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  • il y a 2 jours
Mathieu Plane, directeur adjoint du Département analyse et prévision de l'OFCE, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 8 janvier. Ils ont parlé de l'exercice laborieux qui attend l'Assemblée nationale pour voter un budget qui ait le mérite de réduire le déficit public en-dessous de 5% du produit intérieur brut, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Mathieu Plannes.
00:04Bonjour, directeur à jour du département Analyse et Prévisions de l'OFCE.
00:08On est reparti comme en octobre. Mathieu, on repart sur les discussions budgétaires à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée Nationale
00:12avec 700 amendements qui ont été déposés et toujours l'objectif de rester sous les 5% de déficit.
00:18Ça va être compliqué.
00:20Oui, c'est bien ça la complexité des choses, j'allais dire.
00:23C'est pas finalement d'adopter un budget.
00:25En réalité, adopter un budget, même si on voit qu'il y a un grand écart au sein de l'Assemblée Nationale,
00:30c'est pas tellement le fait d'adopter un budget, c'est d'adopter un budget qui permet quand même de réduire le déficit.
00:36Et le gouvernement a un seuil, globalement, qui est d'avoir ce déficit au maximum à 5% du PIB.
00:43Et le compte n'y est pas, en fait, le compte n'y est pas.
00:45Tel qu'on est là, on est à 5,5 en fait.
00:46Oui, on est plutôt à 5,5, sachant que cette année, on va être, enfin l'année 2025 devrait être à 5,4.
00:51Donc ça veut dire qu'on a un déficit qui ne baisse pas pour 2026.
00:55Or, on voit bien qu'on s'est engagé vis-à-vis de nos partenaires européens.
00:59Je pense que c'est aussi un signal assez fort vis-à-vis des marchés de réduire le déficit progressivement,
01:03pas brutalement, mais revenir progressivement à 3% d'ici 2029.
01:07Donc on doit faire un effort sur plusieurs années, un effort assez conséquent, mais lissé sur plusieurs années.
01:13Et on n'a pas la possibilité de prendre du retard, sachant qu'aujourd'hui,
01:17la France est quand même le vilain petit canard budgétaire de la zone euro.
01:20Donc, au moins, réussir à adopter un budget, un compromis qui permet d'envoyer un signal de réduction du déficit,
01:26même modéré.
01:27C'est-à-dire passer de 5,4 à 5, c'est un peu ce que veut le gouvernement.
01:30Et c'est là la difficulté, c'est qu'on voit que même cet effort budgétaire qui reste relativement modéré,
01:35on n'arrive pas à le trouver parce qu'il n'y a pas d'accord politique sur les mesures à prendre.
01:38On a dit au début des dégociations budgétaires, la crise politique en France va atteindre l'économie,
01:43vous allez voir ce que vous allez voir, la récession, le chômage va monter,
01:46bon, on est à 0,9% de croissance fin 2025, ça se maintient, notamment grâce aux investissements,
01:52ça ne donne pas envie, je pense, au Parti Socialiste de négocier.
01:55Non, ça ne donne pas envie au Parti Socialiste de négocier, je pense qu'aussi il y a des visions économiques
02:02qui sont très différentes au sein des députés de la Somme-Loire et des différents groupes parlementaires
02:07sur les effets économiques de toutes ces mesures, que ce soit fiscales ou des économies sur la dépense publique,
02:12je pense qu'il n'y a pas du tout la même analyse économique qui peut être faite,
02:16et c'est vrai, vous avez raison, c'est qu'au fond il y a une forme de résilience de l'économie,
02:19malgré le désordre politique qu'on connaît depuis la dissolution, depuis la censure du budget Barnier,
02:23effectivement certains disaient oui, ça va être la récession, c'est la catastrophe,
02:27en réalité l'économie française n'a pas une croissance fabuleuse,
02:31mais on devrait être entre 0,8 et 0,9 cette année,
02:34on a même un troisième trimestre qui a été plutôt surprenant à la hausse avec 0,5% de croissance,
02:39un des meilleurs chiffres de la zone euro, il faut quand même le rappeler,
02:42avec un investissement qui repart, c'est vrai qu'au fond on a l'impression que l'économie finalement
02:46arrive à fonctionner malgré cette absence de budget ou cette absence de visibilité.
