Passer au playerPasser au contenu principal
À l'heure où les algorithmes redéfinissent les rapports de force mondiaux, l'intelligence artificielle est devenue le nouveau nerf de la guerre. Face aux puissances américaines et chinoises, la France a fait un choix clair : celui de l'audace et de l'autonomie. En créant l’AMIAD (Agence ministérielle pour l'IA de défense), l'Hexagone se positionne comme le moteur technologique de la défense européenne.

Comment l’IA transforme-t-elle concrètement le quotidien de nos armées ? De l’analyse de données massives sur le champ de bataille à la maintenance prédictive, en passant par le combat collaboratif, la France déploie une stratégie ambitieuse pour maintenir son avantage opérationnel.

🎙️ Intervenant :
Bertrand Rondepierre, directeur de l’Agence ministérielle pour l'Intelligence Artificielle de défense (AMIAD)

Modérateur : Guillaume Grallet, rédacteur en chef Tech et Sciences au Point

#Guerre #Défense #Intelligence artificielle #Innovation #Armée #Militaire #Géopolitique #Futur #Tech #Performance #LePoint

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:14Et notre toute première édition de l'événement Guerre épée continue en creusant les sujets géopolitiques et de défense les
00:21plus sensibles de la période complexe que nous vivons.
00:23A ce titre, dans la compétition stratégique globale, on sait que la maîtrise de l'intelligence artificielle est devenue le
00:30nerf de la guerre.
00:31Pour découvrir comment la France se positionne à la pointe de la défense européenne sur ce secteur critique, place à
00:37Bertrand Rondepierre, directeur de l'agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense.
00:43Il répond tout de suite aux questions de Guillaume Gralet, rédacteur en chef tech et sciences. La digestion me joue
00:48des tours. Au point, on peut les applaudir tous les deux.
00:55Merci beaucoup, Boris. On est super content, Bertrand, de vous avoir pour cette première édition de Guerre épée.
01:03On est content parce qu'on ne peut être qu'admiratif de votre parcours. Vous faites partie, on en parlait
01:08tout à l'heure, de cette bande, j'ai envie de dire, qui a quitté les big tech.
01:11Souvent des salaires confortables, très confortables, des conditions de travail absolument géniales pour rejoindre des startups européennes ou encore pour
01:23vous mettre au service de l'État, pour nous défendre.
01:26Donc, merci énormément. Je pense effectivement à des personnalités comme Arthur Mensch, dont on parle de Mistral, d'Antoine Borde,
01:34qui a quitté Meta, qui est chez Helsing aujourd'hui.
01:36Des personnalités que vous avez connues peut-être au cours de vos études et on voit la volonté de servir
01:42une mission.
01:44La toute première question, c'était justement, qu'est-ce qui vous a poussé, Bertrand, vous qui vous êtes passé
01:50par la DGA, vous avez été rapporteur de la mission Villani, puis vous avez passé 5 ans au cœur du
01:54réacteur chez Google DeepMind,
01:55à quitter ce laboratoire privé parmi les plus prestigieux au monde pour prendre la direction de la MIAD en 2024
02:02?
02:03C'est vrai que, moi, ça m'a semblé être une évidence, mais je comprends que la question se pose.
02:10Déjà, on a quand même constaté depuis 2018, moi je dis en général, qu'il y a eu vraiment un
02:15shift sur la perception de la défense et de la souveraineté.
02:19Je pense à une époque où, finalement, ce n'est pas que la question ne se posait pas, mais c
02:23'était un peu un concept, se dire, finalement, dans une économie globalisée,
02:27et tout cela ne sont que des discussions d'ingénieurs ou de politiques, qu'importe.
02:33Et donc, une situation géopolitique qui se tend depuis ces années-là.
02:37Quand on a fait un rapport Villani, il y avait déjà toute la question de comment on fait face.
02:43Alors, à l'époque, c'était surtout sur la pénurie de talents, parce qu'en fait, on avait un enjeu
02:46d'accès.
02:46Rapport sur l'intelligence artificielle.
02:47Tout à fait. Et donc, depuis cette époque, il y a vraiment eu, avec la géopolitique, une espèce de sursaut,
02:53une réalisation que, finalement, la souveraineté, ce n'était pas juste un concept.
02:57Et que ça passait, d'une part, par la prise en main de notre destin, et avant tout, par des
03:04gens qui acceptent de venir travailler, en fait, dans des entreprises de souveraineté.
03:09Alors, par entreprise, au sens entreprise privée du terme, mais au sens entrepreneurial.
