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  • il y a 3 heures
L’année suivant l’obtention du statut de réfugié, seules 40% des personnes se disent actives, et parmi elles, seulement 16% sont effectivement en emploi. En cause : la barrière de la langue, les procédures administratives complexes, les problèmes de santé mentale, mais également à des discriminations à l’embauche. Comment y remédier ?

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Transcription
00:04Nous sommes de retour sur le plateau d'Inclusion for Change pour parler de l'insertion professionnelle des personnes réfugiées.
00:10Et pour cela, nous accueillons avec nous Yasmine Leroux, directrice France de TENT, vous allez nous parler de votre association,
00:17et Amélie Rambeau, directrice adjointe innovation sociale et circulaire de Suez, qui nous rejoint à distance.
00:25Bonjour à vous deux d'abord et merci d'être parmi nous.
00:29Yasmine Leroux, la France compte plus de 700 000 personnes réfugiées avec un droit de travailler, ça a été dit,
00:36et seulement 16% d'entre elles occupent un emploi, alors que de nombreux secteurs peinent à recruter,
00:41notamment évidemment la restauration, ce que traite l'école des cuisses aux migrateurs qu'on vient de découvrir,
00:47mais aussi de nombreux autres secteurs.
00:50Pourquoi ce vivier est-il encore sous-exploité par les entreprises ?
00:55Bonjour et merci de parler de ce sujet aujourd'hui.
00:59Alors, c'est vrai que les réfugiés représentent un viet de talent inexploité,
01:04et pour une raison, je pense, assez simple pour commencer, c'est la méconnaissance de leur statut,
01:09et peut-être parfois les préjugés qui peuvent exister également sur les personnes réfugiées.
01:13Comme Marie l'a rappelé, ils ont le droit de travailler dès l'obtention de l'asile,
01:17et en général les entreprises et les recruteurs ne le savent pas.
01:20Donc voilà, elles ont des réticences par rapport au statut administratif en premier lieu.
01:23Donc elles pensent qu'il faut des papiers spécifiques pour pouvoir travailler.
01:28Et comment briser cette idée reçue, justement ?
01:30Eh bien, justement, en sensibilisant les entreprises.
01:33C'est l'une de notre premières missions, mobiliser les entreprises en leur expliquant,
01:37effectivement, que les réfugiés représentent un vivier de talent accessible qui a le droit de travailler.
01:42Et puis ensuite, il s'agit de lever les autres barrières que ceux-ci rencontrent à l'emploi.
01:47Donc je peux citer par exemple la barrière de la langue, évidemment, la non-reconnaissance des diplômes, et d'autres
01:52barrières.
01:53Alors justement, sur la barrière linguistique, c'est vrai qu'on en parle souvent comme d'un obstacle majeur,
01:58et c'en est un pour cette population-là.
02:00Or, de l'autre côté, il y a des expats qui en France n'ont aucun mal à entrer en
02:04emploi,
02:05alors que, comme de nombreuses personnes réfugiées, ils sont uniquement anglophones.
02:10Alors pourquoi ce deux poids deux mesures aussi ?
02:14C'est une bonne question. Je pense qu'en France particulièrement, il y a une méconnaissance des langues étrangères,
02:21déjà, par rapport à d'autres pays, quand je compare avec mes collègues, par exemple, aux Pays-Bas,
02:25évidemment en Grande-Bretagne, où les profils sont plus anglophones, par défaut dans les entreprises.
02:31En France, parler français, ou en tout cas se débrouiller en français, est quand même une condition requise.
02:37Je pense que les expatriés, effectivement, en général, sont dans des postes peut-être différents
02:42que ceux qu'on va proposer aux personnes réfugiées.
02:45Et surtout, ce qu'il faut savoir également, c'est que les personnes réfugiées ne sont pas une masse homogène.
02:49Et il y en a un grand nombre, notamment, qui parlent français, qui viennent des pays francophones.
