00:00L'invité de ce Smart Impact c'est Laurent Babiquin, bonjour, bienvenue, vous êtes conseiller en
00:11modèle d'affaires à Visée Régénérative, vous avez organisé le 5 février dernier un colloque sur le
00:16financement de l'économie, de la fonctionnalité et de la coopération et c'est de ça dont on va
00:20parler. Déjà on peut définir l'EFC économie de la fonctionnalité de la coopération, c'est quoi ?
00:25Eh bien écoutez c'est une économie qui va permettre d'adapter le PIB aux limites
00:31planétaires et en optimisant l'usage des ressources de manière beaucoup plus optimisée et en fait
00:42c'est une économie qui fait que l'entreprise produit un bien ou un service mais essentiellement
00:50un bien et va louer l'usage du bien. Elle va rester propriétaire du bien et elle va louer
00:55l'usage du bien. On passe de la propriété à l'usage. Voilà il faut que les consommateurs acceptent de louer
01:00l'usage d'un bien avec des garanties de qualité, avec des contrats de performance et pour avoir un
01:09bien qui est toujours au top de la qualité et il y a toute une partie des biens dans la
01:16consommation courante qui pourraient effectivement être loués. Alors c'était la question que j'allais
01:19vous poser, est-ce que cette économie de la fonctionnalité elle peut s'imposer partout d'une certaine
01:25façon ? Alors écoutez pas sur toutes les catégories de produits mais en tout cas sur un grand nombre de
01:31produits. Il y avait notamment Decathlon qui avait fait un modèle d'économie de la fonctionnalité sur
01:37toute la partie produits, short, raquettes, ballons et qui s'appelait Weplay Circular et qui avait bien marché.
01:46Mais je dirais que c'est aussi ou c'est peut-être plus valable, non c'est valable sur une grosse partie des
01:53secteurs mais une partie importante ça va être le secteur de la production de biens d'équipement pour
02:01lutter contre l'obsolescence programmée. Puisqu'aujourd'hui on est dans un système où quand on produit un bien, on le produit à dessein pour qu'il ait une durée de vie courte alors qu'on pourrait très bien utiliser
02:14réutiliser la matière, les composants critiques de ce bien pour faire un autre bien, une deuxième vie.
02:20Vous parlez de pérennité programmée circulaire. Absolument.
02:24Donc c'est penser en cycle de vie. Exactement. Au pluriel. Absolument. C'est-à-dire que la pérennité programmée circulaire est une sous-famille de l'économie de la fonctionnalité. Donc l'économie de la fonctionnalité, je produis, je loue l'usage et quand je produis, je reste propriétaire du bien en immobilisation dans l'entreprise. Et la pérennité programmée circulaire, c'est je produis, je design, je fais de l'éco-design, je pense le produit de telle manière qu'à la fin de la première durée de vie, eh bien je vais pouvoir le démonter et le remanufacturer très facilement.
02:53Et pour utiliser le maximum de matière, de composants du premier cycle de vie. Et en fait, on arrive à garder 85 à 90% des composants de la première durée de vie pour faire un deuxième cycle de vie. Et on peut faire ça sur 3, 4, 5 cycles de vie.
03:13Et donc on peut créer de la valeur avec moins de matière, en fait, si on en revient à l'objectif initial.
03:18L'objectif initial, c'est d'augmenter la productivité matière de l'économie française ou de l'économie européenne ou de l'économie de manière générale, c'est-à-dire faire le même PIB avec moins de matière, avec beaucoup moins de matière.
03:30On parle maintenant beaucoup plus d'empreintes matières. L'empreinte carbone est une résultante, si vous voulez, d'empreintes matières. Mais je pense qu'il faut maintenant qu'on parle beaucoup plus d'empreintes matières.
03:38On y reviendra là-dessus, parce que je trouve que c'est effectivement une notion intéressante.
03:42Qui il faut convaincre ? Ce colloque, il y avait, j'imagine, des acteurs financiers, peut-être aussi des acteurs publics et des parlementaires.
03:53Est-ce qu'il faut changer la loi pour pouvoir imposer l'économie de la fonctionnalité ?
03:57Alors, il faut, hier on a eu un colloque, on a eu la chance d'avoir des députés et des sénateurs et des sénatrices.
04:05Il va falloir un coup de pouce du Parlement politique, réglementaire, pour pouvoir stimuler la demande au niveau des consommateurs et stimuler l'offre au niveau des producteurs.
