- il y a 1 semaine
Pour gagner certains combats, il faut parfois mettre de côté ses différences politiques, pour travailler avec ses adversaires.
C'est le parti pris de Delphine Lingemann qui siège au groupe Les Démocrates à l'Assemblée.
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !
C'est le parti pris de Delphine Lingemann qui siège au groupe Les Démocrates à l'Assemblée.
Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !
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00:00Pour gagner certains combats, il faut parfois mettre de côté ces différences politiques pour travailler avec ses adversaires.
00:06C'est le parti pris de mon invité qui siège au sein du groupe des démocrates à l'Assemblée.
00:24Bonjour Delphine Lingemann.
00:26Bonjour.
00:26Alors vous êtes élue du Puy-de-Dôme et quand vous partez vers Paris pour siéger à l'Assemblée, vous
00:31prenez le train et pas n'importe quel train.
00:34La ligne Clermont-Paris, je dis pas n'importe quel train parce qu'on la surnomme la pire ligne de
00:39France et vous en avez fait un de vos principaux combats politiques.
00:42On va voir cela en image.
00:44Au moment de monter dans le train, c'est toujours la même crainte.
00:49Alors, vous avez une petite appréhension quand on monte dans ce train ?
00:52Écoutez, c'est pas le dernier train de la journée, donc on croise les doigts.
00:56Et puis, alors j'ai pas regardé quelle était la locomotive de tête.
00:59On va espérer qu'elle a bien été révisée avant le départ.
01:04Mais à chaque départ de l'Intercité, ce que redoute la députée, c'est l'arrêt en pleine voie.
01:10C'est ce qu'ont vécu 700 passagers du Paris-Clermont en janvier dernier.
01:15Bloqués pendant 8 heures dans un train, dans le froid et dans la nuit, à cause d'une panne de
01:21locomotive.
01:22Est-ce que vous avez déjà vécu ce genre de choses ? Vous avez déjà été en galère sur cette
01:25ligne Clermont-Paris ?
01:27Alors, j'ai été en galère. Je suis restée pour faire Clermont, enfin plutôt Paris-Clermont.
01:32J'ai déjà mis 8 heures.
01:33Ah oui ?
01:35Donc oui.
01:36Vous avez vécu les...
01:36Et moi, quand je vois ces images, c'est vrai qu'on se sent comme un territoire abandonné.
01:41Et c'est plus entendable à notre époque que Clermont soit situé au milieu de la trajectoire du vide.
01:49Et il faut, voilà, c'est pour ça que c'est un dossier que je porte avec d'autres collègues.
01:54Et alors, justement, vous le portez de façon transpartisane.
01:57C'est-à-dire que là, la couleur politique, elle compte pas beaucoup, finalement, pour mener ce genre de combat
02:02?
02:02Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est je crois en l'intelligence collective.
02:06Et je crois que l'Union fait toujours la force, et notamment de nos territoires.
02:10Et quand on a des dossiers...
02:12Là, on vous voit, par exemple, avec des élus de tous bords politiques qui portent le même combat, c'est
02:16ça ?
02:16Exactement, de tous bords politiques, de départements différents traversés par cette ligne.
02:22Et je pense que l'Union fait toujours la force parce qu'à un moment, si on ne fait pas
02:27bloc, on n'est pas entendu à Paris.
02:29Et donc, les dossiers n'avancent pas.
02:32Est-ce que vous avez obtenu des avancées concrètes, justement, avec ce combat transpartisan ?
02:36Des choses qui peuvent changer un peu la vie des gens, des usagers de cette ligne ?
02:40Alors, il y a un schéma directeur avec des investissements conséquents, 1,2 milliard d'euros.
02:45Et puis, il y a cette période transitoire jusqu'à 2028 à gérer.
02:51Et c'est pour ça que nous avons agi pour essayer de regarder comment nous pouvions avoir, notamment, une locomotive
02:56de secours pour éviter ces grandes pannes.
02:59Donc, oui, on a obtenu des avancées.
03:02Et oui, chaque année, on se bat pour que la trajectoire budgétaire soit respectée.
03:07Parce qu'on sait tous les contraintes budgétaires que l'on a en France.
03:11On va parler de votre parcours, de votre engagement en politique.
03:16Mais d'abord, en parlant de votre mère, parce que votre mère est mère, M-A-I-R-E, du
03:21village de Saint-Fleuré, dans le Puy-de-Dôme.
03:24Est-ce que ça veut dire que la politique, l'engagement, ça s'est transmis de mère en fille dans
03:28votre famille ?