02:53Ou peut-être que s'ils ne parlent pas suffisamment bien français, ils parlent trois autres langues,
02:57en effet, qui peuvent être très intéressantes pour les entreprises internationales, par exemple.
03:01Et Yasmine, depuis 2023, l'Union européenne reconnaît une notion de discrimination intersectionnelle,
03:10c'est-à-dire à l'intersection de plusieurs critères de discrimination reconnus par la loi française.
03:14J'aimerais qu'on s'arrête un instant sur le cas des femmes réfugiées.
03:18On en parlait tout à l'heure, elles représentent 40% des réfugiés en France.
03:23Elles sont plus souvent éloignées de l'emploi que les hommes.
03:26Quels sont les obstacles spécifiques auxquels elles rencontrent et comment est-ce qu'on peut les lever ?
03:31Oui, c'est vrai que les femmes réfugiées rencontrent un double obstacle.
03:35Celui d'abord d'être une personne réfugiée et donc de rencontrer toutes les barrières des personnes réfugiées.
03:39Et la deuxième liée à leur genre.
03:42Et je pourrais citer en premier lieu, en fait, leur invisibilisation.
03:46C'est-à-dire que les femmes réfugiées, effectivement, même si elles sont très nombreuses dans la population qui a
03:50obtenu l'asile,
03:51vont être plus en retrait par rapport aux dispositifs, par exemple, de formation, d'apprentissage de la langue que les
03:56hommes.
03:56Qui vont plus aller à l'extérieur et les femmes réfugiées vont rester entre femmes réfugiées.
04:01Il y a aussi la contrainte de la garde d'enfants.
04:04Vous avez parlé tout à l'heure des personnes déplacées d'Ukraine qui sont en grande majorité des femmes et
04:08qui sont venues en général avec des enfants.
04:10Et quand on a des enfants à garder, c'est moins facile d'aller chercher un travail.
04:14Et ensuite, il y a également tout ce qui est plus personnel, psychologique et ce qu'elles ont vécu pendant
04:20leur parcours.
04:21Aussi, qui peut les rendre plus vulnérables et moins inclines à aller vers l'extérieur et à chercher un emploi.
04:28Amélie Rambeau, vous vous représentez l'entreprise.
04:31Une entreprise qui s'est investie dans ce sujet.
04:35Pourquoi Suez a décidé de s'intéresser à la population réfugiée ?
04:39Et comment est-elle passée à l'action ?
04:43Oui, bien sûr. Bonjour à toutes sur le plateau.
04:46Merci Judith pour la question.
04:47Moi, déjà, je veux juste rejoindre Marie sur le sujet de l'efficacité d'agir de manière collective.
04:53Ça, je pense qu'effectivement, c'est la base sur le sujet réfugié.
04:57Avoir une dimension multi-acteur pour vraiment favoriser l'intégration culturelle, sociale, économique, c'est primordial.
05:04Donc ça, c'est vraiment le premier point pour moi sur le sujet réfugié.
05:07Et puis évidemment, sur notre façon de fonctionner au sein de Suez, nous, on est parti d'une dimension très
05:13opérationnelle
05:14puisqu'on a 37% de nos métiers qui sont dits en tension.
05:18On avait aussi besoin d'élargir ce sourcing de candidats.
05:21On travaille déjà beaucoup avec le monde de l'insertion pour avoir une entreprise d'insertion,
05:24une entreprise de travail temporaire d'insertion au sein d'entreprises.
05:26Et en fait, ça nous semblait tout à fait logique d'aller chercher finalement ce public réfugié
05:31qui nous permet aussi d'intégrer une diversité, une ouverture d'esprit aussi pour nos managers
05:37et puis donner une chance effectivement à des personnes qui finalement ont une vraie motivation à s'engager
05:43ou au moins à se réinventer si effectivement c'était la situation.
