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  • il y a 11 heures
Dominique Chargé, président de la Coopération Agricole, était l'invité de Laure Closier, ce jeudi 26 février. Il est revenu sur la baisse du taux de visiteurs du Salon de l’Agriculture et sur la fin des négociations commerciales entre la grande distribution et l’industrie agroalimentaire dans Good Morning Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h18 sur BFM Business et sur MC Live, notre invité c'est Dominique Chargé.
00:04Bonjour, président de la coopération agricole.
00:062000 coopératives représentent un chiffre d'affaires de 116 milliards d'euros,
00:11200 000 salariés derrière la coopération agricole.
00:14Je commence quand même avec ce salon de l'agriculture Dominique,
00:16avant qu'on parle des négociations commerciales,
00:19avec un nombre de visiteurs qui a baissé de 25% sur les 4 premiers jours selon son président.
00:24Est-ce que c'est juste à cause des vaches et du coup ça intéresse moins les visiteurs
00:28ou est-ce qu'il y a quelque chose qui se passe dans une sorte de désintérêt pour l'ensemble
00:33du monde agricole ?
00:34Comment vous interprétez ça ?
00:35Moi je ne pense pas que ce soit un désintérêt, je pense qu'il y a un réel effet de
00:40l'absence des bovins,
00:41même si notre grand regret c'est aussi l'occasion pour d'autres espèces de pouvoir être mieux mises en
00:48valeur.
00:48Je pense aux boutons, je pense aux porcs, effectivement les bovins sont très attractifs.
00:52Moi je pense qu'il y a aussi un effet vacances parce que j'ai cru comprendre que pour la
00:56première fois cette année,
00:57on était positionné par rapport aux vacances franciliennes sur une période où ils étaient plus absents de la capitale.
01:03Bon effectivement 25% c'est un chiffre important, on fera les comptes à la fin,
01:06il reste un week-end et je pense que ce week-end peut encore être l'occasion et l'objet
01:10d'un rattrapage.
01:11Moi j'invite vraiment les franciliens et tous les français d'ailleurs à venir au salon d'agriculture,
01:15voir les animaux qui sont présents parce que vraiment c'est le moment pour eux d'avoir plus de visibilité
01:20et pour les franciliens et les français de mieux les connaître et mieux les apprécier
01:24et puis voir aussi tous les autres qui sont là et notamment la coopération agricole
01:27avec l'ensemble de ces coopératives, 40 coopératives présentes sur le salon
01:31et qui présentent elles aussi les produits de nos terroirs
01:35et qui sont faits par les agriculteurs de nos coopératives.
01:37Surtout qu'il y a un peu moins de monde, c'est presque plus agréable, sans vouloir...
01:41Oui !
01:42C'est presque plus sympa quand vous êtes visiteur.
01:44Il est vrai qu'à 7 heures, heure de pointe, on circule un peu plus facilement dans les allées
01:48mais ça n'est pas satisfaisant de ma part.
01:49Ça pouvait être un sacré carrefour quand même.
01:51Qu'est-ce qui s'est passé pour le monde agricole entre le moment où Gabriel Attal fait des promesses
01:57sur une mode de blé, de foin et aujourd'hui ?
02:01Qu'est-ce qui s'est passé concrètement en deux ans ?
02:03On a eu quand même un certain nombre d'évolutions réglementaires
02:06mais dont on dit qu'elles mettent trop longtemps à s'exécuter
02:09et surtout on n'a pas suffisamment aujourd'hui d'évolutions ou en tout cas de capacités à pouvoir produire.
02:17Le problème de l'agriculture française aujourd'hui et l'indicateur qui le renforce
02:22et qui est pour la première fois et pour nous quelque chose d'extrêmement perturbant
02:26c'est que notre balance commerciale en 2025 pour la première fois va être négative.
02:30Elle n'est même plus restée positive que l'annoncée.
02:32Ça veut dire qu'on va importer plus ?
02:32Ça veut dire que nous importons plus que nous exportons.
02:36Ça veut dire que nous sommes devenus dépendants de nos partenaires économiques pour nous nourrir.
02:40Et si j'ajoutais qu'une grande partie de cette balance commerciale était positive grâce aux vins et spiritueux
02:45dont vous venez de parler, ça veut dire qu'il y a longtemps que sur notre alimentation à proprement parler
02:50nous sommes dépendants de pays extérieurs.
02:52Ça veut dire que nous ne produisons pas assez.
02:54Ça veut dire que la France exporte trop de produits bruts pour réimporter des produits transformés.
02:59C'est vrai pour le blé qu'on réimporte en farine.
03:02C'est vrai pour les broutards, les jeunes bovins qu'on réimporte en bovins adultes et pour être abattus.
03:07Et c'est vrai aussi par exemple pour les pommes de terre qu'on exporte et qu'on réimporte en
03:11chips ou en frites.
03:12Donc ça, ça n'est pas acceptable. Nous devons réinvestir dans notre agriculture et réinvestir notamment
03:17ce que j'appelle le cœur de gamme. Nous devons protéger la partie, ce qu'on appelle aujourd'hui
03:21les produits sous signe de qualité, le bio, le label parce que ça correspond à un marché.
03:24Mais nous l'avons peut-être trop excessivement développé au détriment du cœur de gamme
03:29qu'il faut que nous réinvestissions.
03:30Est-ce qu'on s'est un peu trompé sur la question de la productivité ?
03:32Est-ce qu'on a laissé tomber aussi tout cet aspect ? Il faut nourrir, il faut produire.
03:36C'est clair. Nous avons eu un recul de compétitivité et de productivité depuis le début des années 2000.
