00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invité ce matin, c'est Benoît Labrousse.
00:05Bonjour, vous êtes le président de Randstad France.
00:08On va parler ensemble des questions d'emploi et de recrutement dans la défense.
00:13On a ce matin cette loi de programmation militaire qui doit être présentée en conseil des ministres.
00:18Enfin, ça ne change rien, même si on a une rallonge qui est annoncée aujourd'hui, ce qui est prévu.
00:22Les besoins sont immenses dans les questions industrielles de défense.
00:27Est-ce que cette industrie, depuis la guerre en Ukraine, a retrouvé des couleurs avec des gens qui sont plus
00:33attirés par ce type de métier qu'auparavant ?
00:36Bonjour. En effet, je pense qu'il y a plusieurs éléments sur ce point.
00:41La LPM a donné de la visibilité.
00:43Maintenant, les industriels savent quels sont les budgets qui seront disponibles pour les années à venir.
00:47Maintenant, c'est comment on fait pour produire ?
00:49Pour produire, il y a besoin de bras, il y a besoin encore de compétences humaines, largement.
00:53Et un des sujets sur lesquels l'industrie de défense a beaucoup travaillé, c'est sa marque employeur.
00:58Et je pense qu'à la fois la situation géostratégique et aussi la façon dont on a positionné la défense
01:04sur le débat,
01:05qui est vraiment une question de comment est-ce qu'on se protège, comment est-ce qu'on assure notre
01:09souveraineté,
01:10a radicalement changé cette image, cette image de marque, de marque employeur,
01:14et qui est maintenant attractif pour les personnes.
01:17C'est que c'est positif maintenant.
01:18En tout cas, c'est la perception que l'on voit sur le marché, c'est quelque chose qui devient
01:24utile, pertinent,
01:26et qui donne un sens aux personnes qui s'y engagent.
01:28Donc avec des profils que vous voyez arriver sur le marché de l'armement, si je puis parler ainsi,
01:33qu'il n'y avait pas auparavant, j'imagine, des ingénieurs qui reviennent vers ce type de secteur ?
01:38Alors en fait, l'industrie de défense est très diverse.
01:43On a entre 4 et 5 000 entreprises qui travaillent dans l'industrie de défense,
01:47et selon les cas, les besoins en compétence sont très différents.
01:51Vous mentionniez les ingénieurs, par exemple dans les domaines de la cybersécurité.
01:55En effet, on a besoin d'ingénieurs, d'ingénieurs en cybersécurité,
01:58on a besoin d'ingénieurs pour concevoir les dispositifs d'armement,
02:01et on a aussi besoin de techniciens, d'opérateurs, d'ajusteurs,
02:05de métiers à très haute technicité, des métiers manuels, de production.
02:09Et donc, l'ensemble de ces types d'activités sont aujourd'hui disponibles,
02:14actifs au sein de l'industrie de la défense.
02:17Donc en fait, le panel de compétences qui est recherché est très large,
02:21ce qui permet à chacun déjà de pouvoir se dire,
02:24je peux avoir une voix dans l'industrie de défense,
02:26mais qui pose aussi le sujet de comment je fais pour recruter l'ensemble de ces compétences
02:29à l'avenir pour assurer la production.
02:31Sachant que dans ce que vous nous dites là,
02:32on entend quand même une grosse concurrence avec les métiers du nucléaire,
02:35où c'est quand même des profils qui sont assez similaires.
02:38Alors en effet, ce qu'on voit aujourd'hui,
02:40je vous disais à peu près 4 à 5 000 entreprises,
02:42c'est à peu près 200 000 emplois directs dans l'industrie de défense.
02:45Sur ces 200 000 emplois directs, aujourd'hui, on estime qu'il en manque 10 000.
02:48Donc il y a un vrai sujet de comment on fait pour les trouver.
02:51Et le plus compliqué, c'est que ces 10 000 emplois qui manquent
02:54sont dans des métiers en tension.
