00:007h18 sur BFM Business et sur MC Live, notre invité c'est Dominique Chargé.
00:04Bonjour, président de la coopération agricole.
00:062000 coopératives représentent un chiffre d'affaires de 116 milliards d'euros,
00:11200 000 salariés derrière la coopération agricole.
00:14Je commence quand même avec ce salon de l'agriculture Dominique,
00:16avant qu'on parle des négociations commerciales,
00:19avec un nombre de visiteurs qui a baissé de 25% sur les 4 premiers jours selon son président.
00:24Est-ce que c'est juste à cause des vaches et du coup ça intéresse moins les visiteurs
00:28ou est-ce qu'il y a quelque chose qui se passe dans une sorte de désintérêt pour l'ensemble
00:33du monde agricole ?
00:34Comment vous interprétez ça ?
00:35Moi je ne pense pas que ce soit un désintérêt, je pense qu'il y a un réel effet de
00:40l'absence des bovins,
00:41même si notre grand regret c'est aussi l'occasion pour d'autres espèces de pouvoir être mieux mises en
00:48valeur.
00:48Je pense aux boutons, je pense aux porcs, effectivement les bovins sont très attractifs.
00:52Moi je pense qu'il y a aussi un effet vacances parce que j'ai cru comprendre que pour la
00:56première fois cette année,
00:57on était positionné par rapport aux vacances franciliennes sur une période où ils étaient plus absents de la capitale.
01:03Bon effectivement 25% c'est un chiffre important, on fera les comptes à la fin,
01:06il reste un week-end et je pense que ce week-end peut encore être l'occasion et l'objet
01:10d'un rattrapage.
01:11Moi j'invite vraiment les franciliens et tous les français d'ailleurs à venir au salon d'agriculture,
01:15voir les animaux qui sont présents parce que vraiment c'est le moment pour eux d'avoir plus de visibilité
01:20et pour les franciliens et les français de mieux les connaître et mieux les apprécier
01:24et puis voir aussi tous les autres qui sont là et notamment la coopération agricole
01:27avec l'ensemble de ces coopératives, 40 coopératives présentes sur le salon
01:31et qui présentent elles aussi les produits de nos terroirs
01:35et qui sont faits par les agriculteurs de nos coopératives.
01:37Surtout qu'il y a un peu moins de monde, c'est presque plus agréable, sans vouloir...
01:41Oui !
01:42C'est presque plus sympa quand vous êtes visiteur.
01:44Il est vrai qu'à 7 heures, heure de pointe, on circule un peu plus facilement dans les allées
01:48mais ça n'est pas satisfaisant de ma part.
01:49Ça pouvait être un sacré carrefour quand même.
01:51Qu'est-ce qui s'est passé pour le monde agricole entre le moment où Gabriel Attal fait des promesses
01:57sur une mode de blé, de foin et aujourd'hui ?
02:01Qu'est-ce qui s'est passé concrètement en deux ans ?
02:03On a eu quand même un certain nombre d'évolutions réglementaires
02:06mais dont on dit qu'elles mettent trop longtemps à s'exécuter
02:09et surtout on n'a pas suffisamment aujourd'hui d'évolutions ou en tout cas de capacités à pouvoir produire.
02:17Le problème de l'agriculture française aujourd'hui et l'indicateur qui le renforce
02:22et qui est pour la première fois et pour nous quelque chose d'extrêmement perturbant
02:26c'est que notre balance commerciale en 2025 pour la première fois va être négative.
02:30Elle n'est même plus restée positive que l'annoncée.
02:32Ça veut dire qu'on va importer plus ?
02:32Ça veut dire que nous importons plus que nous exportons.
02:36Ça veut dire que nous sommes devenus dépendants de nos partenaires économiques pour nous nourrir.
02:40Et si j'ajoutais qu'une grande partie de cette balance commerciale était positive grâce aux vins et spiritueux
02:45dont vous venez de parler, ça veut dire qu'il y a longtemps que sur notre alimentation à proprement parler
02:50nous sommes dépendants de pays extérieurs.
02:52Ça veut dire que nous ne produisons pas assez.
02:54Ça veut dire que la France exporte trop de produits bruts pour réimporter des produits transformés.
02:59C'est vrai pour le blé qu'on réimporte en farine.
03:02C'est vrai pour les broutards, les jeunes bovins qu'on réimporte en bovins adultes et pour être abattus.
03:07Et c'est vrai aussi par exemple pour les pommes de terre qu'on exporte et qu'on réimporte en
03:11chips ou en frites.
03:12Donc ça, ça n'est pas acceptable. Nous devons réinvestir dans notre agriculture et réinvestir notamment
03:17ce que j'appelle le cœur de gamme. Nous devons protéger la partie, ce qu'on appelle aujourd'hui
03:21les produits sous signe de qualité, le bio, le label parce que ça correspond à un marché.
03:24Mais nous l'avons peut-être trop excessivement développé au détriment du cœur de gamme
03:29qu'il faut que nous réinvestissions.
03:30Est-ce qu'on s'est un peu trompé sur la question de la productivité ?
03:32Est-ce qu'on a laissé tomber aussi tout cet aspect ? Il faut nourrir, il faut produire.
03:36C'est clair. Nous avons eu un recul de compétitivité et de productivité depuis le début des années 2000.
03:42C'est le balance commercial. Elle s'est construite entre 1970 et les années 2000.