03:29Alors, de mère en fille, mon arrière-grand-père était conseiller municipal du petit village de Saint-Fleuré que je
03:35vois.
03:36Mon grand-père aussi, mon oncle, ma maman était conseillère municipale avant d'être maire depuis 2008.
03:43Et c'est important de m'investir, de prendre le témoin.
03:48Et l'engagement, c'est filial, je pense, oui, effectivement.
03:52Et l'engagement, chez vous, il a d'abord pris une dimension associative avant d'être politique, c'est ça
03:57?
03:57Oui, exactement. Moi, je pense que de l'engagement associatif à l'engagement politique, il n'y a qu'un
04:02pas.
04:02En fait, c'est essayer de faire pour les autres, essayer de se mettre au service des autres.
04:09Quand on va à 16 ans, moi, j'ai créé toujours, avec ma maman, une association à Histoire, qui est
04:18aussi sur ma circonscription.
04:19Et donc, j'ai toujours été très engagée dans les associations avant de m'engager en politique.
04:26Et c'est vrai qu'il n'y a qu'un pas.
04:27Le meilleur conseil qu'on m'a donné en politique, c'est celui que ma mère m'a donné, c
04:32'est qu'il faut aimer les autres.
04:34Et en fait, si on aime les autres, on a envie d'agir pour eux et de faire bouger les
04:39lignes.
04:40Et on ne vit pas l'engagement comme une contrainte dans ce cas-là, comme une perte de liberté, parce
04:43que ça peut être perçu comme ça, parfois.
04:45S'engager pour les autres, c'est un peu renoncer à du temps pour soi.
04:47C'est renoncer à du temps pour soi, mais c'est aussi être responsable.
04:50Je pense que l'engagement, ça ne doit pas être perçu, l'engagement politique, comme une ambition personnelle, mais plutôt
04:58comme une responsabilité que l'on a et que l'on porte.
05:01En tout cas, moi, c'est comme ça que j'ai été éduquée, comme ça que je vis mon mandat.
05:06En parallèle de vos engagements, vous avez eu une carrière dans le monde de l'entreprise.
05:09Vous avez même créé votre propre société de conseil.
05:11Vous avez également enseigné dans le supérieur.
05:13Je m'enseigne toujours.
05:14Ce sont des expériences qui comptent quand on devient député, d'avoir vécu ces choses-là avant ?
05:20Je pense que c'est indispensable, quand on est député, d'avoir vécu ce que vivent les Français.
05:26C'est indispensable.
05:28C'est-à-dire que quelqu'un qui sort, qui fait le parcours classique Sciences Po, l'INSP, Exena, et
05:34qui arrive dans des cabinets ministériels, qui devient député ou assistant parlementaire, et qui devient député, ne connaît pas la
05:41vie.
05:42On nous reproche souvent cette déconnexion des élites avec le peuple, et c'est ce qui fomente tous les extrêmes
05:49aujourd'hui.
05:50C'est le fond de commerce, ces extrêmes, cette déconnexion des politiques avec la vraie vie des gens.
05:57Moi, je suis contente d'avoir eu une vraie vie professionnelle, des réussites, des échecs aussi, parce que c'est
06:04la vraie vie.
06:05J'ai commencé comme assistante parlementaire, avant d'aller travailler dans l'industrie en Allemagne, de revenir chez moi, d
06:12'être enseignante, de créer mon entreprise.
06:15Et cette multiplicité, finalement, des expériences m'aide au quotidien dans mon mandat de député.
06:21Vous avez évoqué votre expérience d'assistante parlementaire.
06:23Vous avez même été, je crois, au cabinet d'Alamassour quand il était ministre des Affaires européennes.
06:27Vous avez travaillé avec deux députés maires différents.
06:31Vous avez fait des études en sciences politiques.
06:33Tout ça, ça donne l'impression que la politique, c'était votre plan A, mais vous n'êtes pas lancée
06:38tout de suite.
06:38C'est finalement le plan B qui l'a emportée. Pourquoi ?
06:41Parce que, je pense qu'il y a un temps pour tout.
06:45Et quand j'étais jeune, je pense que c'est important, comme je vous l'ai dit, de multiplier les
06:50expériences.
06:51J'ai vu aussi les députés vivre.
06:53Et moi, je n'avais pas envie d'embarquer ma famille, mon conjoint, mes enfants, dans une vie où, finalement,
07:03j'allais les sacrifier.
07:04Et je pense que...
07:05Ça, c'est aussi le revers de la médaille de l'engagement.
07:09C'est une contrainte.
07:10Après, c'est une contrainte dont il faut parler avant de s'engager.
