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  • il y a 9 heures
Pierre Ouzoulias porte une proposition de loi pour rééquilibrer le pouvoir entre créateurs et géants de l’IA. Son texte instaure une présomption d’exploitation des œuvres par les intelligences artificielles, allégeant la charge de la preuve pour les artistes et mettant fin à l’opacité actuelle. Un combat pour restaurer l’effectivité du droit d’auteur, au cœur des tensions entre innovation technologique et protection de la création.

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Transcription
00:04Une proposition de loi vise à instaurer une présomption d'exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d'IA.
00:10Alors qu'est-ce que ça veut dire ? Quelles en seraient les conséquences ?
00:13Est-ce que le rapport de force pourrait en être modifié entre les créateurs d'œuvres et les fournisseurs d
00:19'IA génératives ?
00:20On en parle avec le sénateur des Hauts-de-Seine, Pierre Ouzoulias, qui est aussi le co-auteur de la
00:26proposition de loi.
00:27Bonjour, monsieur le sénateur.
00:29Bonjour, merci d'être connecté avec nous.
00:32Alors c'est une initiative législative qui s'inscrit, j'imagine, dans la suite logique du rapport d'information, de
00:38votre rapport d'information, même pour être plus précise,
00:42Création et IA de la prédation au partage de la valeur.
00:45Quand vous êtes sorti de ce rapport, vous vous êtes dit qu'il faut absolument en passer par une loi
00:50pour changer le rapport de force entre les créateurs et les fournisseurs d'IA qui utilisent ces créations ?
00:57Il n'y a pas d'autre solution.
00:59Il n'y a pas d'autre solution parce qu'aujourd'hui, créateurs dont vous faites partie, bien évidemment, les
01:08journalistes sont aussi créateurs de contenus qui aujourd'hui sont très largement moissonnés.
01:14Donc il y a un rapport de force qui est tout à fait inégal entre les créateurs qui n'ont
01:19pas la possibilité de prouver que leurs œuvres ont été pillées,
01:24et par ailleurs les plateformes qui, elles nous le disent aujourd'hui, entraînent très largement leurs plateformes avec des données
01:33qui sont protégées par le droit d'auteur.
01:35On n'y arrive pas, il n'y a pas de négociation possible parce que les plateformes sont dans une
01:41situation extrêmement privilégiée.
01:44Donc l'objectif de cette PPL, qui touche vraiment à la procédure contentieuse et pas à la réglementation européenne,
01:52c'est de redonner un peu de pouvoir de négociation aux auteurs.
01:55Donc quand vous précisez ça sur cette proposition de loi, ça veut dire que ce serait uniquement en France,
02:04en fait l'application se ferait uniquement en France, sur les contentieux, entre des créateurs nationaux et des fournisseurs d
02:13'IA internationaux ?
02:15Exactement, c'est-à-dire qu'on ne touche pas aux textes européens,
02:18et comme les textes européens le permettent, la France peut déterminer quelles sont les procédures particulières de gestion des contentieux.
02:30Donc aujourd'hui, devant le juge, l'auteur n'a pas les moyens de montrer qu'il a été pillé.
02:38Ce qu'on essaye de faire avec nos propositions, c'est que demain, ça soit aux plateformes,
02:43d'apporter la preuve qu'elles ne l'ont pas pillée, une forme de renversement de la charge de la
02:48preuve.
02:49Oui, c'est ça qui est intéressant, parce qu'il y a effectivement le problème du rapport de force,
02:52on comprend bien sur les moyens, sur les volumes, mais il y a aussi l'opacité,
02:58et c'était, j'imagine, un casse-tête pour un créateur d'aller chercher la preuve que son œuvre a
03:05été utilisée.
03:06Donc là, c'est une charge inversée, donc ça c'est vraiment intéressant,
03:11vous créez un article du Code de la propriété intellectuelle pour ça,
03:14vous dites, sauf preuve contraire, un contenu protégé et présumé exploité par un système d'IA,
03:21mais c'est une preuve réfragable quand même,
03:24c'est-à-dire que le fournisseur d'IA peut, lui, prouver que ce n'est pas le cas.
03:30Exactement, c'est-à-dire qu'il y a la possibilité pour le plaignant, les artistes et pour la plateforme,
03:37d'apporter devant le juge un certain nombre de preuves,
03:41soit pour attester du pillage, soit au contraire pour montrer que la plateforme a respecté les droits d'auteur.
03:48Donc c'est une forme de rééquilibrage au profit des auteurs,
03:53parce que c'est quand même notre objectif politique.
03:55Et quelle est la suite ? Donc là, c'est une proposition de loi,
04:00est-ce que vous pensez qu'il y a une chance d'aboutir déjà ?
