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  • il y a 5 heures
Mercredi 11 février 2026, retrouvez Marie Lassegnore (Directrice investissement responsable, Crédit Mutuel AM) dans SMART PATRIMOINE, une émission présentée par Nicolas Pagniez.

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Transcription
00:00Et nous commençons tout de suite avec patrimoine thématique, nous avons le plaisir d'accueillir Marie Lasseigneur.
00:09Bonjour Marie Lasseigneur.
00:09Bonjour Nicolas.
00:10Merci d'être avec nous, vous êtes directrice d'investissement responsable au sein du Crédit Mutuel Asset Management.
00:15On va évoquer avec vous le sujet de la compétitivité européenne à l'heure de la décarbonation.
00:19Et on va commencer peut-être avec un chiffre, la hausse des commandes à l'industrie en Allemagne de 8% qu'on a découvert la semaine dernière.
00:26Alors c'est en lien avec le plan de relance allemand vis-à-vis notamment des infrastructures.
00:33Dans un contexte de tensions géopolitiques, de mesures douanières qui venaient des Etats-Unis,
00:40quel constat on peut dresser aujourd'hui de la compétitivité industrielle à l'échelle européenne ?
00:45Le signal d'alarme avait été tiré par le rapport Draghi en 2024.
00:49Et c'est vrai que 2025 n'a pas forcément été une année où on a pu tout de suite redresser ce constat.
00:54La compétitivité industrielle en Europe aujourd'hui, elle est protéiforme en fonction des filières industrielles ou des pays.
01:01Mais on peut le schématiser comme reposant sur quatre briques.
01:06Le coût de l'énergie, l'innovation, la compétence du capital humain et le coût du capital.
01:12Et aujourd'hui on voit que ces quatre briques sont déficitaires.
01:15Le coût de l'énergie, le rapport Draghi le mettait en lumière,
01:17aujourd'hui on paye toujours 50% plus cher qu'aux Etats-Unis ou en Chine le prix de l'énergie industrielle.
01:24Dans des secteurs où le coût de l'énergie représente, je ne sais pas, 50% de la base de coût, ça fait vraiment une différence.
01:29Au niveau de l'innovation, on est en retard structurellement sur nos investissements en recherche et développement.
01:34Aujourd'hui, on investit environ 5% du PIB européen, alors qu'aux Etats-Unis on est plutôt autour de 9%, pour vous montrer le différentiel.
01:41Les compétences du capital humain, on a besoin de diplômés.
01:44Et aujourd'hui on a un déficit de diplômés par rapport à nos besoins.
01:47On a également un déficit de formation d'adultes actifs.
01:51On est autour de 40% de la population active adulte qui est formée pour de la reconversion potentiellement,
01:56alors qu'on a des objectifs à 60% à 5 ans.
01:59Et au niveau du coût du capital, qui finalement aujourd'hui est crucial dans la question de comment on finance cette compétitivité,
02:06on voit que le coût du capital, c'est le coût des fonds propres, des petits et de la dette.
02:09Et on voit qu'ici, on a beaucoup moins recours en Europe à ces leviers de financement qu'on va l'avoir aux Etats-Unis.
02:17Et on a des niveaux qui sont beaucoup plus élevés que chez nos voisins.
02:21Donc on a besoin pour redresser tout ça, vraiment d'un cadre...
02:25C'est un constat qui est assez dur quand même que vous faites effectivement sur la compétitivité européenne aujourd'hui.
02:28Il va falloir qu'on se coordonne et il faut des investissements massifs, il faut du temps long, on a beaucoup de choses à faire.
02:33Justement, on a suivi quand même il y a quelques jours cette tribune de Stéphane Séjourné,
02:37qui était accompagnée de plus de 1000 chefs d'entreprise, qui a appelé à la préférence européenne dans les achats publics
02:43avant la présentation du règlement européen sur l'accélération industrielle dont on parlera également.
02:48Est-ce que ça va dans le bon sens ?
02:51Oui, l'accélération industrielle, ça vient dans le cadre du Clean Industrial Deal.
02:55Donc la suite du rapport Draghi, on avait la boussole pour la compétitivité européenne
02:59qui a vraiment orienté tout ce qui s'est passé en 2025.
03:02La simplification réglementaire un peu partout et ces nouveaux règlements.