03:13Des aventures, quoi.
03:14Voilà. Et donc, moi, ensuite, d'un point de vue personnel, la Défense, j'ai commencé mon parcours au ministère
03:21des Armées.
03:22Donc, j'avais quand même ce tropisme, déjà, depuis la fin de mes études.
03:26Et donc, au moment où, en fait, en l'occurrence, c'était à l'époque Sébastien Lecornu qui était ministre
03:32des Armées,
03:33quand on vous offre de prendre les clés du camion en disant, OK, là, il y a un sujet qu
03:37'il faut craquer, c'est difficile de dire non.
03:39C'est difficile de dire non.
03:40Et quand on s'y est intéressé, donc, moi, c'est surtout le défi et la volonté de pouvoir, enfin,
03:45la volonté et la capacité de pouvoir changer les choses.
03:48Excellent. Donc, vous avez cette volonté à la Miade, donc, de recruter 300 talents d'ici la fin 2026.
03:55Alors, comment on peut justement les attirer ?
03:59Vous avez dit que c'était un peu difficile de dire non, mais est-ce que vous avez d'autres
04:02arguments à leur faire valoir ?
04:04Oui, c'est-à-dire que déjà, il faut croire à son propre discours. C'est-à-dire que déjà,
04:08si on ne se dit pas que je ne suis pas la seule personne dans ce pays,
04:11fort heureusement, qui se fait cette réflexion-là. Et donc, la question, c'est comment on va les chercher et
04:16comment on leur offre des conditions
04:17pour que la question soit simple, en fait. Et pour que ce soit simple, il y a plusieurs arguments. Il
04:23y en a un qui est de la mission, déjà,
04:25parce qu'en fait, je pense que ce qui, aujourd'hui, dans une industrie avec des salaires en inflation constante...
04:32On a parlé, alors, je ne sais pas si ça a été jusque-là, mais on a parlé de salaires
04:36qui allaient jusqu'à des dizaines,
04:38voire centaines de millions d'euros pour retenir certains talents.
04:41Oui, quand on dit qu'il y a une compétition, ça, après, ce n'est pas tout le monde, parce
04:46qu'il ne faut pas non plus s'imaginer
04:47que tout le monde gagne des centaines de millions. Mais c'est sûr que quand une entreprise qui souhaite acquérir
04:52un talent
04:52veut le faire, elle y met les moyens. Donc, ça, c'est clair. Donc, l'argent, ce n'est pas
04:56que ce n'est pas le sujet,
04:57mais c'est avant tout, en fait, il y a un certain point. C'est-à-dire que, moi, je...
05:02Pas pour raconter ma vie, mais mon style de vie, je vis plutôt dans la campagne rennaise.
05:07Donc, si vous voulez, gagner des centaines de millions ne changera pas grand-chose à mon quotidien.
05:10Ce n'est pas la question. Mais par contre, ce sur quoi on peut tous être d'accord, c'est
05:15qu'il y a un seuil, en fait.
05:16C'est-à-dire qu'il y a un seuil d'acceptabilité à partir duquel vous gagnez bien votre vie,
05:20vous êtes capable de faire ce que vous souhaitez, ce que vous voulez.
05:23Vous avez une famille, des enfants, voilà.
05:25Et à partir de ce seuil-là, en fait, la question du salaire, ce n'est pas qu'elle disparaît,
05:29mais ce n'est plus un argument majeur.
05:31Donc, déjà, il y avait cet enjeu de compétitivité pour se mettre au bon niveau d'un point de vue
05:35salaire.
05:35Donc, ça fait partie des investissements qu'on a décidés au ministère des Armées.
05:39Ensuite, la mission. Pourquoi vous travaillez ?
05:41C'est-à-dire qu'ensuite, OK, vous pouvez vivre. Donc, ça, c'est très bien.
05:44Et donc, trouver un sens à la mission, à l'activité.
05:47Pourquoi vous vous levez tous les matins, en fait ?
05:49Ça, je pense que c'est un des leviers les plus importants.
05:52Et les gens qui viennent chez nous, c'est une conviction, en fait, qu'ils ont de vouloir contribuer
05:56à quelque chose de plus grand.
05:59En tout cas, à quelque chose qui est une vraie mission de service public, en l'occurrence.
06:05Et puis, ensuite, il y a le confort, quand même, parce que, mine de rien,
06:08parce qu'on nous pose souvent la question, pourquoi à Rennes ?
06:10Alors, à Rennes, il y a un gros écosystème.