05:47Alors si on reprend d'un point de vue méthodologique, parce qu'on est là aussi pour inspirer des entreprises
05:51qui on l'espère vont être justement inspirées, quels sont les premiers pas pour une entreprise
05:57qui souhaite recruter des personnes réfugiées ? Par où doivent-elles commencer ?
06:02Encore une fois, l'objectif c'est de travailler avec des associations, des structures en fait
06:08qui connaissent les réfugiés, qui connaissent leur mode de fonctionnement.
06:12Ça peut être des centres d'hébergement, ça peut être des USA, mais ça peut être aussi effectivement
06:17France Travail, ça peut être TENS évidemment qui nous a beaucoup aidé sur le sujet.
06:21Et ensuite, on va proposer en fait nos postes, nos besoins et on va regarder en fait ce qui se
06:29fait.
06:29Donc nous, c'est ce qui nous a permis effectivement, notamment avec Humando,
06:32qui est une structure d'insertion du groupe ADECO,
06:35de monter des promotions de recrutement inclusif et donc avec des réfugiés qui sont en alternance chez nous.
06:42Donc on fait une à deux promotions par an, et ce depuis 2018.
06:47Et on fait une à deux promotions effectivement sur des métiers dits en tension,
06:50les points en alternance, et puis ensuite, si ça se passe bien, effectivement,
06:53on les garde en CDI ou en CDD depuis six mois.
06:56Et pendant toute la phase où le collaborateur rentre chez Suez,
07:01et met un petit peu en amont, il va lever les freins, on va dire sociaux, sociétaux.
07:06Donc ça peut être avec des cours de langue, ça peut être effectivement retravailler un peu sur le code du
07:11travail,
07:12sur comment fonctionne une entreprise aujourd'hui française.
07:16Et donc là, on va s'entourer évidemment d'associations qui savent, qui les connaissent,
07:19et qui vont lever aussi toutes ces barrières avec nous.
07:23Yasmine Leroux, je vous vois réagir.
07:26Alors, si on revient juste avant, comment est-ce qu'on peut adapter au mieux les processus de recrutement
07:31pour tenir compte justement des parcours des personnes réfugiées,
07:35aussi bien d'un point de vue, voilà, cette fameuse barrière linguistique,
07:38mais aussi des risques psychosociaux qui sont spécifiques,
07:41des difficultés administratives parfois,
07:44une méconnaissance de certains codes culturels,
07:46malgré un désir de pouvoir les connaître,
07:49des diplômes étrangers, des périodes d'inactivité, etc.
07:52Comment est-ce qu'on peut pallier l'ensemble de ces points ?
07:55Alors, effectivement, c'est notre action première auprès des entreprises chez TEN,
08:00c'est de les aider à adapter ce processus.
08:02Et en fait, ce qu'on leur explique, c'est qu'il faut avoir une démarche intentionnelle,
08:05c'est-à-dire ne pas faire business as usual, mais adapter son processus.
08:08Ça va de la formation des équipes de recruteurs au statut de réfugié.
08:12Je parlais tout à l'heure de l'inconnu, des préjugés.
08:15Ensuite, ça va être des choses assez simples, suivant les organisations.
08:19Ça va être participer à des initiatives dédiées au public réfugié
08:25pour lever justement les systèmes standardisés d'algorithmes, par exemple,
08:30qui vont discriminer ces profils parce qu'ils ne répondent pas aux critères habituels.
08:34Ça va être effectivement revoir peut-être ces exisanges au niveau de la barrière de la langue,
08:38parce que par défaut, un recruteur va dire,
08:40j'ai besoin que la personne parle parfaitement français.
08:42Et ce qu'on explique aux entreprises, c'est que ça dépend du poste.
08:45Donc effectivement, revoir ces exisanges, c'est regarder plus par rapport au poste
08:49que par rapport à son processus standard.
08:51Et ça peut être également mettre en place, par exemple, des systèmes de transport,
08:56parce que le transport est une grosse barrière pour les personnes réfugiées,
08:59parce qu'en général, leur permis de conduire n'est pas reconnu.