02:52Maintenant, combien de temps ça peut durer ?
02:53La question c'est combien de temps ça peut durer, c'est-à-dire que moi je pense qu'effectivement
02:57cette résilience elle est plutôt positive sur l'économie française,
03:00mais à un moment donné si vous n'avez pas un cap, si vous n'avez pas une visibilité,
03:02ça risque de poser des problèmes, sachant qu'on n'a pas résolu le problème budgétaire,
03:07c'est-à-dire que le plus dur est quand même devant nous.
03:09Mais on n'a pas résolu et on n'a pas envie de le faire,
03:12donc est-ce qu'on va avoir des décisions sonnantes et trébuchantes ces prochains mois ?
03:17Je ne sais pas, en tout cas par exemple, il y a Goldman Sachs qui nous dit ce matin
03:21qu'il vise 1,2% de hausse du PIB en 2026.
03:24Pourquoi ? Grâce aux émissions obligataires allemandes, à la dépense publique
03:28qui va en découler derrière et qui va ruisseler sur nous.
03:31Donc finalement, ne faisons rien puisqu'on a les Allemands qui vont nous permettre d'avoir de la croissance.
03:36Oui, c'est une vision assez positive des choses.
03:39Disons qu'il y a quand même un problème interne, c'est-à-dire que oui, c'est très bien que l'Allemagne relance son économie,
03:46c'est ce qu'attendaient les Français, j'allais dire, depuis presque des décennies.
03:49C'est-à-dire que c'est vraiment un point important dans la zone euro,
03:52c'est quel est le rôle des Allemands dans le moteur de l'économie européenne.
03:56Bon, cette relance allemande, elle va nous bénéficier.
03:58Mais attention, on a aussi des vents contraires.
04:00J'allais dire, c'est ce qu'on a dans le dos, le vent d'eau, c'est ça,
04:03et plutôt la politique monétaire, la baisse des taux progressives qui se diffuse sur l'économie
04:07et la relance allemande.
04:08Mais attention, de l'autre côté, on a quand même cette contrainte budgétaire
04:10qu'il va falloir, d'une façon ou d'une autre, régler.
04:12Vous ne pouvez pas rester durablement à plus de 5% de déficit public.
04:15Sinon, vous avez une trajectoire de dette publique qui n'est pas soutenable.
04:17Au bout d'un moment, les marchés vont vous faire payer par la prime de risque, et on le voit.
04:21Mais on dit ça depuis des mois.
04:22Oui, mais c'est non linéaire.
04:23Alors, excusez-moi de parler comme ça.
04:24C'est-à-dire que les points de rupture, vous ne les maîtrisez pas.
04:27Et donc, c'est vrai que même si ça...
04:28C'est que ça arrive tout d'un coup.
04:30C'est brutal.
04:31Ça arrive tout d'un coup, et c'est très difficile à arrêter.
04:33Les atouts qu'a la France, c'est que d'abord, c'est la deuxième puissance économique de la zone euro.
04:37Et donc, effectivement, vous n'attaquez pas à la France comme vous attaquez à la Grèce.
04:41Deuxièmement, on n'est pas à la Grèce non plus.
04:42C'est-à-dire qu'on a des déficits, mais on a de l'épargne.
04:45On a beaucoup, beaucoup d'épargne.
04:46On en a même, désormais, on est un des plus gros épargnants au monde.
04:49Et donc, ça, ça permet de solidifier la situation française.
04:53Mais malgré tout, vous ne pouvez pas rester avec ce niveau de déficit.
04:56C'est-à-dire que je ne pense pas qu'on va se retrouver dans des situations à la Grèce.
04:59Mais par contre, la situation à l'italienne, où ça vous commence à vous coûter très cher, va poser problème.
05:04Et puis, troisième point, c'est quand même la question de l'incertitude.