06:12Alors, c'est très égoïste pour la miade, mais on a besoin d'embaucher des talents,
06:15parce qu'à la fin, on y revient toujours.
06:16Si on n'a pas les humains et les gens compétents pour faire, on peut raconter ce qu'on veut,
06:19on ne fera jamais rien.
06:21Et donc, avoir un écosystème d'école, de formation, en fait, qui était déjà existant
06:25sur le plateau Rennais, ça faisait qu'on avait quand même un pool de talent
06:28pour attirer les gens.
06:30Et mine de rien, moi, je trouve qu'il y a un créneau sur lequel on est assez intéressant.
06:34C'est, en gros, les juniors sortis d'école, ça marche très bien.
06:38Et en fait, sur toute la gamme intermédiaire des gens qui commencent à avoir
06:41quelques années d'expérience, en fait, il commence à y avoir une équation de vie
06:44entre, on parlait de les rémunérations qui ont un seuil suffisant.
06:48Mais ensuite, comme je disais, moi, je vis à la campagne.
06:50Si vous voulez vivre dans une maison avec des enfants, avec un petit jardin, etc.,
06:56mine de rien, le coût de la vie n'est pas le même.
06:58Et donc, tout ça fait qu'on a quand même un concours de circonstances
07:02qui fait qu'on arrive à attirer des gens qui trouvent un écho particulier dans cette proposition.
07:07Très bien. Donc, on voit cette mission, l'envie, et puis il y a les moyens.
07:11Alors, on va être un peu dans les bonnes nouvelles.
07:13Ça nous fait du bien. La France peut s'appuyer sur un super calculateur Asgard
07:18qui est situé au Mont-Valérien. Je crois que c'est très sécurisé.
07:22En quoi ça peut être un atout, justement, pour ces chercheurs ?
07:26Oui, c'est-à-dire que le Mont-Valérien, c'est une emprise militaire.
07:29C'est là, d'ailleurs, qu'il y a les derniers pigeons voyageurs, pour information, de l'armée.
07:35Et donc, ça fonctionne toujours ?
07:37Oui, c'est très sérieux. Enfin, ce n'est pas à moi de raconter cette histoire.
07:41Mais il y a effectivement une expertise qui est maintenue parce que ça permet d'en rendre certains services.
07:45Mais bon, digression mise à part.
07:48Ce site, c'est un site militaire qui est sécurisé.
07:50Donc, on a posé ce calculateur, évidemment, sur une emprise qu'on contrôle,
07:55que le ministère contrôle parce que c'est un super calculateur classifié
07:59qui traîne des données qui ont trait au secret défense.
08:02Et donc, évidemment, on ne veut pas que ce soit dans le domaine civil
08:05ou chez un cloudeur quelconque, comme les mêmes français.
08:08Et donc, ce super calculateur, il sert aux chercheurs,
08:11mais surtout ceux qui produisent des technologies au profit des armées françaises.
08:16Parce que quand on fait de l'IA, si on n'a pas de puissance de calcul, en fait, on
08:19ne fait rien.
08:19C'est-à-dire qu'on peut faire des dessins au tableau blanc,
08:22mais à la fin, pour rendre un service opérationnel, il faut entraîner des algorithmes
08:26et les déployer au profit des forces.
08:29Et pour ça, il faut de la puissance de calcul.
08:30Donc, ce super calculateur, c'est un peu l'usine à l'intelligence artificielle du ministère des armées,
08:36si on veut le dire en des termes un peu génériques.
08:39Très bien. Et puis, il y a aussi certains partenariats.
08:42On revient à Mistral.
08:43Vous avez signé un partenariat avec eux.
08:46En quoi c'est important ?
08:47Et comment on peut garantir la souveraineté des données avec ce genre de partenariat ?
08:52Alors, précisément, Mistral, et pas que, mais j'y reviens dans une seconde,
08:56le sens du partenariat avec Mistral, c'était de nous associer avec un partenaire,
09:01déjà qu'il soit européen, et encore plus français en l'occurrence, donc c'est parfait,
09:05mais un partenaire, en fait, surtout qui nous outille pour travailler chez nous.
09:10En fait, je m'explique.
09:11Quand vous prenez un abonnement chez OpenAI ou chez Anthropik, par exemple, pour citer les Américains,
09:16et en fait, vos données, ce que vous mettez sur le chatbot, ça va dans les serveurs d'Anthropik.
09:23Aujourd'hui, Mistral, il se positionne sur une offre de souveraineté.