03:05Le Industrial Accelerator Act, il vient spécifiquement regarder ces filières industrielles à forte intensité énergétique.
03:12L'acier, l'aluminium, la chimie, qu'on a en Europe qui ont un rôle crucial
03:16puisqu'ils concentrent 19% de l'emploi, 24% de la valeur ajoutée manufacturière
03:20et 26% des émissions de CO2.
03:23Et ici, on doit intervenir puisqu'on a une baisse structurelle de la production de ces filières-là depuis 2021.
03:29On a une dépendance accrue aux importations en métaux, aluminium, produits chimiques, importations.
03:35Oui, bien sûr.
03:36Une baisse du taux d'utilisation de ces capacités industrielles qui sont aujourd'hui à certains endroits jugées comme insoutenables.
03:43Et on estime à 500 milliards d'euros le montant nécessaire pour les moderniser, ces filières-là.
03:48Donc voilà, on se retrouve dans une situation où le règlement vient proposer un cadre
03:53où on pourrait créer des marchés captifs pour ces technologies et matériaux bas carbone.
03:57On pourrait réduire nos dépendances aux matériaux critiques.
04:01On pourrait ralentir, pardon, accélérer.
04:04C'est plutôt l'idée, oui.
04:05Exactement, les projets de décarbonation puisqu'aujourd'hui c'est l'obtention des brevets
04:08qui prend 12 à 18 mois en Europe.
04:12Et il y en a une nombre partie d'entre eux qui ne voient jamais le jour.
04:15Et finalement, ça va être aussi attirer plus l'investissement extérieur,
04:20mais cette fois avec plus de conditions.
04:21des conditions sur pas de prise de pouvoir stratégique,
04:24des conditions sur le taux d'emploi d'employés européens
04:27et des conditions sur du transfert technologique.
04:29Donc c'est assez enthousiasmant,
04:32même s'il n'empêche qu'on va devoir tout de même trouver pas mal de financements.
04:36D'un côté, la nécessité d'accélérer sur la réindustrialisation en France et en Europe,
04:40de l'autre, la nécessité d'accélérer sur la décarbonation de notre économie.
04:43Est-ce que les deux enjeux sont compatibles ?
04:45Tout à fait.
04:45Et d'ailleurs, à mon avis, mais je ne suis pas la seule à le penser,
04:49la décarbonation n'est plus à voir comme un coût en Europe.
04:53Aujourd'hui, c'est un avantage compétitif qui est indissociable de l'enjeu stratégique dans lequel on est en Europe.
05:00On a une électricité qui est décarbonée en Europe.
05:0360% en Europe, 95% en France.
05:06Donc, la transition, l'électrification de notre modèle énergétique industriel
05:10va permettre mécaniquement d'être moins exposée et moins sensible aux variations de prix,
05:16notamment des prix du gaz,
05:17moins exposée aux tensions géopolitiques et aux variations géopolitiques.
05:22Donc ça peut venir soutenir potentiellement demain une industrie décarbonée
05:26qu'on aurait déjà commencé à mettre en place en Europe, par exemple,
05:28de fait par la situation géographique de l'Europe ?
05:33Ce qu'il faut voir, c'est que, historiquement,
05:36on a toujours vu ces notions de financement de la décarbonation
05:38comme étant du financement sectoriel.
05:40Aujourd'hui, on est rentré vraiment dans une phase de...
05:44On va le voir comme du co-investissement systémique.
05:46C'est-à-dire, chaque euro qu'on a investi aujourd'hui dans la décarbonation,
05:49c'est quoi, concrètement ?
05:50C'est de l'électricité, des renouvelables, des réseaux de transport d'électricité.
05:54Bien sûr.
05:54Chaque euro qu'on a investi aujourd'hui dans la souveraineté, c'est quoi ?
05:58C'est des secteurs critiques pour la souveraineté de l'Europe.
06:01En fait, c'est des batteries, des semi-conducteurs, de la défense, l'énergie au sens global.
06:05Donc, vous voyez, déjà, c'est lié puisque les deux sont interconnectés.
06:09Finalement, mécaniquement, ça va augmenter notre compétitivité industrielle.
06:12Si on revient sur nos quatre briques,
06:13Ça a un effet de levier direct sur notre compétitivité industrielle.
06:16Et donc, c'est aujourd'hui comme ça que l'Europe essaye de structurer,
06:19de le voir comme étant interconnectée.
