- il y a 2 mois
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00:00Bonjour et bienvenue dans les informés, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité.
00:06Deux sujets à la une ce matin. L'État peut-il gagner la bataille contre le narcotrafic pour reprendre les termes du président ?
00:14Et puis plus de décès que de naissances, la France bascule dans le déclin démographique.
00:20Pourquoi et quelles conséquences ?
00:22Pour nous éclairer ce matin, nos informés, Alex Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV.
00:28L'interview politique aussi du lundi au jeudi à 7h45. Bonjour Alex.
00:32Bonjour Agathe, bonjour à tous.
00:33Jean-Rémy Baudot, chef du service politique de France Info. Bonjour Jean-Rémy.
00:36Bonjour Agathe.
00:37Et Pierre Decossette, chef adjoint du service police-justice de France Info. Bonjour Pierre.
00:41Bonjour Agathe.
00:42On commence donc Renaud avec notre premier débat. Emmanuel Macron à Marseille aujourd'hui pour parler notamment lutte contre le narcotrafic.
00:48Le chef de l'État de retour aujourd'hui à Marseille. Alors pour évoquer aussi le suivi du fameux plan Marseille en grand qu'il a lancé il y a un peu plus de 4 ans, en septembre 2021.
00:59Au total sont évoquées les sommes de 5 milliards d'euros d'investissement public, notamment pour les équipements, un plan de rénovation des écoles, etc.
01:06Et puis effectivement dans le cadre de cette lutte contre le narcotrafic qui gangrène Marseille et pas seulement d'autres territoires du pays,
01:16mais un peu plus d'un mois après un nouveau drame qui était l'assassinat de Mehdi Kessassi, le petit frère d'Amin Kessassi militant contre le narcotrafic.
01:26Alors quels sont les moyens que l'État met en œuvre pour lutter contre ce fléau ?
01:31On sait que le gouvernement a notamment d'ailleurs fait adopter, le précédent gouvernement, une nouvelle loi contre le narcotrafic qui crée un certain nombre de nouveaux instruments.
01:41Malheureusement tous les décrets d'application loin de là ne sont pas encore entrés en vigueur,
01:44mais notamment la création d'un nouveau parquet national dédié, un renforcement du statut du repenti, etc.
01:50Est-ce que tous ces nouveaux outils peuvent être utiles dans la lutte contre le narcotrafic ?
01:55Ce n'est pas du tout l'avis de celui qui était votre invité.
01:58Il y a quelques minutes, Manuel Bompard, député insoumis de Marseille et coordinateur de la France insoumise.
02:04Il va falloir changer de méthode et changer de doctrine.
02:07Depuis des années et des années finalement on s'inscrit dans la même logique, beaucoup de communication, peu de résultats concrets.
02:14On a expliqué qu'on allait créer une DEA à la française, on nous a dit qu'on allait faire un parquet spécial alors qu'il existait déjà une juridiction nationale.
02:22Donc en fait on a changé le mot mais on n'a pas changé la réalité de ce qu'il y avait en face.
02:26Alors une DEA à la française c'est une allusion à l'agence de lutte anti-drogue américaine.
02:32Donc il s'agit d'un renforcement des moyens consacrés à ce qu'on appelle l'OFAST, l'office français qui mène cette lutte anti-drogue.
02:40Ce texte d'ailleurs, cette loi contre le narcotrafic, la France insoumise a été la seule, le seul groupe à s'y opposer, à voter contre.
02:47Lorsqu'il est venu en débat à l'Assemblée nationale avec quatre députés communistes.
02:50Manuel Bompard d'ailleurs prenait sur ce plateau il y a quelques minutes la dépénalisation du cannabis d'ailleurs pour en finir avec justement la prohibition.
02:59Même si on sait que le problème aujourd'hui est aussi très largement la consommation de cocaïne qui déferme sur le pays.
03:05Alors quels sont les moyens que l'État peut mettre en œuvre pour lutter contre le narcotrafic ?
03:09Et notamment contre les nouvelles formes des actes de ces narcotrafiquants dont on sait aussi que le profil change, qu'ils sont de plus en plus jeunes.
