00:00Pour gagner certains combats, il faut parfois mettre de côté ces différences politiques pour travailler avec ses adversaires.
00:06C'est le parti pris de mon invité qui siège au sein du groupe des démocrates à l'Assemblée.
00:24Bonjour Delphine Lingemann.
00:26Bonjour.
00:26Alors vous êtes élue du Puy-de-Dôme et quand vous partez vers Paris pour siéger à l'Assemblée, vous
00:31prenez le train et pas n'importe quel train.
00:34La ligne Clermont-Paris, je dis pas n'importe quel train parce qu'on la surnomme la pire ligne de
00:39France et vous en avez fait un de vos principaux combats politiques.
00:42On va voir cela en image.
00:44Au moment de monter dans le train, c'est toujours la même crainte.
00:49Alors, vous avez une petite appréhension quand on monte dans ce train ?
00:52Écoutez, c'est pas le dernier train de la journée, donc on croise les doigts.
00:56Et puis, alors j'ai pas regardé quelle était la locomotive de tête.
00:59On va espérer qu'elle a bien été révisée avant le départ.
01:04Mais à chaque départ de l'Intercité, ce que redoute la députée, c'est l'arrêt en pleine voie.
01:10C'est ce qu'ont vécu 700 passagers du Paris-Clermont en janvier dernier.
01:15Bloqués pendant 8 heures dans un train, dans le froid et dans la nuit, à cause d'une panne de
01:21locomotive.
01:22Est-ce que vous avez déjà vécu ce genre de choses ? Vous avez déjà été en galère sur cette
01:25ligne Clermont-Paris ?
01:27Alors, j'ai été en galère. Je suis restée pour faire Clermont, enfin plutôt Paris-Clermont.
01:32J'ai déjà mis 8 heures.
01:33Ah oui ?
01:35Donc oui.
01:36Vous avez vécu les...
01:36Et moi, quand je vois ces images, c'est vrai qu'on se sent comme un territoire abandonné.
01:41Et c'est plus entendable à notre époque que Clermont soit situé au milieu de la trajectoire du vide.
01:49Et il faut, voilà, c'est pour ça que c'est un dossier que je porte avec d'autres collègues.
01:54Et alors, justement, vous le portez de façon transpartisane.
01:57C'est-à-dire que là, la couleur politique, elle compte pas beaucoup, finalement, pour mener ce genre de combat
02:02?
02:02Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est je crois en l'intelligence collective.
02:06Et je crois que l'Union fait toujours la force, et notamment de nos territoires.
02:10Et quand on a des dossiers...
02:12Là, on vous voit, par exemple, avec des élus de tous bords politiques qui portent le même combat, c'est
02:16ça ?
02:16Exactement, de tous bords politiques, de départements différents traversés par cette ligne.
02:22Et je pense que l'Union fait toujours la force parce qu'à un moment, si on ne fait pas
02:27bloc, on n'est pas entendu à Paris.
02:29Et donc, les dossiers n'avancent pas.
02:32Est-ce que vous avez obtenu des avancées concrètes, justement, avec ce combat transpartisan ?
02:36Des choses qui peuvent changer un peu la vie des gens, des usagers de cette ligne ?
02:40Alors, il y a un schéma directeur avec des investissements conséquents, 1,2 milliard d'euros.
02:45Et puis, il y a cette période transitoire jusqu'à 2028 à gérer.
02:51Et c'est pour ça que nous avons agi pour essayer de regarder comment nous pouvions avoir, notamment, une locomotive
02:56de secours pour éviter ces grandes pannes.
02:59Donc, oui, on a obtenu des avancées.
03:02Et oui, chaque année, on se bat pour que la trajectoire budgétaire soit respectée.
03:07Parce qu'on sait tous les contraintes budgétaires que l'on a en France.
03:11On va parler de votre parcours, de votre engagement en politique.
03:16Mais d'abord, en parlant de votre mère, parce que votre mère est mère, M-A-I-R-E, du
03:21village de Saint-Fleuré, dans le Puy-de-Dôme.
03:24Est-ce que ça veut dire que la politique, l'engagement, ça s'est transmis de mère en fille dans
03:28votre famille ?
03:29Alors, de mère en fille, mon arrière-grand-père était conseiller municipal du petit village de Saint-Fleuré que je
03:35vois.
03:36Mon grand-père aussi, mon oncle, ma maman était conseillère municipale avant d'être maire depuis 2008.
03:43Et c'est important de m'investir, de prendre le témoin.