07:14Moi, quand j'ai décidé de m'engager, j'ai commencé par un mandat local.
07:19Ça me prenait déjà beaucoup de temps.
07:21Et quand on m'a proposé d'être investie pour devenir députée, j'ai longtemps hésité pour tout vous dire.
07:30J'ai refusé au début parce que je connaissais le prix de ces contraintes pour la famille.
07:35Mais à un moment, c'est aussi se dire, bon, il faut y aller.
07:40Et voilà, c'est quelque chose que l'on porte.
07:42Il y a des combats qu'on a envie de porter.
07:45Et donc, c'est pour ça que j'ai accepté...
07:47Vous avez d'abord été conseillère municipale à Roya et...
07:49Adjointe, au Baird.
07:51Députée.
07:52Depuis que vous êtes députée, beaucoup de vos initiatives sont tournées vers les territoires ruraux
07:56et notamment pour corriger certaines inégalités, notamment vis-à-vis des jeunes dans les campagnes.
08:02C'est quoi ces inégalités pour vous, les plus marquantes, les plus...
08:06De l'autocensure.
08:07Ils n'ont pas les mêmes codes, les jeunes ruraux.
08:12Moi, ça m'a interpellée quand j'ai rencontré un de mes anciens étudiants
08:15qui est dans une toute petite commune de ma circonscription
08:19qui me dit, Madame Lingemann, vous savez, j'ai vu que vous étiez maintenant députée.
08:23Je suis très contente parce qu'il faut que vous portiez ce combat-là.
08:25Et je pense qu'il y a aussi parfois une déconnexion, en fait, de certains politiques.
08:30Je ne dirais pas tous, parce que j'ai des collègues qui sont aussi issus de la ruralité,
08:35par rapport aux problématiques de nos territoires.
08:38On ne peut pas faire la loi uniquement de Paris, uniquement des cabinets ministériels.
08:43Vous avez voulu corriger des inégalités en matière de réussite scolaire,
08:46des inégalités en matière de mobilité également.
08:49Et puis, alors, il y a une loi que vous avez fait voter qui concerne les petites communes
08:53pour mettre fin à ce qu'on appelle le tir au pigeon.
08:56Alors, on ne parle pas du tout d'une loi contre la chasse,
08:58on parle du mode de scrutin aux municipales.
09:00Expliquez-nous peut-être en quelques mots.
09:01Alors, c'est un changement de mode de scrutin pour les communes de moins de 1000 habitants.
09:07On est passé à un scrutin de liste paritaire, en plus.
09:12C'est-à-dire que, pour l'instant, les communes de moins de 1000 habitants
09:17avaient une particularité, c'était un scrutin de liste
09:19où on pouvait panacher, on pouvait rayer des noms.
09:24Ce qui mettait de l'ambiance dans les villages.
09:26Complètement.
09:26C'est-à-dire que moi, j'ai assisté à plein de dépouillements.
09:29Et c'est vrai qu'on sanctionnait le voisin, on sanctionnait le maire
09:32qui n'avait pas voulu couper l'arbre devant chez soi.
09:35Et c'était très injuste pour l'équipe en place.
09:37Et aujourd'hui, je pense que les communes de moins de 1000 habitants,
09:40elles ont le droit d'être considérées à part entière, comme toute autre commune.
09:43Il y a autant de femmes que d'hommes qui vivent dans ces communes.
09:46Il faudrait même aller encore plus loin.
09:48C'est-à-dire que, pour l'instant, dans les communes de moins de 1000 habitants,
09:51les campagnes ne sont pas remboursées.
09:53Voilà.
09:53C'est encore une des spécificités.
09:56Je pense qu'il faudra aller encore plus loin.
09:57Alors, pour parler de la loi, quand même, que vous avez votée.
09:59Donc, on est passé à des listes paritaires hommes-femmes.
10:03Autant d'hommes que de femmes.
10:04Et alors, il y a beaucoup de maires qui vous en ont voulu.
10:06Parce qu'ils disent, on a déjà du mal, parfois, à constituer une seule liste,
10:10à trouver assez de candidats.
10:11« Maintenant, il va falloir trouver autant de femmes que d'hommes.
10:14Ça va être impossible. »
10:15Qu'est-ce que vous leur répondez ?
10:17Que « impossible » n'est pas français, premièrement.
10:20Et puis, qu'en plus, franchement, dans nos territoires,
10:24j'ai eu des appels de maires qui m'ont dit
10:26« Écoute, Delphine, on a plus de mal, finalement,
10:31à aller chercher des hommes que des femmes. »
10:33Enfin, je vais vous dire, je pense que l'engagement,
10:35il est autant masculin que féminin.