03:19Et puis qu'ils étendent en quelque sorte leur action sur l'ensemble du territoire, bien au-delà d'ailleurs de Marseille.
03:25On va revenir sur l'enquête France Info, Pierre de Cossette.
03:28Mais d'abord pour répondre à ce que dit Manuel Bompard, cette loi narcotrafic, elle ne sert à rien, ça ne va rien changer.
03:32Est-ce que vous êtes d'accord ou est-ce que l'État a vraiment mis des moyens supplémentaires pour endiguer le fléau ?
03:39Je n'aurais pas la prétention d'être d'accord ou pas d'accord.
03:43Il y a eu quand même un vote à l'Assemblée, quoi qu'on en dise, au Parlement, qui a été relativement consensuel malgré tout.
03:50Il y a eu beaucoup d'amendements, beaucoup de changements au texte initialement présenté.
03:55Et puisqu'on parlait du PNACO, ce fameux parc national de lutte contre la criminalité organisée,
04:00qui doit avoir le jour le 1er janvier prochain,
04:03il y a certains débats au sein de la magistrature sur le fait qu'il aurait peut-être dû par exemple s'installer à Marseille,
04:09mais grosso modo, les magistrats s'accordent à dire qu'il faut renforcer les moyens,
04:14qu'il faut mieux coordonner surtout les procédures, la remontée des informations pour être plus efficace sur le plan national.
04:21C'est ça l'idée de ce PNACO.
04:23Et il y a d'autres avancées dans cette loi, Alex Bouillaguet notamment,
04:26le fait de regrouper les plus dangereux dans des quartiers ultra sécurisés.
04:30Oui, il y a quand même pas mal d'éléments qui sont dans cette loi.
04:34Et c'est vrai que je suis un peu surprise de la charge, en même temps pas tant que ça,
04:37de Manuel Bompard sur cette loi narcotrafic,
04:41parce qu'effectivement, la plupart des décrets, je crois qu'il n'y en a que 5 sur 37 qui ont été promulgués.
04:47Ça veut dire que par exemple, la modification du statut du repenti, c'est pas en application.
04:54La séquence sur le blanchiment d'argent, c'est pas en application.
04:57Donc ça veut dire que ce fameux parquet, ça sera en janvier.
05:00Donc on ne peut pas encore juger vraiment de l'efficacité ou pas.
05:04On sent d'ailleurs qu'Emmanuel Macron veut rajouter une petite pièce dans la machine,
05:07parce qu'aujourd'hui à Marseille, il veut aussi lancer 8 autres thématiques
05:11concernant ce drame du narcotrafic,
05:16notamment une séquence sur la coopération judiciaire entre les policiers à l'international
05:22pour justement traquer les donneurs d'ordre.
05:24Et puis, il fait aussi une fixation, et il a sans doute raison, me semble-t-il, de le faire,
05:29sur aussi les consommateurs.
05:31Donc il y aura encore des éléments à venir sur ces consommateurs-là.
05:35Et puis sur des mesures anticorruption.
05:38C'est vrai qu'il y a un danger qui guette en ce moment, c'est les municipales.
05:41Et beaucoup disent, attention, les municipales risquent de corruption peut-être de certains candidats
05:47qui seraient peut-être un jour maires en leur disant, voilà, faire partie du trafic,
05:51en échange d'un petit billet, eh bien, on ferme les yeux.
05:55C'est vrai qu'on sait qu'il y a des pressions sur les magistrats, sur des agents publics.
05:59Jean-Rémi Baudot, c'est une inquiétude à l'approche des municipales ?
06:02Oui, la question de la corruption est évidemment une inquiétude, à Marseille, mais pas que.
06:06Mais effectivement, la puissance de l'argent, de la drogue, est un sujet.
06:10La difficulté de la réponse politique, c'est qu'il y a le temps politique,
06:13qui est parfois rapide d'un point de vue des annonces,
06:16et souvent très lent d'un point de vue de l'application.
06:18C'est le temps de l'administration aussi, et que la réalité, elle est cruelle.
06:22On se souvient que, alors certes, les salariés sont de retour au compte-gouttes,
06:26semble-t-il, à Marseille.
