00:01BFM Bourses, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:06En tout cas, l'ordre mondial lui aussi est en train d'évoluer et l'Europe doit s'adapter.
00:10Cependant, difficile d'établir un lien avec le risque entreprise en 2026.
00:14Lui va le faire le lien. Comment va évoluer le risque entreprise dans ce monde qui bouge très vite ?
00:18Karl Peterson est avec nous pour Scope Group. Bonjour Karl.
00:21Bonjour Guillaume.
00:22Le risque de crédit va-t-il augmenter pour les entreprises européennes cette année ?
00:25Oui, oui. Mais cela va se produire aussi d'une manière assez inédite.
00:30Car certains changements structurels très profonds se produisent en ce moment et simultanément.
00:36Et ce sont des changements que les marchés ont du mal à prévoir et du mal à valoriser aussi.
00:42Et donc ça on le constate déjà sur certains indicateurs de marché qui ont tendance à diverger assez facilement aujourd
00:48'hui.
00:49Par exemple, si on regarde certains indicateurs macroéconomiques,
00:52tels que la croissance ou une inflation plutôt bien contrôlée ou une forte liquidité de marché,
00:57ce sont des signaux plutôt porteurs.
00:59Mais en même temps, les faillites, les prêts non performants chez les banques,
01:04les indicateurs de confiance chez les consommateurs et chez les entreprises s'érodent et nous montrent un paysage assez différent.
01:11Donc on commence à avoir une bifurcation qu'on voit aussi chez les secteurs.
01:15Et cette bifurcation que vous commencez à avoir, on parle bien des entreprises européennes,
01:19est-ce qu'elles se reflètent déjà dans les notations de crédit ?
01:22Tout à fait, tout à fait.
01:24Et d'ailleurs, lorsqu'on entame 2026,
01:27nos statistiques montrent déjà que les entreprises à notation élevée aujourd'hui seront sans doute restées solides.
01:35Mais on voit déjà un affaiblissement dans les entreprises qui ont des notations plus basses.
01:40Et on s'attend certainement à ce qu'en 2026, elles continuent à afficher cette dégradation,
01:45en partie à cause de tous ces changements structurels, justement.
01:48En termes de changements structurels, il y a un petit peu de géopolitique qui agite les cerveaux
01:55quand on étudie ce genre de sujet.
01:59Un peu beaucoup, oui.
02:00Oui, oui, légèrement.
02:02Oui, en fait, la géopolitique, c'est un des grands sujets.
02:05Il y a quatre sujets qui ont lieu simultanément.
02:08Mais il ne faut pas se leurrer, la géopolitique aujourd'hui est en train de remodeler
02:12la compétitivité des industries européennes.
02:16Et ça, c'est à travers des coûts qui deviennent plus élevés et durablement plus élevés.
02:22C'est un besoin pour beaucoup d'entreprises de repenser leur chaîne d'approvisionnement globale,
02:28ce qui est complexe et ce qui coûte cher.
02:30Et aussi, ce qu'on voit, une forte augmentation,
02:33une augmentation soudaine de la compétition internationale sur les marchés.
02:36Donc là, nouvelle dialectique d'allocation de capital,
02:41dans un environnement où l'arithmétique traditionnelle des rendements et des risques
02:46devient beaucoup moins fiable, donc beaucoup plus de risques.
02:49Bon, puis il y a autre chose, il y a l'intelligence artificielle.
02:52Alors ça, comme bousculade structurelle, c'est quand même...
02:55Oui.
02:56Et l'IA, d'ailleurs, est une bousculade structurelle, mais très particulière.
03:02Dans le sens que l'IA a su générer des valorisations boursières vraiment sans précédent.
03:08Par contre, les rendements sur tous ces investissements,
03:11et le rendement est une base fondamentale de la qualité de crédit,
03:15tous ces rendements restent totalement inconnus aujourd'hui.
03:18Donc c'est un double risque pour les entreprises.
03:19Il y a un risque de correction de marché, potentiellement,
03:22qui nuira de manière disproportionnée aux entreprises les plus faibles,
03:25et aussi une vraie perturbation des activités liées à la nouvelle technologie.
03:29Et voilà pourquoi le risque entreprise est amené à évoluer.
03:32On n'est peut-être qu'au début de cette grande évolution,
03:34l'évolution des entreprises face à un monde qui bouge,
03:37des technologies aussi disruptives.
03:39Au milieu de tout ça, quelle place occupe la France ?
03:42Position particulière dans ce paysage risqué,
03:44ou finalement un pays un peu loti comme les autres ?
03:46Non, non, la France a une vraie carte à jouer.
03:49Car l'Europe reste un marché très hétérogène,
03:51et la France, en tant que deuxième puissance de l'Union Européenne,
03:56occupe une place vraiment unique.
03:58Donc il y a certains atouts qu'on peut envisager très facilement pour la France,
04:02notamment en termes de défense, de santé, d'immobilier,
04:07et de produits de luxe aussi.
04:09Reste à savoir comment jouer cette carte.
04:11Oui, comment jouer cette carte, avec en plus des questions,
04:13par exemple sur le luxe, la clientèle du luxe a souvent un portefeuille action
04:16à Wall Street, assez important.