03:42C'est le balance commercial. Elle s'est construite entre 1970 et les années 2000.
03:47Et effectivement, depuis le début des années 2000, nous avons une régression régulière,
03:51une pente régulière qui s'est accentuée sur les dernières années.
03:53Les raisons, c'est quoi ? C'est effectivement un excès de réglementation,
03:56un excès de contraintes et d'une administration tatillonne,
04:00une incapacité administrative à pouvoir monter les dossiers
04:02parce que nous avons aussi, et c'est important, une controverse sociétale,
04:06c'est-à-dire une acceptabilité sociétale de nos métiers qui n'est plus comprise
04:10et ça, il va falloir qu'on y travaille et il faut qu'on réinvite la société
04:13à travailler avec nous sur la reconquête de cette souveraineté alimentaire.
04:16Le deuxième point important, c'est effectivement le retrait
04:19d'un certain nombre de moyens de production
04:22au premier rang desquels l'accès à l'eau, compte tenu du changement climatique,
04:25va devenir un levier indispensable à l'agriculture aujourd'hui.
04:29Et le troisième point, j'y tiens parce que c'est l'évolution des modes de consommation,
04:34des tendances de consommation et nous avons une agriculture et une agroalimentaire
04:37qui s'adaptent trop lentement à ces évolutions de consommation qu'on doit travailler.
04:43Et puis enfin, dernier point, c'est effectivement le contexte au même registre
04:46que le reste de l'industrie, le contexte fiscal français, l'instabilité,
04:50le contexte social, c'est-à-dire le coût du travail
04:52au regard de nos pays partenaires et concurrents au sein de l'Europe.
04:57Les négociations commerciales, il faut que ça soit terminé avant le 1er mars.
05:02Vous avez dit récemment, le seul logiciel des distributeurs, c'est la guerre des prix.
05:05J'étais avec Michel Édouard Leclerc la semaine dernière, il ne m'a pas dit le contraire.
05:09C'est-à-dire qu'il dit lui, moi c'est le prix, le prix, le prix.
05:11Comment on sort de ça ?
05:13Il y a plusieurs leviers.
05:14Moi je pense qu'aujourd'hui, les distributeurs commencent eux-mêmes
05:18à être conscients qu'avec la pression qu'ils ont mise aujourd'hui
05:22sur l'ensemble de la chaîne de production depuis plus de 10 ans.
05:26Le logiciel de la guerre des prix, il date de la LME,
05:28mais il s'est accentué à partir de 2013-2014.
05:31La pression qui a été mise, notre chaîne alimentaire se fragilise.
05:34Et c'est le résultat aussi, la balance commerciale est aussi le résultat de cette situation.
05:41Aujourd'hui, l'industrie est fragilisée.
05:45Et nous devons aujourd'hui retrouver de la marge dans les entreprises.
05:49Les distributeurs doivent nous accompagner aujourd'hui
05:51dans la démarche de reconquête de cette souveraineté alimentaire.
05:55Je pense qu'il y a de la réglementation.
05:56Les distributeurs aujourd'hui, on déplace souvent la négociation
06:00vers d'autres pays européens pour faire une pression énorme sur les fournisseurs.
06:05Et je pense que d'une certaine façon,
06:08on doit aussi favoriser la concentration et la consolidation du monde de l'industrie
06:13parce qu'aujourd'hui, le regard de l'autorité de la concurrence
06:16empêche trop la concentration et la consolidation de notre industrie
06:19et de notre agroalimentaire,
06:21alors qu'ils regardent avec bienveillance toute la concentration.
06:24Aujourd'hui, nous avons quasiment trois acheteurs pour 90% des volumes.
06:28Ils ont plus concentré et pas en face ?
06:30Il reste 20 000 entreprises sur lesquelles on a un regard un petit peu,
06:35j'allais dire, contre-productif sur la consolidation.
06:39L'Imagrin qui était à votre place hier nous disait,
06:43par exemple les savannes, les demandes c'est moins 5%, sinon c'est des référencements.
06:50Cette année, les discussions sont extrêmement difficiles.
06:54Alors est-ce qu'elles le sont plus que d'habitude ?
06:55En tout cas, elles ne le sont pas moins.
06:56Alors que nous avions pris l'engagement au mois de décembre dans une charte ensemble
07:00d'améliorer au moins le contexte, j'allais dire, et l'esprit de ces négociations,
07:06on voit que ça n'a pas été du tout suivi des faits.
07:08Il y a une pression énorme, effectivement, des menaces importantes,
07:11soit sur des arrêts de commande directs et immédiats,
07:14soit sur des menaces de déréférencement, c'est-à-dire de sortir les produits liés.
07:16C'est effectivement très violent pour une entreprise d'être dans la perspective
07:20de ne plus avoir la possibilité de mettre son produit en rayon.
07:23Ça peut avoir une importance énorme aujourd'hui, évidemment,
07:26sur la santé économique de l'entreprise,
07:28mais aussi sur l'emploi et sur l'activité des territoires.
07:30Et c'est là où je pense qu'au-delà des questions purement législatives,
07:35qui sont aujourd'hui, la réglementation est épouvantable.
07:37Nous devons changer ce logiciel.
07:39Les distributeurs doivent redevenir les partenaires
07:43de cette reconquête de souveraineté alimentaire,
07:45au même titre d'ailleurs que le concitoyen,
07:47au même titre aussi que les pouvoirs publics dans la commande publique.
07:51Chacun doit prendre sa responsabilité, si je comprends bien.
07:54Merci beaucoup, Dominique Chargé, d'être venu ce matin.
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