06:27Oui, mais le siège d'Orange à Marseille, dans le quartier de Saint-Mauron,
06:31a fermé 15 jours à cause des bagarres, à cause du trafic de drogue.
06:34Donc la réalité très concrète de la ville de Marseille, c'est aussi ça.
06:37Et on comprend bien qu'Emmanuel Macron, avec ce déplacement,
06:41il vient un peu relever les compteurs, il vient dire ce qui avance aussi,
06:44il vient inaugurer un nouveau commissariat, parler de l'extension de la prison des Beaumettes.
06:49Il veut montrer aussi que les choses avancent, et c'est vrai qu'une partie des choses avancent,
06:52sauf que la réalité très concrète de la vie des Marseillais, peut-être, ne change pas suffisamment,
06:56ou suffisamment vite.
06:58Et effectivement, la question des municipales, au-delà même de la corruption,
07:01c'est un possible basculement de la ville.
07:03On voit que les sondages montrent que le Rassemblement National pourrait remporter cette ville.
07:08Ça, ce serait un symbole, deuxième ville de France, un symbole très fort à quelques mois de la présidentielle.
07:13Et ça, c'est en réalité un risque qui est dans toutes les têtes, et notamment dans la tête à l'Elysée.
07:17Pierre de Cossette, malgré la mobilisation de l'État, malgré cette loi narcotrafic votée il y a quelques mois,
07:24le narcotrafic s'étend et recrute des tueurs à gages de plus en plus jeunes.
07:28C'est ce que révèle l'enquête que vous avez menée pour France Info.
07:31Oui, ça montre, ça dit bien aujourd'hui l'ampleur de ces réseaux de trafic de stupes
07:38qui se servent de ce qu'on va appeler les jobbers, c'est-à-dire que des petites mains pour aller faire chouff,
07:43donc guetteurs sur les points de deal, pour ensuite être charbonneurs, c'est-à-dire être vendeurs,
07:47mais vont jusqu'à recruter des jeunes qui, pour 25% d'entre eux ont moins de 20 ans,
07:52pour 10% d'entre eux sont carrément mineurs, pour aller monter sur des contrats, ce qu'on appelle,
07:57donc exécuter ou tenter d'exécuter des trafiquants qui peuvent parfois traverser la France
08:05pour quelques milliers d'euros, 5-6 000 euros parfois, pour exécuter quelqu'un
08:09qui n'ont absolument aucune notion, nous disent les policiers, de ce que c'est que la vie humaine finalement,
08:13qui sont totalement froids à cet égard, qui de temps en temps se repentent un petit peu
08:17quand ils sont en garde à vue, mais qui sont de la main d'œuvre, de la chair à canon,
08:21de la main d'œuvre qui est totalement malléable et qui sont recrutées sur les réseaux sociaux,
08:24avec de la part des commanditaires une volonté vraiment de cloisonnement total,
08:31c'est-à-dire qu'ils vont avoir des jeunes garçons qui ne connaissent pas les victimes,
08:37qui ne connaissent pas leurs propres complices, qu'ils vont découvrir sur place,
08:41qui ne connaissent pas non plus les commanditaires, de sorte que ça rend très difficile
08:44le travail policier d'interpellation et d'identification de ces commanditaires,
08:48parce que c'est important ce que vous disiez tout à l'heure,
08:50il y a plusieurs échelons sur cette lutte contre le trafic de drogue,
08:53il y a effectivement s'en prendre au consommateur, c'est une chose,
08:57il y a s'attaquer au point de deal, on a beaucoup parlé des opérations XXL,
09:00et puis aller chercher en haut la tête des réseaux, les trafiquants, beaucoup d'entre eux,
09:05il y en a une dizaine à peu près qui tiennent l'ensemble des importations du trafic de drogue en France,
09:09selon une note de l'office anti-stub de cet été, et l'essentiel sont à l'étranger,
09:14donc c'est aussi d'autres instruments qui sont la coopération internationale,
09:18il y en a une quinzaine qui ont été extradés de Dubaï,
09:21donc tout ça finalement c'est un tout de cette lutte contre le narcotrafic.