09:01Évidemment, c'est très compliqué même d'avoir un véhicule.
09:04Donc ça peut être tout simplement des navettes, pour les horaires décalés,
09:07sur des sites qui ne sont pas desservis.
09:09Si l'entreprise met en place un système de transport,
09:11ça peut lever cette barrière d'une manière très facile pour les collaborateurs réfugiés.
09:17Voilà, ce sont ce type d'exemples.
09:19Après, tout ce qui contribue, je dirais, à sortir du process classique
09:22et s'adapter à ces profils qui, effectivement,
09:24n'ont pas des profils typiques du marché du travail français,
09:27leur permet d'accéder à l'emploi.
09:29J'aimerais, moi, revenir sur un sujet qu'a abordé Amélie,
09:33notamment sur les pratiques managériales,
09:35la manière dont on sensibilise les managers à ces sujets.
09:39Comment est-ce que vous travaillez tout l'aspect, on va dire, un peu interculturel
09:42pour favoriser l'insertion et le maintien dans l'emploi ?
09:45Est-ce que c'est un sujet, notamment chez Suez ?
09:50Alors, en fait, finalement, c'est un non-sujet.
09:52C'est-à-dire que le sujet du réfugié n'est pas forcément le sujet de base.
09:56Nous, ce qu'on veut, c'est effectivement qu'il y ait une bonne diversité au sein d'entreprises,
10:00mais en fait, que ça fonctionne bien.
10:01Il y a aussi une forme de bienveillance avec le sujet des réfugiés
10:05quand on les intègre, surtout quand ils sont en alternance,
10:09mais finalement, ils sont aussi considérés comme, finalement,
10:12s'ils rentraient à l'école comme des jeunes.
10:15Donc, c'est vrai que nous, cette phase-là,
10:18on l'a assez facilement avec nos managers
10:19parce qu'ils ont envie de travailler,
10:22ils s'investissent dans le programme de formation,
10:25et donc, du coup, naturellement, effectivement,
10:27les managers et les collaborateurs qui vont bosser ensemble
10:31vont finalement collaborer de manière assez simple.
10:33Pour autant, en amont, quand même, de la mise en place d'une promotion,
10:38on fait une sensibilisation auprès, effectivement,
10:41de l'ensemble de l'équipe et du manager
10:43qui va recevoir le collaborateur,
10:45une formation sur la psychologie, en fait,
10:47et sur, bah oui, je me pose beaucoup de questions
10:49sur le sujet réfugié, mais finalement,
10:51un réfugié, c'est quoi ?
10:52Comment je dois aller parler ?
10:54Est-ce qu'il y a des questions que je peux poser ?
10:55Pas poser, etc.
10:56Et ça permet, en fait, finalement, de lever les freins,
10:58pas aux réfugiés, mais de lever les freins du manager
11:00et des collaborateurs qui vont travailler avec lui.
11:03Donc ça, c'est souvent très efficace,
11:05ça se passe souvent très, très bien.
11:07Et effectivement, après, ils sont plutôt rassurés.
11:08Et puis après, au quotidien, au sein de l'entreprise,
11:11il y a 74 nationalités chez Suez,
11:13donc ce n'est pas vraiment un souci d'intégration.
11:16Mais c'est vrai qu'au démarrage,
11:17c'est toujours bien, effectivement,
11:19de rappeler un petit peu les règles, comment ça se passe.
11:21Et puis, on intègre aussi toujours un tuteur en entreprise
11:25et aussi un tuteur en formation.
11:27Et nous, évidemment, en gestion de projet,
11:30on est derrière aussi les collaborateurs
11:31et on vérifie que tout se passe bien.
11:32Donc voilà, il y a réellement, effectivement,
11:35un engagement aussi de l'entreprise.
11:37Et Yasmine le disait,
11:38il faut que les entreprises s'engagent.
