00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Et pendant ce temps, la France, c'est pas ce muraille, la France, elle traverse tout.
00:07Elle a plutôt réussi ce matin son adjudication.
00:10Gilles Moin qui est avec nous, le chef économiste du groupe AXA.
00:12Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:14Comment regardez-vous la levée obligataire de ce matin ?
00:17C'était le premier gros test de l'année pour la France sur le marché obligataire.
00:21Ça s'est bien passé, ça s'est bien passé parce que ce qui compte,
00:24c'est ce qu'on appelle le taux de couverture,
00:25c'est-à-dire c'est le ratio entre le montant qui va être finalement alloué
00:29et ce qui avait été demandé par les investisseurs.
00:32Et si on compare à ce qui avait été fait à l'adjudication du mois de décembre,
00:39on est dans les mêmes eaux, c'est-à-dire on a un taux de couverture de l'ordre de 2
00:42pour les obligations à 10 ans, de l'ordre de 3 pour les obligations à 30 ans.
00:47C'est un tout petit peu plus bas qu'en décembre,
00:50mais le Trésor a émis beaucoup plus sur cette adjudication que le mois dernier.
00:55Et donc, pour l'instant, on en avait souvent parlé à cette antenne,
00:59on n'a vraiment aucune difficulté de financement pour le Trésor français.
01:04Effectivement, alors que la France émet cette année 10 milliards de plus que l'an dernier,
01:07l'Allemagne en fasse 20% plus,
01:09elle va augmenter cette année de 20% son volume d'émissions obligataires.
01:12Est-ce que le risque d'indigestion néanmoins existe ?
01:15D'autant qu'aux Pays-Bas, on a une réforme des fonds de pension néerlandais
01:18qui ne les oblige plus, ces fonds de pension, à acheter nos dettes.
01:21Est-ce qu'ils vont nous manquer face à ce volume d'émissions qu'on va émettre,
01:24américains, oui, mais aussi français et allemands ?
01:27Ça ne nous aide pas.
01:29Alors, si on en croit les estimations de la Banque centrale des Pays-Bas,
01:33c'est à peu près 10% des montants détenus par les...
01:38des montants d'obligations de long terme détenus par les fonds de pension des Pays-Bas
01:44qui vont être retirés, entre guillemets, dans les trois années qui viennent.
01:50C'est de l'ordre de 100, 150 milliards d'euros.
01:53Ce n'est pas immense, mais effectivement, ça aura probablement un effet assez visible,
01:58surtout sur la partie très longue du marché, c'est-à-dire au-delà de 20 ans.
02:03Maintenant, c'est quelque chose qui est connu dans le marché depuis assez longtemps.
02:06La réforme était dans les tuyaux depuis très longtemps.
02:11Elle va s'opérer d'une manière assez graduelle.
02:13Donc, je pense qu'une grande partie de l'effet est probablement déjà dans les prix.
02:17Mais je pense que ça risque d'accentuer, en fait, une tendance que l'on voit un peu partout,
02:22qu'on voit aux États-Unis, qu'on voit au Royaume-Uni et qu'on va voir aussi, je pense, en Europe,
02:26au raccourcissement, en fait, de la durée moyenne de la dette émise.
02:31Depuis une à deux décennies, on avait un allongement très, très marqué
02:36des maturités moyennes sur lesquelles les États émettaient.
02:42On va plutôt vers un raccourcissement.
02:44Pourquoi ? Parce que vous en parliez tout à l'heure, la courbe des taux est en ce moment très pentue.
02:50Donc, ça milite plutôt pour aller vers la partie courte de la courbe.
02:56Et puis, on a ce souci lié aux fonds de pension néerlandais.
02:59Donc, raccourcissement un peu partout.
03:02Ça n'est pas un problème à court terme.
03:05Attention quand même, parce que ça crée ce qu'on appelle des « role of the risk ».
03:08C'est-à-dire que lorsque vous avez une dette émise à très court terme,
03:12si jamais la Banque centrale devait se remettre à relever ses taux,
03:16ça peut évidemment se faire à un mauvais moment.
03:19Mais voilà, c'est plutôt une question d'ingénierie, de plomberie de marché qu'autre chose à mon sens.
03:23Et en plus, parallèlement aux États-Unis, Donald Trump qui promet d'augmenter de 50% le budget des armées l'an prochain,
03:29c'est-à-dire que le budget passerait de l'armée américaine de 1 000 à 1 500 milliards.
03:32Il va falloir trouver 500 milliards d'un coup.
03:34Ça ne se trouve pas sous le…
03:35Alors ça, c'est beaucoup plus fondamental.