09:26C'est paradoxal, parce que les points de deal par exemple ont baissé,
09:29ils étaient 4000 il y a 4 ans, ils sont maintenant 2700 selon le gouvernement,
09:34et en même temps vous dites qu'ils recrutent quand même des jeunes de plus en plus jeunes.
09:37Parce que les modes de livraison ont aussi changé,
09:40on parle souvent du Berchit, des livraisons à distance,
09:43et puis certains points de deal sont fermés, d'autres réapparaissent également.
09:49Et puis il y a quelque chose que nous disent les policiers,
09:50beaucoup d'entre eux, c'est qu'à chaque fois qu'on parle de lutte contre le trafic de stup,
09:54au niveau de l'État et des autorités, on parle de ça sous le prisme sécuritaire.
10:01Et eux disent qu'il n'y a pas que la sécurité, nous on fait notre part du boulot,
10:04il n'y a pas que le ministère de l'Intérieur qui doit lutter contre le trafic de drogue.
10:08Quand vous parlez de ces jeunes que certains disent presque déshumanisés,
10:11parce qu'il n'y a pas de sensibilité au fait de tuer quelqu'un ou de faire du mal à l'autre,
10:14effectivement ça pose la question de l'éducation de ces jeunes, de leur environnement.
10:18Renaud Delis, mais c'est aussi l'un des sujets du jour pour le Président ?
10:20Quand on écoute l'univers que vient de décrire Pierre de Cossette,
10:24on reprend que l'action contre le narcotrafic, elle ne peut être que tous azimuts,
10:26et c'est totalement inefficace de penser une action contre une autre.
10:34Par exemple, de dire que la légalisation du cannabis suffirait à réfréner,
10:39ou en tout cas à faire chuter les ravages du narcotrafic,
10:42ou de faire uniquement de la répression.
10:45La répression des forces de l'ordre, c'est indispensable, de faire, de rétablir la loi.
10:49Il y a la coopération internationale, parce que comme l'expliquait à l'instant Pierre de Cossette,
10:53il y a effectivement des besoins d'une vraie coopération pour démanteler les trafics.
11:00Et il y a notamment tout le volet aussi qui concerne le gel des avoirs,
11:03ou la lutte contre le blanchiment de l'argent qui sont extrêmement importants,
11:07notamment dans cette loi lorsqu'elle entrera vraiment en vigueur.
11:09Et puis il y a tout le volet services publics, le retour des services publics dans ces quartiers délaissés,
11:14abandonnés, où de fait une économie souterraine et meurtrière a pris le pas justement,
11:20ce qui explique qu'ils réussissent à recruter des gamins en perdition, ces trafiquants,
11:25et où cette économie souterraine et meurtrière impose sa loi.
11:28Et ça par exemple c'est ce que dit Amine Kassassi,
11:30ce militant des quartiers nord de Marseille contre le narcotrafic.
11:34Il explique très bien qu'à chaque fois que les services publics ont reculé de ces quartiers,
11:38notamment à Marseille, et bien ce sont des trafiquants qui ont pris la place.
11:41Et ça c'est vrai que ça s'inscrit aussi dans le cadre, ça a aussi un lien direct ou indirect,
11:47mais avec ce fameux plan Marseille en grand, lancé par le chef de l'État,
11:51dans lequel il y a notamment tout un volet qui concerne la rénovation des écoles.
11:55Et on se souvient il y a quelques années de la découverte de l'ampleur de la catastrophe
11:59qu'était l'état d'un très grand nombre d'écoles à Marseille.
12:02Donc la rénovation des écoles et au-delà évidemment toutes les mesures liées à l'éducation
12:06participent aussi indirectement de la lutte contre le narcotrafic.
12:09Alex Buaguet.
12:10Mais c'est pour ça qu'au sein même du socle commun, et pas du côté du LR,
12:15mais même parmi les députés d'Horizon, certains disent qu'il faut d'ores et déjà des lois d'exception,
12:21qui pointent le modèle italien en disant, ben voilà, il faut nous aussi des lois anti-mafia
12:26qui ont permis de contenir l'offensive de ces mafias dans les structures de l'État,
12:31parce qu'effectivement, à l'arrivée, le risque c'est cette corruption.
