00:00BFM Bourse, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:06Justement la tech, on va entrer à nouveau dans ses arcanes.
00:08Victor Lequillerier nous en parlait il y a un instant,
00:10mais on va aller encore un peu plus loin avec François Gobron,
00:12gestionnaire de portefeuille pour General Investment.
00:15Bonjour François, bienvenue.
00:16Bonjour Guillaume.
00:17L'IA, les marchés sont passés de l'enthousiasme aux mathématiques pures,
00:20de l'emballement généralisé à une phase de sélection anatomique,
00:24économique de tous les acteurs.
00:26Le déclencheur, c'est tous ces investissements qui ont été annoncés
00:28et qui ont fini par faire peur aux investisseurs.
00:30660 milliards de dollars d'investissement,
00:33rien que pour cette année et rien que pour 4 acteurs.
00:354 acteurs vont dépenser 660 milliards de dollars.
00:38Vous-même, quand vous avez vu ce chiffre, ça vous a mis dans le choc ?
00:41Oui, j'ai été assez étonné et surtout si on élargit un petit peu,
00:44si on va jusqu'en 2029, ça fait quasiment 3 trilliards,
00:473 000 milliards de dollars d'investissement.
00:49Alors, il faut savoir qu'un data center,
00:52normalement, ça amortit ses serveurs sur 3 ans.
00:55Là, ils ont mis sur 6 ans, ce qui veut dire qu'ils sont assez optimistes.
00:58D'autre part, un data center, ça a fait à peu près un CAPEX sur sales
01:03d'entre 20 et 25%, ce qui veut dire qu'on génère, grosso modo,
01:074 fois plus de chiffre d'affaires que d'investissement.
01:10Sur les 660 milliards, ça voudrait dire qu'il faudrait aujourd'hui
01:12générer plus de 2 trilliards de chiffre d'affaires à partir de ça,
01:16ce qui paraît complètement impossible aujourd'hui.
01:19Comment comptent-ils du coup monétiser ces investissements absolument massifs
01:22et parvenir à générer des cash flows à la hauteur des CAPEX ?
01:25C'est ce qui fait peur au marché, je pense, parce qu'on ne voit pas vraiment
01:28de chiffre d'affaires facilement réalisable dans cette envergure-là à court terme.
01:35En revanche, on peut déjà voir les modèles qui marchent de monétisation de ces CAPEX.
01:42Alors, il y a le modèle OpenAI, où là, on va simplement donner un accès au modèle,
01:47gratuit pour 97% des gens et 3% vont payer.
01:49Mais ça fait 10 milliards de chiffre d'affaires par an, pas plus.
01:53Ça ne justifie pas vraiment les investissements.
01:55Après, on peut faire, comme fait Microsoft, comme fait Amazon,
01:59faire des clouds enrichis, boostés à l'IA.
02:02Là, c'est la même chose.
02:03Quand on regarde Microsoft, c'est 13 milliards de chiffre d'affaires qui vient de l'IA.
02:08Donc, ce n'est pas quelque chose de suffisant pour justifier ces investissements.
02:13Après, il y a des outils verticaux.
02:14Alors, ça, c'est ce qu'on a vu la semaine dernière avec Anthropik,
02:17qui sort son outil juridique.
02:21Et là, effectivement, on se dit, alors zut, là, il y a du chiffre d'affaires.
02:24C'est-à-dire qu'on supprime tous les juristes d'entreprise,
02:26on supprime tous les outils actuels de gestion du juridique.
02:32Et là, il y a vraiment quelque chose.
02:34Mais ça fait très peur.
02:34Et donc, on voit des Volter Kluvert, des Relax qui se sont effondrés la semaine dernière.
02:39Donc, le marché est devenu très sélectif là-dessus.
02:41Et puis après, il y a aussi la possibilité de faire des intégrations directes dans les produits.
02:46Donc là, c'est Google.
02:47Mais là aussi, il y a de la cannibalisation.
