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  • il y a 7 semaines
Ce jeudi 8 janvier, Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, a abordé la réussite du premier test obligataire de la France et la volonté de Donald Trump d'augmenter ses dépenses militaires dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Et pendant ce temps, la France, c'est pas ce muraille, la France, elle traverse tout.
00:07Elle a plutôt réussi ce matin son adjudication.
00:10Gilles Moin qui est avec nous, le chef économiste du groupe AXA.
00:12Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:14Comment regardez-vous la levée obligataire de ce matin ?
00:17C'était le premier gros test de l'année pour la France sur le marché obligataire.
00:21Ça s'est bien passé, ça s'est bien passé parce que ce qui compte,
00:24c'est ce qu'on appelle le taux de couverture,
00:25c'est-à-dire c'est le ratio entre le montant qui va être finalement alloué
00:29et ce qui avait été demandé par les investisseurs.
00:32Et si on compare à ce qui avait été fait à l'adjudication du mois de décembre,
00:39on est dans les mêmes eaux, c'est-à-dire on a un taux de couverture de l'ordre de 2
00:42pour les obligations à 10 ans, de l'ordre de 3 pour les obligations à 30 ans.
00:47C'est un tout petit peu plus bas qu'en décembre,
00:50mais le Trésor a émis beaucoup plus sur cette adjudication que le mois dernier.
00:55Et donc, pour l'instant, on en avait souvent parlé à cette antenne,
00:59on n'a vraiment aucune difficulté de financement pour le Trésor français.
01:04Effectivement, alors que la France émet cette année 10 milliards de plus que l'an dernier,
01:07l'Allemagne en fasse 20% plus,
01:09elle va augmenter cette année de 20% son volume d'émissions obligataires.
01:12Est-ce que le risque d'indigestion néanmoins existe ?
01:15D'autant qu'aux Pays-Bas, on a une réforme des fonds de pension néerlandais
01:18qui ne les oblige plus, ces fonds de pension, à acheter nos dettes.
01:21Est-ce qu'ils vont nous manquer face à ce volume d'émissions qu'on va émettre,
01:24américains, oui, mais aussi français et allemands ?
01:27Ça ne nous aide pas.
01:29Alors, si on en croit les estimations de la Banque centrale des Pays-Bas,
01:33c'est à peu près 10% des montants détenus par les...
01:38des montants d'obligations de long terme détenus par les fonds de pension des Pays-Bas
01:44qui vont être retirés, entre guillemets, dans les trois années qui viennent.
01:50C'est de l'ordre de 100, 150 milliards d'euros.
01:53Ce n'est pas immense, mais effectivement, ça aura probablement un effet assez visible,
01:58surtout sur la partie très longue du marché, c'est-à-dire au-delà de 20 ans.
02:03Maintenant, c'est quelque chose qui est connu dans le marché depuis assez longtemps.
02:06La réforme était dans les tuyaux depuis très longtemps.
02:11Elle va s'opérer d'une manière assez graduelle.
02:13Donc, je pense qu'une grande partie de l'effet est probablement déjà dans les prix.
02:17Mais je pense que ça risque d'accentuer, en fait, une tendance que l'on voit un peu partout,
02:22qu'on voit aux États-Unis, qu'on voit au Royaume-Uni et qu'on va voir aussi, je pense, en Europe,
02:26au raccourcissement, en fait, de la durée moyenne de la dette émise.
02:31Depuis une à deux décennies, on avait un allongement très, très marqué
02:36des maturités moyennes sur lesquelles les États émettaient.
02:42On va plutôt vers un raccourcissement.
02:44Pourquoi ? Parce que vous en parliez tout à l'heure, la courbe des taux est en ce moment très pentue.
02:50Donc, ça milite plutôt pour aller vers la partie courte de la courbe.
02:56Et puis, on a ce souci lié aux fonds de pension néerlandais.
02:59Donc, raccourcissement un peu partout.
03:02Ça n'est pas un problème à court terme.
03:05Attention quand même, parce que ça crée ce qu'on appelle des « role of the risk ».
03:08C'est-à-dire que lorsque vous avez une dette émise à très court terme,
03:12si jamais la Banque centrale devait se remettre à relever ses taux,
03:16ça peut évidemment se faire à un mauvais moment.
03:19Mais voilà, c'est plutôt une question d'ingénierie, de plomberie de marché qu'autre chose à mon sens.
03:23Et en plus, parallèlement aux États-Unis, Donald Trump qui promet d'augmenter de 50% le budget des armées l'an prochain,
03:29c'est-à-dire que le budget passerait de l'armée américaine de 1 000 à 1 500 milliards.
03:32Il va falloir trouver 500 milliards d'un coup.
