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  • il y a 14 minutes
Jean-François Loiseau, président de l'Ania, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce vendredi 24 avril. Il parle des effets de la guerre au Moyen-Orient sur les agriculteurs et les industriels, notamment la question de la hausse des prix sur les produits alimentaires, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien ce matin, c'est avec Jean-François Loiseau, président de l'ANIA, l'Association Nationale des Industries
00:05Alimentaires.
00:06Bonjour, merci d'être avec moi dans la matinale de l'économie.
00:09On revient sur ces chiffres, les produits alimentaires qui sont restés quasiment stables dans les grandes surfaces,
00:14qui ont progressé de 0,04% d'après l'Observatoire des Négociations Commerciales Annuelles.
00:20Pendant les négociations, vous aviez demandé des hausses bien plus importantes au final.
00:25Nous avions demandé pour les 23 000 entreprises de l'agroalimentaire, je le rappelle, des petites et des grandes,
00:32à peu près 3,3,5% de hausse pour des raisons très précises.
00:36Augmentation des salaires, augmentation de taxes, parce qu'en France, il y en a beaucoup,
00:39on ne sait pas supprimer les taxes, on s'y remet, augmentation des coûts énergétiques, augmentation des assurances.
00:45Donc je dirais des répercussions qui auraient dû être normales.
00:47Et en fait, il s'est avéré, puisque c'est le médiateur qui l'a annoncé, qu'il n'y
00:51avait pas eu de hausse et ça a été zéro.
00:53Alors zéro plus, zéro moins, mais en tout cas c'est zéro.
00:55Donc ça veut dire encore une fois, l'agroalimentaire, les entreprises de l'agroalimentaire qui font la variable d'ajustement.
01:01Tout ça pour régler le problème du pouvoir d'achat, alors qu'il y a d'autres sujets à traiter
01:05aujourd'hui.
01:05Oui, on va y revenir évidemment sur cette part de l'alimentaire, mais également sur les négociations commerciales.
01:11Elles ont eu lieu jusqu'au 1er mars, et c'est pile le moment où a commencé le conflit au
01:16Moyen-Orient.
01:17Donc évidemment, elles n'ont pas pris en considération cette nouvelle situation qui dure depuis six semaines.
01:22Qu'est-ce que vous, vous constatez chez ces industriels depuis ces six semaines de conflit ?
01:28Alors depuis le début de la guerre en Iran, à peu près donc six semaines,
01:33déjà nous nous avons fait le choix d'attendre un peu avant de prendre, je dirais, nos marques,
01:38et de regarder ce qui s'est vraiment passé.
01:41Il n'y a pas eu, je dirais, de phrase un peu pour demander tout et son contraire.
01:45Ce que nous observons, c'est qu'il y a quand même trois postes majeurs sur lesquels il doit y
01:51avoir des répercussions,
01:52je dirais, tout à fait normales, les signaux du marché.
01:55Évidemment, tout ce qui tourne autour des intrants énergétiques, le gaz, le pétrole et toutes les conséquences derrière.
02:01On le voit bien pour tous ceux qui utilisent les véhicules pour faire du transport.
02:07du transport, il y a le sujet du transport maritime, puisque les bateaux ont été obligés de faire le tour
02:14par le Cap de Bonne-Espérance,
02:15donc allongement des délais, notamment dans des camions frigos et dans des conteneurs frigos.
02:22Et il y a eu les sujets autour, évidemment, de ce qu'on appelle les emballages.
02:28Parce que les emballages, nous les utilisons pour protéger les aliments, c'est une question de sécurité alimentaire.
02:33Les emballages sont fabriqués avec des produits issus du pétrole, donc il y a des augmentations qu'il faut répercuter.
02:39Donc, nous avons eu à la fois les négo-commercials qui nous ont amenés à 0%,
02:46et en plus des impacts majeurs à cause de la guerre depuis six semaines,
02:50que nous demandons, je dirais, de façon très responsable d'être répercutés.
02:55Est-ce que vous avez pu observer les secteurs de l'alimentaire qui étaient les plus touchés
02:59et le profil d'entreprises qui étaient les plus touchées à cause de ces six semaines ?
03:03Alors, je dirais que, globalement, toutes les entreprises sont concernées,
03:06que ce soit les grandes ou les petites entreprises.
03:09Par contre, il y a quelques secteurs qui sont bien plus impactés que d'autres,
03:13et on le comprend tout à fait.
03:14Les secteurs qui, d'abord, utilisent beaucoup d'emballages, je l'ai dit tout à l'heure,
03:19les produits laitiers, les produits de la charcuterie,
03:23les produits où on va faire un petit peu de sous-vide, où on va mettre du plastique.
03:27Donc, tous ces secteurs-là sont directement impactés,
03:30parce qu'il faut dire que les fournisseurs de ces matières plastiques
03:35ont déjà répercuté, ont déjà fait passer des hausses.
03:39Donc ça, c'est un point absolument essentiel.
03:42Le sujet, comme je l'ai dit tout à l'heure,
03:44des intrants énergétiques liés au transport, le coût du carburant.