03:48Et l'engagement, c'est filial, je pense, oui, effectivement.
03:52Et l'engagement, chez vous, il a d'abord pris une dimension associative avant d'être politique, c'est ça
03:57?
03:57Oui, exactement. Moi, je pense que de l'engagement associatif à l'engagement politique, il n'y a qu'un
04:02pas.
04:02En fait, c'est essayer de faire pour les autres, essayer de se mettre au service des autres.
04:09Quand on va à 16 ans, moi, j'ai créé toujours, avec ma maman, une association à Histoire, qui est
04:18aussi sur ma circonscription.
04:19Et donc, j'ai toujours été très engagée dans les associations avant de m'engager en politique.
04:26Et c'est vrai qu'il n'y a qu'un pas.
04:27Le meilleur conseil qu'on m'a donné en politique, c'est celui que ma mère m'a donné, c
04:32'est qu'il faut aimer les autres.
04:34Et en fait, si on aime les autres, on a envie d'agir pour eux et de faire bouger les
04:39lignes.
04:40Et on ne vit pas l'engagement comme une contrainte dans ce cas-là, comme une perte de liberté, parce
04:43que ça peut être perçu comme ça, parfois.
04:45S'engager pour les autres, c'est un peu renoncer à du temps pour soi.
04:47C'est renoncer à du temps pour soi, mais c'est aussi être responsable.
04:50Je pense que l'engagement, ça ne doit pas être perçu, l'engagement politique, comme une ambition personnelle, mais plutôt
04:58comme une responsabilité que l'on a et que l'on porte.
05:01En tout cas, moi, c'est comme ça que j'ai été éduquée, comme ça que je vis mon mandat.
05:06En parallèle de vos engagements, vous avez eu une carrière dans le monde de l'entreprise.
05:09Vous avez même créé votre propre société de conseil.
05:11Vous avez également enseigné dans le supérieur.
05:13Je m'enseigne toujours.
05:14Ce sont des expériences qui comptent quand on devient député, d'avoir vécu ces choses-là avant ?
05:20Je pense que c'est indispensable, quand on est député, d'avoir vécu ce que vivent les Français.
05:26C'est indispensable.
05:28C'est-à-dire que quelqu'un qui sort, qui fait le parcours classique Sciences Po, l'INSP, Exena, et
05:34qui arrive dans des cabinets ministériels, qui devient député ou assistant parlementaire, et qui devient député, ne connaît pas la
05:41vie.
05:42On nous reproche souvent cette déconnexion des élites avec le peuple, et c'est ce qui fomente tous les extrêmes
05:49aujourd'hui.
05:50C'est le fond de commerce, ces extrêmes, cette déconnexion des politiques avec la vraie vie des gens.
05:57Moi, je suis contente d'avoir eu une vraie vie professionnelle, des réussites, des échecs aussi, parce que c'est
06:04la vraie vie.
06:05J'ai commencé comme assistante parlementaire, avant d'aller travailler dans l'industrie en Allemagne, de revenir chez moi, d
06:12'être enseignante, de créer mon entreprise.
06:15Et cette multiplicité, finalement, des expériences m'aide au quotidien dans mon mandat de député.
06:21Vous avez évoqué votre expérience d'assistante parlementaire.
06:23Vous avez même été, je crois, au cabinet d'Alamassour quand il était ministre des Affaires européennes.
06:27Vous avez travaillé avec deux députés maires différents.
06:31Vous avez fait des études en sciences politiques.
06:33Tout ça, ça donne l'impression que la politique, c'était votre plan A, mais vous n'êtes pas lancée
06:38tout de suite.
06:38C'est finalement le plan B qui l'a emportée. Pourquoi ?
06:41Parce que, je pense qu'il y a un temps pour tout.
06:45Et quand j'étais jeune, je pense que c'est important, comme je vous l'ai dit, de multiplier les
06:50expériences.
06:51J'ai vu aussi les députés vivre.
06:53Et moi, je n'avais pas envie d'embarquer ma famille, mon conjoint, mes enfants, dans une vie où, finalement,
07:03j'allais les sacrifier.
07:04Et je pense que...
07:05Ça, c'est aussi le revers de la médaille de l'engagement.
07:09C'est une contrainte.
07:10Après, c'est une contrainte dont il faut parler avant de s'engager.
07:14Moi, quand j'ai décidé de m'engager, j'ai commencé par un mandat local.
07:19Ça me prenait déjà beaucoup de temps.