03:47Et effectivement, depuis le début des années 2000, nous avons une régression régulière,
03:51une pente régulière qui s'est accentuée sur les dernières années.
03:53Les raisons, c'est quoi ? C'est effectivement un excès de réglementation,
03:56un excès de contraintes et d'une administration tatillonne,
04:00une incapacité administrative à pouvoir monter les dossiers
04:02parce que nous avons aussi, et c'est important, une controverse sociétale,
04:06c'est-à-dire une acceptabilité sociétale de nos métiers qui n'est plus comprise
04:10et ça, il va falloir qu'on y travaille et il faut qu'on réinvite la société
04:13à travailler avec nous sur la reconquête de cette souveraineté alimentaire.
04:16Le deuxième point important, c'est effectivement le retrait
04:19d'un certain nombre de moyens de production
04:22au premier rang desquels l'accès à l'eau, compte tenu du changement climatique,
04:25va devenir un levier indispensable à l'agriculture aujourd'hui.
04:29Et le troisième point, j'y tiens parce que c'est l'évolution des modes de consommation,
04:34des tendances de consommation et nous avons une agriculture et une agroalimentaire
04:37qui s'adaptent trop lentement à ces évolutions de consommation qu'on doit travailler.
04:43Et puis enfin, dernier point, c'est effectivement le contexte au même registre
04:46que le reste de l'industrie, le contexte fiscal français, l'instabilité,
04:50le contexte social, c'est-à-dire le coût du travail
04:52au regard de nos pays partenaires et concurrents au sein de l'Europe.
04:57Les négociations commerciales, il faut que ça soit terminé avant le 1er mars.
05:02Vous avez dit récemment, le seul logiciel des distributeurs, c'est la guerre des prix.
05:05J'étais avec Michel Édouard Leclerc la semaine dernière, il ne m'a pas dit le contraire.
05:09C'est-à-dire qu'il dit lui, moi c'est le prix, le prix, le prix.
05:11Comment on sort de ça ?
05:13Il y a plusieurs leviers.
05:14Moi je pense qu'aujourd'hui, les distributeurs commencent eux-mêmes
05:18à être conscients qu'avec la pression qu'ils ont mise aujourd'hui
05:22sur l'ensemble de la chaîne de production depuis plus de 10 ans.
05:26Le logiciel de la guerre des prix, il date de la LME,
05:28mais il s'est accentué à partir de 2013-2014.
05:31La pression qui a été mise, notre chaîne alimentaire se fragilise.
05:34Et c'est le résultat aussi, la balance commerciale est aussi le résultat de cette situation.
05:41Aujourd'hui, l'industrie est fragilisée.
05:45Et nous devons aujourd'hui retrouver de la marge dans les entreprises.
05:49Les distributeurs doivent nous accompagner aujourd'hui
05:51dans la démarche de reconquête de cette souveraineté alimentaire.
05:55Je pense qu'il y a de la réglementation.
05:56Les distributeurs aujourd'hui, on déplace souvent la négociation
06:00vers d'autres pays européens pour faire une pression énorme sur les fournisseurs.
06:05Et je pense que d'une certaine façon,
06:08on doit aussi favoriser la concentration et la consolidation du monde de l'industrie
06:13parce qu'aujourd'hui, le regard de l'autorité de la concurrence
06:16empêche trop la concentration et la consolidation de notre industrie
06:19et de notre agroalimentaire,
06:21alors qu'ils regardent avec bienveillance toute la concentration.
06:24Aujourd'hui, nous avons quasiment trois acheteurs pour 90% des volumes.
06:28Ils ont plus concentré et pas en face ?
06:30Il reste 20 000 entreprises sur lesquelles on a un regard un petit peu,
06:35j'allais dire, contre-productif sur la consolidation.
06:39L'Imagrin qui était à votre place hier nous disait,
06:43par exemple les savannes, les demandes c'est moins 5%, sinon c'est des référencements.
06:50Cette année, les discussions sont extrêmement difficiles.
06:54Alors est-ce qu'elles le sont plus que d'habitude ?
06:55En tout cas, elles ne le sont pas moins.
06:56Alors que nous avions pris l'engagement au mois de décembre dans une charte ensemble
07:00d'améliorer au moins le contexte, j'allais dire, et l'esprit de ces négociations,
07:06on voit que ça n'a pas été du tout suivi des faits.
07:08Il y a une pression énorme, effectivement, des menaces importantes,
07:11soit sur des arrêts de commande directs et immédiats,
07:14soit sur des menaces de déréférencement, c'est-à-dire de sortir les produits liés.
07:16C'est effectivement très violent pour une entreprise d'être dans la perspective
07:20de ne plus avoir la possibilité de mettre son produit en rayon.
07:23Ça peut avoir une importance énorme aujourd'hui, évidemment,
07:26sur la santé économique de l'entreprise,
07:28mais aussi sur l'emploi et sur l'activité des territoires.
07:30Et c'est là où je pense qu'au-delà des questions purement législatives,
07:35qui sont aujourd'hui, la réglementation est épouvantable.
07:37Nous devons changer ce logiciel.
07:39Les distributeurs doivent redevenir les partenaires
07:43de cette reconquête de souveraineté alimentaire,
07:45au même titre d'ailleurs que le concitoyen,
07:47au même titre aussi que les pouvoirs publics dans la commande publique.
07:51Chacun doit prendre sa responsabilité, si je comprends bien.
07:54Merci beaucoup, Dominique Chargé, d'être venu ce matin.
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