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  • 24/06/2025
Jeudi 26 juin 2025, retrouvez Marie Lassegnore (Directrice investissement responsable, Crédit Mutuel AM) dans SMART PATRIMOINE, une émission présentée par Nicolas Pagniez.

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Transcription
00:00Comment développer l'ISR dans le contexte actuel ou l'ISR peut-il encore se développer dans le contexte actuel ?
00:09C'est le sujet qui va nous animer dans Investir Responsable.
00:12Et pour en parler, nous avons le plaisir d'accueillir sur le plateau de Smart Patrimoine, Marie Lasseigneur.
00:15Bonjour Marie Lasseigneur.
00:16Bonjour Nicolas.
00:17Vous êtes directrice d'investissement durable chez Crédit Mutuel Asset Management.
00:20Alors c'est vrai que si on se pose cette question, c'est parce que l'ISR, l'investissement durable,
00:25fait face aujourd'hui à un certain nombre de vents contraires, Marie Lasseigneur.
00:29Oui, en effet, on a plusieurs tendances aujourd'hui dans un contexte macroéconomique dégradé
00:33qui viennent malheureusement affaiblir les flux et la tendance sur l'investissement durable.
00:39Mais avant tout ça, j'aimerais vous parler d'une étude qui a récemment été publiée sur 130 000 personnes dans 125 pays
00:45qui représentent 96% des émissions mondiales et 96% du PIB.
00:49Et sur ces personnes interrogées, 89% jugent l'action climatique insuffisante.
00:5369% seraient prêtes à mobiliser 1% de leur revenu vers une action politique climatique plus forte.
00:59Force est de constater que dans notre illusion collective, et donc en fait le fait qu'on sous-estime
01:03la capacité de l'autre à aussi agir dans les mêmes intentions que soi, on a une action politique insuffisante.
01:10Et pourquoi ? Parce que le climat est politisé.
01:13On l'a vu particulièrement sur ces dernières années, particulièrement aux États-Unis.
01:17Et cette politisation va opposer sur un sujet qui nous concerne tous devant une catastrophe uniforme, d'une certaine manière.
01:24Aux US, par exemple, dans le contexte où on a Donald Trump au pouvoir, l'université d'Yel a publié une étude
01:30qui a sondé, en fait, vous regardez la carte sur l'étude, c'est agnostique des États, s'ils sont démocrates ou républicains.
01:38Et vous voyez que 63% des Américains sont inquiets du changement climatique, 72% constatent qu'il est déjà en train de se passer.
01:46Et pour autant, seulement 28% d'entre eux en entendent parler dans les médias au moins une fois par semaine.
01:50Donc ça vous montre bien l'instrumentalisation du climat à usage politique qui ralentit.
01:54Évidemment, dans un contexte macro qui est dégradé, avec une inflation persistante, des taux élevés,
01:59un ralentissement économique qui fait qu'on priorise l'urgence sociale, naturellement, aux investissements de long terme,
02:06que ce soit dans les politiques publiques ou dans les investissements privés.
02:09Donc aujourd'hui, à ça s'ajoute, en fait, le ralentissement et l'effet tarif pèsent sur les sociétés.
02:16Je ne sais pas si vous avez vu le fait de Beige Book qui est publié en juin
02:20et qui montre qu'il y a une incertitude généralisée sur les entreprises américaines.
02:23Bien sûr. Et donc ça concerne aussi celles qui oeuvrent pour la transition énergétique ?
02:26Ah oui, elles sont toutes, puisque finalement, les investissements dans la transition, ça vient de l'industrie,
02:30n'importe quel bord. Et on voit là qu'il y a une pression sur les marges
02:34et qu'il y a un ralentissement qui est envisagé sur les embauches et sur les investissements.
02:38Et en France, la BPI a, en mai 2025, réalisé une étude sur notre tissu PME-TPE.
02:43Et on voit que sur 44% de nos PME qui sont exposées en termes de revenus aux États-Unis,
02:4835% considèrent qu'elles vont avoir un affaissement de leurs marges
02:50et 30% réfléchissent à réorienter leurs exports.
02:53Donc ça vous montre que le sentiment, il est difficile
02:54et que c'est le coût du capital qui a augmenté par le contexte
02:57qui fait qu'on a un danger sur les CAPEX de transition.
