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  • il y a 1 semaine
Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), était l'invitée de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mardi 3 mars. Elle a parlé des âpres négociations entre la grande distribution et les industriels, qui conduisent à une inflation contenue, notamment au niveau des produits alimentaires transformés, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec Judith Giguet, déléguée générale de la Fédération du Commerce et de la
00:04Distribution.
00:05Merci d'être avec nous ce matin dans la matinale de l'économie.
00:08Vous êtes à la tête de cette fédération depuis octobre dernier.
00:11Vous avez vu ce cycle de négociations se dérouler.
00:15Alors bon, déjà, premier bilan, un bilan positif dans les paniers.
00:20En termes d'inflation, ce sera plutôt limité.
00:23Absolument, bonjour.
00:24Absolument, les résultats de toutes ces négociations, ces milliers de rendez-vous avec ces milliers de fournisseurs,
00:34conduisent effectivement à une inflation contenue, puisqu'on devrait être autour de 1% au global.
00:42Au global, avec des différences, évidemment, selon les produits.
00:46Donc c'est une très bonne nouvelle pour le consommateur, pour les Français qui, franchement, l'espéraient.
00:52Oui. Dans le détail, quand on rentre un peu dans le détail, sur quels produits il y aura des différences
00:56et il y aura une inflation plus importante, par exemple ?
00:59Alors, tout ça est lié évidemment à différents paramètres, comme d'abord le cours des matières premières.
01:06Les Français ont vu, sur l'année, la chute du cours du sucre, le blé tendre qui donne de la
01:12farine, les biscuits,
01:13le blé dur qui donne les pâtes, le cacao, la fève de cacao, le café.
01:19Donc, il y a, sur toutes ces matières premières, évidemment, beaucoup d'attentes.
01:24Et c'est effectivement sur ces produits-là, transformés, l'épicerie sucrée, les pâtes, le riz aussi, la farine,
01:34où on notera effectivement des baisses par rapport à l'an dernier.
01:37Sur la forme, parce qu'évidemment, on parle souvent de ces négociations commerciales,
01:42nos journalistes, on a un peu souvent les mêmes questions pour avoir, finalement, connaître un peu le rapport de force
01:47entre les agriculteurs, les distributeurs, les grands industriels.
01:53Il y avait une charte de bonne conduite, particulièrement cette année, qui avait été décidée.
01:56Est-ce que ça a fait la différence dans ces rapports de force ?
01:59Est-ce que les choses se sont déroulées de façon un peu plus fluide, ou ça a été tendu malgré
02:03tout ?
02:04Alors, la question est très complexe, en réalité, parce que l'ensemble est très complexe.
02:10D'abord, il faut comprendre que les maillons de cette chaîne, agriculteurs, industriels, distributeurs et consommateurs,
02:18sont tous liés, sont tous interdépendants.
02:21Donc, ce n'est pas les uns contre les autres.
02:23L'idée de cette charte, c'est l'ensemble de la coopérative agricole, des industriels PME, ETI et grandes entreprises,
02:31et distributeurs, qui se sont dit, il faut qu'on trouve des moyens pour travailler autrement,
02:37parce que ces négociations, c'est annuel, c'est du 1er décembre au 1er mars,
02:42c'est un peu un théâtre, et les choses se répètent d'année en année.
02:46Donc, au début, à l'amont de ces négociations, il y a eu cette volonté partagée
02:50de trouver des clés pour, dans le cadre législatif, bien sûr, ça ne va pas au-delà de la loi,
02:57de trouver des règles de bon fonctionnement.
02:59Alors, est-ce que cette charte, elle est révolutionnée les choses ?
03:03Non, parce qu'elle ne vient pas changer la loi.
03:06Mais en revanche, elle avait trois parties essentielles.
03:08La première, c'était la différenciation pour les petites et les moyennes entreprises.
03:13En fait, les petites et moyennes entreprises industrielles françaises,
03:17elles n'ont pas les mêmes capacités, les mêmes moyens,
03:20que les grands groupes pour négocier avec les distributeurs.
03:23Donc, on s'est tous dit, ensemble, qu'il fallait les traiter différemment.
03:28Et les faire passer en priorité.
03:31Ça, c'était le premier élément très fort de cette charte.
03:35Et ça, ça a été fait et ça s'est bien passé.
03:37Et ça, ça a été respecté.
03:37On est allé même dans le détail.
03:39On est allé dire qu'il fallait, au plus, cinq rendez-vous de négociations.
03:42Parce que, vous savez, ils se retrouvent dans une salle,
03:44un acheteur, un vendeur, ils discutent, ils se revoient.
03:47Et ça peut prévoir de nombreux rendez-vous.
03:51Et dans cette charte, on avait dit, pour les PME, pas plus de cinq rendez-vous.