12:35Et c'est vrai que les autorités, l'Élysée dit souvent, ben en fait, oui, c'est vrai que pour l'instant,
12:42les effets sont encore limités sur le terrain, mais il faut d'une part des efforts constants,
12:47c'est-à-dire que c'est très lent effectivement de démanteler les réseaux,
12:50et puis il faut aussi dire que Marseille souffrait depuis longtemps, pour le coup, d'un trafic,
12:57ça durait depuis des années, donc tout ça, effectivement, forcément un peu long.
13:02Merci beaucoup, Pierre De Cossette, chef adjoint du service police-justice de France Info,
13:06de nous avoir éclairé sur ce sujet. Dans un instant, on passe à notre deuxième sujet,
13:10l'effondrement démographique, plus du décès que de naissances.
13:14Pourquoi ? Quelles conséquences ? Mais tout de suite, 8h19, l'info en une minute avec Maureen Suignard.
13:19La réunion doit débuter dans un peu plus d'une heure, réunion à Matignon autour de Sébastien Lecornu,
13:24le Premier ministre entouré de plusieurs membres du gouvernement et préfet pour aborder la question de la dermatose,
13:31des éleveurs se mobilisent et bloquent certaines routes aujourd'hui pour s'opposer au protocole sanitaire,
13:36l'abattage systématique de bêtes en cas de découverte de la maladie dans un élevage.
13:41Almin Kessassi souhaite une convention citoyenne de la lutte contre le narcotrafic,
13:45le militant contre le trafic de drogue dont le frère a été tué le mois dernier à Marseille,
13:50s'exprime alors qu'Emmanuel Macron est dans la cité fosséenne.
13:53Aujourd'hui, une visite sur le thème de la lutte contre les trafics.
13:57Après la polémique, la première dame s'explique.
13:59Brigitte Macron, qui avait qualifié de sale conne les militantes féministes,
14:03qui avait interrompu un spectacle d'Ari Habitant, qui a été accusé de viol.
14:07Brigitte Macron se dit désolée si elle a blessé des femmes victimes,
14:11mais elle ajoute qu'elle ne peut pas regretter ses propos tenus dans une sphère privée.
14:16Et puis des trains de plus en plus chers, l'augmentation est de 4% en 6 ans pour les TGV de la SNCF.
14:22La hausse est bien plus importante pour les Ouigo.
14:25Selon la FNOT, la Fédération Nationale des Usagers, l'augmentation est là de 73%.
14:30Les informés avec Alix Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV,
14:47Jean-Rémi Baudot, chef du service politique de France Info.
14:50Renaud, on passe à notre deuxième sujet.
14:52Pour la première fois depuis 80 ans, plus de décès que de naissances.
14:56Sur les 12 derniers mois, la France a en effet enregistré 629 000 naissances contre 630 000 décès.
15:02La balance redevient très légèrement positive si on ajoute les Outre-mer.
15:08Mais on sait que la France, en tout cas, se dirige vers un solde naturel négatif.
15:15Seule l'immigration permet encore à la population française, la population vivant en France, d'augmenter.
15:21Et on se souvient que la France avait longtemps résisté à cet affaissement démographique qui touchait déjà un grand nombre de nos voisins.
15:28Stéphanie Riste, la ministre de la Santé et des Familles, était auditionnée hier par la mission d'information de l'Assemblée Nationale sur la baisse de la natalité.
15:37Après avoir longtemps fait figure d'exception, la France rejoint aujourd'hui progressivement les nombreux pays de l'Union Européenne
15:44où l'on compte plus de décès que de naissances.
15:47En effet, cette année, pour la première fois depuis les 30 glorieuses, les courbes entre nombre de naissances et nombre de décès se sont croisées.
15:56C'est un basculement historique.
15:58On se souvient que dès le 16 janvier 2024, lors d'une conférence de presse, Emmanuel Macron avait alerté contre ce danger.
16:04Il appelait d'ailleurs un réarmement démographique.