03:01Et au milieu de tout ça, il y a un choc, un réveil sur la compétitivité européenne
03:07qui est nécessaire, peut-être, sur notre industrialisation, notre compétitivité,
03:11qui a fait que la Commission européenne a décidé de, vous l'avez suivi,
03:15de secouer un petit peu toutes les lourdeurs réglementaires
03:19qui ont pensé sur les entreprises.
03:20Et dans ce cadre-là, l'incertitude réglementaire autour notamment de la CSRD,
03:25donc la Directive sur la transparence de durabilité pour les entreprises,
03:29a pour vocation de simplifier l'impact pour les entreprises,
03:34mais en fait, elle court le risque de déréguler
03:35en sortant du scope 80% des entreprises qui étaient initialement concernées.
03:40Et en plus de ça, on a vu des flux sur les fonds durables
03:44qui se sont affaiblis cette année.
03:46On a l'impression, quand on décrit,
03:49quand on regarde effectivement la big picture que vous venez de décrire,
03:52que le moment fonds durables, le moment ISR, est un petit peu derrière nous.
03:58Est-ce que c'est une lecture trompeuse ?
04:00Est-ce qu'il faut regarder un petit peu plus en détail, Marie Lasseigneur ?
04:03En effet, vous citez les flux sortants qui viennent à 75% quand même des États-Unis,
04:08donc gestionnaires d'actifs ou les asset-honneurs,
04:12devant le risque juridique que Trump leur impose.
04:16Mais ce qu'il faut regarder et ce qu'il faut retenir,
04:18c'est que la notion de durabilité, elle est évolutive.
04:20Ce qui était fonds durables il y a même 4 mois de ça ne l'est plus forcément,
04:24puisque depuis, la Directive Fund Naming de l'ESMA est rentrée en vigueur le 21 mai 2025,
04:29et on a vu un nombre de fonds conséquents sortir.
04:32Sortir l'ESG et la durabilité de leur nom.
04:34Donc peut-être que ce n'était pas inscrit au cœur de leur stratégie.
04:37Ça va peut-être permettre de créer un peu plus d'homogénéité
04:40dans un univers de fonds qui était très hétérogène.
04:42Et en plus de cela, attention, il y a la refonte des FDR qui arrive en fin d'année 2025.
04:48Qui dit refonte des FDR dit de revoir les préférences de durabilité.
04:51De toute façon, on sait que c'est un enjeu.
04:52Aujourd'hui, la lourdeur administrative fait que ça n'arrive pas au client final.
04:56Et donc dans ce sens-là, attention avec cette définition,
04:58de toute façon, le périmètre de fonds est en train de changer.
04:59Est-ce qu'il existe des forces de rappel aujourd'hui dans le contexte que vous nous décrivez, Marie Lasseigneur ?
05:06Heureusement.
05:07Heureusement.
05:08Il y a quand même des choses qui continuent à avancer dans le sens de la durabilité.
05:12Moi, personnellement, je suis optimiste et humaniste, donc j'y crois.
05:15Mais en fait, on peut tout simplement constater qu'on est dans une ère de l'électrification
05:19qui est poussée par la croissance rapide des besoins en mobilité, en refroidissement,
05:23réponse aux catastrophes naturelles, data center, IA.
05:25Rien que ça, ça fait que, alors qu'il y a 10 ans, on avait 30% d'investissements vers les combustibles fossiles,
05:30enfin, des investissements vers les combustibles fossiles qui étaient 30% supérieurs à l'électrification,
05:36le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie qui est sorti
05:38nous montre qu'on a deux fois plus d'investissements aujourd'hui vers l'électricité,
05:42les énergies vertes et les carburants à faible émission.
05:44C'est 2200 milliards de dollars versus 1100 milliards vers les combustibles fossiles,
05:49et ça, ce sera pour l'année 2025.
05:50D'accord.
05:511100 milliards de dollars d'investissement vers les combustibles fossiles,
05:54retenez-le bien, parce que pas très loin, on a 955 milliards de dollars,
05:58c'est les coûts liés aux catastrophes naturelles aux États-Unis sur les 12 derniers mois jusqu'à avril.
06:03Et ça, ça se traduit comment ?
06:04Ça se traduit, enfin, en fait, ça vient du fait que les primes sur les habitations
06:10et les coûts liés aux sinistres et dommages, du coup, qu'on réinvestit dans l'économie en réparation,
06:14eux ont doublé entre 2017 et 2024.