03:38Voilà, ça c'est beaucoup plus fondamental, parce qu'on a déjà une trajectoire budgétaire américaine
03:43qui, en étant polie et complexe, si on rajoute une augmentation de 50% des dépenses militaires,
03:50là on va arriver à des chiffres vraiment très marquants en termes de déficit tendanciel,
03:57probablement autour de 8-9 points de PIB possiblement.
04:00Donc voilà, là, en la matière, cela étant, Donald Trump ne fait pas ce qu'il veut,
04:06et ce sera très dépendant du Congrès.
04:08On sent que le Congrès, y compris d'ailleurs au sein du groupe républicain,
04:13est de plus en plus rétif, en fait, à laisser passer des politiques budgétaires très expansives.
04:20Donc, attendons.
04:21Mais c'est vrai que ça participe de ce message général qui crée en fait cette résistance des toits à long terme.
04:26Ce qui est frappant depuis quelques temps, c'est qu'on a des banques centrales, c'est le cas de la Fed,
04:30qui a baissé quand même assez sensiblement ses taux d'intervention,
04:33avec quasiment aucun effet sur un parti long de la courbe.
04:37Et du coup, sur le 10 ans américain, ça se tend un petit peu.
04:40On est à 4,18 aujourd'hui.
04:43Gilles Mouac, si vous aviez un paramètre, une dynamique de marché à suivre cette année,
04:47ce serait quoi ? Vaste sujet, vous allez me dire, mais comme réponse, vous prévoiriez quoi exactement ?
04:54Alors, il y a quelque chose qui me semble être un peu sous-discuté actuellement,
04:58mais qui risque d'être important en 2026, c'est le comportement des investisseurs japonais.
05:04On a une banque centrale au Japon qui va probablement montrer encore un peu plus les dents en 2026,
05:11en tout cas elle l'a fait au mois de décembre, et je pense que ce n'est pas fini.
05:15On a des taux à long terme japonais qui sont passés au-dessus des limites de 2%.
05:20Or, les investisseurs japonais avaient été quand même assez importants pour les marchés obligataires américains,
05:26pour les marchés obligataires européens, dont le marché obligataire français d'ailleurs.
05:29Donc, comment en fait on va pouvoir naviguer cette normalisation des taux longs japonais en 2026 ?
05:35Ça, pour moi, c'est une vraie dynamique de marché importante.
05:38À suivre donc les taux japonais. Le 30 ans d'ailleurs est sur un nouveau plus historique aujourd'hui.
05:42Dernière question, Gilles, vous êtes économiste, mais vous suivez la géopolitique comme nous.
05:46Washington qui annonce que le Venezuela va désormais acheter massivement les produits américains avec l'argent du pétrole.
05:52Comment est-ce que vous regardez les divers impacts de ce que Washington est en train de construire avec le Venezuela ?
05:57On est dans une intervention extraordinairement centralisée,
06:02qui est assez en décalage avec une approche traditionnelle, en tout cas d'une administration républicaine américaine.
06:12Maintenant, un point quand même qui me semble important sous cette affaire-là,
06:15c'est que ça n'est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le secteur pétrolier américain.
06:23On assiste depuis quelques jours à une nouvelle baisse du pétrole.
06:28Or, en dessous de 60 dollars, c'est très compliqué d'arriver à de l'investissement pétrolier sur le territoire américain qui soit rentable.
06:38Donc on a toujours cette espèce de contradiction un peu interne dans la politique énergétique américaine.
06:44On a besoin d'un pétrole bas parce qu'on cherche à limiter les effets des tarifs sur le pouvoir d'achat des ménages.
06:52Donc on cherche un pétrole le plus bas possible. De l'autre côté, c'est un secteur qui, aux États-Unis, s'est assez peu discuté,
07:00mais qui réduit ses effectifs depuis le début de l'année 2025.
07:05On aura, je pense, très peu d'investissement dans le chaleur américain en 2026.
07:09Donc attention à cela. Je comprends la dynamique américaine qui cherche à s'assurer d'un contrôle le plus total possible
07:17que sur l'offre de pétrole. Mais ça peut avoir des effets assez négatifs, en fait, localement aux États-Unis.
07:23John, mais régulièrement avec nous, mais aussi vous, Gilles Mouek.
07:26Gilles Mouek, chef économiste du groupe AXA. J'arrive à vous appeler John, je ne sais pas pourquoi.
07:31Merci de nous avoir accompagnés chaque jeudi avec nous, Gilles Mouek. Le CAC 40 est en hausse.
07:35Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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