04:03Est-ce qu'il y a des soutiens marqués ?
04:05Parce que c'est une proposition qui a été présentée par un nombre conséquent quand même de sénateurs,
04:09mais est-ce que vous pensez qu'il y a une chance que ça aille au bout et quand ?
04:13Alors, c'est une proposition de loi qui est soutenue par la totalité absolue
04:19de tous les organismes qui gèrent aujourd'hui des droits d'auteur dont vous faites partie.
04:27Voilà, donc toute la profession est avec nous, premier point.
04:30Deuxième point, notre rapport a été voté à l'unanimité par la Commission de la Culture
04:35et sur le texte qu'on va bientôt lui présenter,
04:39je ne doute pas qu'il y aura une très large majorité des sénateurs qui la voteront.
04:46Ensuite, on ira à l'Assemblée nationale et puis on verra bien ce qu'il arrivera,
04:51mais il y a une prise de conscience des élus et notamment au Sénat
04:56sur le danger que fait peser l'intelligence artificielle sur la propriété intellectuelle,
05:03qui est quand même le fondement de l'exception culturelle française.
05:07Je vous rappelle, la défense de la propriété intellectuelle, c'est beau marcher au XVIIIe siècle.
05:12Et aujourd'hui, c'est ça qui est mis en danger par l'intelligence artificielle.
05:16Ce qu'on défend, c'est l'identité de la France, je le dis de façon un peu grandiloquente,
05:22mais c'est ça, parce qu'on a le sentiment que tout pourrait disparaître.
05:25Pierre Ouzoulias, ça ne règle pas le problème de la rémunération des auteurs
05:31qui sont pillés ou en tout cas qui inspirent ces IA génératives ?
05:37Ce qu'on espère, et il y a déjà plusieurs signes encourageants,
05:42c'est que les plateformes qui ont horreur de l'insécurité juridique
05:46trouvent aujourd'hui des moyens de concertation pour trouver des arrangements
05:51par le biais de conventions avec les auteurs, ce qu'elles refusent de faire aujourd'hui.
05:55Donc on espère bien que notre PPL ne soit jamais utilisée,
05:59notre proposition ne soit jamais utilisée, et qu'on évite les contentieux,
06:02et que tout le monde se remette autour de la table pour trouver des négociations
06:06qui permettent de rémunérer les artistes,
06:09compte tenu de ce que produit comme ressource l'intelligence artificielle.
06:14Vous savez, sur ce sujet, le problème n'est pas tellement technique que politique.
06:18Et le problème politique, c'est celui du partage de la valeur.
06:22Aujourd'hui, les auteurs produisent de la valeur,
06:24pour laquelle ils ne sont pas rémunérés, ça ne peut pas continuer.
06:27Oui, en fait, c'est repartir sur des négociations autour des droits voisins,
06:31mais on sait que ça prend énormément de temps et qu'il faut avancer, grouper.
06:35Il y a d'autres propositions qui sont faites dans ce domaine
06:38pour la question de la rémunération des ayants droit et des auteurs,
06:43et des créateurs plus largement.
06:45C'est d'instaurer une sorte de copie privée, finalement.
06:49Quelle est votre position sur ce sujet ?
06:50Une sorte de redevance qu'on ferait payer aux fournisseurs d'IA ?
06:55Alors, aujourd'hui, les différents domaines de la création
07:00ont des modes de rémunération des auteurs très particuliers.
07:03Ce qui se passe dans la musique n'est pas la même chose que dans la littérature
07:08ou dans le journalisme.
07:10Le législateur que nous sommes n'a pas voulu s'immiscer
07:13dans ces futures relations conventionnelles entre les plateformes et les auteurs.
07:17Et on laisse les auteurs de trouver, en fonction des spécificités de leur domaine,
07:22les moyens d'une juste rémunération de leurs ayants droit.
07:28Si, d'aventure, on voit que ça ne fonctionne pas,
07:32on remettra une proposition de loi pour faciliter les choses.
07:39Mais là, c'est vraiment aujourd'hui une première étape
07:43pour essayer de rééquilibrer les négociations qui ne le sont absolument pas.
07:48Merci beaucoup, Pierre Ouzoulias, d'avoir été avec nous,
07:50d'avoir expliqué quel était le motif de cette proposition de loi
07:55qui vise à instaurer une présomption d'exploitation des contenus culturels
07:59par les fournisseurs d'IA.
08:01On continue à parler d'intelligence artificielle.
08:03Cette fois, je reçois Jean-Gabriel Ganassia, le chercheur.
08:06Merci.
08:06Merci.
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