02:56C'est-à-dire, je vous parlais de métiers à haute technicité,
03:00des soudeurs ou des usineurs sur des matériaux,
03:03des aciers par exemple extrêmement techniques.
03:05Ce sont des compétences qui rentrent directement en concurrence
03:07avec le nucléaire ou avec d'autres industries de précision.
03:10Et sur lesquelles, comment on fait pour construire ces compétences ?
03:14Parce qu'aujourd'hui, on sait qu'elles n'existent pas réellement,
03:16en tout cas on est très restreint.
03:17Donc c'est comment on fait pour construire à l'avenir ces compétences ?
03:20Comment est-ce que, j'allais dire en temps moyen-long,
03:23on remet en avant ces filières de formation,
03:27formation initiale ?
03:28Et comment on fait pour mettre en place
03:30les dispositifs de reconversion
03:31qui permettent de reconstruire ces types de compétences
03:35qui viennent à manquer ?
03:36Il y a aussi un sujet dans l'industrie de la défense
03:38qui est administratif.
03:40Ça peut attendre 250 jours
03:42pour avoir un délai d'habilitation des candidats.
03:45C'est-à-dire que là, une fois que vous avez passé
03:46tous les freins administratifs,
03:47j'imagine qu'il y a des profils qui sont peut-être vérifiés
03:49dans certains domaines.
03:51Si vous perdez le candidat après ça,
03:53parce qu'en fait ça ne l'intéresse pas,
03:55ou finalement il est pris ailleurs,
03:56là vous perdez gros quand même.
03:58C'est un vrai sujet.
04:00Je pense qu'il y a plusieurs choses
04:03qu'on a commencé à regarder,
04:04y compris avec le ministère de la Défense,
04:06c'est comment est-ce que potentiellement
04:07il peut y avoir des dispositifs d'habilitation
04:09très en amont au cours des processus de recrutement.
04:13Et je pense notamment,
04:14notre activité est essentiellement dans l'intérim.
04:16Par exemple, si vous voulez mettre des personnes
04:18en intérim sur des postes
04:20qui requièrent ce type d'habilitation,
04:22comment est-ce qu'on fait pour anticiper
04:23au tout début de l'identification du besoin
04:28cette habilitation ?
04:29On ne peut pas vérifier tout le monde.
04:30On ne peut pas vérifier tout le monde,
04:32on peut se demander
04:32est-ce qu'on ne peut pas créer des structures,
04:35donc nous on fait du service RH,
04:37des services RH avec,
04:39je ne vais pas le mot habilitation,
04:41mais un label défense.
04:43Ce qui fait que nous on passerait
04:44un certain nombre de choses,
04:45on se structurerait,
04:46on assurerait peut-être
04:47un certain nombre de vérifications en amont
04:49qui permettraient d'aller plus vite
04:50ensuite sur l'habilitation en elle-même.
04:54Donc ça peut être des éléments de ce type-là.
04:56Deuxième point,
04:56c'est sur les 200 000 emplois directs,
04:59toutes ne nécessitent pas l'habilitation.
05:03Donc comment on fait aussi
05:04pour s'assurer que cette demande,
05:06elle se consomme sur les postes
05:07qui le requièrent vraiment,
05:08et il y en a définitivement,
05:10mais comment on fait pour s'assurer
05:11que l'on le fait sur les postes
05:13qui le nécessitent réellement
05:15pour pouvoir accélérer la mise en poste
05:17et comme vous le dites,
05:18ne pas perdre des candidats
05:18au milieu de cette vérification ?
05:20Près de 30% des salariés de l'industrie
05:22vont prendre leur retraite d'ici 2030.
05:24C'est énorme.
05:25C'est énorme.
05:25Mais alors là,
05:26on a encore parlé du choc démographique ce matin
05:28en disant qu'il y aurait 1,7 million
05:30d'écoliers en moins d'ici 2035.
05:33On va avoir un trou,
05:36un problème de recrutement énorme.
05:37On va avoir un problème assez important.
05:40C'est aujourd'hui la manque 10 000.