03:50Alors, vous avez des entreprises qui signent des contrats d'approvisionnement
03:55sur du moyen terme, mais elles achètent au-dessus du carburant,
03:58quelquefois, ce qu'on appelle en spot, c'est-à-dire directement sur le marché.
04:02Et idem pour le gaz.
04:04Idem pour le gaz, on en a besoin.
04:05L'industrie agroalimentaire utilise encore beaucoup de gaz aujourd'hui,
04:09et donc, nous devons répercuter ces hausses que nous enregistrons immédiatement.
04:13Il faudrait donc à nouveau rouvrir ces négociations commerciales,
04:16peut-être des négociations individuelles.
04:18Alors, Judith Giguet, la déléguée générale de la FCD,
04:21qui représente les distributeurs, dit qu'il y a des clauses de révision
04:24qui permettent de rediscuter les contrats dès lors que c'est justifié.
04:27Et puis, Serge Papin, le ministre, lui, dit qu'il n'y a pas d'urgence
04:30et qu'on verra ça d'ici deux mois.
04:33Bon, le ministre Serge Papin dit qu'il n'y a pas d'urgence,
04:36mais il connaît la réalité quand même.
04:38Et il a eu l'occasion de s'exprimer.
04:41Et d'ailleurs, la ministre, aussi, Adnie Gennevar l'a dit aussi.
04:44Il souhaite de concert que le comité de suivi des relations commerciales
04:51se mette en place, ne serait-ce que pour faire le constat
04:54et pour prendre des décisions responsables.
04:56L'idée n'est pas de réouvrir le banc des négociations d'une manière générale.
05:01Les négociations commerciales, ce sont des gammes, des périodes,
05:06différents types de produits.
05:07Là, ce que nous souhaitons, c'est que dans un esprit de responsabilité,
05:12nous puissions répercuter, je dirais, des ajustements techniques,
05:17des ajustements ciblés, l'énergie, le gaz, le transport.
05:21Et si demain, et nous l'espérons tous, la guerre s'arrête,
05:26eh bien s'il doit y avoir des baisses de prix
05:28parce que justement les coûts logistiques ou les coûts de carburant baisseront,
05:32eh bien nous, nous les baisserons les prix.
05:34Donc faisons ces ajustements techniques.
05:36D'ailleurs, quand le prix de l'essence à la pompe, du carburant à la pompe,
05:40monte et baisse tous les jours de l'année,
05:42mais personne n'en parle, et pourtant ça se fait
05:44parce que le prix du baril de pétrole, il joue tous les jours.
05:48Le carburant, on en parle quand même énormément.
05:50Oui, mais à quelques centimes.
05:51Et donc il y a des ajustements techniques qui se font tous les jours.
05:54Et je prenais l'exemple il y a quelques jours du livret A.
05:57Quand le livret A doit baisser ou monter
05:59parce que le taux de l'argent à la BCE a changé dans un sens ou dans l'autre,
06:04eh bien on applique à la hausse ou à la baisse la modification sur le livret.
06:08Nous nous demandons aussi ces ajustements ponctuels pour la survie des entreprises.
06:13Vous parlez de baisse de prix, mais je voudrais quand même qu'on se pose deux minutes
06:15à la place du consommateur qui a vu flamber son panier avec l'Ukraine.
06:20Est-ce qu'il peut comprendre, jusqu'où il peut comprendre que ces hausses sont nécessaires
06:23à certaines entreprises, qu'il y a derrière ce prix et ces problèmes de pouvoir d'achat,
06:27de la survie d'entreprises ?
06:29Il va y avoir des arbris bitrages à un moment.
06:31Alors, déjà j'aimerais rappeler, si vous permettez,
06:36dans le panier du consommateur,
06:39la part de l'alimentaire représente aujourd'hui entre 11 et 12%.
06:44Pendant longtemps, ça a été autour de 15, 18, 20, voire même beaucoup plus.
06:49Donc aujourd'hui, nous sommes plutôt dans une tranche 11 à 12.
06:52Donc ça veut dire qu'il y a d'autres types de produits que les consommateurs achètent
06:57qui pourraient faire l'objet plutôt de mesures un petit peu plus restrictives.
07:01L'industrie agroalimentaire, c'est la première industrie de France, au passage, 540 000 salariés.
07:07Et c'est l'industrie qui dégage le moins de marge avant impôt.
07:11Nous sommes à une moyenne de 3,3% quand la moyenne de l'industrie manufacturière est autour de 7%.
07:17Donc, si nous voulons demain conserver des emplois,
07:20si nous voulons conserver nos 23 000 entreprises, des grandes et des toutes petites,
07:24et d'ailleurs dans beaucoup de départements français,
07:26il ne reste que de l'industrie agroalimentaire.
07:30Ces petits artisans, ces petites entreprises qui fabriquent de la qualité.
07:33Donc s'il n'y a pas une responsabilité prise par les pouvoirs publics,
07:37nous-mêmes les entreprises, les distributeurs et les consommateurs,
07:41il ne faudra pas s'étonner si demain, il y a de moins en moins d'entreprises sur le territoire.
07:46Merci beaucoup Jean-François Loiseau d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
07:50Président de l'ANIA, l'Association Nationale des Industries Alimentaires.
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