07:21Et quand on m'a proposé d'être investie pour devenir députée, j'ai longtemps hésité pour tout vous dire.
07:30J'ai refusé au début parce que je connaissais le prix de ces contraintes pour la famille.
07:35Mais à un moment, c'est aussi se dire, bon, il faut y aller.
07:40Et voilà, c'est quelque chose que l'on porte.
07:42Il y a des combats qu'on a envie de porter.
07:45Et donc, c'est pour ça que j'ai accepté...
07:47Vous avez d'abord été conseillère municipale à Roya et...
07:49Adjointe, au Baird.
07:51Députée.
07:52Depuis que vous êtes députée, beaucoup de vos initiatives sont tournées vers les territoires ruraux
07:56et notamment pour corriger certaines inégalités, notamment vis-à-vis des jeunes dans les campagnes.
08:02C'est quoi ces inégalités pour vous, les plus marquantes, les plus...
08:06De l'autocensure.
08:07Ils n'ont pas les mêmes codes, les jeunes ruraux.
08:12Moi, ça m'a interpellée quand j'ai rencontré un de mes anciens étudiants
08:15qui est dans une toute petite commune de ma circonscription
08:19qui me dit, Madame Lingemann, vous savez, j'ai vu que vous étiez maintenant députée.
08:23Je suis très contente parce qu'il faut que vous portiez ce combat-là.
08:25Et je pense qu'il y a aussi parfois une déconnexion, en fait, de certains politiques.
08:30Je ne dirais pas tous, parce que j'ai des collègues qui sont aussi issus de la ruralité,
08:35par rapport aux problématiques de nos territoires.
08:38On ne peut pas faire la loi uniquement de Paris, uniquement des cabinets ministériels.
08:43Vous avez voulu corriger des inégalités en matière de réussite scolaire,
08:46des inégalités en matière de mobilité également.
08:49Et puis, alors, il y a une loi que vous avez fait voter qui concerne les petites communes
08:53pour mettre fin à ce qu'on appelle le tir au pigeon.
08:56Alors, on ne parle pas du tout d'une loi contre la chasse,
08:58on parle du mode de scrutin aux municipales.
09:00Expliquez-nous peut-être en quelques mots.
09:01Alors, c'est un changement de mode de scrutin pour les communes de moins de 1000 habitants.
09:07On est passé à un scrutin de liste paritaire, en plus.
09:12C'est-à-dire que, pour l'instant, les communes de moins de 1000 habitants
09:17avaient une particularité, c'était un scrutin de liste
09:19où on pouvait panacher, on pouvait rayer des noms.
09:24Ce qui mettait de l'ambiance dans les villages.
09:26Complètement.
09:26C'est-à-dire que moi, j'ai assisté à plein de dépouillements.
09:29Et c'est vrai qu'on sanctionnait le voisin, on sanctionnait le maire
09:32qui n'avait pas voulu couper l'arbre devant chez soi.
09:35Et c'était très injuste pour l'équipe en place.
09:37Et aujourd'hui, je pense que les communes de moins de 1000 habitants,
09:40elles ont le droit d'être considérées à part entière, comme toute autre commune.
09:43Il y a autant de femmes que d'hommes qui vivent dans ces communes.
09:46Il faudrait même aller encore plus loin.
09:48C'est-à-dire que, pour l'instant, dans les communes de moins de 1000 habitants,
09:51les campagnes ne sont pas remboursées.
09:53Voilà.
09:53C'est encore une des spécificités.
09:56Je pense qu'il faudra aller encore plus loin.
09:57Alors, pour parler de la loi, quand même, que vous avez votée.
09:59Donc, on est passé à des listes paritaires hommes-femmes.
10:03Autant d'hommes que de femmes.
10:04Et alors, il y a beaucoup de maires qui vous en ont voulu.
10:06Parce qu'ils disent, on a déjà du mal, parfois, à constituer une seule liste,
10:10à trouver assez de candidats.
10:11« Maintenant, il va falloir trouver autant de femmes que d'hommes.
10:14Ça va être impossible. »
10:15Qu'est-ce que vous leur répondez ?
10:17Que « impossible » n'est pas français, premièrement.
10:20Et puis, qu'en plus, franchement, dans nos territoires,
10:24j'ai eu des appels de maires qui m'ont dit
10:26« Écoute, Delphine, on a plus de mal, finalement,
10:31à aller chercher des hommes que des femmes. »
10:33Enfin, je vais vous dire, je pense que l'engagement,
10:35il est autant masculin que féminin.