05:42D'ici 2030, 30 à 35%
05:44de départs à la retraite.
05:45Ça fait 60 à 70 000 postes
05:48qui disparaissent
05:49et à périmètre constant.
05:50Et on sait qu'on va accélérer.
05:51Donc en fait,
05:52c'est peut-être pas loin de 100 000 emplois
05:54qu'il faut pourvoir
05:55dans cette industrie de défense
05:56d'ici 2030.
05:58C'est difficile,
05:59c'est à la fois une bonne nouvelle.
06:00Ça donne des perspectives
06:01de carrière et d'emploi.
06:02C'est-à-dire que la main
06:03va être aux salariés quand même,
06:04clairement.
06:05Un petit peu.
06:06Un petit peu.
06:07Mais sur ces qualifications
06:09très recherchées,
06:10c'est déjà le cas aujourd'hui
06:11sur le marché du travail.
06:12Et nous, on le voit
06:13lorsqu'on cherche ce type de profil
06:15pour les mettre en intérim.
06:16C'est un intérim
06:18complètement choisi
06:18de la part des personnes
06:19qui, comme ça,
06:21choisissent leur mission,
06:22choisissent leur rythme de travail.
06:23Donc en effet,
06:24c'est quelque chose
06:25qui nous attend pour l'avenir
06:26et sur lequel je pense
06:27qu'on peut avoir un rôle à jouer
06:28pour fluidifier ce monde du travail.
06:30Dernier point sur la cybersécurité.
06:32On a vu beaucoup de formations
06:33se monter.
06:34Est-ce que vous avez l'impression
06:35qu'aujourd'hui,
06:35on a les compétences
06:37dont on a besoin ?
06:38Il y a encore beaucoup de gens
06:39à former ?
06:40Je pense qu'il y a encore
06:41beaucoup de gens à former.
06:42La cybersécurité,
06:43on va le retrouver
06:43dans le monde de la défense,
06:44mais de manière très large
06:46dans l'ensemble
06:48des entreprises
06:49qui ont besoin
06:50de sécuriser leurs architectures.
06:52Vous parliez juste avant
06:53d'intelligence artificielle.
06:54Je pense que c'est vraiment
06:55les sujets sur lesquels
06:56aujourd'hui,
06:57il y a une tension
06:57et une concurrence mondiale.
06:59Dans le monde de la défense,
07:00on a moins de concurrence mondiale
07:01parce que ça reste
07:02une industrie très localisée.
07:04C'est comment est-ce qu'on fait
07:05pour former des personnes
07:07que l'on va garder en France
07:09sur ces types de sujets ?
07:10Est-ce que vous voyez
07:10des candidats
07:12un peu avec une démarche
07:13justement assez souveraine
07:15en disant
07:15« moi je ne bosse que
07:16dans des boîtes françaises »
07:17avec cette vision
07:20très chauvine ?
07:22Alors c'est une vision
07:23très chauvine,
07:24je ne sais pas,
07:24mais qui en tout cas se dise
07:25« je veux être dans une filière
07:27qui est une filière
07:27qui me donne un sens
07:29à ce que je fais »,
07:30je dirais plus
07:30qui donne un sens
07:31à mon activité
07:32plutôt que chauvine.
07:33Mais deux,
07:33je participe
07:34à un équilibre positif
07:35pour la société française,
07:37très clairement,
07:37et c'est de plus en plus
07:38le cas dans les jeunes
07:40qui rentrent dans le monde
07:40du travail,
07:41qui recherchent
07:41un sens dans ce qu'ils font.
07:43Certains vont être attirés
07:44par cet aspect de souveraineté,
07:45d'autres par d'autres sujets,
07:46mais clairement
07:46la dynamique de souveraineté
07:48joue un rôle
07:48dans cet espace-là.
07:49Merci beaucoup
07:50Benoît Labroux
07:50d'être venu ce matin
07:51pour Randstad France
07:52dans la matinale
07:53de l'économie.
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