02:49Parce que quand on cherche sur Google, le bandeau publicitaire en haut,
02:52il est remplacé par un bandeau Jiminy aujourd'hui.
02:54Donc, ça veut dire que la publicité qui était en tête, on ne la trouve plus.
02:57C'est la cannibalisation, en fait, chez Google.
02:59Oui, oui.
03:00Et le seul qui a un modèle qui a l'air d'avoir aujourd'hui un retour sur investissement important,
03:06c'est Meta qui va en fait faire du ciblage plus spécifique publicitaire
03:16et donc faire payer plus cher les annonceurs pour avoir accès à ses clients.
03:20Antoine ?
03:21Bon, c'est vrai que la réaction peut paraître excessive.
03:24Et le premier truc qu'on se dit, c'est à la moindre annonce d'une nouvelle IA.
03:28Là, finalement, il y a tout un secteur qui va partir à la poubelle sous prétexte que maintenant,
03:33est-ce que le problème n'était pas avant ?
03:34C'est-à-dire, est-ce qu'il n'y a pas eu des hausses excessives, justement,
03:38qui méritaient d'être purgées par ces vagues de correction ?
03:42Alors, ça va dépendre des secteurs.
03:44Quand on regarde sur la partie hardware, on voit Nvidia, par exemple,
03:49la valorisation a beaucoup monté.
03:53Quand on regarde les résultats, ils sont à peu près en parallèle à la hausse des cours.
03:57Donc, le PE ne va pas bouger beaucoup.
04:00Ça monte un petit peu, mais pas tant que ça.
04:02Donc, il n'y a pas vraiment de bulle.
04:03En revanche, sur certains acteurs, on a vu les softwares qui se sont effondrés.
04:08Là, effectivement, il y avait peut-être des valorisations qui étaient un peu élevées à 40 fois les PE
04:12et qui se retrouvent aujourd'hui dans des valorisations plus faibles.
04:16Et qui parmi ces acteurs les plus attaqués, qui s'en sortira le mieux ?
04:19Ceux qu'on a vu chuter, s'effondrer et remis en cause existentiellement il y a quelques jours,
04:23la semaine dernière, c'était terrible.
04:24Lesquels sont pour vous survendus et amenés à rebondir ?
04:28C'est la grande question, évidemment.
04:31Si on regarde ce qui s'est passé la semaine dernière,
04:34ceux qui ont été le plus attaqués, c'est finalement les sociétés de services informatiques et les softwares.
04:38En se disant, finalement, les sociétés de services informatiques,
04:42ils vendent du jus de cerveau, ils vendent de l'intelligence.
04:45Et l'intelligence, aujourd'hui, elle est gratuite.
04:47Elle devient complètement gratuite.
04:48Donc, ils n'ont plus grand-chose à vendre.
04:49C'est la grande peur aujourd'hui.
04:53Sur les éditeurs de logiciels, c'est la même chose.
04:55On se dit, finalement, ils sont assiégés par l'IA.
04:59Ils sont une forteresse.
05:00Ils sont assis sur des parts de marché, sur des process.
05:04Et pour le moment, ça tient.
05:06Mais on ne sait pas combien de temps ça va tenir.
05:08Plus les softwares sont verticaux,
05:10donc plus ils s'attachent à une tâche spécifique,
05:11ça pourrait être la finance, ça pourrait être le due design, des choses comme ça,
05:14plus ils sont en risque.
05:16Et là, dans les softwares, je pense que si plus le software est intégré partout,
05:22tentaculaire dans une société, moins il est en risque.
05:24Et donc, c'est à ce propos-là que je pense que SAP est une des sociétés
05:28qui a été matraquée pour une de mauvaises raisons.
05:33D'accord.
05:33Pour vous, SAP sera un rescapé, en l'occurrence.
05:36C'est votre vision sur cet univers de logiciel ?
05:38Pour un certain nombre d'années.
05:39Après, je ne sais pas.
05:40C'est une forteresse assiégée, donc ça finira par lâcher.
05:42Je ne sais pas si ça sera dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans.