03:55Et ça, ça a été tenu absolument partout.
03:59Donc, les PME ont été passées en premier, comme il était écrit dans la charte.
04:03Elles ont été négociées en premier, ce qui leur permet un accès au rayon plus facile.
04:08Et puis, de les sécuriser.
04:10Et dans un délai qui permettait cinq rendez-vous au plus.
04:14Donc, ce premier point de la charte, il a été respecté.
04:17Le deuxième point, c'était des mesures un peu générales,
04:20de bon respect, c'est-à-dire des heures de convocation ou d'annulation de rendez-vous.
04:29Tout ça, ensemble, on s'est dit, en tout cas au mois de janvier,
04:34que tout ça avait été plutôt respecté.
04:37Et le troisième point de la charte concerne plutôt le consommateur,
04:41de travailler ensemble sur l'origine, sur la mise en valeur des fruits et légumes.
04:46Donc, ça, ça se verra ensuite dans les rayons.
04:49Donc, au global, la charte, son objectif, elle l'a atteinte.
04:54Mais il restait évidemment le gros, qui est la négociation avec les grandes entreprises,
04:58les multinationales, qui de coup, se sont trouvées un peu plus comprimées,
05:02puisque les PME étant passées d'abord, on s'est retrouvés sur ces dernières semaines
05:07à devoir traiter entre distributeurs et très grandes entreprises.
05:11Serge Papin, le ministre du commerce et des PME, disait qu'il faut changer ce système.
05:20Il fonctionne mieux chez nos voisins ?
05:22Comment ça se fait que ça fonctionne mieux ?
05:24Qu'est-ce qui fait la différence ? Qu'est-ce qu'on pourrait changer ?
05:27C'est la date butoir ? C'est autre chose ?
05:29C'est la complexité administrative ? C'est quoi ?
05:31Alors, peut-être que chez nos voisins européens, ça fonctionnera mieux
05:35parce qu'ils ont moins de lois qui viennent un peu cadrer, complexifier et au final rigidifier.
05:42Si on prend les lois EGALIM, les trois lois EGALIM,
05:45qui, depuis 2018, avaient pour objectif premier de protéger le monde agricole,
05:52ce qu'on appelle sanctuariser la matière première agricole,
05:55c'est-à-dire que le prix de la matière agricole, il est affiché et tout au long de la
06:01négociation,
06:02avec l'industriel puis avec le distributeur, il est préservé.
06:06Cet objectif-là, on est tous d'accord parce que ça permet évidemment de maintenir la Ferme France,
06:12de payer l'agriculteur au juste prix.
06:15Cet objectif, il est formidable.
06:17Mais la loi est venue apporter tellement de dispositions
06:21que ça complexifie, par exemple, cette matière première agricole,
06:26pour les très grandes entreprises qui choisissent l'option 3 qui est prévue dans la loi,
06:31eh bien, elle n'est plus transparente.
06:34L'industriel n'est plus tenu, s'il choisit l'option 3,
06:37de communiquer aux distributeurs la valeur de la matière première agricole.
06:41À partir du moment où on ne connaît pas, on ne peut pas protéger.
06:45Donc oui, vous avez raison, ça se passe mieux dans les autres pays alentours,
06:49parce qu'il y a peut-être un peu moins de lois.
06:52Il est peut-être venu ce moment où on se met tous autour de la table,
06:56sur la base de chiffres, de faits,
06:58pour réfléchir ensemble à d'autres moyens de travailler ensemble.
07:02Pour terminer, une dernière question.
07:03Le ministre a promis, quoi qu'il arrive, d'être très intransigeant,
07:06de mener tous les contrôles sur les contrats passés
07:08entre les distributeurs et les industriels,
07:10des centaines, voire des milliers de contrôles.
07:11Ce qui ressort souvent de ces négociations,
07:14finalement, ce sont que les distributeurs sont souvent pointés du doigt dans ces négociations.
07:19Est-ce que vous trouvez ça juste ? Comment ça se fait ?
07:21On a 40 secondes pour répondre.
07:23Alors, 40 secondes, évidemment, ce n'est pas juste,
07:25parce que c'est comme si le distributeur était pensé comme le maillon final de la chaîne
07:29et que tout le pouvoir lui revient.
07:31En réalité, le maillon final, c'est le consommateur.
07:34Et le consommateur, son premier critère de choix, c'est le prix.
07:38Donc, le distributeur est dépendant de celui qui remplit son panier.
07:42Et c'est ça qu'on a du mal à comprendre sur l'ensemble de la chaîne.
07:46Merci beaucoup, Jusy Djiguet, d'être venue nous voir,
07:48déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution
07:51dans la matinale de l'économie.
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