00:01Et à 9h05, nous allons donc revenir un petit peu sur les tenants et les aboutissants de cette décision de
00:07la Cour suprême
00:08qui a décidé en partie de revenir sur les droits de douane imposés par Donald Trump.
00:14Florian Hielpo nous accompagne ce matin depuis Genève en charge de la macroéconomie chez Lombard-Rodier IM.
00:19Bonjour Florian.
00:21Comment vous regardez un petit peu cette décision de la Cour suprême, les tenants, les aboutissants
00:26et puis surtout cette volonté de Donald Trump de ne pas en découdre puisque samedi, il a annoncé vouloir faire
00:32passer son tarif à 15%.
00:36Merci, bonjour Etienne, bonjour à tous.
00:40C'est la nouvelle qui a peut-être le plus secoué la séance de vendredi, en dépit d'ailleurs d
00:46'une publication, une croissance américaine très décevante.
00:51Cette décision de la Cour suprême a clairement fait passer au second ordre.
00:56Les publications et des chiffres économiques.
00:58Je pense que le message clé à retenir, c'est globalement que ça n'est pas la fin des droits
01:02de douane.
01:04Ce qui est en train de se produire, c'est qu'on est en train de casser les droits de
01:07douane réciproques,
01:08c'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir une politique tarifaire, une politique de droits de douane qui
01:13soit spécifique à chaque pays.
01:15Ça, c'est un élément particulièrement important du point de vue de la géopolitique.
01:19Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que Donald Trump ne pourra à priori plus utiliser
01:24les droits de douane comme une arme de négociation dans le jeu géopolitique qu'il est en train de mener.
01:29Est-ce que c'est la fin des droits de douane ? Pas du tout.
01:31Il y a encore un certain nombre de leviers qu'il est capable d'abaisser et quels il peut jouer
01:35pour générer encore des droits de douane.
01:37Vous en avez globalement trois. Il peut imposer des droits de douane pour 150 jours, pour moins de 15 %.
01:44C'est ce qui est en train de se produire. Donc, ça va être une mesure temporaire.
01:47Et ensuite, il y a encore deux autres mesures. Il a le motif de sécurité nationale.
01:52Lorsque celle-ci est engagée et prouvée à ce moment-là, il peut engager des tarifs douaniers sur des produits
01:57spécifiques ou sur des pays spécifiques.
02:01Et le dernier élément, c'est qu'il peut mener une enquête pour concurrence déloyale.
02:05Et s'il y a concurrence déloyale de prouvée, alors il est capable de faire monter des droits de douane
02:10vis-à-vis d'un pays en particulier.
02:11Mais c'est beaucoup plus lent. Ça va demander beaucoup plus d'énergie que le système qui l'avait utilisé
02:18jusqu'à présent.
02:19Donc, encore une fois, c'est plutôt des droits de douane globaux qui vont être appliqués pour le moment et
02:25moins des droits de douane discriminés.
02:26Et du coup, c'est un petit peu la fin de ce levier géopolitique dont il disposait jusqu'à présent.
02:31Dans tous les cas, Florian Lepo, ça rajoute de la confusion, du brouillard supplémentaire.
02:35L'once d'or en profite ce matin. Plus de 1% de gain pour l'once au-delà des
02:395159 dollars.
02:42Les marchés ne paniquent pas. Ils ne paniquent plus. Là, c'est quand même l'un des grands enseignements en
02:46ce moment.
02:48Ça va même encore plus loin que ça.
02:49Ce qui était important d'avoir en tête, c'est que ces droits de douane étaient invoqués aussi comme un
02:53motif pour consolider les comptes du Trésor américain
02:57avec un objectif de collecte de l'ordre de 250 milliards, 300 milliards par année, grosso modo.
03:03On est à priori à 175 milliards de collectés sur ces droits de douane jusqu'à présent.
03:09Le marché aurait pu paniquer au motif que si on perd cette manne, qui représente à peu près 1%
03:14du PIB,
03:15on va assister à un trou dans le budget du Trésor américain.
03:20Que n'est ni rien du tout.
03:22Globalement, les taux ont plutôt baissé sur la séance.
03:26Les taux réels ont plutôt baissé également sur la séance.
03:28C'est plutôt une réaction de type retour du risque géopolitique à laquelle on a assisté.
03:33C'est-à-dire que globalement, l'or s'est mis à progresser sur la nouvelle.
03:40L'autre élément à garder en tête, c'est que les actions, bien sûr, n'ont pas baissé.
03:43Dans l'ensemble, cet apaissement des droits de douane temporaires est plutôt une bonne nouvelle pour les profits des grandes
03:49entreprises.
03:50Dans l'ensemble, on a vu la cote monter et clore la journée clairement en hausse.
03:55Pour l'instant, pas de panique.
03:57Et en plus, pas de panique fiscale.
03:58C'est-à-dire qu'on n'est pas en train de paniquer vis-à-vis de la difficulté que
04:02le Trésor américain pourrait avoir maintenant face à la perte potentielle de cette manne d'argent.
04:06Oui, c'est peut-être le plus surprenant.