11:41Et donc, il ne faut pas aller chercher, forcément,
11:43le mouton à cinq pattes qu'on a l'habitude de faire,
11:45mais plutôt aller dans l'autre sens
11:47et travailler, effectivement, sur de la motivation
11:49et l'envie, en tout cas,
11:50de proposer des postes à des personnes qui ont envie.
11:54Donc, on parle d'envie, de motivation.
11:56Je me tourne vers vous, Yasmine.
11:58On a parlé de l'accompagnement,
11:59notamment au moment de la phase de recrutement.
12:02On a souvent entendu dire
12:04que les personnes réfugiées
12:05ont un taux de rétention plus élevé
12:07que la moyenne.
12:09Est-ce que c'est vrai ?
12:10Est-ce qu'il y a des études, notamment,
12:11qui prouvent ce fait ?
12:13Est-ce que c'est lié aussi, tout simplement,
12:15à une bonne gestion des carrières de ces personnes ?
12:18Alors, il est vrai qu'on a mesuré,
12:20nous, on a mené des études,
12:21notamment dans l'industrie manufacturière aux Etats-Unis,
12:23sur le taux de rétention des personnes réfugiées
12:25embauchées par les entreprises.
12:27Il était quatre fois supérieur
12:28à celui des autres employés.
12:31Cependant, je tiens quand même à signaler
12:33que pendant les trois premiers mois,
12:34il y a un gros risque d'attrition
12:36avec les nouveaux employés réfugiés
12:38si l'entreprise, de la même façon,
12:39n'apporte pas une attention particulière
12:41à leur bonne intégration.
12:42C'est un peu ce que disait Amélie.
12:43Je vais donner un exemple.
12:45On a vu des cas d'échec
12:46pour des questions d'incompréhension,
12:47de malentendus,
12:48sur des choses liées au contrat de travail,
12:51qui, quand on travaille en France,
12:52nous paraissent normales.
12:54Mais pour une personne réfugiée
12:55qui vient d'un autre pays,
12:56ça a créé des incompréhensions.
12:58Et finalement, la personne n'est pas restée.
13:00Donc ça, ce sont des choses
13:01auxquelles on sensibilise les entreprises
13:03pour que pendant ces trois premiers mois,
13:05la personne soit intégrée
13:07de la meilleure façon possible.
13:08Et après, effectivement,
13:09si elle reste dans l'entreprise,
13:11on a constaté qu'elle reste plus longtemps.
13:12et notamment dans les secteurs
13:13où il y a un fort turnover.
13:14Vous avez parlé de l'hôtellerie-restauration,
13:17qui est un secteur en forte tension.
13:19Et clairement,
13:20les entreprises de membres de Tent
13:22dans ce secteur nous le disent.
13:23Les employés réfugiés restent plus longtemps
13:25que les autres employés.
13:26Et donc, c'est bénéfique pour eux.
13:29Je comprends.
13:30Et donc, on parle d'une attention particulière.
13:32Amélie, chez Suez,
13:33est-ce que, justement,
13:34il y a une attention particulière
13:35qui est portée à la carrière
13:36des salariés réfugiés ?
13:38Oui, bien sûr.
13:40Alors, à la carrière,
13:41mais même en amont,
13:42c'est-à-dire que même
13:43quand ils rentrent déjà
13:44au sein de l'entreprise,
13:45on a ce qu'on appelle chez nous
13:46un accompagnement social et professionnel
13:48qui est mis en place
13:49par un conseiller
13:50ou une conseillère
13:50en insertion professionnelle
13:52et qui va,
13:53par rapport à ce que vous disiez tout à l'heure,
13:55lever les freins aussi sociaux.
13:57La mobilité,
13:58Yasmine en parlait tout à l'heure,
13:59frein extrêmement important
14:01pour le réfugié, effectivement.
14:03Mais ça va être bon.
14:04On parlait de la barrière de la langue,
14:05évidemment,
14:05mais il y a beaucoup d'autres freins.