04:17Donc, ça peut se jouer sur des aménagements de TVA. Par exemple, on pourrait très bien dire qu'un produit dont on louerait l'usage pour le consommateur,
04:27il y aurait une TVA beaucoup plus faible que la TVA dans le cadre d'un produit qui serait acheté et dont on serait propriétaire en obsolescence programmée.
04:35On pourrait très bien dire aussi qu'une entreprise qui a une majorité de son chiffre d'affaires en EFC, donc économie de la fonctionnalité et de la coopération, c'est EFC.
04:44Eh bien, le taux d'imposition sur le profit serait inférieur à celui d'une entreprise qui serait, par exemple, full player de l'oil and gas.
04:54Et donc, il y a plusieurs aménagements à faire au niveau fiscal et on pourrait très bien créer aussi un chèque vert pour développer cette économie.
05:03Ça, c'est la première partie. La deuxième partie, il faut qu'il y ait un changement comptable, des règles comptables.
05:10On a commencé d'ailleurs à avoir une discussion avec l'autorité des normes comptables sur le sujet parce que le grand problème, en fait,
05:20il y a un excellent rapport qui est sorti cette semaine de la Cour des comptes européennes sur l'indépendance européenne au niveau des matières premières critiques.
05:29Et en fait, le rapport est alarmant. L'Europe est totalement dépendante de très peu de pays tiers sur l'intégralité des matières critiques.
05:41Il y a 10 matières premières critiques sur 26 où on importe 100% et il y a 10 matières premières critiques sur 26 où qui ne sont même pas recyclées.
05:50Donc, je ne vous parle même pas du réemploi parce qu'on parle de recyclage, mais il faut réemployer la matière. C'est ça qui est important.
05:55Et alors, en quoi changer les règles permettrait de retrouver un peu de souveraineté sur ces matières critiques ?
06:01Alors, justement, le fait de permettre à cette économie d'être compétitive, ça permettrait de retrouver de la souveraineté et puis de faire du profit.
06:20Donc, en fait, l'idée, c'est de dire si l'entreprise reste propriétaire d'un bien et que ce bien est vendu de telle sorte qu'on puisse le démonter, le remanufacturer pour en faire un deuxième, un troisième, un quatrième, un cinquième,
06:33on n'est plus sur un cycle de vie de 3, 4 ou 5 ans, on est sur des cycles de vie de 20 ans.
06:38Et donc, il faudrait que les règles comptables puissent accompagner ce mouvement.
06:43En disant que, finalement, comme l'entreprise reste propriétaire du bien, qu'on puisse amortir les composants du bien et pas le bien lui-même, non pas sur 4 ans, mais sur 20 ans.
06:53Et si vous faites ça, vous baissez le prix de revient industriel de manière assez importante.
06:59Et ça, c'est le premier point.
07:00Et deuxième point, dans certaines matières premières critiques, il y en a qui ne changent jamais leur propriété physique.
07:06Donc, ils vivent ad vitam aeternam.
07:09Donc, ils pourraient très bien être considérés comme une immobilisation de la même manière qu'un terrain.
07:14Avec une durée de vie de 99 ou 100 ans.
07:17Donc, de la mettre dans le bilan et de ne pas l'amortir.
07:20Et là, vous aurez renforcé le bilan.
07:21Et pour un banquier qui prête de l'argent à cette économie, il va être beaucoup plus sécurisé parce que vous allez avoir un bilan beaucoup plus fort.
07:28Donc, il y a deux choses.
07:29Certaines matières premières critiques, il faut les immobiliser comme un terrain, puisque finalement, ça vient sous la terre.
07:35Donc, c'est le cycle de la terre, si vous voulez, c'est assez cohérent.
07:38Et des matières premières qui s'abîment dans le temps ou dans la valeur diminue dans le temps, alors on doit pouvoir les amortir.
07:45Mais sur des durées de vie correspondant à l'ensemble des cycles de vie qu'elles permettent de faire.
07:50Vous parlez d'empreintes matières.
07:52Alors, c'est assez facile, entre guillemets, de calculer l'empreinte carbone.
07:57Est-ce que c'est facile de calculer l'empreinte matière ?
07:59Bon, on sait le faire.
07:59On sait le faire.
08:00L'INSEE produit des chiffres là-dessus au niveau de la nation.
08:03L'Eurostat produit des chiffres, puisqu'en fait, il s'agit de calculer l'intégralité de la matière.
08:07Donc, la matière, c'est les combustibles fossiles, c'est la biomasse, c'est les métaux ferreux, les métaux non ferreux et les minerais.
08:17Donc, ça, c'est la matière.
08:17On sait la calculer pour dire de combien la France a besoin de matière pour satisfaire sa consommation intérieure.