10:38Sauf que les femmes se mettent beaucoup plus de barrières,
10:41notamment en lien avec leur parentalité, je pense.
10:45C'est-à-dire que...
10:46Et d'aller les chercher, c'est leur donner conscience
10:49et je pense qu'elles aussi, elles peuvent s'engager.
10:52Alors, moi, je n'ai pas eu d'écho
10:54par rapport à des listes
10:56qui ne pouvaient pas être faites
10:57du fait de cette parité.
11:00Donc, je pense qu'il y a eu beaucoup de bruit
11:02pour pas grand-chose.
11:03Avant de passer au quiz,
11:05j'aimerais revenir avec vous sur une phrase
11:06que vous avez prononcée un an et demi après votre élection.
11:08Vous avez dit
11:08« J'adore ce que je fais,
11:10mais je ne respire pas politique. »
11:12Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ?
11:16Je déteste la politique politicienne
11:18qui mène à des débats stériles.
11:21Vraiment.
11:21C'est-à-dire que je ne suis pas sur le coup d'après.
11:26Je ne suis pas animée par l'ambition personnelle,
11:29comme je peux l'observer chez certains.
11:32J'ai juste envie de me sentir utile.
11:34J'avais une vie avant, j'en aurais une après.
11:36Et entre-temps, j'essaie de faire ce que je peux.
11:39Sans calcul électoraliste,
11:42je ne suis pas élue pour être réélue.
11:43Je considère que je suis élue pour faire bouger les lignes,
11:46pour travailler,
11:48pour rendre aux habitants qui m'ont élu
11:52quelque chose,
11:53pour essayer d'avancer sur des combats.
11:56On va passer à notre quiz à présent,
11:57si vous le voulez bien.
11:58C'est un quiz spécial pour tester vos connaissances
12:00dans un domaine qui fait la réputation de l'Auvergne
12:03dans le monde entier, le fromage.
12:05Vous aimez ça, le fromage, ou pas ?
12:06Je suis, je crois, la seule auvergnate
12:08qui n'aime pas le fromage.
12:09Ah zut, ça tombe mal !
12:11Peut-être que vous connaissez quand même un peu
12:13les fromages auvergnats.
12:14Bien sûr, je les connais.
12:14Je défends surtout nos fromages.
12:16Là, c'est le Saint-Nectaire.
12:18Bravo, je n'ai même pas eu le temps
12:19de vous poser la question.
12:20On commençait par le plus facile en même temps,
12:21parce que ça va aller...
12:22Mais le Saint-Nectaire, je le connais bien
12:25puisque je le défends très souvent.
12:28Bon.
12:28Deuxième photo, un peu plus difficile.
12:31Gapron ?
12:32Oui !
12:33C'est ça, voilà, Gapron.
12:34Mais il est moins connu que le Saint-Nectaire.
12:36Troisième photo, alors là,
12:36on est dans un niveau expert, je dirais,
12:38parce que vous avez trois fromages à pâte persillée
12:40et il faut me dire...
12:42Bon, alors, il y a la fourme,
12:43il y a la fourme d'Ambert,
12:45il y a peut-être Mémé ?
12:48Non ?
12:49Un fromage bleu ?
12:51Bah, le roquefort, mais c'est pas chez moi.
12:53Ah, le bleu d'Auvergne !
12:54Ah bah oui, le bleu d'Auvergne, effectivement.
12:56Et c'est là où il y avait un piège,
12:57c'est qu'il y a aussi le bleu de l'accueil.
12:59Alors moi, je ne le connais pas.
12:59Eh bah, c'est la Mémé, ça.
13:01C'est la Mémé ?
13:01Ah bah voilà !
13:03Ah bah oui, le deuxième, c'est le bleu de l'accueil,
13:05le troisième, c'est la fourme.
13:06Eh oui.
13:07Voilà, moi, vous en avez plutôt bien tiré
13:08pour quelqu'un qui n'aime pas le fromage.
13:10On peut ne pas aimer le fromage
13:11à être élu dans le Puy-de-Dôme ?
13:13Il faut toujours dire la vérité.
13:14Quand il y a des festivals de fromage
13:17ou des dégustations,
13:19enfin, moi, je vais me forcer à prendre du fromage.
13:22Voilà.
13:22Mais ça ne m'empêche pas de les défendre.
13:26Merci beaucoup, Delphine Lingemann,
13:28d'être venue dans La politique et moi.
13:29Merci à vous.
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