09:25C'est-à-dire que c'est les outils Mistral qui sont implémentés chez nous, sur nos machines, opérés par
09:30nous, à notre profit.
09:31Et donc, en fait, on...
09:33Ça reste chez vous, quoi.
09:34Ça reste complètement chez nous, à l'intérieur de nos machines, sur le supercalculateur en question.
09:39Et ça fait que, du coup, le ministère est maître des technologies qu'il emploie.
09:42Il est en partenariat, vraiment, c'est un partenariat.
09:44C'est-à-dire qu'on travaille avec eux, ils nous supportent, ils nous appuient, ils nous aident à déployer,
09:46etc.
09:46Mais ensuite, sur l'usage, c'est le ministère des Armées qui est souverain dans son utilisation de ces outils
09:52sur les machines sur lesquelles on l'a posé.
09:56Et ça, je pense que c'est vraiment un des trucs les plus importants.
09:59C'est-à-dire que c'est pas on s'appuie sur Mistral pour un truc opérationnel à l'extérieur.
10:03En fait, c'est Mistral, dans sa façon de travailler, en fait, qui va travailler avec ses partenaires chez eux.
10:09Et c'est pas du tout la même proposition de valeur que certains autres.
10:12Mais à disposition de sa technologie.
10:14Exactement.
10:15En fait, on est en train de réaliser, dites-moi si je me trompe, Bertrand, mais quasiment ce qui était
10:19impensable il y a cinq ans.
10:20C'est-à-dire que petit à petit, on récupère les briques qui nous permettent de développer notre IAC.
10:26Qu'est-ce qui nous manquerait encore, peut-être, pour être totalement souverain ?
10:30Alors, peut-être sur le début, en fait, plus que les briques, c'est surtout on gagne du temps.
10:35C'est-à-dire qu'aujourd'hui, enfin, donc la miade, là, cette année, on est 200 à peu près
10:39sur notre trajectoire de 300, comme vous le disiez tout à l'heure.
10:43Ici 2026.
10:44Voilà.
10:44Enfin, fin 2026.
10:45Exactement.
10:46Et du coup, le sujet, ce n'est pas pour moi de dire, tiens, je vais refaire ce que fait
10:51Mistral.
10:51Ce serait stupide.
10:52Il y a un acteur privé qui est positionné, qu'on pousse en plus au niveau de l'État français.
10:58Donc, si moi, agence du ministère des Armées, je dis, tiens, je vais faire la même chose que Mistral.
11:02Alors déjà, je le ferai moins bien parce que c'est un métier.
11:04En tout cas, à court terme, je le ferai moins bien dans un premier temps.
11:07Et surtout, c'est du temps que je ne consacre pas derrière à développer d'autres produits.
11:12Donc, en fait, c'est surtout une logique d'efficacité.
11:14On a un acteur qui est compétent, qui en a confiance, qui a une proposition de valeur qui correspond à
11:19ce qu'on cherche,
11:19à savoir, ils viennent chez nous, on met leurs outils chez nous, opérés par nous.
11:24Et donc, ça correspond très bien à notre modèle.
11:27Et donc, vraiment, cette idée, c'est vraiment de nous associer avec les bons partenaires pour gagner du temps, pour
11:33être plus efficace.
11:34Excellent. Alors, on va aller un peu vers le champ de bataille, puisque c'est un des thèmes de la
11:39discussion aujourd'hui,
11:40avant d'aller vers les questions éthiques, toutes les questions que pose la guerre d'aujourd'hui et de demain.
11:44Sur le retour d'expérience ukrainien, en fait, on a vu l'importance des drones.
11:49On en a parlé plusieurs fois ce matin.
11:51L'omniprésence du brouillage électronique, par exemple.
11:54En quoi l'IA embarquée devient indispensable ?
11:57Et quels sont les atouts de la France dans ce nouveau paradigme ?
12:02Alors, en tout cas, le diagnostic ukrainien est une chose.
12:07Et en fait, c'est le dépasser.
12:09On aime bien dire qu'on fait toujours plus loin.
12:11Mais l'enjeu, ce n'est pas de se préparer à la guerre de maintenant, c'est quand même de
12:14se préparer à la guerre de demain.
12:15Et donc, forcément, on a un petit exercice d'imagination de comment on pronger la chose.
12:19Donc, ce qu'on voit, c'est que déjà, l'IA ne peut pas tout.
12:22Enfin, je veux dire, il ne faut pas non plus tout ramener non plus à un seul objet.
12:25Ce serait une erreur.