10:38Sauf que les femmes se mettent beaucoup plus de barrières,
10:41notamment en lien avec leur parentalité, je pense.
10:45C'est-à-dire que...
10:46Et d'aller les chercher, c'est leur donner conscience
10:49et je pense qu'elles aussi, elles peuvent s'engager.
10:52Alors, moi, je n'ai pas eu d'écho
10:54par rapport à des listes
10:56qui ne pouvaient pas être faites
10:57du fait de cette parité.
11:00Donc, je pense qu'il y a eu beaucoup de bruit
11:02pour pas grand-chose.
11:03Avant de passer au quiz,
11:05j'aimerais revenir avec vous sur une phrase
11:06que vous avez prononcée un an et demi après votre élection.
11:08Vous avez dit
11:08« J'adore ce que je fais,
11:10mais je ne respire pas politique. »
11:12Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ?
11:16Je déteste la politique politicienne
11:18qui mène à des débats stériles.
11:21Vraiment.
11:21C'est-à-dire que je ne suis pas sur le coup d'après.
11:26Je ne suis pas animée par l'ambition personnelle,
11:29comme je peux l'observer chez certains.
11:32J'ai juste envie de me sentir utile.
11:34J'avais une vie avant, j'en aurais une après.
11:36Et entre-temps, j'essaie de faire ce que je peux.
11:39Sans calcul électoraliste,
11:42je ne suis pas élue pour être réélue.
11:43Je considère que je suis élue pour faire bouger les lignes,
11:46pour travailler,
11:48pour rendre aux habitants qui m'ont élu
11:52quelque chose,
11:53pour essayer d'avancer sur des combats.
11:56On va passer à notre quiz à présent,
11:57si vous le voulez bien.
11:58C'est un quiz spécial pour tester vos connaissances
12:00dans un domaine qui fait la réputation de l'Auvergne
12:03dans le monde entier, le fromage.
12:05Vous aimez ça, le fromage, ou pas ?
12:06Je suis, je crois, la seule auvergnate
12:08qui n'aime pas le fromage.
12:09Ah zut, ça tombe mal !
12:11Peut-être que vous connaissez quand même un peu
12:13les fromages auvergnats.
12:14Bien sûr, je les connais.
12:14Je défends surtout nos fromages.
12:16Là, c'est le Saint-Nectaire.
12:18Bravo, je n'ai même pas eu le temps
12:19de vous poser la question.
12:20On commençait par le plus facile en même temps,
12:21parce que ça va aller...
12:22Mais le Saint-Nectaire, je le connais bien
12:25puisque je le défends très souvent.
12:28Bon.
12:28Deuxième photo, un peu plus difficile.
12:31Gapron ?
12:32Oui !
12:33C'est ça, voilà, Gapron.
12:34Mais il est moins connu que le Saint-Nectaire.
12:36Troisième photo, alors là,
12:36on est dans un niveau expert, je dirais,
12:38parce que vous avez trois fromages à pâte persillée
12:40et il faut me dire...
12:42Bon, alors, il y a la fourme,
12:43il y a la fourme d'Ambert,
12:45il y a peut-être Mémé ?
12:48Non ?
12:49Un fromage bleu ?
12:51Bah, le roquefort, mais c'est pas chez moi.
12:53Ah, le bleu d'Auvergne !
12:54Ah bah oui, le bleu d'Auvergne, effectivement.
12:56Et c'est là où il y avait un piège,
12:57c'est qu'il y a aussi le bleu de l'accueil.
12:59Alors moi, je ne le connais pas.
12:59Eh bah, c'est la Mémé, ça.
13:01C'est la Mémé ?
13:01Ah bah voilà !
13:03Ah bah oui, le deuxième, c'est le bleu de l'accueil,
13:05le troisième, c'est la fourme.
13:06Eh oui.
13:07Voilà, moi, vous en avez plutôt bien tiré
13:08pour quelqu'un qui n'aime pas le fromage.
13:10On peut ne pas aimer le fromage
13:11à être élu dans le Puy-de-Dôme ?
13:13Il faut toujours dire la vérité.
13:14Quand il y a des festivals de fromage
13:17ou des dégustations,
13:19enfin, moi, je vais me forcer à prendre du fromage.
13:22Voilà.
13:22Mais ça ne m'empêche pas de les défendre.
13:26Merci beaucoup, Delphine Lingemann,
13:28d'être venue dans La politique et moi.
13:29Merci à vous.
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