04:18Alors si Wall Street tient, ça va, si Wall Street baisse,
04:20attention, quel impact sur les consommateurs qui achètent du luxe, justement,
04:23et donc sur les valeurs du luxe ?
04:24Bon, donc la France, un pays quand même un peu à part,
04:27mais un gros pays de la zone euro.
04:29Deuxième plus grosse économie de la zone euro.
04:31C'est une force ou c'est une faiblesse ?
04:33Parce que justement, ça nous expose quand même à toutes ces bourrasques.
04:36C'est les deux.
04:37C'est les deux.
04:38La France étant, encore une fois, la deuxième économie de l'Europe,
04:43reste complètement exposée à tous ces changements structurels dont on parlait.
04:47Donc, à ce moment-là, au niveau des entreprises,
04:50il s'agit vraiment d'avoir une analyse très approfondie, très sobre,
04:54et d'agir sans compromis, en fait, d'être très décisif.
04:57Et je pense que le plus grand défi pour la France aussi,
04:59c'est que ça, ça se répète à l'échelle nationale,
05:02savoir qu'il va falloir savoir être très décisif sur les décisions,
05:07et surtout ne pas se mettre nous-mêmes des bâtons dans les roues, en fait.
05:12Exactement.
05:13S'aider un peu, se faire confiance, s'aimer,
05:15il y a un truc comme ça, s'aimer soi-même.
05:16Non, mais c'est vrai, on se fait du bien quand on s'aime bien, quoi.
05:19Au milieu de tout ça, on voit une vague de départ
05:21à la tête des grandes entreprises cotées à l'échelle mondiale.
05:24C'est le Wall Street Journal qui a sorti cette étude.
05:26L'an dernier, en 2025, un patron sur neuf d'entreprises cotées,
05:30les plus grandes, les 1500 plus grandes,
05:31un sur neuf a quitté son poste.
05:33C'est le ratio le plus élevé depuis 2010.
05:35Alors, 2010, on comprend, on sortait de la destruction de l'Eman, quoi.
05:39C'était un tsunami énorme.
05:40Et du coup, on a renouvelé les directions à l'issue de la crise d'Eman.
05:43C'était en 2010.
05:44Là, qu'est-ce qui explique cette vague de départ de patrons ?
05:47Je pense que c'est deux choses.
05:48C'est d'abord un signal très fort, justement,
05:50de tous ces changements qui ont lieu aujourd'hui,
05:52qui exigent de nouvelles compétences
05:55dans la direction des entreprises.
05:57Tout simplement, les anciennes méthodes
05:59pour gérer toutes ces grandes entreprises
06:01ne fonctionnent plus très bien aujourd'hui.
06:03Donc, c'est un nouveau monde.
06:04Avec ce nouveau monde, il faut un nouveau souffle,
06:07très clairement.
06:07Et aussi, très honnêtement, je pense qu'il y a un effet d'annonce.
06:10Car aujourd'hui, chaque entreprise se doit de démontrer
06:13à ses investisseurs
06:14à quel point ils embrassent le changement.
06:18Et quel meilleur signal
06:19que de dire on remplace le PDG.
06:21Ah oui, c'est une stratégie...
06:23Changer le PDG, c'est aussi un argument,
06:26une stratégie marketing.
06:27C'est une stratégie de communication.
06:28Dans un monde qui bouge,
06:28il faut montrer qu'on est bien sur la vague.
06:31Et aussi, ça achète du temps.
06:32Ça nous achète deux ans
06:33pour livrer la nouvelle stratégie.
06:35Ah oui.
06:3680% de ceux qui remplacent ces patrons,
06:38partant donc en 2025,
06:3980% sont des novices,
06:41n'avaient jamais été à ce niveau de responsabilité.
06:44C'est un peu historique, 80% de novices.
06:46Et donc, c'est un pari sur ces nouvelles compétences
06:49technologiques, commerciales,
06:50sur ce nouveau monde, etc.
06:52Ah oui.
06:52Certains de nos experts,
06:53nos intervenants nous disent
06:54le fait qu'il y ait autant de novices
06:55à la tête des entreprises
06:57ouvre sans doute le champ
06:58à des fusions acquisitions.
07:01Vous voyez un lien,
07:02une logique des fusions acquisitions plus nombreuses
07:03parce qu'à la tête des entreprises,
07:05on aurait des novices ?
07:05Sans aucun doute,
07:06et aussi très difficile à prévoir.
07:08Mais qui dit changement
07:09à l'échelle qu'on voit en ce moment ?
07:11Et surtout avec les valorisations boursières,
07:13il suffit d'une correction,
07:14même assez modeste,
07:15dans les valorisations.
07:17Et là, tout se prête
07:18à la consolidation très rapidement.
07:21Les novices à la tête de l'entreprise,
07:23c'est aussi plus d'ouverture d'esprit,
07:24d'ouverture aux autres,
07:25et pourquoi pas de passerelles à venir
07:27et de fusions acquisitions.
07:29Merci beaucoup de nous avoir accompagnés.
07:31C'est passionnant.
07:31Le risque entreprise,
07:32comment les entreprises évoluent
07:33dans ce monde qui bouge.
07:34Carl Peterson,
07:35Scope Group,
07:35régulièrement à nos côtés.
07:36Merci Carl d'être passé nous voir.
07:37Merci beaucoup.
07:38Merci.
07:38Merci.
Commentaires