12:27Mais par contre, l'IA redonne un peu les cartes sur, justement, toutes ces questions d'autonomie.
12:33C'est-à-dire qu'aujourd'hui, comme vous l'avez dit, la question du champ de bataille qui est
12:36brouillé,
12:37en fait, concrètement, ça veut dire qu'on ne peut pas piloter un drone.
12:39Et donc, si on ne peut pas piloter un drone, ça veut dire que s'il n'est pas un
12:42peu autonome,
12:43il ne pourra pas accomplir sa mission.
12:45Donc, l'autonomie, en fait, devient une nécessité qui est imposée par les conditions de ce qu'est le champ
12:50de bataille.
12:50Ensuite, le deuxième facteur, en tout cas, que nous, on intègre, c'est un enjeu de massification, simplification.
12:57C'est-à-dire qu'on a des drones qui sont de très peu chers, en tout cas de moins
13:00en moins chers,
13:01mais du coup, qu'on produit avec de plus en plus de masse.
13:04Et donc, en fait, on arrive à construire des systèmes qui vont être complexes
13:08par le fait que de multiples vecteurs simples, en fait, vont, par une intelligence collective,
13:14être capables d'être opérés de façon complexe pour obtenir un résultat opérationnel un peu spécifique.
13:18Donc, très concrètement, c'est le projet Pendragon qu'on a lancé avec le ministère des Armées
13:24en début d'année dernière.
13:26Et donc, l'enjeu, c'est l'unité de robotique de combat autonome pour le champ de bataille,
13:30précisément parce qu'en voyant ce qui se passe en Ukraine, ce qui se passe au Moyen-Orient,
13:33on voit bien que la question, notamment de la guerre de robots contre robots,
13:37drones contre drones, en fait, ça va être un enjeu absolument majeur.
13:39Oui, on l'avait bien vu dans les écrits de Clément Machcourt et Garrick Ponset dans le point,
13:44que je salue.
13:45On parle aussi beaucoup, et c'est des vidéos, alors parfois on se demande jusqu'à quel point elles sont
13:49réalistes,
13:50mais des essais de drones, est-ce que ça, ça peut jouer, ça va jouer un rôle important dans les
13:55batailles du futur
13:55et comment contrer ça si jamais ça, ça va sur nous ?
13:59Alors oui, c'est clair, c'est tout à fait ce que, quand je parle du projet Pandragon,
14:04c'est un type dessin.
14:05C'est ça, exactement.
14:06Si vous pouvez spécifier un tout petit peu.
14:08C'est ça, et donc en fait, c'est un ensemble de moyens, de robots, d'objets, en fait,
14:13qui interagissent et travaillent les uns avec les autres et se coordonnent pour obtenir un résultat militaire.
14:18Donc, par exemple, si on imagine, peut-être un cas simple, de la logistique,
14:23c'est-à-dire que j'ai des unités humaines qui sont placées au point A,
14:27les machines se trouvent au point B, il faut faire un ravitaillement de munitions, par exemple,
14:31et bien, surtout dans un contexte brouillé où on ne peut pas télécommander,
14:35il faut que la machine puisse aller du point B au point A,
14:37toute seule, de façon autonome et en sécurité,
14:40c'est-à-dire que pouvoir contrer des menaces avec, par exemple, un drone de frappe qui pourrait les atteindre
14:45et du coup être capable de neutraliser cette menace sur le chemin.
14:48Donc ça, c'est un exemple simple et on voit bien que ce n'est pas à l'enjeu d
14:51'emmener un gros robot,
14:52c'est à un enjeu d'avoir un certain nombre d'objets qui arrivent à faire cette mission,
14:56par exemple, de logistique.
14:57Excellent. Alors juste avant d'ouvrir les questions au public avec Baud,
15:01j'avais envie de vous poser une question d'éthique.
15:04En réalité, on a vu ces dernières semaines un bras de fer.
15:07Alors certains se sont dit, c'est une mise en scène, c'est du théâtre, c'est de l'hypocrisie,
15:11mais on a quand même vu, puisque vous êtes passionné, chercheur en IA,
15:16ce bras de fer entre la société Anthropique, donc la maison mère de Claude,
15:20un concurrent de Tchad GPT, de Perflexity,
15:22et le ministère de la guerre, il s'appelle comme ça, américain, en disant,
15:27je ne veux pas que vous utilisiez mon outil s'il sert à la surveillance de masse
15:32et s'il permet de prendre des décisions sans l'humain.