14:08Donc, le permis aussi,
14:09on en parlait.
14:10Bon, il y a quand même
14:11des soucis administratifs
14:12qui obligent aussi le réfugié
14:13à devoir partir des fois.
14:16D'un seul coup,
14:17le lendemain,
14:17il a un rendez-vous
14:18avec la préfecture
14:18et en fait,
14:19on n'a pas le choix.
14:20Donc ça,
14:20il faut aussi accompagner
14:23le collaborateur
14:24pour lui expliquer
14:24comment fonctionne une entreprise,
14:26qu'on ne peut pas
14:26s'absenter comme ça d'un coup.
14:28mais on est obligé aussi
14:29d'expliquer de l'autre côté
14:29au manager
14:30qu'il y a des obligations aussi,
14:32malheureusement,
14:32en tant que réfugié
14:33et que c'est comme ça.
14:34Donc, il y a cet accompagnement
14:35social et professionnel
14:35et puis évidemment,
14:36après,
14:38chez Spes,
14:38par exemple,
14:39sur les cinq dernières promotions,
14:40on a accompagné quand même
14:4140 réfugiés
14:42dans l'emploi
14:43et c'est vrai
14:44qu'on en a
14:44un peu plus d'un tiers
14:46aujourd'hui en CDI
14:47au sein de l'entreprise.
14:48Donc, c'est plutôt
14:49des profils
14:49qui fonctionnent bien
14:50et sur l'autre tiers,
14:53ils sont tous partis
14:54chez nos sous-traitants.
14:54Donc, c'est vrai
14:55que ça permet aussi
14:56de faire des émules.
14:58Quand on explique
14:59à nos sous-traitants
14:59qu'ils viennent réparer
15:00nos machines,
15:01par exemple,
15:01dans l'entreprise
15:03ou des transporteurs
15:04et autres,
15:05que finalement,
15:05on est sur une personne réfugiée
15:06qu'on accompagne
15:07pendant un an, etc.,
15:08ils disent
15:09« Ah, mais c'est super,
15:09et moi, j'ai un poste
15:10à pourvoir aussi
15:11dans l'entreprise,
15:11peut-être qu'on pourrait
15:12faire ces tests-là. »
15:14Et donc, du coup,
15:14souvent, effectivement,
15:16un tiers partent
15:17chez nos sous-traitants.
15:19Donc, c'est de l'emploi,
15:20peu importe que ce soit
15:21chez Suez ou ailleurs,
15:22en tout cas de cause,
15:23c'est de l'emploi
15:23sur des métiers en tension.
15:24Donc, c'est ça
15:24qui est important.
15:26Je voulais juste
15:27revenir sur la statistique
15:29qui n'a pas été
15:30vraiment l'objet
15:31de ce qu'on a dit,
15:32puisqu'on parle
15:34de trois quarts
15:34de personnes
15:35qui ne sont pas
15:36diplômées
15:36de l'enseignement supérieur.
15:38Néanmoins,
15:38ça veut dire
15:38qu'un quart l'est.
15:41Plus de la moitié
15:42étaient en emploi
15:42dans leur pays d'origine.
15:44Pourtant, en France,
15:45cette population
15:46qui était diplômée,
15:47qui avait un travail,
15:48etc.,
15:49est souvent cantonnée
15:50à des emplois
15:51qui sont peu qualifiés.
15:52Comment expliquer
15:53ce décalage,
15:54Yasmine,
15:55et comment faire
15:56pour tenter
15:57de faire mieux ?
15:58Oui.
15:59Ça, c'est un vrai sujet.
16:00Effectivement,
16:00on estime qu'il faut
16:01à peu près dix ans
16:01à une personne réfugiée
16:02pour retrouver un emploi
16:03à la hauteur de son emploi
16:04dans son pays d'origine.
16:05Et ça, effectivement,
16:06c'est assez choquant.