03:34Ça ne se trouve pas sous le…
03:35Alors ça, c'est beaucoup plus fondamental.
03:38Voilà, ça c'est beaucoup plus fondamental, parce qu'on a déjà une trajectoire budgétaire américaine
03:43qui, en étant polie et complexe, si on rajoute une augmentation de 50% des dépenses militaires,
03:50là on va arriver à des chiffres vraiment très marquants en termes de déficit tendanciel,
03:57probablement autour de 8-9 points de PIB possiblement.
04:00Donc voilà, là, en la matière, cela étant, Donald Trump ne fait pas ce qu'il veut,
04:06et ce sera très dépendant du Congrès.
04:08On sent que le Congrès, y compris d'ailleurs au sein du groupe républicain,
04:13est de plus en plus rétif, en fait, à laisser passer des politiques budgétaires très expansives.
04:20Donc, attendons.
04:21Mais c'est vrai que ça participe de ce message général qui crée en fait cette résistance des toits à long terme.
04:26Ce qui est frappant depuis quelques temps, c'est qu'on a des banques centrales, c'est le cas de la Fed,
04:30qui a baissé quand même assez sensiblement ses taux d'intervention,
04:33avec quasiment aucun effet sur un parti long de la courbe.
04:37Et du coup, sur le 10 ans américain, ça se tend un petit peu.
04:40On est à 4,18 aujourd'hui.
04:43Gilles Mouac, si vous aviez un paramètre, une dynamique de marché à suivre cette année,
04:47ce serait quoi ? Vaste sujet, vous allez me dire, mais comme réponse, vous prévoiriez quoi exactement ?
04:54Alors, il y a quelque chose qui me semble être un peu sous-discuté actuellement,
04:58mais qui risque d'être important en 2026, c'est le comportement des investisseurs japonais.
05:04On a une banque centrale au Japon qui va probablement montrer encore un peu plus les dents en 2026,
05:11en tout cas elle l'a fait au mois de décembre, et je pense que ce n'est pas fini.
05:15On a des taux à long terme japonais qui sont passés au-dessus des limites de 2%.
05:20Or, les investisseurs japonais avaient été quand même assez importants pour les marchés obligataires américains,
05:26pour les marchés obligataires européens, dont le marché obligataire français d'ailleurs.
05:29Donc, comment en fait on va pouvoir naviguer cette normalisation des taux longs japonais en 2026 ?
05:35Ça, pour moi, c'est une vraie dynamique de marché importante.
05:38À suivre donc les taux japonais. Le 30 ans d'ailleurs est sur un nouveau plus historique aujourd'hui.
05:42Dernière question, Gilles, vous êtes économiste, mais vous suivez la géopolitique comme nous.
05:46Washington qui annonce que le Venezuela va désormais acheter massivement les produits américains avec l'argent du pétrole.
05:52Comment est-ce que vous regardez les divers impacts de ce que Washington est en train de construire avec le Venezuela ?
05:57On est dans une intervention extraordinairement centralisée,
06:02qui est assez en décalage avec une approche traditionnelle, en tout cas d'une administration républicaine américaine.
06:12Maintenant, un point quand même qui me semble important sous cette affaire-là,
06:15c'est que ça n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le secteur pétrolier américain.
06:23On assiste depuis quelques jours à une nouvelle baisse du pétrole.
06:28Or, en dessous de 60 dollars, c'est très compliqué d'arriver à de l'investissement pétrolier sur le territoire américain qui soit rentable.
06:38Donc on a toujours cette espèce de contradiction un peu interne dans la politique énergétique américaine.
06:44On a besoin d'un pétrole bas parce qu'on cherche à limiter les effets des tarifs sur le pouvoir d'achat des ménages.
06:52Donc on cherche un pétrole le plus bas possible. De l'autre côté, c'est un secteur qui, aux États-Unis, s'est assez peu discuté,
07:00mais qui réduit ses effectifs depuis le début de l'année 2025.
07:05On aura, je pense, très peu d'investissement dans le chaleur américain en 2026.
07:09Donc attention à cela. Je comprends la dynamique américaine qui cherche à s'assurer d'un contrôle le plus total possible
07:17que sur l'offre de pétrole. Mais ça peut avoir des effets assez négatifs, en fait, localement aux États-Unis.
07:23John, mais régulièrement avec nous, mais aussi vous, Gilles Mouek.
07:26Gilles Mouek, chef économiste du groupe AXA. J'arrive à vous appeler John, je ne sais pas pourquoi.
07:31Merci de nous avoir accompagnés chaque jeudi avec nous, Gilles Mouek. Le CAC 40 est en hausse.
07:35Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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