15:36Alors que tout s'accélère, en fait, Bertrand, et qu'on ne peut pas se permettre d'attendre
15:42lorsqu'on est attaqué, par exemple, ou on voit bien cette guerre de vitesse,
15:46est-ce que le contrôle humain, ce « human in the loop », est-ce qu'il peut rester important
15:54?
15:54Est-ce qu'on peut encore se permettre ce luxe, j'ai envie de dire ?
15:57Et est-ce que ce n'est pas une question de responsabilité aussi derrière ?
16:00Je voulais avoir votre avis là-dessus.
16:01Alors en fait, il y a deux sujets derrière la question.
16:03Il y en a un premier qui est sur quelle dépendance on consent,
16:06et je reviens sur le partenariat avec Mistral.
16:09C'est-à-dire que là, ce qui se passe dans cet exemple-là,
16:11qu'importe où on en pense, c'est quelque chose qui n'est pas acceptable de notre point de vue,
16:16c'est-à-dire qu'une entreprise privée ne dit pas à l'État, en fait,
16:18ce que l'État a le droit de faire ou non sur ses missions, notamment régaliennes.
16:23Et donc précisément, dans le partenariat qu'on a avec Mistral,
16:25en fait, justement, quand je dis les outils, en fait, les outils implémentés chez nous,
16:29ça veut dire que justement, c'est le ministère en tant qu'État qui prend ses décisions
16:35et qui fait des choix d'un point de vue capacité opérationnelle.
16:39Ce n'est pas à une entreprise de le prescrire.
16:41Et donc la deuxième partie de la question ensuite, c'est comment on le fait ?
16:44Et donc là, en l'occurrence, nous, oui, en fait, la question,
16:47c'est comment on met l'humain dans la boucle de façon significative et effective.
16:52Parce que c'est l'exemple que je donne souvent,
16:54mettre l'humain dans la boucle en disant qu'il a une microseconde
16:56pour valider chaque décision, ce n'est pas mettre l'humain dans la boucle,
16:58enfin, c'est faire semblant de le mettre dans la boucle.
17:00Donc ça, ça ne fonctionne pas et on ne peut pas se le permettre.
17:02En revanche, ce qu'on peut tout à fait se permettre,
17:04et c'est bien ça qu'on met en œuvre dans Pendragon et dans d'autres projets,
17:07c'est comment on outille le commandement, en fait,
17:09et il y a le général Barats qui sera là un peu plus tard,
17:12qui pourra être interrogé aussi là-dessus,
17:14c'est comment on outille le commandement militaire
17:17pour prendre des décisions avec les systèmes dont il dispose.
17:20Et finalement, l'IA n'est qu'un paramètre supplémentaire,
17:22c'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand vous utilisez un système d'armes,
17:23il y a toujours un risque.
17:24Et donc le commandement militaire prend toujours une décision d'emploi d'un système
17:27en sachant quel risque il prend,
17:30quel scénario redouté pourrait se produire, etc.
17:33Et en fait, notre enjeu d'ingénieur et l'enjeu de l'agence,
17:36c'est de fournir au commandement militaire les mêmes outils,
17:39de dire voilà, tel système d'IA,
17:41voilà ce que vous allez pouvoir lui demander,
17:43voilà dans quel cas il va pouvoir être autonome,
17:45voilà dans quel cas il va falloir que vous ayez la main dessus
17:47parce qu'il ne sera pas capable de prendre une décision
17:51complètement fiable par rapport au contexte d'emploi qu'on a.
17:54Donc vraiment, mettre l'humain dans la boucle,
17:56ce n'est pas le mettre systématiquement sur chaque décision,
17:58mais c'est par contre lui faire piloter très précisément la mission,
18:01est-ce que la machine a le droit de faire ou non ?
18:03Et ça, ce n'est pas la même chose.
18:04Oui, donc il faut réfléchir à tout ça en amont, en fait, dès la conception.
18:06Et c'est ce qu'on fait, heureusement, sinon on ne serait pas là.
18:09Excellent. Merci beaucoup.
18:10On va peut-être ouvrir à quelques questions dans la salle.
18:12Je crois qu'il y a pas mal de bras qui se lèvent.
18:14On va vous faire passer un micro.
18:19On vous écoute.
18:21Bonjour, monsieur. Vous m'entendez ?
18:23Très bien. Bonjour, monsieur.
18:24Éloi Tarjanlieu, je suis étudiant à l'ESSEC.
18:25J'ai une question à vous poser sur un concept un peu d'économie en termes d'IA.