06:21Bien sûr, en ayant conscience qu'on ne pourra pas arriver
06:27à ces différents objectifs coordonnés
06:31sans avoir des investissements massifs qui sont bien dirigés, évidemment,
06:35avec les bons montants d'investissement.
06:36Alors, on va parler des bons montants d'investissement,
06:38mais pour bien comprendre, ça veut dire qu'investir dans une énergie décarbonée aujourd'hui,
06:41c'est adresser les enjeux de souveraineté européenne également.
06:44Oui, parce que structurellement, en Europe,
06:46on va avoir un réseau qui est déjà décarboné.
06:49C'est des technologies qui sont abordables,
06:51qui sont rapidement déployables.
06:53C'est aussi énormément de réseaux de distribution d'électricité.
06:56Et en fait, c'est investir dans l'électrification, finalement, du modèle
06:59qui part d'une consommation potentiellement en gaz
07:02et qui vient s'électrifier sur un modèle décarboné.
07:04Et donc, automatiquement, ça sécurise la filière industrielle.
07:07Et donc, automatiquement, ça sécurise la souveraineté
07:10européenne.
07:11En matière de financement,
07:14comment est-ce qu'on peut financer ça ?
07:15De quelles sources de financement avons-nous besoin aujourd'hui ?
07:18Alors, c'est toujours difficile de trouver les sources de financement.
07:20Bien sûr.
07:21En tout cas, ce qui est le plus discuté,
07:23c'est le stock d'épargne européen.
07:25Aujourd'hui, on a 39 000 milliards d'euros
07:27en stock d'épargne qui investit
07:29à 30% en équivalent de dépôt bancaire,
07:3227% en assurance vie, retraite ou dépôt garantie,
07:35et 37% en actions et fonds.
07:37Ce qui est d'ailleurs un peu plus défensif
07:39que des Américains, par exemple.
07:41Mais bon, à la limite, peu importe.
07:43Aujourd'hui, le flux d'épargne annuel,
07:45il est autour de 2 000 milliards.
07:4637% de ces 2 000 milliards,
07:49c'est pas si loin des 800 milliards d'euros annuels
07:52que le rapport Draghi identifiait comme étant nécessaire
07:54pour regagner nos niveaux de compétitivité
07:57et de décarbonation.
07:58C'est environ 5% du PIB européen.
08:00Mais, c'est beau de dire ça,
08:03sauf que la réalité,
08:04c'est que l'épargne aujourd'hui,
08:06elle n'est pas vraiment fléchée,
08:07les entreprises innovantes ne sont pas identifiées
08:09et l'investissement n'est pas forcément attractif.
08:12Bien sûr.
08:13Donc, on ne va pas demander à l'épargne européenne
08:14d'aller vers ces investissements-là
08:16s'ils ne le sont pas.
08:18Fléchir l'épargne,
08:19c'est l'enjeu de l'Union pour l'épargne et l'investissement
08:21qui est en Europe en train de se structurer
08:24et qui mobilise aussi toutes les banques européennes.
08:27L'identification des entreprises innovantes,
08:30bien sûr que c'est nécessaire.
08:31Et ça, je pense que les règlements
08:33comme le Industrial Act, etc.,
08:35ça va le permettre.
08:36L'attractivité de l'investissement,
08:38ça, pour le coup,
08:39on va avoir besoin de réduire les risques,
08:41réduire les risques de ces projets-là.
08:42Et ça, ça passe par des mesures
08:44réglementaires ou fiscales.
08:46Une fois qu'on a réduit les risques,
08:47il faut aussi qu'on soit dans une logique de pédagogie
08:50avec les investisseurs,
08:52que c'est du temps long.
08:53Le cycle industriel, c'est du temps long.
08:54Ce n'est pas un quick win
08:57qu'il peut y avoir rapidement sur le marché.
08:59Et donc, dans sa notion, encore une fois, d'allocation,
09:01il faut se dire que si jamais on veut participer
09:04à ce mouvement-là,
09:05il faut avoir dans son portefeuille
09:07une allocation qui soit à plus long terme
09:10pour la souveraineté
09:12et la reprise de la compétitivité européenne.
09:14Merci Marie Lasseigneur
09:15de nous avoir accompagnée dans Patrimoine Thématique.
09:17Et quant à nous,
09:17on se retrouve tout de suite dans Enjeu Patrimoine.
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