00:00La guerre commerciale prend un nouveau tournant avec cette annulation des droits de douane réciproques par la Cour suprême américaine.
00:07C'était donc vendredi. On est avec Gilles Moex, chef économiste du groupe AXA.
00:11Bonjour Gilles, merci d'être avec nous ce matin.
00:13On a vu un CAC 40 qui prend la nouvelle plutôt bien, mais c'était vendredi avant la nouvelle des
00:1815% annoncée par Donald Trump ce week-end.
00:21La question qu'on se pose ce matin, c'est qu'est-ce que ça change ?
00:24Les Etats-Unis nous font penser que ça ne change rien, que les accords commerciaux qu'on a négociés,
00:29après ce Liberation Day, sont toujours valables.
00:32Est-ce que c'est votre point de vue à vous ce matin ?
00:35C'est effectivement ce qui a été dit par les négociateurs américains,
00:39alors que du côté de la Commission européenne, on a demandé une clarification.
00:43Il y a aussi normalement demain une réunion de la Commission des relations extérieures du Parlement européen
00:49qui risque de bien vouloir sur soi à la signature finale de l'accord de juillet avec les Etats-Unis.
00:57Pourquoi ? Parce que ce qui manque, c'est un bon degré de clarté sur le traitement final des tarifs.
01:06Pourquoi ? Parce que la mesure qui utilise l'article 122, qui a été annoncé ce week-end par Donald
01:12Trump,
01:12est une mesure provisoire.
01:14On sait qu'elle ne peut pas durer plus de 150 jours.
01:17Donc la question que vont poser beaucoup de partenaires des Etats-Unis,
01:20c'est quel est le traitement tarifaire post-expiration de l'article 122 ?
01:27Est-ce que les Etats-Unis vont s'engager à ce que le total des tarifs auxquels on va arriver
01:34avec l'utilisation d'autres législations sera effectivement égal à celui qui avait été négocié l'année dernière ?
01:41Ou est-ce qu'on part dans une dimension complètement différente ?
01:44Et c'est ça, à mon avis, la clarification que demandent les partenaires des Etats-Unis.
01:48Sachant qu'en plus, ce qui a changé, c'est la position relative des différents Etats.
01:54Avec 15%, les Européens étaient finalement dans une bonne moyenne en termes de compétitaires natives.
02:00Or là, les Chinois, par exemple, vont obtenir, du fait de l'article 122,
02:05un traitement beaucoup plus favorable à celui qui leur avait été réservé avec l'ancienne législation.
02:11Donc la position relative des Européens s'est dégradée, entre guillemets,
02:15par rapport à d'autres partenaires des Etats-Unis.
02:17Donc ça crée, en fait, effectivement, une situation nouvelle
02:20qui crée, en fait, cette demande de clarification de la part de la plupart des partenaires.
02:25Sauf, Gilles, si on garde les accords commerciaux qu'on avait négociés.
02:29Le secrétaire au commerce, il a l'air de dire, c'est toujours valable.
02:33C'est effectivement l'attention des Américains,
02:36mais il est possible que ce soit effectivement ce à quoi on arrive.
02:41Mais la question que posent les Européens est différente.
02:44La question que posent les Européens, c'est lorsqu'il y avait eu l'engagement du mois de juillet 2025,
02:51c'était sur la base d'un certain niveau de tarif offert par les Américains.
02:57Ce niveau de tarif est-il toujours le même ?
02:59C'est ce que disent hier, effectivement, les négociateurs américains.
03:03Mais tant qu'on ne sait pas quelle législation, effectivement, va être utilisée,
03:07quel est le traitement final auquel on arrive après l'expiration des 15 %,
03:13la question se pose.
03:15Ça peut se résoudre assez vite, j'imagine, que ce qui est demandé,
03:17c'est exactement, expliquez-nous par quelle voie on va passer,
03:23quel va être effectivement le traitement final.
03:26Et encore une fois, pour la crise européenne,
03:30la question est probablement assez secondaire au sens où les 15 % du 122 sont,
03:35les 15 % pardon, les 122 sont très proches de ce qui avait été négocié en juillet l'année dernière.
03:39J'ai vu des calculs ce matin qui nous disent que l'écart serait de moins de 1 point de
03:43pourcentage.
03:44Donc, effectivement, on sent de la part les américains, probablement dans le cas européen,
03:47une volonté de ne pas changer énormément les choses.
03:49Mais pour d'autres partenaires, les choses changent.
03:51Comme la Grande-Bretagne, Gilles, par exemple.
03:53Comme la Grande-Bretagne, avec ces 10 % négociés qui, elles, avaient un accord inférieur.