18:31On a vu aujourd'hui dans les combats actuels, notamment avec l'Iran, que la logique économique prend le dessus.
18:37Est-ce qu'on peut se retrouver dans quelque chose d'à peu près similaire quand on parle de système
18:41IA,
18:43sur peut-être une IA low cost, qui aurait des répercussions à la fois dans les systèmes d'armes,
18:49mais même plus généralement, ou est-ce que c'est une logique qui ne s'applique pas à l'IA
18:52selon vous ?
18:54En fait, il y a toute une gradation.
18:57C'est-à-dire que le sujet, c'est plutôt quelle est la classe de coût que vous pouvez vous
19:01permettre,
19:02pour quelle mission à la fin.
19:03C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a une panoplie de solutions qui tournent,
19:07j'ai caricature, mais du PC portable jusqu'au supercalculateur.
19:10Et en fait, en fonction de ce que vous essayez de faire et de ce que vous pouvez vous permettre,
19:15vous allez plus ou moins loin dans l'échelle de la complexité du coût.
19:19Et donc, pour moi, l'enjeu, en fait, tout est possible, entre guillemets, virtuellement.
19:24La question, c'est comment vous placez le curseur,
19:28et notamment vis-à-vis de ce que vous avez en face.
19:30Parce que, pour le coup, si jamais il nous faut dépenser des millions d'euros,
19:36enfin, voire des dizaines, des centaines de millions d'euros,
19:37pour contrer une menace IA ou non, d'ailleurs, ce n'est pas spécifique au sujet,
19:42à 1 000 euros, on a un problème d'échelle.
19:45Donc, l'enjeu, c'est plutôt d'arriver à trouver l'adéquation entre ce qu'on fait, ce qu'on
19:48produit,
19:49ce qu'on utilise, versus ce qu'on essaie de contenir, contrer, etc.
19:54Donc, pour moi, j'espère que c'est bien la question, mais c'est plutôt comme ça que je le
19:57vois.
19:59Madame, on va vous donner le micro.
20:05Alors, on est très content de savoir que la France est à la pointe de l'intelligence artificielle.
20:09C'est des bonnes nouvelles, vu le contexte.
20:12Maintenant, j'ai une question.
20:13On sait que la France consacre, en 2017, c'était ce que j'ai entendu ce matin, 1,7%
20:20du PIB à l'armement.
20:21C'est en train de monter, mais on est loin des 5%.
20:23Comment pensez-vous qu'on puisse faire utiliser l'intelligence artificielle
20:29de façon concrète sur le terrain et au niveau de la défense ?
20:34Déjà, je vous rassure, c'est ce qu'on s'emploie à faire depuis la création de l'agence.
20:38Donc, on fait de plus en plus.
20:40Je pense que ce n'est pas une question d'argent, en fait, pour être tout à fait honnête.
20:44Alors, l'argent, on en parlait juste avant.
20:46Évidemment que l'argent, c'est important parce que ça nous permet de faire plus, plus vite, etc.
20:49Mais en matière d'IA, je pense que le principal frein qu'on voit, nous,
20:54et qu'on voit un peu partout dans le monde, y compris dans les entreprises privées
20:58dont ce n'est pas le job, qui ne sont pas les entreprises de la tech ou du numérique,
21:01c'est comment je me transforme, en fait, compte tenu de ce qu'est l'IA et compte tenu de...
21:07Alors, nous, c'est l'évolution du champ de bataille,
21:08mais en fait, on peut imaginer l'évolution d'un marché, de l'économie.
21:12La question se transpose vraiment de la même manière, y compris hors défense,
21:15avec des enjeux un peu différents.
21:17Et donc, avant tout, en fait, quand on regarde pourquoi ça n'a pas plus vite,
21:22c'est des questions de culture, de façon de fonctionner, de process,
21:25de façon de réfléchir, parce que c'est un exemple que je prends souvent
21:28et qui n'est pas une critique, parce qu'encore une fois, l'IA ne peut pas tout,
21:31je l'ai dit tout à l'heure.
21:33Le ministère des Armées, il a un tropisme sur tous les objets,
21:37les gros objets complexes, parce que, vous voyez, on fait un porte-avions,
21:41on fait des avions, on fait des bateaux.
21:43Et en fait, l'IA n'est pas un objet qu'on peut faire.
21:45Et en fait, l'IA est un composant qui devient central dans le système de défense
21:51et qui se retrouve finalement au milieu de toutes ces choses qu'on construit en galaxie autour.