16:07C'était l'expression utilisée par le chef de l'État.
16:09Alors pourquoi est-ce que cet effondrement démographique se poursuit ?
16:13Quelles en sont les conséquences, notamment pour notre économie ou pour le financement de notre système de protection sociale ?
16:19Et est-ce que des politiques publiques peuvent enrayer ce phénomène ?
16:25Un chiffre, Alex Bouillaguet, en octobre, 1780 nouveaux-nés chaque jour en moyenne.
16:30C'est 400 de moins qu'en octobre 2021.
16:33Moins 25% en 15 ans.
16:35Comment on l'explique ?
16:37Alors peut-être qu'on l'explique.
16:39En fait, il y a peut-être aussi des choses qui sont difficilement explicables.
16:43Il y a peut-être aussi des conditions de vie.
16:46C'est vrai que lorsque, en 2024, Emmanuel Macron parle de réarmement démographique,
16:51en fait, dire ça, c'est pas si simple.
16:54C'est-à-dire qu'on voit que même dans des pays autoritaires,
17:00où il y a une politique de natalité qui incite les parents à faire des enfants,
17:05et bien cette politique peine à produire des effets.
17:11Parce que d'une part, faire un enfant, c'est tout simplement une décision assez intime.
17:16Donc ça regarde aussi les parents.
17:18Et puis d'autre part, il y a un problème en ce moment qui est grandissant de l'infertilité.
17:23C'est-à-dire qu'aujourd'hui, un couple sur quatre a du mal à faire un enfant.
17:29Aujourd'hui, l'âge moyen du premier enfant pour une femme, c'est 31 ans.
17:33C'était 27 ans il y a 40 ans.
17:36Donc forcément, ça pose des problèmes.
17:40Ensuite, naturellement, cette chute, elle peut être enrayée.
17:43Il y a des moyens.
17:44On sait, il y a eu un dernier sondage sur quel était l'obstacle pour les parents à l'idée de faire un enfant.
17:49Le premier obstacle, 28%, c'est l'aspect financier.
17:53Ça veut dire quoi ?
17:54Ça veut dire qu'il faut une politique adaptée.
17:56Ça veut dire qu'il faut faciliter naturellement les modes de garde.
17:58Ça veut dire qu'il y a une crise de logement.
18:00Et qu'il faut aider les parents à passer d'un petit deux-pièces avec un enfant à quelque chose de plus grand pour en accueillir un second.
18:09Et donc ça, ça veut dire qu'il faut mettre des mesures.
18:12Mais aussi, il faut regarder la réalité en face.
18:14Aujourd'hui, la France vieillit.
18:15Ça veut dire qu'il faut aussi essayer de faciliter le taux d'emploi des seniors et puis aussi le taux d'emploi de ceux qui arrivent sur le marché du travail.
18:24C'est ça le sujet, Jean-Rémy, une question de moyens financiers.
18:28Vous pensez que si l'État mettrait plus d'aide, il y a déjà des choses qui sont faites ?
18:31Les politiques publiques, elles sont importantes, notamment sur la question du logement, mais aussi la question des modes de garde,
18:40qui est évidemment un frein, notamment dans les grandes villes.
18:45Oui, effectivement, il y a la question de l'infertilité.
18:48Mais je veux dire, on ne fait pas des enfants pour avoir des allocations familiales.
18:51Donc cette simple idée de penser que la question des politiques publiques, notamment du soutien financier direct aux familles, serait une clé,
18:59il me semble que ça n'est qu'une petite partie du problème.
19:02Je n'ai pas dit que vous l'aviez dit, mais ce que je veux dire, c'est qu'il faut des structures d'accueil pour les enfants.
19:06Il faut effectivement plus de revenus pour les parents.
19:08Il faut que les femmes qui ont des enfants sachent que dans leurs entreprises, elles ne vont pas être pénalisées dans leur carrière.
19:15Et puis après, il y a sortir aussi un peu d'un déni dans lequel on a été très longtemps en France,
19:19qui est de penser qu'on était un pays jeune, non, on est un pays vieux,
19:22qui est, disons-le, dont les politiques publiques sont plutôt tournées vers les personnes d'un certain âge,
19:28dont les lois sont faites aussi pour les personnes d'un certain âge, beaucoup.
