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  • il y a 1 jour
Ce jeudi 19 février, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l'IRIS, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il est revenu sur la stratégie agricole de l'Europe dans la 32ème édition du rapport Déméter, notamment les appétits stratégiques et les pivots agricoles. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Focus ce matin sur la stratégie agricole de l'Europe.
00:0432e édition du rapport de Déméter.
00:06Je le prends parce que c'est quand même assez puissant, Sébastien Abyss.
00:11On dirait le rapport Cyclope, c'est quasiment aussi gros.
00:15On va parler des appétits stratégiques et pivots agricoles.
00:18Vous nous dites dans ce livre, vous êtes quand même assez dur avec l'Europe
00:22en disant que l'Europe est entrée dans ce millénaire la fleur au fusil
00:26cherchant à moraliser les relations internationales avec une arrogance anachronique
00:31et décrétant la fin d'une ère productive sans nous donner les moyens véritables
00:35d'une écologie de progrès.
00:37En gros, l'agriculture Belle-des-Champs, ça nous a fait très mal.
00:39Oui, merci de cette attention pour cet ouvrage collectif
00:43qui tous les ans fait un point sur les grandes dynamiques agricoles et alimentaires mondiales.
00:47Et c'est vrai que dans l'éditorial prospectif que je signe cette année,
00:51j'insiste sur le fait que l'Europe est un peu désynchronisée par rapport à la marge du monde.
00:54A la fois, c'est une bonne nouvelle parce qu'en effet, l'Europe reste attachée
00:58à des notions de droit international, de multilatéralisme, de coopération
01:02et on ne peut que s'en réjouir.
01:04Mais la brutalisation des relations internationales,
01:06la défense d'intérêts nationaux par tous les moyens exercés par certaines puissances
01:10fait que finalement l'Europe se retrouve un peu isolée de plus en plus dans cette marche mondiale.
01:15Et les questions agricoles, alimentaires, industrielles, scientifiques, logistiques
01:19qui sont derrière ces considérations géopolitiques et géoéconomiques
01:23révèlent une Europe qui finalement perd en compétitivité,
01:26perd même en influence sur ces questions agricoles et alimentaires,
01:28y compris sur le normatif où on avait une espèce de leadership.
01:32Et donc l'une des grandes questions aujourd'hui sur la table,
01:35c'est d'abord est-ce que l'Europe va garder l'agriculture
01:37comme l'un des piliers de sa puissance économique ?
01:39Ce n'est pas garanti parce qu'on doit faire d'autres dépenses par ailleurs,
01:43notamment sur la sécurité et le militaire.
01:44Et puis on a une Europe dont on voit aussi la fragilité intérieure,
01:48c'est-à-dire des États européens qui veulent davantage renationaliser
01:50des politiques communautaires, ce n'est pas une bonne chose
01:52pour la politique agricole commune de l'Union européenne.
01:55Et la grande question par conséquent, c'est de savoir si
01:59cette compétitivité agricole européenne qui se perd un peu,
02:01dans les prochaines années, est-ce qu'on cherche à la rétablir,
02:04à la restaurer, à la renforcer, pourquoi pas même ?
02:06Ou au contraire, on accepte un effacement progressif de l'Europe
02:10sur la carte agricole et alimentaire mondiale ?
02:11Mais on a l'impression, quand on vous entend, qu'on s'est endormi sur la PAC,
02:14c'est-à-dire qu'on a mis la PAC en place,
02:17on s'est dit, c'est bon, ça suffit, et avec ça, on a déjà réussi à s'entendre en
02:20partie là-dessus,
02:21et avec ça, on va réussir à avoir une compétitivité européenne.
02:24J'apporterais une nuance à cette question, c'est-à-dire qu'on ne s'est pas endormi sur la
02:27PAC,
02:27c'est juste qu'on a emmené la PAC vers une orientation de plus en plus verte et environnementale,
02:32et à juste titre, il le faut, et il faut préserver cette équation-là.
02:36En revanche, nous avons quasiment tué l'acte productif,
02:39nous avons oublié la rémunération des producteurs,
02:42nous avons oublié des éléments de compétitivité économique et industrielle,
02:46ce qui fait qu'aujourd'hui, le monde est allé très fort dans son développement agricole,
02:50nous avons du rattrapage, on a une Europe qui n'est pas en train de décliner d'un point de
02:54vue agricole,
02:54elle est déclassée, elle est moins centrale, moins protagoniste.
02:57Et nous avons aujourd'hui une Europe qui a du mal à combiner cette compétitivité d'un côté
03:02et la durabilité de l'autre, c'est pourtant la conjugaison à faire,
03:06et cette Europe-là, en fait, autour de la PAC, la grande question qui est posée pour demain,
03:10c'est est-ce qu'on veut avoir des financements pour l'agriculture européenne
03:14pour acheter la paix sociale en milieu rural et donc muséifier un peu une agriculture du passé,
03:20sympathique mais qui n'existe plus et qui n'est plus adaptée aux enjeux contemporains,
03:25ou au contraire, la PAC finance les transitions, les innovations, la compétitivité
03:30et la modernisation de filières qui doivent aussi tenir compte d'attentes nouvelles de consommateurs,
03:36d'équations climatiques transformées et d'un cadre géopolitique international
03:40où vraiment les rivalités s'aiguisent et l'Europe a des grands atouts sur le plan agricole et alimentaire,
03:46surtout si elle joue collectif, mais on a l'impression qu'elle perd de vue cette force-là,
03:52qu'elle ne la cultive pas assez et surtout elle semble avancer de moins en moins collectivement
03:55avec un projet agricole.