04:08La non-réaction du marché obligataire, que ce soit sur les taux courts, mais également sur les taux longs.
04:11Puisque comme vous le soulignez, ça remet en cause aujourd'hui la stratégie de Donald Trump de résorber le déficit
04:19commercial.
04:20Et surtout de résorber la dette américaine avec ses taxes.
04:24Absolument.
04:25Pour bien comprendre, pour parvenir à consolider les comptes du Trésor américain, on a besoin de 2 petits pourcents de
04:34PIB d'amélioration.
04:36Et parmi ces 2 petits pourcents de PIB, il y en avait un qui a priori devait ou doit encore,
04:41on va le voir ces prochains jours, venir justement de ses droits de douane.
04:45Donc c'est systémique, c'est important pour l'économie américaine et c'est important pour le Trésor américain.
04:50Le marché aujourd'hui semble rester confiant dans la capacité du Trésor américain à retrouver les reines de ses comptes,
04:57en dépit de la nouvelle, en dépit de la décision de la Cour suprême.
05:01Hasard de calendrier, ces annonces de la Cour suprême ont fait passer au second plan les annonces concernant l'inflation
05:09et le PIB aux États-Unis.
05:10Bon, ce qu'il faut retenir, c'est que l'inflation, elle est toujours proche des 3% aux États
05:14-Unis, elle est toujours collante, toujours sticky,
05:16quand le PIB au quatrième trimestre a été très largement amputé par le shutdown.
05:23Alors absolument, disons que sur ces chiffres, il y a peut-être une thématique en filigrane à lire.
05:30Et cette thématique, c'est la thématique de l'investissement dans l'IA de façon surprenante sur la partie inflation,
05:35et ensuite quelques éléments autour de la consommation des biens.
05:39Je commence juste par l'inflation très rapidement.
05:41Ce chiffre d'inflation qu'on a eu est largement supérieur au chiffre qu'on appelle l'IPC,
05:48qui est l'indice des prix à la consommation, qui se situe à peu près à 1% plus bas.
05:52Donc on peut légitimement se poser la question, est-ce qu'on est face à plus d'inflation qu'on
05:56ne l'aurait anticipée ?
05:57On a mal calculé l'inflation et du coup, on doit changer son fusil d'épaule en termes de politique
06:02monétaire ?
06:02La réponse n'est absolument pas.
06:05Ce qui est en train de se produire, c'est qu'une large part de cette progression surprise de l
06:08'inflation
06:08vient de l'investissement qui fait partie du spectre des éléments qui sont mesurés par ce chiffre
06:15et qui n'est pas mesuré par l'indice des prix à la consommation.
06:17Il n'y a pas d'investissement dans la partie consommation, bien évidemment.
06:20Donc on a un petit choc d'investissement.
06:23Si vous voulez, le prix de l'investissement progresse et ça se voit dans ce rapport.
06:26Deuxième élément, sur le chiffre de croissance, lui qui déçoit, on est à 1,4 contre 2,8 attendus.
06:33Donc on divise par deux l'anticipation de croissance.
06:36L'origine essentielle vient du poste consommation des biens.
06:40La consommation des services reste robuste, l'investissement reprend des couleurs.
06:44Même l'investissement résidentiel est supérieur à celui du précédent trimestre.
06:48Un élément particulièrement important.
06:50Par contre, la consommation des biens et notamment des biens durables, elle affiche une contraction.
06:56Alors ça, c'est une question qui peut nous interroger, nous économistes et grands investisseurs.
07:02Pourquoi ? Parce que généralement, quand la consommation des biens durables commence à ralentir,
07:06ce n'est pas un très bon signe pour le cycle.
07:08On n'en est pas là.
07:09C'est simplement un signal orange.
07:12Ce n'est pas un signal rouge, très clairement, pour la croissance américaine.
07:15L'année américaine, les États-Unis finissent l'année sur un très fort chiffre de croissance.
07:20Dans l'ensemble, l'économie se porte bien et devrait continuer à bien se porter.
07:23Mais on suivra avec attention la consommation des biens durables au premier trimestre.
07:27En un mot, quels sont les éléments que vous allez suivre cette semaine, Florian Elpo ?
07:32Alors, c'est un petit peu la semaine creuse en termes de nouvelles économiques.
07:35Heureusement, Donald Trump est là.
07:37Au-delà des annonces concernant les droits de douane, bien évidemment,
07:40vous allez avoir la publication de ce qu'on appelle les FED régionales.
07:45Ce sont des indicateurs économiques avancés de l'économie américaine,
07:48publiés par certaines des FED qui sont régionales, donc région par région.
07:52C'est intéressant à analyser pour suivre le momentum de la croissance américaine et pour l'Europe.
07:57Pour valider définitivement la reprise économique européenne à laquelle on est en train d'assister,
08:01vous aurez les chiffres de la Commission européenne,
08:03les enquêtes de la Commission européenne qui seront particulièrement intéressantes à suivre
08:07pour comprendre si l'industrie européenne continue à reprendre des couleurs.
08:11Merci beaucoup, Florian Elpo d'être avec nous ce matin en charge de la macroéconomie chez Lombard-Odier-Ien.
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