19:32Ce sont eux qui votent.
19:34Donc quand il y a un arbitrage, en général, c'est quand même plutôt vers les retraités qu'on se tourne plutôt que vers les jeunes.
19:38Et ça dit quelque chose de l'état d'esprit dans le pays sur la question de l'innovation, la question de la concurrence,
19:44quelle place en réalité on fait à la jeunesse, quelle place on fait à l'éducation.
19:47C'est un véritable sujet politique.
19:49Et moi, ce que je regrette, c'est que ce sujet soit préempté, je le trouve,
19:53par seulement une partie de la population politique, à savoir plutôt la droite et l'extrême droite,
19:58qui met en avant la question du peuplement, la question de l'identité à travers ça.
20:02Je trouve qu'une partie de la gauche pourrait se prendre en compte cette question de la natalité
20:06sans être dans un mode décroissant, sans aller forcément dans des caricatures de
20:10« on veut pousser les femmes à coloniser leur ventre », etc.
20:12C'est aussi des choses qu'on entend qui sont quand même de drôles d'arguments.
20:18Moi, je vous donne un chiffre sur lequel on est en train de travailler au service politique.
20:22À Paris, en 2050, il y aura plus de chiens que d'enfants.
20:25Et je trouve que ça dit quelque chose.
20:26C'est plus facile aujourd'hui d'aller avec un chien au restaurant qu'avec une poussette.
20:30Et ça dit quelque chose de notre état d'esprit collectif.
20:32Et par ailleurs, il y a aussi beaucoup de femmes qui veulent avoir des enfants et qui n'y arrivent pas.
20:34Tout n'est pas qu'une question de choix.
20:37Non, mais le vrai problème, il est déjà là.
20:39C'est-à-dire qu'avant même de songer aux solutions, aux hypothèses, aux politiques publiques
20:42qui peuvent remédier à ce problème, il faudrait déjà que le débat public s'en empare.
20:47Et aujourd'hui, il y a très très peu de responsables politiques,
20:50quelles que soient les étiquettes qui en parlent.
20:51Or, c'est un vrai problème.
20:52Un pays qui ne fait plus d'enfants, ce n'est pas un signe de bonne santé pour une société,
20:55quelle qu'elle soit.
20:56Et on le voit, on a l'exemple du Japon par exemple en tête.
20:59Donc, il y a un véritable enjeu.
21:01Alors ça, c'est un enjeu colossal parce qu'il a de très lourdes conséquences.
21:04Déjà, il faut que ce soit au cœur du débat public et pas en faire un sujet politicien.
21:08Et ensuite, ça souligne, et j'en finis par là,
21:10quand même deux angles morts de la pensée politique de gauche comme de droite.
21:16C'est-à-dire des sujets tabous sur lesquels justement la gauche d'une part et la droite d'autre part
21:21vont totalement à l'encontre du réel.
21:24C'est la question des retraites.
21:25C'est-à-dire songer à baisser l'âge de la retraite
21:28quand on voit les évolutions démographiques en cours,
21:30c'est proprement suicidaire d'un point de vue économique
21:33et c'est évidemment infaisable.
21:34Et ça, la gauche, en tout cas une grande partie de la gauche, refuse de le dire aujourd'hui.
21:37Et puis, c'est la question de l'immigration.
21:39C'est-à-dire dire qu'il faut stopper l'immigration,
21:40comme le disent l'extrême droite et une bonne partie de droite aujourd'hui.
21:43C'est évidemment là aussi un non-sens au regard...
21:45Et l'immigration vient justement compenser la croissance modeste de France.
21:48Merci Jean-Rémi Bodo, chez le service politique de France Info.
21:52Merci Alex Buillaguet, éditeur Alice Poétique à France Info TV.
21:55Votre interview lundi jeudi à 7h45.
21:58Merci Renaud.
21:58Merci à vous.
21:59Bonne journée.
22:00Les informés ce soir à 20h avec Victor Maté sont de retour.
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