00:00Une rupture plus franche entre l'Europe et les Etats-Unis ne serait pas sans coup pour l'économie américaine.
00:16Car pour les Etats-Unis, l'Europe est un multiplicateur de puissance, un marché premium, un co-investisseur massif, un pilier de stabilité financière.
00:28S'en éloigner, pour l'oncle Sam, c'est accepter de peser moins.
00:35Souvent brandi par l'homme fort de la Maison-Blanche, pour justifier de nouveaux droits de douane,
00:40le déséquilibre de la balance commerciale entre les deux rives de l'Atlantique serait la preuve d'une concurrence déloyale.
00:46Oui, l'Europe affiche des excédents commerciaux confortables face à l'Amérique, encore près de 250 milliards de dollars en 2025.
00:55Mais cette lecture est trompeuse car incomplète.
01:00Elle oublie une réalité essentielle.
01:02Pour de nombreux industriels américains, l'Europe est un fournisseur incontournable de machines, composants et équipements.
01:10Relever les droits de douane, c'est donc renchérir les coûts de production et in fine apporter de l'inflation.
01:16Et l'Europe n'est pas seulement un fournisseur, elle est aussi le premier débouché à l'export des entreprises américaines.
01:25Surtout, cette vision ignore les services, un terrain où là le décor change radicalement.
01:31L'Union européenne y est déficitaire d'environ 100 milliards de dollars au bénéfice des États-Unis.
01:39L'escalade de la guerre commerciale ferait peser un double risque sur les Américains.
01:45D'abord celui de représailles européennes.
01:48L'Union européenne a nettement renforcé sa capacité de riposte avec l'instrument anti-coercition.
01:56Cet outil lui permet d'aller au-delà des droits de douane et de frapper là où les États-Unis sont les plus exposés.
02:03Les services, les marchés publics et même la propriété intellectuelle en limitant la protection ou la monétisation de certains droits sur le marché européen.
02:15Ensuite, le risque est stratégique.
02:18A force de tension, l'Europe pourrait réorienter ses échanges vers d'autres partenaires, Mercosur, Inde et surtout la Chine.
02:27Une fois ces liens noués, il devient très difficile de revenir en arrière.
02:31La réponse européenne peut aussi se jouer sur le terrain financier.
02:37Les investisseurs européens détiennent plus de 3 600 milliards de dollars de bons du trésor américains,
02:42soit environ 40% des trésoristes détenus à l'étranger et près de 13% de l'ensemble en circulation.
02:51Si l'on ajoute les obligations d'entreprise et actions américaines détenues par les Européens,
02:56le total atteint environ 17 500 milliards de dollars.
03:02Une vente massive est coordonnée et c'est la panique à Wall Street.
03:07Ce scénario reste toutefois peu probable.
03:09Ces titres sont majoritairement détenus par des acteurs privés qu'il faudrait convaincre à vendre à perte.
03:15Des signaux existent néanmoins.
03:17Certains fonds ont réduit leurs expositions, comme le danois PBU ou le suédois Alekta.
03:26Le scénario central n'est pas la rupture brutale, mais un retrait lent et progressif de la dette américaine par les Européens.
03:35Troisième menace, un reflux des investissements directs à rebours de l'objectif affiché par Donald Trump de réindustrialiser le pays.
03:44Le signal reste modeste, mais révélateur.
03:48L'an dernier, les entreprises allemandes ont réduit de 45 % leurs investissements aux États-Unis, tout en les augmentant de 55 % en Chine.
03:59Ce qui fait fuir l'investissement, c'est l'incertitude.
04:04Résultat, moins d'implantations industrielles, moins de R&D et, paradoxalement, une réindustrialisation plus difficile à financer.
04:13N'en déplaise au président américain, il ne détient pas toutes les cartes dans le bras de fer commercial qu'il oppose à l'Europe.
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