrisée.
02:03Et puis, on ne peut pas non plus s'attendre à avoir beaucoup d'effets de second tour.
02:06Parce que si on regarde le marché de l'emploi aujourd'hui,
02:08il n'est absolument plus du tout celui qu'on avait en 2022.
02:11En 2022, on avait énormément de créations d'emplois.
02:14Il y avait deux postes vacants pour chaque chômeur aux États-Unis.
02:17Maintenant, si on regarde les créations d'emplois sur l'année dernière,
02:19c'est l'un des plus faibles depuis plus de 10 ans.
02:22Si on exclut les années de récession aux US,
02:25on a même une remontée du taux de chômage longue durée.
02:27Même en zone euro, on a des créations d'emplois qui ralentissent.
02:31Donc ce n'est absolument pas le même environnement macroéconomique.
02:35Il n'y aura pas de boucle prix-salaire contrairement à 2022 ?
02:37La probabilité d'en avoir est quand même beaucoup plus faible.
02:40Ce n'est pas le même environnement de demande.
02:42Sauf si on a évidemment à nouveau des politiques de soutien budgétaire inéthiques.
02:46Mais si on exclut ça, c'est quand même compliqué de voir se mettre en place
02:49des boucles inflation-prix-salaire.
02:51Et puis ce choc de cette guerre au Moyen-Orient sur l'énergie,
02:56c'est quand même un choc différent.
02:57Rappelez-vous, avec la guerre entre la Russie et l'Ukraine,
03:01ça a immédiatement coupé l'accès au gaz pour l'Europe au gaz russe.
03:06Donc ça a amené des changements structurels.
03:09L'Europe a dû trouver des alternatives structurelles à cette perte du gaz russe.
03:14Tandis que là, les investisseurs, ils sont dans une toute autre configuration.
03:17Ils s'attendent à un retour à la normale.
03:20Alors plus ou moins rapide, mais ils s'attendent quand même
03:23à ce qu'il y ait une désescalade de ce conflit.
03:26Et puis qu'il y a un certain, ça prendra un peu de temps,
03:29mais qu'on revienne à la situation qu'on avait avant cette guerre au Moyen-Orient.
03:33Donc un environnement macroéconomique différent
03:35et un impact de cette guerre sur le prix d'énergie qui est différent.
03:40Julien ?
03:41C'est aussi l'environnement de marché qui vous dit ça.
03:42Quand vous regardez les prix à terme sur le pétrole
03:44et que vous vous projetez sur un an,
03:45le Brent tombe à 70 dollars quasiment.
03:47Oui, exactement.
03:48Donc pour l'instant, le marché, il est sur ce retour.
03:52Vous pensez vraiment qu'il a tort ?
03:54Vous pensez vraiment qu'on peut avoir finalement
03:56une trajectoire de taux très différente de celle de 2022 ?
03:59Pour l'instant, moi, ma conviction,
04:02c'est que nous, notre scénario central,
04:04c'est quand même une guerre qui reste courte
04:06avec un retour à la normale des prix sur le prix du pétrole.
04:10Après moi, ce que je m'interroge aussi,
04:12c'est que le marché, pour l'instant,
04:13il est juste sur un impact sur l'inflation de ce conflit.
04:17Il n'est pas sur un impact sur la croissance.
04:20Et personne, pour l'instant, ne s'interroge que
04:22qu'est-ce qui va se passer si la BCE monte ses taux ?
04:24Qu'est-ce qui va se passer si la Fed ne baisse pas ses taux ?
04:27Nous, on s'attendait avant à ce que la Fed baisse ses taux
04:30parce que l'économie américaine en avait besoin.
04:33Parce qu'aujourd'hui, on a une économie américaine
04:35qui repose sur la consommation des ménages les plus riches
04:37grâce au marché d'action et qui repose sur l'investissement.
04:39Donc cette croissance, elle n'est absolument pas durable.
04:42Et pour qu'on ait une croissance qui se maintienne,
04:44il faut que la Fed baisse ses taux
04:46pour la partie de l'économie américaine,
04:48aujourd'hui, qui sauve des nouveaux taux plus élevés.
04:50Donc si on rentre dans cette configuration
04:52où la BCE monte les taux,
04:54alors qu'on connaît tous les fragilités structurelles de la zone euro,
04:58et que la Fed ne les baisse pas,
05:00il faut un moment s'interroger sur l'impact
05:02de ce resserrement monétaire sur la croissance.
05:04Donc moi, ma conviction,
05:06et je ne suis pas d'accord avec ce qu'anticipe le marché,
05:09c'est que si on a ce resserrement monétaire,
05:13il faut quand même s'interroger sur l'impact
05:15de ce resserrement monétaire sur la croissance.