06:17Et ça, c'est des forces de rappel qui ne passent pas inaperçues
06:20même auprès des banques centrales et des superviseurs,
06:23puisque le capital naturel au sens large, donc climat, eau, sol, biodiversité,
06:27sont maintenant des risques financiers identifiés dans les stress tests des institutions financières.
06:32Il y a un mot qu'on prononce beaucoup également, Marie Lasseigneur,
06:35alors plus en lien avec l'industrie de la défense, mais c'est le mot souveraineté,
06:38mais il y a aussi un sujet de souveraineté énergétique.
06:41Est-ce que là, ça peut constituer aussi une force de rappel ?
06:43Oui, oui, heureusement.
06:45Et c'est un débat qui est difficile, parce qu'on a trop vite polarisé,
06:49en fait, la notion de souveraineté avec la notion de décarbonation.
06:51Mais ce qu'il faut comprendre aujourd'hui,
06:52c'est que l'enjeu premier de la France, de l'Europe, c'est sa réindustrialisation,
06:57c'est la réduction de ses dépendances en matériaux critiques,
07:00notamment dans un monde où on a des enjeux politiques croissants,
07:03et la sécurisation de son énergie et de son industrie.
07:07Et pour ça, la Commission européenne a proposé le Clean Industrial Act,
07:11et d'ailleurs, jeudi dernier, le Parlement a voté, le 19 juin,
07:14la Banque de décarbonation industrielle et le plan pour une énergie abordable.
07:18Tout ça, c'est un allègement réglementaire,
07:19on a 100 milliards qui sont mobilisés vers ces technologies-là,
07:23et le cœur de cette proposition, c'est vraiment allier décarbonation avec compétitivité.
07:27Pour conclure, Marie Lasseigneur, comment est-ce qu'on peut faire pour continuer à développer l'investissement durable
07:35dans le contexte qu'on vient de donner aujourd'hui ?
07:38Ne pas sous-estimer une lame de fonds qui existe aujourd'hui sur le comportement des nouveaux consommateurs,
07:45leur comportement d'épargne financière,
07:46et les choix et les intentions qu'ils ont quand ils placent cette épargne.
07:49Alors, on a toujours des sujets, particulièrement en France, d'inclusion financière,
07:54on a 30% des Français qui n'épargnent pas.
07:56Pour autant, quand on regarde un petit peu plus dans les détails des générations et de leurs comportements,
08:01la génération Y a investi environ 20% de son épargne en 2023,
08:05ce qui est un peu plus que les millenials, ce qui est un peu plus que la génération X,
08:07ce qui est plus que les boomers en Europe, on est autour de 12%.
08:10Cette épargne, ensuite, elle n'est pas forcément transformée en investissement,
08:14notamment en France, on sait qu'on a 18% d'épargne,
08:15et que finalement, quand l'immobilier est mort, on s'assoit dessus.
08:18Mais quand on regarde les comportements à l'intérieur de cette épargne financière,
08:23je vous recommande une étude de la Fondation Jean Jaurès,
08:26qui a été réalisée sur 200 000 épargnants français de la France Mutualiste.
08:30Et là-dessus, on constate que 24% des Français ont choisi un support d'investissement durable,
08:33et quand on creuse et qu'on regarde la génération des 18-24 ans,
08:3672 ou 75% d'entre eux jugent le risque climatique comme une priorité majeure.
08:43Et pour autant, 60% de ces épargnants nous disent
08:47« Je ne suis pas capable d'identifier les avantages ou les inconvénients des supports d'investissement durable. »
08:50Donc là, qu'est-ce qu'on touche ?
08:51On touche l'étranglement autour de l'intention qui n'est pas transformée en impact réel dans notre économie,
08:58et en réconciliant, une fois qu'on arrive à réconcilier ça,
09:00et peut-être avec la simplification des CFDR et préférences de durabilité,
09:03on peut débloquer une masse de flux pour les années à venir.
09:07Merci beaucoup Marie Lasseigneur de nous avoir accompagnée dans Investir Responsable.
09:11Je rappelle que vous êtes directrice d'investissement durable chez Crédit Mutuel Asset Management.
09:14Merci beaucoup.
09:14Avec plaisir.
09:15Et quant à nous, on se retrouve tout de suite dans Enjeu patrimoine.
09:18et on se retrouve tout de suite dans la vidéo.

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