21:56Et donc, dans la transformation qu'on mène avec le ministère des Armées dans son ensemble,
22:01c'est justement, c'est un peu cette révolution de la culture et de la compréhension,
22:04en disant, en fait, évidemment qu'il y a tous ces objets,
22:06mais il y a aussi le numérique et l'IA qui doivent être un peu le carburant de l'intelligence
22:11de tous ces objets et de leur connexion les uns avec les autres.
22:14Et donc, tout ça, en fait, déjà, même si je n'avais pas d'argent,
22:17en fait, déjà, si on arrivait à faire ça, on changerait énormément de choses
22:20parce que l'IA, finalement, ça ne coûte pas très cher.
22:22En fait, je dirais, à l'échelle des dépenses,
22:24encore une fois, quand on regarde le coût d'un porte-avions,
22:26l'IA, en comparaison, ce n'est pas très cher, même si ça coûte un peu d'argent.
22:31Donc, ensuite, évidemment que c'est bien d'avoir de l'argent,
22:33mais aujourd'hui, je pense qu'il faut avoir en tête que le sujet qui nous pose problème,
22:37en tout cas, qui nous empêche d'aller plus vite, ce n'est pas l'argent.
22:40Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle parce que si on se disait,
22:43en fait, on pourrait, on y serait, mais il nous faudrait plus d'argent,
22:46ce serait un peu dommage parce que ce serait une opportunité manquée.
22:49Donc, aujourd'hui, la bonne nouvelle, c'est qu'on a toutes les cartes en main
22:51et justement, avec l'agence, c'est notre mission quotidienne,
22:55on accélère toutes ces transformations, tous ces changements,
22:58mais c'est ça qui prend du temps. Je pense que c'est ça qu'il faut avoir en tête.
23:02Il y a beaucoup de questions. On va choisir au hasard.
23:04Ce sera la dernière question, malheureusement,
23:06mais vous pourrez poursuivre la discussion en aparté avec M. Rompierre.
23:12Bonjour. Fusionne-t-on nos moyens au niveau européen ?
23:15Parce qu'il y a quand même une question de compétence et de capacité.
23:18Est-ce qu'il est envisagé de faire quelque chose, fusionner,
23:22je prends un terme comptable, une consolidation européenne
23:25pour unifier nos moyens et surtout les fonds qu'il faut lever
23:31pour accéder à une taille critique ?
23:35CF m'a conféré à ma réponse précédente.
23:38Comme on n'est pas sur des questions financières,
23:40déjà, on a un enjeu à être compétent, à être au rendez-vous déjà nous-mêmes.
23:45Et tous ensemble, ensuite, on a une discussion internationale
23:47avec nos alliés européens et autant, d'ailleurs.
23:50On est un peu plus que l'Europe aussi.
23:53Et donc, l'enjeu, en revanche, c'est bien de trouver des solutions
23:57pour tous les concernés.
23:59Mais en fait, nous, comme contributeurs,
24:01on a des discussions en bilatéral, multilatéral avec pas mal de pays
24:06justement sur comment on conçoit et comment on opère,
24:08on trouve des solutions qui fonctionnent pour tout le monde
24:11et avec un enjeu de marché, pour le coup, qui est assez clair en matière de défense
24:14et que l'échelle pour faire un business en matière de défense,
24:19ce n'est pas la France toute seule.
24:21Personne n'est dupe sur la question.
24:22Et donc, c'est bien une échelle européenne, autant alliée ce qu'on veut.
24:26Et donc, on a évidemment des conversations et discussions pour le faire.
24:29Mais évidemment que ce n'est pas si simple pour les raisons que je mentionnais juste avant.
24:33C'est que ce que je disais sur ce qui est compliqué,
24:35sur ce changement de culture, de façon de fonctionner, etc.,
24:38on est tous au même point, grosso modo.
24:41Alors, je pense que nous, on avance, je vous le dis même.
24:45Et donc, on a besoin de faire ce cheminement tous ensemble et assez vite.
24:48Mais je suis assez confiant sur le fait qu'on arrive à une taille et masse critique pertinente en la
24:53matière.
24:54Merci encore, Bertrand Rompierre. On vous applaudit chaleureusement.
24:59Et vous l'avez dit, vous avez fait en quelque sorte le teasing.
25:03On se retrouve dans quelques instants avec le général Bruno Baratz.
25:06A tout de suite.
25:17Sous-titrage Société Radio-Canada
25:18Sous-titrage Société Radio-Canada
25:19Sous-titrage Société Radio-Canada
25:19Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations