00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec Jean-François Loiseau, président de l'ANIA, l'Association Nationale des Industries
00:05Alimentaires.
00:06Bonjour, merci d'être avec moi dans la matinale de l'économie.
00:09On revient sur ces chiffres, les produits alimentaires qui sont restés quasiment stables dans les grandes surfaces,
00:14qui ont progressé de 0,04% d'après l'Observatoire des Négociations Commerciales Annuelles.
00:20Pendant les négociations, vous aviez demandé des hausses bien plus importantes au final.
00:25Nous avions demandé pour les 23 000 entreprises de l'agroalimentaire, je le rappelle, des petites et des grandes,
00:32à peu près 3,3,5% de hausse pour des raisons très précises.
00:36Augmentation des salaires, augmentation de taxes, parce qu'en France, il y en a beaucoup,
00:39on ne sait pas supprimer les taxes, on s'y remet, augmentation des coûts énergétiques, augmentation des assurances.
00:45Donc je dirais des répercussions qui auraient dû être normales.
00:47Et en fait, il s'est avéré, puisque c'est le médiateur qui l'a annoncé, qu'il n'y
00:51avait pas eu de hausse et ça a été zéro.
00:53Alors zéro plus, zéro moins, mais en tout cas c'est zéro.
00:55Donc ça veut dire encore une fois, l'agroalimentaire, les entreprises de l'agroalimentaire qui font la variable d'ajustement.
01:01Tout ça pour régler le problème du pouvoir d'achat, alors qu'il y a d'autres sujets à traiter
01:05aujourd'hui.
01:05Oui, on va y revenir évidemment sur cette part de l'alimentaire, mais également sur les négociations commerciales.
01:11Elles ont eu lieu jusqu'au 1er mars, et c'est pile le moment où a commencé le conflit au
01:16Moyen-Orient.
01:17Donc évidemment, elles n'ont pas pris en considération cette nouvelle situation qui dure depuis six semaines.
01:22Qu'est-ce que vous, vous constatez chez ces industriels depuis ces six semaines de conflit ?
01:28Alors depuis le début de la guerre en Iran, à peu près donc six semaines,
01:33déjà nous nous avons fait le choix d'attendre un peu avant de prendre, je dirais, nos marques,
01:38et de regarder ce qui s'est vraiment passé.
01:41Il n'y a pas eu, je dirais, de phrase un peu pour demander tout et son contraire.
01:45Ce que nous observons, c'est qu'il y a quand même trois postes majeurs sur lesquels il doit y
01:51avoir des répercussions,
01:52je dirais, tout à fait normales, les signaux du marché.
01:55Évidemment, tout ce qui tourne autour des intrants énergétiques, le gaz, le pétrole et toutes les conséquences derrière.
02:01On le voit bien pour tous ceux qui utilisent les véhicules pour faire du transport.
02:07du transport, il y a le sujet du transport maritime, puisque les bateaux ont été obligés de faire le tour
02:14par le Cap de Bonne-Espérance,
02:15donc allongement des délais, notamment dans des camions frigos et dans des conteneurs frigos.
02:22Et il y a eu les sujets autour, évidemment, de ce qu'on appelle les emballages.
02:28Parce que les emballages, nous les utilisons pour protéger les aliments, c'est une question de sécurité alimentaire.
02:33Les emballages sont fabriqués avec des produits issus du pétrole, donc il y a des augmentations qu'il faut répercuter.
02:39Donc, nous avons eu à la fois les négo-commercials qui nous ont amenés à 0%,
02:46et en plus des impacts majeurs à cause de la guerre depuis six semaines,
02:50que nous demandons, je dirais, de façon très responsable d'être répercutés.
02:55Est-ce que vous avez pu observer les secteurs de l'alimentaire qui étaient les plus touchés
02:59et le profil d'entreprises qui étaient les plus touchées à cause de ces six semaines ?
03:03Alors, je dirais que, globalement, toutes les entreprises sont concernées,
03:06que ce soit les grandes ou les petites entreprises.
03:09Par contre, il y a quelques secteurs qui sont bien plus impactés que d'autres,
03:13et on le comprend tout à fait.
03:14Les secteurs qui, d'abord, utilisent beaucoup d'emballages, je l'ai dit tout à l'heure,
03:19les produits laitiers, les produits de la charcuterie,
03:23les produits où on va faire un petit peu de sous-vide, où on va mettre du plastique.
03:27Donc, tous ces secteurs-là sont directement impactés,
03:30parce qu'il faut dire que les fournisseurs de ces matières plastiques
03:35ont déjà répercuté, ont déjà fait passer des hausses.
03:39Donc ça, c'est un point absolument essentiel.
03:42Le sujet, comme je l'ai dit tout à l'heure,
03:44des intrants énergétiques liés au transport, le coût du carburant.
03:50Alors, vous avez des entreprises qui signent des contrats d'approvisionnement
03:55sur du moyen terme, mais elles achètent au-dessus du carburant,
03:58quelquefois, ce qu'on appelle en spot, c'est-à-dire directement sur le marché.
04:02Et idem pour le gaz.
04:04Idem pour le gaz, on en a besoin.
04:05L'industrie agroalimentaire utilise encore beaucoup de gaz aujourd'hui,
04:09et donc, nous devons répercuter ces hausses que nous enregistrons immédiatement.
04:13Il faudrait donc à nouveau rouvrir ces négociations commerciales,
04:16peut-être des négociations individuelles.
04:18Alors, Judith Giguet, la déléguée générale de la FCD,
04:21qui représente les distributeurs, dit qu'il y a des clauses de révision
04:24qui permettent de rediscuter les contrats dès lors que c'est justifié.
04:27Et puis, Serge Papin, le ministre, lui, dit qu'il n'y a pas d'urgence
04:30et qu'on verra ça d'ici deux mois.
04:33Bon, le ministre Serge Papin dit qu'il n'y a pas d'urgence,
04:36mais il connaît la réalité quand même.
04:38Et il a eu l'occasion de s'exprimer.
04:41Et d'ailleurs, la ministre, aussi, Adnie Gennevar l'a dit aussi.
04:44Il souhaite de concert que le comité de suivi des relations commerciales
04:51se mette en place, ne serait-ce que pour faire le constat
04:54et pour prendre des décisions responsables.
04:56L'idée n'est pas de réouvrir le banc des négociations d'une manière générale.
05:01Les négociations commerciales, ce sont des gammes, des périodes,
05:06différents types de produits.
05:07Là, ce que nous souhaitons, c'est que dans un esprit de responsabilité,
05:12nous puissions répercuter, je dirais, des ajustements techniques,
05:17des ajustements ciblés, l'énergie, le gaz, le transport.
05:21Et si demain, et nous l'espérons tous, la guerre s'arrête,
05:26eh bien s'il doit y avoir des baisses de prix
05:28parce que justement les coûts logistiques ou les coûts de carburant baisseront,
05:32eh bien nous, nous les baisserons les prix.
05:34Donc faisons ces ajustements techniques.
05:36D'ailleurs, quand le prix de l'essence à la pompe, du carburant à la pompe,
05:40monte et baisse tous les jours de l'année,
05:42mais personne n'en parle, et pourtant ça se fait
05:44parce que le prix du baril de pétrole, il joue tous les jours.
05:48Le carburant, on en parle quand même énormément.
05:50Oui, mais à quelques centimes.
05:51Et donc il y a des ajustements techniques qui se font tous les jours.
05:54Et je prenais l'exemple il y a quelques jours du livret A.
05:57Quand le livret A doit baisser ou monter
05:59parce que le taux de l'argent à la BCE a changé dans un sens ou dans l'autre,
06:04eh bien on applique à la hausse ou à la baisse la modification sur le livret.
06:08Nous nous demandons aussi ces ajustements ponctuels pour la survie des entreprises.
06:13Vous parlez de baisse de prix, mais je voudrais quand même qu'on se pose deux minutes
06:15à la place du consommateur qui a vu flamber son panier avec l'Ukraine.
06:20Est-ce qu'il peut comprendre, jusqu'où il peut comprendre que ces hausses sont nécessaires
06:23à certaines entreprises, qu'il y a derrière ce prix et ces problèmes de pouvoir d'achat,
06:27de la survie d'entreprises ?
06:29Il va y avoir des arbris bitrages à un moment.
06:31Alors, déjà j'aimerais rappeler, si vous permettez,
06:36dans le panier du consommateur,
06:39la part de l'alimentaire représente aujourd'hui entre 11 et 12%.
06:44Pendant longtemps, ça a été autour de 15, 18, 20, voire même beaucoup plus.
06:49Donc aujourd'hui, nous sommes plutôt dans une tranche 11 à 12.
06:52Donc ça veut dire qu'il y a d'autres types de produits que les consommateurs achètent
06:57qui pourraient faire l'objet plutôt de mesures un petit peu plus restrictives.
07:01L'industrie agroalimentaire, c'est la première industrie de France, au passage, 540 000 salariés.
07:07Et c'est l'industrie qui dégage le moins de marge avant impôt.
07:11Nous sommes à une moyenne de 3,3% quand la moyenne de l'industrie manufacturière est autour de 7%.
07:17Donc, si nous voulons demain conserver des emplois,
07:20si nous voulons conserver nos 23 000 entreprises, des grandes et des toutes petites,
07:24et d'ailleurs dans beaucoup de départements français,
07:26il ne reste que de l'industrie agroalimentaire.
07:30Ces petits artisans, ces petites entreprises qui fabriquent de la qualité.
07:33Donc s'il n'y a pas une responsabilité prise par les pouvoirs publics,
07:37nous-mêmes les entreprises, les distributeurs et les consommateurs,
07:41il ne faudra pas s'étonner si demain, il y a de moins en moins d'entreprises sur le territoire.
07:46Merci beaucoup Jean-François Loiseau d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
07:50Président de l'ANIA, l'Association Nationale des Industries Alimentaires.
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