03:57Là, ça pose question.
04:00La réponse importante, je pense, c'est de savoir si le message qui va être adressé à Londres,
04:06c'est ne vous inquiétez pas, les 15 %, c'est une position provisoire.
04:12Jusqu'à ce qu'on arrive à faire repasser l'accord à des 10 % par d'autres voies de
04:18l'échelle libre.
04:19Mais on peut comprendre, comment dire, que les partenaires des américains
04:25souhaitent avoir des classifications un peu plus inconsequentes.
04:30Mais Gilles, du côté des Chinois, on pourrait se dire que,
04:32puisque désormais c'est 15 %, donc qu'eux, il y a un intérêt pour les produits,
04:35afflux de produits chinois à partir de demain.
04:38Retour à exactement ce contre quoi Donald Trump voulait lutter ?
04:43Les droits de loi vont quand même rester élevés.
04:46Il y a eu un calcul hier qui a été fait par le budget lab,
04:50qui regarde ces choses-là de manière très précise,
04:53qui est considéré qu'on allait maintenir en moyenne un tarif effectif moyen
04:57sur les produits chinois de l'ordre de 15 %.
04:58Donc ça reste quand même élevé, même si c'est en baisse par rapport à là où on était.
05:05Mais effectivement, on peut voir arriver des approches très opportunistes,
05:10en fait, d'un certain importateur,
05:11qui vont chercher à accélérer leurs importations provenant de Chine ou du Brésil.
05:18Le Brésil, c'est un autre État qui va être bénéficiaire de la décision de la Cour suprême.
05:22Donc on accélère dans les mois qui viennent,
05:24en attendant, en fait, que les nouvelles législations soient utilisées
05:30sous l'hypothèse que ces nouvelles législations aboutiraient à des droits de loi supérieurs à 15 %.
05:34Donc on va avoir beaucoup de calculs très opportunistes
05:38de la part d'opérateurs sur le marché américain.
05:41Encore une fois, c'est l'absence de clarté qui pose problème.
05:44N'oublions pas aussi un élément qui est très important,
05:46c'est que dans la posture américaine actuelle,
05:50il manque un instrument important.
05:52L'instrument très important, c'est celui de la flexibilité absolue
05:56de l'instrument que la Cour suprême vient d'interdire.
06:01Parce que, par exemple, les Européens ont négocié
06:03sur la base de la possibilité pour les Américains, à tout moment,
06:07de surélever encore plus les droits de douane à 20, 25, 30 %.
06:12Or, là, avec 15 %, les Américains sont au maximum législatif,
06:16en tout cas pour quelques mois.
06:18Et donc ça, ça change aussi la dynamique de négociation.
06:20Pour l'instant, les Américains n'ont plus vraiment la capacité
06:23d'aller aussi vite qu'ils l'ont fait pendant toute la phase de négociation de 2025.
06:28Gilles, un mot sur le PIB.
06:29Il nous reste une minute.
06:31Chiffre décevant vendredi, 1,8.
06:33Donald Trump dit « c'est normal, c'est à cause du shutdown uniquement ».
06:36C'est comme ça qu'il faut l'interpréter ?
06:38Ou il y a une baisse de la croissance américaine ?
06:41Dans le 1,4, on a effectivement un effet du shutdown assez important.
06:46Il a été estimé par le BE à à peu près un point de PIB.
06:49Donc on serait aux alentours de 2,5 en réalité au quatrième trimestre,
06:53ce qui est au-dessus du potentiel américain,
06:56même si ce serait en retrait par rapport à ce qu'on avait eu au milieu de l'année.
07:01Moi, surtout, ce qui me frappe dans le PIB T4,
07:03c'est le maintien de ce fossé grandissant entre l'économie traditionnelle,
07:07dont la performance est assez médiocre,
07:09on est aux alentours de 1,4% en glissement annuel,
07:13et le reste de l'économie et de la tech qui va extrêmement bien.
07:18Et ça, ce fossé-là, il explique en grande partie, à mon avis,
07:21pourquoi on a cette confiance des ménages aux États-Unis
07:24qui est quand même en berne,
07:25parce que pour la plupart des gens,
07:27ceux qui ne sont pas dans l'économie high-tech,
07:29en fait, ça fait maintenant un an que l'économie américaine ne croit pas très vite.
07:33Merci beaucoup, Gilles Moix.
07:34C'est bien un 4, le PIB au quatrième trimestre
07:37et pas 1,8, comme je le disais, c'est encore inférieur,
07:39évidemment, et très en dessous des attentes.
07:42Merci beaucoup, Gilles Moix, d'avoir été avec nous ce matin
07:44dans la matinale de l'économie.
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