05:07C'est-à-dire que l'incertitude, vous ne la réglez pas, même si, effectivement, l'économie résiste.
05:10Quand vous avez 0,8-0,9% de croissance, la moyenne de la zone euro, elle est quand même plutôt à un 3-4%.
05:16Donc, vous avez quand même, vous perdez un peu de terrain.
05:18Et puis, vous ne faites pas les investissements pour le futur.
05:20C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on voit qu'on est dans un monde qui va très vite,
05:23qui est complètement réorganisation, fragmentation.
05:26Et vous avez besoin de faire des investissements essentiels pour l'avenir qu'on ne fait pas.
05:29Mais quand vous regardez les enquêtes d'opinion auprès des chefs d'entreprise,
05:32ils répondent, ce n'est pas grave, la France, c'est morose.
05:35Mais moi, j'investis dans tout un tas de pays, dont les États-Unis.
05:38Et c'est comme ça que j'arrive à faire de la croissance.
05:40Et ça fonctionne.
05:41Oui, non, mais la croissance, quand on parle de croissance et de valeur ajoutée,
05:44c'est celle qui est faite sur le territoire.
05:46Le PIB, c'est une mesure de la valeur ajoutée, la création de richesses sur notre territoire.
05:51Et donc, effectivement, les multinationales s'organisent pour générer des bénéfices à l'extérieur.
05:57D'ailleurs, on a un problème de compétitivité globale, mais pas au niveau international.
06:01C'est-à-dire qu'on est implanté dans beaucoup de territoires.
06:03On a des grandes entreprises qui fonctionnent plutôt bien.
06:06Et on rapatrie des bénéfices sur le territoire.
06:07Mais par contre, ce qui compte, c'est produire en France.
06:10C'est continuer à produire en France.
06:11Et donc là, on voit qu'avec les différents enjeux, et notamment cette montée très forte du protectionnisme,
06:18les enjeux autour de la transition énergétique, autour de l'IA,
06:21la France et l'Europe ne peuvent pas prendre du retard.
06:23D'ailleurs, c'est ce qui découle du plan Draghi.
06:25Le plan Draghi dit, voilà, on a de l'argent, mais on n'investit pas assez.
06:29Alors, la France a un peu moins d'argent que le reste de l'Europe,
06:31parce qu'on a ses problèmes de déficit.
06:32Mais clairement, on a beaucoup d'épargne.
06:34Et cette épargne, elle doit être utilisée pour investir, pour investir dans le futur.
06:36C'est-à-dire qu'aujourd'hui, trouver sa place dans l'organisation mondiale,
06:41c'est extrêmement difficile, vu, j'allais dire, la compétition qu'on peut connaître.
06:46Et donc...
06:46Et vous avez l'impression qu'on va à l'envers de la marge du monde, en fait.
06:49Oui, alors c'est-à-dire qu'on vit sur nos acquis.
06:52C'est-à-dire qu'il faut bien avoir ça en tête.
06:53C'est-à-dire que cette résilience de l'économie française, elle est très positive.
06:57Parce que ça montre que les entreprises, finalement,
06:59s'en sortent plutôt pas si mal, malgré toute cette incertitude,
07:01malgré ces problèmes budgétaires.
07:02Mais au fond, ça c'est un peu ce qu'on a construit par le passé, en réalité.
07:09Mais c'est quoi le futur de la France ?
07:11C'est quoi le futur de la France ?
07:12Et là-dessus, le programme budgétaire qu'on a, il est un peu désolant.
07:15Parce qu'on est là dans un espèce de tricotage budgétaire,
07:19en essayant de faire des plus et des moins pour réduire plus ou moins le déficit,
07:23dire 5, il ne faut pas être à 5-1.
07:25Au fond, ce n'est pas ça l'avenir de la France.
07:26L'avenir de la France, c'est à la fois dire, oui, effectivement,
07:28on ne peut pas rester avec 5% ou plus de déficit public, donc il faudra le baisser.
07:33Mais aussi, il faut préserver un certain nombre d'investissements.
07:35Donc c'est quoi nos investissements ?
07:36C'est quoi notre stratégie pour le futur ?
07:38Et donc moi, ce que j'aurais tendance à dire,
07:40c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas de vision de moyen terme et de long terme.
07:43Et en fait, ce qu'on a besoin, c'est de construire ça.
07:44Mais pour ça, il faut aussi, j'allais dire, une raison politique,
07:48un programme politique qui soit porteur et qui permet de construire l'avenir
07:51en disant, attention, il va falloir faire des efforts.
07:53Mais ces efforts sont nécessaires aussi pour l'investissement du futur.
07:56Je vais vous apporter un autre, un nouvel argument pour vous dire
07:58qu'on ne va rien faire du tout sur les questions budgétaires.
08:01C'est notre faible inflation en France.
08:03On a des chiffres parmi, enfin, le plus faible de la zone euro.
08:06Ça nous fait un argument sur le plan de la productivité.
08:09Oui, alors, plus sur la compétitivité prix, quoi.
08:13C'est-à-dire que, et ça, c'est vrai que c'est un point intéressant.
08:15Et on le voit depuis, j'allais dire, le post-Covid.
08:18On a eu de l'inflation comme presque jamais depuis 40 ans en France.
08:21Mais en réalité, par rapport à nos voisins européens,
08:24on a eu beaucoup moins d'inflation.
08:25C'est-à-dire que le choc inflationniste a été plus maîtrisé,
08:27aussi parce qu'il y a eu le bouclet tarifaire.
08:28Oui, on fait des chèques.
08:29Alors, on le paye aujourd'hui.
08:30Mais quand vous regardez ce qu'on appelle les prix relatifs,
08:33la compétitivité prix vis-à-vis de la zone euro ou de l'Allemagne,
08:36en fait, la France a gagné quelque part assez fortement aux compétitivités prix.
08:40Parce que les prix augmentent moins en France que ce que vous avez,
08:43notamment en Allemagne, que ce que vous avez, par exemple, en Espagne ou même en Italie.
08:46Ce qui veut dire que ça, ça peut être un gain pour le futur,
08:49ce qu'on attendait un peu, cette compétitive,
08:52ce qu'on appelle les coûts salaires unitaires, l'indice de coûts salaires unitaires,
08:55en fait, est plutôt bénéfique à la France.
08:57Et donc, pour être assez favorable pour nos exportations.
08:59D'ailleurs, on voit que parmi les moteurs de reprise de la croissance française,
09:03c'est la reprise des exportations.
09:06Et finalement, notre balance commerciale se porte mieux qu'il y a quelques années.
09:09Donc ça, c'est plutôt le point positif.
09:10C'était un peu inattendu.
09:12Mais c'est vrai que c'est à fait la bonne façon.
09:14Et puis, aujourd'hui, aussi, quelque chose qui peut être intéressant pour le futur,
09:17même si ça montre aussi que l'économie française n'est pas très dynamique, au fond,
09:20et que les salaires augmentent peu.
09:21Et que ça, c'est aussi, par contre, le verre plutôt à moitié vide de l'histoire.
09:24Il nous faut un budget.
09:25Ça change quelque chose sur notre situation économique.
09:27Pas de budget.
09:28Là, on se met en risque, clairement.
09:29Alors, pour le moment, on ne se rend pas compte parce qu'on a une loi spéciale.
09:32Ça permet d'éviter le shutdown.
09:33Mais si on ne trouve pas...
09:34On peut y mettre des obligations.
09:35Voilà, on peut y mettre des obligations.
09:37La prime de risque a peu augmenté parce que tout le monde se dit,
09:39finalement, on va réussir plus ou moins à trouver un budget.
09:41Allez, ce mois-ci, voire le mois prochain, comme on a fait l'année dernière.
09:47Et si on est reparti sur des débats budgétaires pendant plusieurs mois,
09:49alors là, on commence à avoir des problèmes.
09:52On risque d'avoir des problèmes.
09:53Et on ne connaît pas la fin de l'histoire.
09:54Reprise des débats budgétaires, c'est aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
09:57Merci beaucoup, Mathieu Plannes, d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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