08:23Donc, on pourrait très bien le calculer au niveau de l'entreprise.
08:25Et je pense qu'à un moment donné, ça va être un marqueur.
08:27On n'en parle pas encore beaucoup, mais je pense qu'à un moment donné, les entreprises vont devoir calculer leur empreinte matière.
08:33Parce que si on veut faire les objectifs de souveraineté industrielle et d'autonomie stratégique, dont on parle beaucoup,
08:40eh bien, on ne pourra pas se permettre de racheter la matière tous les quatre ans.
08:44Parce qu'il y aura une volatilité des prix, surtout quand on n'en a pas.
08:47En plus de ça, à côté de ça, on a un coût d'énergie qui est quatre fois plus cher que les Américains et les Chinois.
08:51Donc, il faut vraiment qu'on designe une économie qui permette de garder la matière et de rallonger les cycles de vie de cette matière.
08:57On sait faire.
08:59Il faut un coup de pouce réglementaire, comme vous l'avez dit, et aussi comptable.
09:02Économie de la fonctionnalité et de la coopération.
09:05Oui.
09:05Elle est où, la coopération, dans ce que vous décrivez ?
09:07Parce que c'est très territorial.
09:08En fait, c'est une économie qui est proche de la consommation.
09:10D'accord.
09:11Et donc, quand on reprend un bien, par exemple, pour le remanufacturer, donc on peut faire de la maintenance, eh bien, ça va développer de l'emploi en local, puisqu'on va le faire proche de l'endroit où ces biens sont utilisés.
09:22Et donc, ça permet aussi de faire de l'apprentissage, de développer tous ces cycles de formation qui sont là pour la maintenance et la remanufacturation de la matière.
09:32Et donc, ça répond aussi à certaines problématiques au niveau de l'emploi.
09:36Oui. Dernier thème, il y a une minute trente, sur le consommateur lui-même.
09:40Parce que c'est un changement d'état d'esprit, enfin, le plaisir de consommer, parfois la consommation un peu d'impulsion, etc.
09:50Enfin, vous le mettez où dans votre équation de l'économie, de la coopération et de la fonctionnalité, le plaisir de consommer ?
10:00Si on lui donne de l'incentive fiscal, déjà, pour le faire, il le fera d'autant plus facilement.
10:05Et puis, je ne sais pas, vous prenez une perceuse dans un immeuble, une perceuse a une durée de vie de peut-être 15 minutes au maximum.
10:12Oui, enfin, on l'utilise 15 minutes dans une vie.
10:14Dans une vie, oui. Donc, en fait, s'il y en a une ou deux dans un immeuble, il pourrait très bien y avoir.
10:17Il y a des applications, d'ailleurs, qui permettent de chercher, voilà, j'ai besoin de ta perceuse.
10:21Et vous allez payer l'usage de la perceuse, au propriétaire de la perceuse.
10:25Donc, il y a vraiment toute une catégorie de biens qui peut répondre à ça.
10:29On parle de scooters aussi, des scooters électriques, qui sont une marque qui s'appelle Mobion, par exemple,
10:33qui fait des scooters électriques avec une empreinte carbone et une empreinte matière extrêmement faible.
10:38Et donc, et qui ont des caractéristiques de qualité et de performance exceptionnelles.
10:45Donc, après, ça va dépendre aussi.
10:46Il faut, je pense, que l'État fasse des, comment dire, de la promotion de ça au niveau institutionnel.
10:55Comme l'ADEME avait fait la pub sur le dévendeur, il va falloir faire probablement des pubs pour expliquer qu'on n'est pas obligé de tout posséder.
11:03Et en plus, si on fait ça, ça libère du pouvoir d'achat chez le consommateur.
11:07Parce que louer revient moins cher que d'acheter.
11:10Et ça donne aux consommateurs la possibilité d'avoir d'autres usages auxquels ils n'avaient pas accès auparavant.
11:15Donc, je dirais que ça répond à la souveraineté industrielle.
11:20Ça libère du pouvoir d'achat.
11:22Ça fait baisser drastiquement l'empreinte matière d'une entreprise.
11:26Et c'est profitable et c'est rentable.
11:28Puisque ça fait baisser le prix de l'industrie industrielle.
11:30Et qu'on sort des taux de marge de 20 à 30% inférieurs aux mêmes produits en économie de l'obsolescence programmée.
11:37Merci beaucoup Laurent Bavichon.
11:39A bientôt sur Bsmart4Channel.
11:41On passe à notre débat.
11:42Bilan du déploiement des bornes de recharge électrique en France.
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