16:08Maintenant,
16:08pour être très pragmatique,
16:09la barrière de la langue
16:10peut les obliger
16:12à accepter
16:12effectivement un emploi
16:14à un niveau inférieur.
16:15Mais pendant
16:16qu'ils vont travailler,
16:16c'est un véritable
16:17catalyseur d'apprentissage.
16:18Et donc,
16:19ils vont améliorer
16:19leur niveau en français.
16:20Et donc,
16:21on sait aussi
16:21qu'ils pourront progresser
16:22plus rapidement
16:23dans l'entreprise.
16:24Donc,
16:25parfois,
16:25des employeurs nous disent
16:26qu'il est trop qualifié
16:27pour ce poste.
16:28Pourtant,
16:29la personne postule
16:30et elle est intéressée
16:30parce qu'elle a besoin
16:31d'un travail.
16:32Et ensuite,
16:33elle sait qu'elle va progresser
16:34plus vite en français.
16:35Et donc,
16:35c'est un nouvel employé
16:36à fort potentiel.
16:38Ensuite,
16:38il y a la question
16:39de la reconnaissance
16:40des diplômes.
16:40Oui.
16:41Alors,
16:41quoi faire sur ça ?
16:42Et bien ça,
16:43je dirais,
16:43c'est au niveau
16:44des pouvoirs publics.
16:46Il y a des VAE,
16:46il y a des choses.
16:46Après,
16:47il y a des dispositifs,
16:48effectivement,
16:48comme l'intégration
16:49professionnelle des réfugiés
16:50est une priorité
16:51gouvernementale maintenant.
16:52Il y a des dispositifs,
16:53notamment avec France Travail,
16:54France Travail,
16:55pardon,
16:56pour faire reconnaître
16:56leurs compétences
16:57versus leur diplôme.
16:59Tout ce qui est
17:00compétences transférables,
17:01tout ce qui est VAE,
17:02effectivement,
17:02mise en situation
17:03dans l'entreprise.
17:04Donc,
17:05il y a un certain nombre
17:05de dispositifs
17:06qui sont très positifs.
17:07Maintenant,
17:07il faut que les entreprises
17:08les connaissent.
17:09Et effectivement,
17:10c'est aussi notre rôle
17:10de communiquer dessus.
17:13Mais voilà,
17:13les cas sont très variés.
17:15Et ce qu'il est certain,
17:16c'est qu'il faut aider
17:17les personnes réfugiées
17:18à trouver des emplois qualifiés
17:19lorsqu'elles ont de l'expertise.
17:20Mais voilà,
17:21ce n'est pas toujours facile.
17:22Il y a beaucoup
17:22de paramètres
17:23qui rentrent en jeu.
17:26Amélie Rambaud,
17:28pour un mot de la fin
17:30positif,
17:30comment encourager
17:32d'autres entreprises
17:33à suivre votre exemple ?
17:34Et je vous poserai
17:35la même question
17:36en quelques mots.
17:40Je pense qu'il faut
17:40vraiment le visualiser
17:42de manière très opérationnelle.
17:43C'est-à-dire que
17:44la population réfugiée,
17:46c'est une population
17:46comme une autre.
17:47On pourrait aller la chercher
17:48à prendre ce travail.
17:49Malheureusement,
17:50elle est difficilement visible.
17:51Donc,
17:52il ne faut pas hésiter
17:52vraiment à se rapprocher
17:53des associations
17:54qui savent.
17:55C'est le cas aussi,
17:56par exemple,
17:56de personnes ukrainiennes
17:58aujourd'hui,
17:59où on avait du mal,
18:00effectivement,
18:00en tant qu'entreprise,
18:01à visualiser
18:02où est-ce qu'on pouvait
18:03les trouver.
18:04Et puis finalement,
18:05avec les associations,
18:05avec les structures,
18:07on nous en parle,
18:08on nous dit,
18:08tiens,
18:08j'ai un profil,
18:09un deuxième profil,
18:09un troisième profil.