05:45Ah, ça finira par lâcher ?
05:46Je pense.
05:47Ah non, mais c'est énorme ce que vous nous dites.
05:48C'est-à-dire que la question n'est pas de savoir si tout ce secteur va disparaître,
05:51la question, c'est de savoir quand.
05:53Donc, c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
05:55quand on regarde les valorisations de ces sociétés-là,
05:57on est passé d'une valorisation avec une valeur terminale,
06:01une valeur à l'infini qui était avec un petit peu de croissance,
06:04à une valeur aujourd'hui qui est avec une croissance négative.
06:07Ce qui veut dire que le marché aujourd'hui, price,
06:10que ces sociétés-là vont finir par se faire complètement détruire par l'IA.
06:14D'accord, forteresses assiégées qui finiront par céder quand même.
06:18Ça prendra peut-être plus de temps que ce que le marché a imaginé la semaine dernière.
06:21On les sabrant d'un coup comme ça, ça prendra plus de temps.
06:23Mais ça viendra, ça adviendra.
06:24C'est votre regard.
06:25Et dans les hyperscalers, justement, qui assiègent ces forteresses,
06:28vous pensez que tous gagneront quand même,
06:30même s'ils annoncent des montagnes d'investissement colossales
06:32ou que c'est un duel à la mort qu'ils sont en train de se livrer,
06:35ces fameux hyperscalers ?
06:36Alors là aussi, c'est une grande question.
06:39On se demande si les investissements sont faits pour être rentables
06:43ou si c'est plutôt des investissements défensifs
06:46pour être le premier avec une idée que le premier garde tout,
06:51gagne tout et les autres n'en auront rien.
06:54Et effectivement, quand on voit aujourd'hui ces investissements-là,
06:58on se dit que c'est une course pour être le premier
07:00et qu'il y en aura seulement très peu qui gagneront.
07:04Il n'y aura pas 50 IA qui cohabiteront dans le monde à terme.
07:09Oui, donc votre regard, c'est the winner takes all ?
07:11Oui.
07:12Ah, vous pensez aussi ?
07:13Oui, oui, oui.
07:14Dans quel monde va-t-on ?
07:15François Gobron avec nous.
07:17François, on a fait le tour ?
07:18Il y a peut-être une question qui justifierait ces investissements.
07:22C'est la question de l'AGI ou de la singularité
07:25qui est cet instant précis, ce point précis du temps
07:29où l'intelligence artificielle dépasse l'intelligence humaine,
07:33où elle risque de lui échapper.
07:34Alors, ça peut être de la science-fiction,
07:36mais se pose vraiment la question de savoir la place de l'humain dans cette société-là.
07:41Cette question sera posée.
07:43Là aussi, c'est passionnant.
07:44Et alors, je rappelle que vous n'êtes pas comme ça un stratège,
07:48un investisseur indépendant.
07:49Vous représentez ici un assureur, un des plus grands assureurs mondiaux.
07:52Generali Investments, vous vous préparez à tout ça ?
07:55Alors, sur la partie assurance, je ne sais pas, je ne peux pas parler.
07:57Non, non, non, mais de la maison depuis laquelle vous nous parlez,
08:00Generali Investments en l'occurrence, vous nous dites,
08:02la question de la disparition des logiciels,
08:06elle se pose et on aura la réponse et elle sera oui.
08:08Les logiciels disparaîtront, remplacés par l'IA.
08:11Dans les hyperscalers, il n'en restera qu'un, c'est votre point de vue aussi.
08:15Et la question de l'homme face à la machine, face à l'IA,
08:18deviendra aussi peut-être pour nos humains existentielle.
08:20C'est une question à se poser en tout cas.
08:23Bon, François, merci beaucoup.
08:24Passionnant à chaque fois que vous nous accompagnez.
08:26On adore vous recevoir.
08:27François Gobron, gestionnaire de portefeuille d'actions européennes
08:29pour Generali Investments.
08:30Merci François d'être venu.
08:31Merci.
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