03:57Annalisa ?
03:57Vous faites un focus dans l'ouvrage sur l'Ukraine parce que vous dites que c'est là que se
04:01joue une partie
04:01du futur de l'Europe, c'est vrai que l'Ukraine est un géant agricole qu'on a lourdement subventionné,
04:05lourdement aidé pendant la guerre, on continue de le faire, la question c'est est-ce qu'on l'intègre
04:10ou est-ce qu'on la laisse en dehors ? C'est de là que dépend beaucoup du futur agricole
04:13de l'Union.
04:14Oui, l'Ukraine va être une variable clé pour savoir ce que l'Europe agricole veut faire demain
04:17puisque l'Ukraine étant un géant agricole, une Ukraine dans l'Union Européenne pourrait
04:21mécaniquement renforcer la puissance européenne agricole, toujours est-il qu'il faudrait le présenter ainsi.
04:26À ce stade, on a surtout une concurrence qui est sur la table et des tensions qui existent de part
04:32et d'autre.
04:32Les agriculteurs ukrainiens sont très sceptiques dans cette entrée dans l'Union Européenne
04:37d'un point de vue agricole, par contre d'un point de vue survie politique évidemment,
04:41rentrer dans l'Europe est un élément clé donc qui dépasse l'équation agricole
04:45et on voit des agriculteurs européennes redouter l'entrée de cette Ukraine agricole demain dans l'Union Européenne.
04:50Donc ça va être un point clé et c'est vrai que l'Ukraine comme cinq autres pays,
04:54nous avons identifié dans l'édition du Déméter ce qu'on appelle les Cubitas, les BRICS oubliés.
05:01Les Cubitas, ça va être vraiment les six pays pivots de la sécurité alimentaire mondiale dans les 25 prochaines années
05:06parce qu'ils ont un potentiel productif, ils ont des ressources,
05:10ils ont des fragilités climatiques et environnementales qu'il ne faut pas sous-estimer.
05:13Et parmi ces pays, nous avons l'Ukraine mais également la République démocratique du Congo,
05:19la Turquie, le Brésil, l'Indonésie et évidemment l'Australie
05:25qu'il ne faut pas sous-estimer dans les nations agricoles vulnérables.
05:29République démocratique du Congo, c'est quoi le point fort ?
05:32Eh bien le point fort de la RDC, c'est son paradoxe,
05:34c'est l'un des pays les plus pauvres du monde mais l'un des plus riches sur le plan
05:37géographique,
05:37des minerais évidemment, mais évidemment une population importante,
05:41les deuxièmes forêts de la planète après l'Amazonie,
05:45le château d'eau de l'Afrique du Sud pour faire court
05:50et un potentiel agricole considérable, c'est 80 millions d'hectares en potentiel,
05:55ils n'en cultivent que 10% aujourd'hui.
05:57La France agricole aujourd'hui cultivée qui produit ses 25 millions d'hectares.
06:01Donc la RDC peut être une locomotive d'un développement agricole sur le continent africain,
06:05évidemment des problèmes de gouvernance interne,
06:08une géopolitique de voisinage compliquée
06:11et puis évidemment un pays qui reste très pauvre.
06:14Par contre, 115 millions d'habitants aujourd'hui,
06:16le double dans 25 ans,
06:18s'il n'y a pas plus de sécurité alimentaire en RDC dans les prochaines années,
06:22ce sera plus d'instabilité géopolitique en Afrique.
06:24Sur la question chinoise, là vous placez le curseur sur l'industrialisation de la décarbonation,
06:28c'est-à-dire que c'est stratégique, c'est compris, écrit, on veut décarboner.
06:33Oui, la Chine en fait a mis le turbo sur un tas de choses en termes d'innovation
06:38et c'est vrai que l'Europe a voulu faire le pacte vert
06:40et en fait la Chine est en train de le faire à sa place.
06:43Si on veut schématiser, l'Europe a délocalisé sa décarbonation
06:48en désindustrialisant massivement depuis 20-30 ans,
06:51là où la Chine a un peu industrialisé sa décarbonation.
06:54Le Made in China aujourd'hui, il est performant.
06:56Le Made in China industriel, aujourd'hui, c'est quand même 30% de la production industrielle mondiale.
07:01Et sur le plan agricole et alimentaire, la Chine importe beaucoup.
07:04Mais ce qu'on est en train de constater, c'est que la Chine produit de plus en plus à
07:09domicile,
07:10se met à exporter aussi de plus en plus d'un point de vue agricole et agroalimentaire
07:13dans ses marchés voisins asiatiques qui sont quand même 5 milliards de personnes.
07:17Et on a une Chine qui a bien compris qu'il fallait investir en fait le quotidien des gens,
07:21mais sur le volet sécurité et développement.
07:25L'agriculture, c'est absolument incontournable dans les priorités stratégiques de Pékin.
07:30Merci beaucoup Sébastien Abyss d'être venu ce matin pour le Déméter 2026,
07:35appétit stratégique et pivot agricole.
07:37C'est disponible et c'est évidemment avec l'IRIS.
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