05:17Mais c'est vrai qu'on est tous à se dire,
05:19mais comment la BCE peut monter ses taux
05:21deux fois avant la fin de l'année,
05:22alors que rien ne le justifie globalement ?
05:24Comment ça se fait que les marchés anticipent ça ?
05:27Si on a des chiffres d'inflation totale
05:31beaucoup plus élevés,
05:33on voit bien les membres au quiche de la BCE,
05:35on n'est pas à l'abri d'une hausse de taux.
05:37Alors, après...
05:39Il y en a surtout une, on ne va pas se mentir,
05:41parmi les membres de la BCE qui est très au quiche
05:42et qui est appelée pour ça.
05:44Isabelle, si vous voulez.
05:45Isabelle, Isabelle.
05:46On n'est pas à cet abri.
05:47Après, je pense que ce qu'ils vont vraiment mettre en avant
05:49cette semaine, c'est que cette hausse de l'inflation,
05:51sans effet de second tour, elle est transitoire.
05:53Voilà.
05:54Moi, c'est ce que je m'attends,
05:55et c'est quand même un ton de prudence,
05:56à la fois pour les baisser,
05:57mais j'espère aussi pour les membres.
05:58Mais attendez, mettons-nous à la place de Christine Lagarde jeudi.
06:01Elle a répété 200 milliards de fois en 2022,
06:04l'inflation est transitoire.
06:05Et puis, en fait, on s'est rendu compte,
06:06c'était du transitoire qui dure.
06:08Est-ce qu'elle va oser utiliser le même terme-là,
06:09alors qu'à l'époque, ça avait fini par durer ?
06:11Est-ce que cette fois, elle peut oser utiliser
06:12le terme transitoire sans se tromper ?
06:14Il y a des arguments, aujourd'hui,
06:17pour justifier ce transitoire,
06:18qui sont un niveau d'inflation inférieur à 2%.
06:21Donc, on démarre sur un niveau d'inflation plus bas,
06:24et surtout, un marché de l'emploi
06:26qui est quand même beaucoup moins fort.
06:27Et du coup, on est curieux de savoir
06:28si elle osera utiliser le même terme,
06:30au risque de se faire chambrer,
06:31ou qu'elle trouvera un autre terme.
06:32Et lequel, dans ce cas-là ?
06:33Je pense que c'est une reine de la communication.
06:36Elle va nous trouver quelque chose.
06:37Oui, une Christine, toujours.
06:39Oui, oui.
06:40Bon, voilà, ce sera à suivre.
06:41Est-ce qu'elle parlera même d'inflation transitoire,
06:43dans la mesure où l'inflation,
06:43pour le moment,
06:44est-ce que ça se répercute vraiment
06:45dans les données qu'ils ont,
06:46de toute façon, qui ne vont pas...
06:47Non, mais quand même,
06:47si on a ces prix du pétrole,
06:49il y a un moment,
06:49ça va quand même se répercuter
06:51sur l'inflation.
06:52Après,
06:53ce qu'elle va vous dire,
06:53c'est que...
06:54Pas forcément sur l'inflation corps,
06:56pas forcément sur l'inflation sous-jacente.
06:57Donc, pour moi,
06:58ils vont juger de ça.
06:59Mais bon, moi,
07:00ce qui m'intéresse vraiment aujourd'hui,
07:01ce que je trouve,
07:02c'est que le marché, aujourd'hui,
07:03va beaucoup trop vite,
07:05et n'anticipe pas
07:06quel est l'impact sur la croissance
07:08de ces prix du pétrole élevé,
07:09et de si les banques centrales
07:11ne baissent pas les taux
07:12ou montent ces taux.
07:13Moi, c'est là où je trouve
07:14que le marché...
07:15Mais tant mieux,
07:15ça ouvre la voie
07:16à des bonnes surprises.
07:17Ça ouvre la voie
07:18à des bonnes surprises.
07:18C'est-à-dire que le marché
07:18craint des hausses d'autos,
07:19il n'y en aura peut-être pas,
07:20donc c'est des bonnes surprises
07:20à venir, là.
07:21Et ça ouvre aussi la voie
07:23à des opportunités sur le marché.
07:24Mais c'est génial !
07:25Du coup, ça veut dire
07:26que le dollar va encore
07:27se renforcer ?
07:28C'est surtout...
07:29Bon, le dollar, après,
07:30ça dépend de la vie
07:30sur le dollar,
07:31mais ça dépend aussi
07:32qu'il y ait de la valeur
07:32maintenant sur les taux courts
07:33européens.
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