18:11Et là,
18:11effectivement,
18:11nous,
18:12on a cette chance-là,
18:12c'est qu'on a une diversité
18:14de métiers chez Suez
18:14qui nous permet
18:15de recruter effectivement
18:16de la personne peu qualifiée
18:18qui va pouvoir monter
18:18en compétence
18:19à une personne,
18:20du coup,
18:21très qualifiée
18:21où on va pouvoir
18:22lui proposer directement,
18:23effectivement,
18:23un poste d'expert.
18:26Et c'est ce qu'on a fait
18:26avec des personnes ukrainiennes
18:27récemment.
18:28Là, effectivement,
18:28j'ai trois exemples en tête
18:30où on a pu faire
18:31des propositions directement
18:32sur des métiers
18:33qu'il faisait déjà en Ukraine.
18:35Donc, voilà,
18:35il ne faut vraiment pas hésiter
18:36à travailler en coalition
18:39avec tous les acteurs
18:40qui existent,
18:40les associations,
18:41les fondations,
18:43les pouvoirs publics.
18:44C'est vraiment,
18:44vraiment important.
18:45Il y a des groupes qui existent,
18:46il y a évidemment
18:47Thènes qui existent,
18:48mais voilà,
18:48il y a tout un tas
18:48de partenaires
18:50et il faut vraiment
18:51s'en saisir.
18:52Et nous,
18:52on est prêts aussi
18:53au sein de Suez
18:54à faire ces retours
18:55d'expérience pour dire
18:56voilà, là,
18:57on a été là,
18:57mais on n'a pas réussi
18:58et puis par contre,
18:59de ce côté-là,
18:59ça a bien fonctionné.
19:00Donc, n'hésitez pas
19:01à aller de ce côté-là
19:02ou en tout cas,
19:03de choisir le bon chemin.
19:06J'espère que votre LinkedIn
19:08va buzzer,
19:09Yassimine Leroux.
19:11Vous, de votre côté,
19:12comment Tent,
19:13justement,
19:14peut très concrètement
19:15mettre un peu
19:16le pied à l'étrier
19:18aux entreprises
19:19qui se disent,
19:20en nous regardant peut-être,
19:22qu'elles ont envie
19:22elles aussi
19:23de prendre leur part ?
19:24Oui,
19:24on va en fait
19:25leur éviter
19:26de recommencer à zéro
19:27et leur partager
19:28les bonnes pratiques
19:29du réseau.
19:30C'est vraiment
19:30l'une des forces du réseau.
19:31C'est ce que disait Amélie,
19:32il ne faut pas rester seule
19:33face à cette situation.
19:34Il y a des solutions
19:34qui existent.
19:35Donc, parlons-en.
19:36Parlez aux experts du sujet
19:38et on partagera
19:38toutes les bonnes pratiques
19:39pour que cette intégration
19:41soit un succès.
19:42Merci mille fois
19:43pour ce très bon mot
19:44de la fin.
19:45Notre émission s'achève déjà.
19:47Je vous remercie beaucoup
19:48pour ces échanges
19:49très nourris
19:50qui, je l'espère,
19:52donneront une fois de plus
19:53envie aux organisations
19:54d'agir.
19:55Merci Marie Larsenault.
19:56Merci.
19:56Et merci à vous deux.
19:59Yasmine Lerouge,
20:00je rappelle que vous êtes
20:01directrice France de Tent.
20:02Amélie Rambeau,
20:04je vous rappelle également
20:05que vous êtes directrice
20:06adjointe innovation sociale
20:07et circulaire chez Suez.
20:09Vous pouvez retrouver
20:10tous les épisodes
20:11d'Inclusion for Change
20:12sur le site de Bsmart.
20:14Et nous nous retrouvons
20:15le mois prochain
20:16pour un prochain épisode.
20:17Et d'ici là,
20:18portez-vous bien.
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